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2e Année. — Numéro 9 1er Mai 1924 BEAUX-ARTS REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE • --- LE CENTENAIRE DE LA NATIONAL GALLERY Notre éminent président du comité de rédaction, M. Raymond Kœchlin, avait été invité à représenter les musées nationaux français aux cérémonies qui viennent d’avoir lieu à Londres à propos du centenaire de la National Gallery. Il eut même le grand honneur de prendre la parole au nom de tous les délégués étrangers au banquet qui fut donné à cette occasion. Avec son aimable autorisation, nous reproduisons ici les notes qu’il envoya d’Angleterre au Journal des Débats dans les premiers jours d’avril. « La Galerie nationale de Londres célèbre aujourd’hui son centenaire. Des fêtes seront données à cette occasion, où ont été conviés les représentants de tous les grands musées d’Europe et d’Amérique; le premier ministre, M. Ramsay Macdonald, présidera le banquet offert aux hôtes du gouvernement britannique; nous ne pouvons que nous associer à cette heureuse commémoration et y applaudir, en songeant avec regret que nul à Paris ne pensa, il y a trente ans, à rappeler par une cérémonie le centenaire du décret de la Convention qui fonda le Musée du Louvre. Plusieurs souverains anglais, depuis la Renaissance, s’étaient montrés fort amis des arts, mais la seule importante collection que l’un d’eux ait formée, celle de Charles Ier, fut vendue au cours de la révolution d’Angleterre et ses débris, acquis par les princes et les amateurs étrangers, sont dispersés aujourd’hui dans les musées du continent, sans que le pays où elle avait été réunie d’abord en ait presque rien conservé. Les achats faits au cours du dix-huitième siècle par la maison de Hanovre l’avaient été pour orner les appartements royaux dans les palais où ils sont restés, de sorte qu’au début du dix-neuvième siècle, à un moment où les amateurs étaient particulièrement nombreux dans la haute société britannique, la nation ne possédait aucune collection et qu’aucun musée de peinture n’était ouvert au public en Angleterre. Or, il se trouva qu’en 1823, il fut question de la vente d’une des principales collections de Londres, celle de J. J. Angerstein; elle passait pour fort bien choisie, faite avec les conseils de Sir Thomas Lawrence, ami de l’amateur, et qui PIERO DELLA FRANGESCA. La Nativité. (National Gallery) avait peint de lui le beau portrait entré depuis au Louvre; un mouvement d’opinion se forma pour l’acquisition de la collection; le premier ministre, Lord Liverpool, s’y montra favorable, si bien que, le 2 avril 1824, le Parlement votait la somme de 60.000 livres qui permit de réaliser l’opération: trente-huit des tableaux d’Angerstein devenaient la propriété de la nation, et, peu de jours après, la maison du collectionneur dans Pall Mall était ouverte au public, en attendant que fût bâti l’édifice destiné à recevoir le

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futur musée. En effet, ce musée s'accroissait très vite; non seulement il avait été doté d'un important fonds d'achat, mais les meilleurs amateurs se faisaient un devoir de l'enrichir, et l'ensemble était déjà remarquable quand fut inauguré, en 1838, le bâtiment construit par Wilkins, Trafalgar Square. C'est de ce moment que date véritablement la Galerie nationale et qu'elle prend son rang parmi les grandes institutions artistiques de l'Europe. L'Angleterre est le pays d'élection des grandes collections de tableaux; depuis des siècles que l'aristocratie anglaise voyage, elle a accumulé dans ses palais et dans ses châteaux des trésors acquis de toutes parts sur le continent, en Italie, en France, dans les Flandres, en Espagne ou en Hollande, et qui, à l'heure présente, ne sont pas encore tous dénombrés. Le musée puisa largement dans ces réserves, soit que les œuvres lui fussent offertes, soit qu'il les achetât; ses agents à l'étranger aussi le servirent bien, et il faut admirer le goût et l'intelligence qui présidèrent à ces acquisitions. Les divers directeurs qui se succédèrent, secondés par des trustees bien choisis, ne s'attardèrent pas aux petites choses; ils allèrent tout de suite aux grands maîtres, à Titien, à Véronèse, à Rembrandt, à Van Dyck, dont les œuvres paraissaient parfois encore sur le marché, et surtout, dédaignant la mode, ils réunirent une incomparable collection de ces Primitifs que l'on paye aujourd'hui au poids de l'or, mais qui alors n'intéressaient guère les amateurs, primitifs italiens, flamands, allemands. L'école anglaise du xviie siècle n'était pas oubliée, ni le dix-septième siècle espagnol. En quelques années, cinquante ans tout au plus, le musée fut constitué, rival des collections séculaires de France, d'Italie ou d'Allemagne, et les tableaux, point trop nombreux, prenaient leur place dans des salles claires et bien aménagées. L'Angleterre pouvait être fière de l'œuvre réalisée. Cependant la concurrence américaine allait rendre les progrès plus difficiles, Les Anglais ne sont pas gens à se décourager; ils avaient confiance dans la générosité des amateurs, qui, en effet, ne se lassa point; aux dons individuels s'ajoutèrent ceux du National Art Collections Fund, fondé à l'exemple des sociétés analogues d'Amsterdam, de Berlin et de Paris; en de grandes occasions le Parlement vota des crédits spéciaux, si bien qu'au cours de ces dernières années nous vîmes entrer encore au musée les Ambassadeurs de Holbein, la Venus de Velasquez, Les Mages de Brueghel. Une lacune demeurait pourtant: le dix-neuvième siècle, avait à peine pris pied à Trafalgar Square, même le dix-neuvième siècle an- glais à l'exception de Turner et de Constable, et les grands Français romantiques ou impressionnistes y manquaient complètement. Grâce à quelques généreux donateurs, la Tate Gallery ou musée moderne put être construite et dotée; après quelques tâtonnements, elle est entrée dans la bonne voie; l'école anglaise contemporaine y paraît à son avantage, et Ingres, Delacroix, Corot, Manet, Degas et Renoir y sont représentés par quelques chefs-d'œuvre. Le cycle est dorénavant complet. Le British Museum avait été fondé au milieu du dix-huitième siècle, le Victoria and Albert Museum, à South Kensington, cent ans plus tard; la National Gallery prend place entre eux par sa date, et il faut s'incliner profondément devant le magnifique effort de l'Angleterre qui sut en cent cinquante ans mener à bien le prodigieux développement de ces trois institutions. S'il est permis d'estimer que les deux premiers musées ont été parfois un peu bien encombrés, si surtout le classement «technologique» du second justifie bien des critiques, il semble que le troisième au contraire soit un musée modèle: choix excellent d'œuvres pas trop nombreuses, claire présentation des tableaux à qui on a su laisser de l'air; on n'aurait pu mieux faire, et c'est un plaisir pour nous de le proclamer en ce jour où tous les musées du monde viennent rendre hommage à leur collègue centenaire. Les fêtes du centenaire de la National Gallery ont été célébrées avec un grand éclat, et toute la société artistique de Londres s'y est associée, ainsi que le gouvernement. Elles ont commencé par une visite du musée, dont le directeur et les trustees ont fait les honneurs aux délégués étrangers et aux membres du National Art Collections Fund, qui est la Société des Amis du Louvre de Londres. Une visite à la Tate Gallery, la galerie d'art moderne, a suivi, où l'on a admiré les récentes acquisitions de peinture française moderne. Le gouvernement britannique a reçu les délégués étrangers en un diner officiel, à Lancaster House, que le premier ministre avait tenu à présider lui-même, assisté de Lord Curzon, le président des trustees de la National Gallery. Le lendemain soir, une nouvelle réception réunissait les délégués chez Sir Robert Witt, président du National Art Collections Fund, et ils y rencontraient avec un plaisir marqué les principaux érudits d'Angleterre venus pour leur faire accueil.

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BEAUX-ARTS NOUVELLES La vente des Bijoux de la collection Thiers. La loi dont nous avons donné le texte dans notre numéro du 15 mars, va avoir très prochainement son effet. On annonce en effet la vente du fameux collier et des autres bijoux qui l'accompagnent pour le 16 juin prochain à 14 h. 30. Cette vente annoncée par un somptueux catalogue qui va être mis en distribution, aura lieu dans la Salle Denon au Musée du Louvre. Elle sera précédée d'une exposition publique dans la même salle du Louvre, le samedi 14 juin, de 14 à 17 h. 30. Ouverture des Salons. Les salons de la Nationale et des Artistes français ont ouvert leurs portes le 30 avril dernier. Comme d'habitude, la Société Nationale a organisé plusieurs expositions rétrospectives. La plus importante, cette année, est celle consacrée à Puvis de Chavannes à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance. Les artistes, dont la mémoire est également commémorée, sont les peintres Paul Renouard et Raffaëlli. Le salon des Artistes décorateurs installé, comme l'an passé au Grand Palais, s'ouvrira le 8 mai. Quant au groupe d'artistes dissidents, qui avaient exposé l'an passé aux Tuileries, c'est dans un bâtiment édifié à leur intention par l'architecte Auguste Perret, sur le terrain nivelé des fortifications, entre les portes Dauphine et Maillot que se tiendra son salon, dont le vernissage n'aura lieu qu'au début de juin. Le comité de ce Salon que préside M. Albert Besnard et qui continue à s'appeler Salon des Tuileries, a décidé de supprimer le jury et de n'admettre que des invités. Congrès de l'enseignement du dessin. M. Henry de Jouvenel, ministre de l'instruction publique, des beaux-arts et de l'enseignement technique, a présidé, le mercredi 23 avril, à la Sorbonne, la séance inaugurale du congrès national de dessin, organisée par l'association des professeurs de dessin. Ce congrès a étudié les programmes de dessin dans les trois ordres d'enseignement et leurs relations avec les besoins professionnels nouveaux. Le samedi 26, M. Loucheur, ministre du commerce et de l'industrie, a présidé la séance de clôture du congrès. Le Château de Vizille. Dans le numéro de Beaux-Arts, du 15 décembre 1923, notre collaborateur, M. Jean Verrier, avait entretenu nos lecteurs des dangers que faisait courir au château de Vizille, dans l'Isère, la vente du domaine composant la propriété. Les pouvoirs publics s'étaient émus et un inspecteur des Monuments historiques avait été envoyé sur place pour examiner dans quelles conditions pourraient être sauvegardés le château et son entourage. À la suite de cette enquête, le ministre de l'Instruction publique a été autorisé à déposer un projet de loi tendant à l'acquisition par l'État du château de Vizille et de son parc, projet qui vient d'être adopté par les Chambres. La Mission archéologique française d'Afghanistan. À la suite d'un accord intervenu en 1922, entre notre gouvernement et l'État afghan, une mission archéologique française est installée, depuis bientôt quatre ans, en Afghanistan, à Balkh (l'ancienne Bactres) comme centre de ses opérations; elle est dirigée par M. A. Foucher, assisté jusqu'à ces derniers temps par M. André Godart qui vient de rentrer en France et que va remplacer M. J. Hacquin, le distingué conservateur du musée Guimet. Dans une communication faite à l'Académie des Inscriptions le 4 avril dernier, M. Godart a exposé les résultats obtenus par la mission française. Il est aisé de se rendre compte du haut intérêt que présente l'étude archéologique d'une pareille contrée. Il suffit de se rappeler qu'au cours de l'expédition qui devait le conduire jusqu'à l'Indus, Alexandre le Grand s'établit solidement en Sogdiane et en Bactriane et que des communautés helléniques y fondèrent alors des cités qui devinrent florissantes sous les noms de Margiane (Merv), d'Arachosie (Kandahar), de Maracanda (Samarcand). Ces avant-gardes de la civilisation hellénique devaient dans la suite se trouver en contact avec le bouddhisme et avec la civilisation chinoise. Quelle fut l'influence réciproque de races aussi différentes? Tel est le problème que M. Foucher et ses collaborateurs se proposent de résoudre en étudiant les monuments de ce passé lointain qui peuvent subsister encore de nos jours. Découvertes archéologiques à Capoue. À Capoue (aujourd'hui Santa Maria Capua Veter) des fouilles opérées pour l'édification d'une maison ont amené la découverte d'un Mithreum (temple souterrain de Mithra) bien conservé. Les murs sont enduits d'un stuc blanc revêtu de fresques bien exécutées. Celles de la corniche, de petites proportions, en couleur rouge, représentent une série de scènes d'initiation mithriaque du plus vif intérêt. Dans la muraille, sous une des ouvertures pratiquées dans le toit pour laisser entrer l'air et la lumière, est encastré un joli bas-relief représentant l'amour et Psyché. Fouilles de Mésopotamie. À Kish, à l'est de Babylone, M. Weld Blundell, a découvert, outre une importante bibliothèque de tablettes cunéiformes, un vasie palais sumérien, avec les colonnes des escaliers, et des murs décorés de caractères pictographiques. Les fouilles ont aussi amené la découverte de plusieurs statues en calcaire, encastrées dans des plaques d'ardoise. L'une représente un roi trainant un captif qui a les mains liées derrière le dos. Le roi est vêtu d'une blouse sans manches, serrée à la taille par une ceinture, coiffé d'une sorte de fez, le nez est en bec d'oiseau, l'œil (de face dans la tête de profil) énorme. Ces sculptures, qui datent d'avant 4.000 avant J.C., sont peut-être les plus anciennes représentations connues de la figure humaine en action. Parmi les petits objets recueillis dans ces fouilles il faut signaler un style pour tracer des caractères cunéiformes sur une tablette d'argile fraîche. C'est un morceau d'os long de 15 centimètres, à section transversale triangulaire et aux bouts relevés.

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BEAUX-ARTS ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 28 mars Lecture est donnée d'une lettre de M. Cumont, actuellement à Rome, relative à l'importante découverte faite par M. Antonio Minto, dans les souterrains voisins de l'ancien Capitole de Capoue, d'un Mithreum dont la décoration peinte est mieux conservée que celle d'aucun autre temple de cette espèce. La voûte est parsemée d'étoiles comme figurant le ciel. Au fond, une représentation de Mithra tauroctone. À l'extrémité opposée, Séléné, conduisant son bige, descend dans les profondeurs du monde. À droite et à gauche, au-dessus du podium, les dadophores mithriaques. Le seul motif sculpté qui ait été trouvé est un joli bas-relief figurant le groupe d'Amour et de Psyché. Séance du 4 avril M. Godart, adjoint à la mission archéologique de M. Foucher en Afghanistan, fait un rapport sur une partie des résultats obtenus jusqu'ici par cette mission dont nous avons entretenu plus haut nos lecteurs. Académie des Beaux-Arts Séance du 22 mars L'Académie procède à l'élection du successeur, à la section des membres libres, du prince d'Arenberg. Après huit tours de scrutin, qui n'ont pu donner à aucun des candidats la majorité, l'élection est remise à une date ultérieure, qui sera fixée samedi prochain. Au huitième tour de scrutin, M. Jacques Rouché venait en tête avec 15 voix contre 14 à M. Léonce Bénédite et 9 à M. Moreau-Nélaton. Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 26 mars M. Adrien Blanchet étudie une précieuse bague d'or de la riche collection de M. Cl. Côte trouvée dans le département de Saône-et-Loire et portant, enchassée, une intaille qui représente une tête diadémée, (viie ou ixe s.). M. Amédée Boinet fait une communication sur une remarquable miniature de grande dimension, conservée au Musée de Cluny et qu'on peut attribuer à « Maître François », élève de Jean Fouquet. Il montre que ce feuillet a été arraché à un missel exécuté pour la Sainte-Chapelle de Paris et appartenant aujourd'hui à la Bibliothèque Mazarine. M. Prinet étudie un missel italien du xive siècle, conservé à la Bibliothèque Nationale. Il montre que les armoiries, qui le décorèrent, ne sont pas contemporaines de l'exécution du volume, mais ont été ajoutées au xvie siècle. M. Deshoulières étudie les colonnes et les chapiteaux antiques réemployés dans l'église Saint-Pierre de Montmartre. Séance du 2 avril M. Louis Réau, est élu membre résidant en remplacement de M. Cagnat, élu membre honoraire. M. Deshoulières examine un bas-relief de pierre du xime siècle, conservé au Musée du Louvre, représentant l'Annonciation et indiqué comme provenant de la cathédrale de Meaux. Il croit pouvoir apporter la preuve que ce bas-relief est le tympan qui ornait l'extérieur d'une petite porte septentrionale de la cathédrale, dite porte Maugarni, et qui fut déposé lors de la restauration de cette porte, en 1871. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 4 avril Cette séance fut consacrée à l'histoire de la musique française et se tint à la salle Pleyel. M. Raugel parla de l'Ecole d'orgue française qui, dès le moyen âge, prospérait et exerçait sur les pays étrangers une influence parallèle à celle de nos architectes. Au xviie siècle et au début du xviiie siècle, elle atteignit une rare perfection. Suivit la décadence qui fut seulement enrayer de nos jours par Benoist grâce à son enseignement du Conservatoire. M. Teissier fit revivre en une copieuse notice, Marin Marais (1656-1728) sans rival à son époque sur la base de viole. Mlle Marie-Louise Asseau pour le chant, M. Brunold au clavecin et à l'orgue, M. Ratouis de Limay pour le violoncelle, enfin M. Teissier, pianiste et chanteur, exécutèrent les exemples qui illustraient ces deux communications. FOUILLES ROMAINES DU MIDI DE LA FRANCE La commission des Monuments historiques a fait poursuivre cette année les fouilles romaines, entreprises dans le Midi sous la direction de M. Jules Formigé. Les résultats obtenus sont très importants et l'on peut signaler spécialement les suivants: A Vienne (Isère), un immense théâtre antique, plus grand que celui d'Orange, a été attaqué. Une large tranchée faite dans la terre des vergers en terrasses qui le recouvraient montre le colosse dans toute sa hauteur: on aperçoit les amorces de plus de quarante gradins, avec leurs galeries d'accès. A Orange (Vaucluse), dans le gymnase, apparaît un temple considérable, sans doute le plus grand de ceux qui nous sont parvenus en Gaule. Il mesure, en effet, 22 mètres de large (la Maison Carrée n'a que 12 m. 30 de large). Le soubassement dont tous les revêtements subsistent atteint 3 m. 75 de haut et il est déjà dégagé sur une grande longueur. La corniche supérieure, ornée de têtes de lions formant gargouilles, atteint 1 m. 20 de haut, ce qui indique que les colonnes devaient mesurer environ 15 m. de haut et 1 m. 50 de diamètre (les colonnes de la Maison Carrée n'ont que 7 m. 16

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BEAUX-ARTS de haut). On a trouvé d'énormes tuiles de pierre provenant de la couverture. Ce temple était péripètre (c'est-à-dire muni d'une colonnade continue sur ses quatre faces) et possédait en avant de son perron un autre perron long de 56 mètres. Il était accompagné d'une colonnade demi-circulaire de 74 mètres de diamètre. On l'apercevait à l'extrémité de jardins, ornés de fontaines et encadrés eux aussi par des colonnades, longs de plus de 200 mètres. Deux immenses escaliers adossés à la colonnade demi-circulaire montaient symétriquement au flanc de la colline pour arriver à un second temple situé à 30 mètres au-dessus du premier et entouré, lui aussi, d'une colonnade. Enfin, au-dessus de ce dernier montait encore un vaste mur à contreforts qui soutenait la vi le haute. Cet ensemble unique, complété par le célèbre théâtre qui s'y rattache, devait former l'un des plus beaux décors de la Gaule. Il fut édifié sous le règne d'Auguste à l'apogée de l'art romain. A Saint-Rémy (Bouches-du-Rhône), à côté du grand temple de Silvanus découvert l'année dernière, on a mis à jour une colonnade sur plan carré dont l'ordre dorique est tout à fait du type du dorique grec. BAYEUX. Maison du Gouverneur. A Fréjus (Var), on a dégagé une rue romaine autour du théâtre avec les façades des maisons, dans l'une desquelles reste encore le pivot d'une meu'e de boulanger. A Vaison (Vaucluse), on a continué les fouilles du théâtre, dégagé une rue avec plusieurs maisons et découvert un nouvel établissement de thermes. MONUMENTS HISTORIQUES Calvados. — La ville de Bayeux a acquis, pour les sauvegarder, les deux curieuses maisons de la rue Bourbesneur et de la rue des Cuisiniers dont tous les touristes connaissent la pittoresque silhouette. Le classement de ces immeubles a été aussitôt prononcé pour que ne fût pas rendu vain pour l'avenir, l'effort d'une municipalité bien intentionnée. La première de ces maisons, dite du Gouverneur, toute en pierre de taille de la région, a été élevée à la fin du xive siècle; elle comprend deux pignons dont un sur rue et une tourelle d'escalier octogonale qui a été surmontée, au début du xvrie siècle, d'une petite chambre carrée dominant la ville, où l'on pénètre par un petit escalier contenu dans une échauguette, le tout soutenu par des encorbellements à multiples ressauts. Au xvie siècle, deux baies à gâbles ornés de crochets, ont été ouvertes sur la rue. L'autre maison, située à l'angle de la rue Saint-Martin et de la rue des Cuisiniers, date du xve siècle. Le rez-de-chaussée est en pierre; sur les cinq piles trapues qui encadrent les boutiques reposent les pans de bois des deux étages que surmontent des toits élevés suivant le type BAYEUX. Maison du xv° siècle

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qu'on rencontre le plus fréquemment dans les vieilles maisons normandes. Cantal. — La belle église romane de Riom-ès-Montagne n'a pas la réputation qu'elle mérite et Cl. Mon. historiques Château de Coussay. Détail d'architecture que consacre son récent classement. La nef et les côtés, qui paraissent remonter au xie siècle, sont voulés en berceau plein cintre. Le carré du transept est surmonté d'une coupole dont les curieux pendentifs en dalles de granit sont ornés aux angles de têtes de grotesques, décoration assez spéciale à cette région. Le chœur du xie siècle est terminé par une abside semi-circulaire voutée en cul de four. Deux absidioles s'ouvrent sur les bras du transept. Les colonnes de cette partie de l'édifice sont surmontées de chapiteaux à personnages bien conservés, d'une sculpture tout à fait remarquable. Le portail occidental du xie siècle est précédé d'un porche important du xvie siècle qui fut jadis fortifié; les machicoulis ne subsistent plus actuellement que d'un côté. Vaucluse. — La ville de Carpentras possédait jadis comme Cavaillon une communauté israélite importante qui avait fait élever au xvme siècle une synagogue qui subsiste à peu près intégralement. Sans grand intérêt à l'extérieur, la grande salle de réunion offre à l'intérieur des boiseries, des balustrades en fer forgé de l'époque Louis XVI et de fort beaux lustres du xvie et du xviiie siècles dont le classement assurera la sauvegarde. Vienne. — Les restes du château de Coussay comprennent un pavillon de l'époque de la Renaissance dont le classement se justifie tout spécialement par l'intérêt que présentent les sculptures des fenêtres et surtout de la grande baie en anse de panier par laquelle s'ouvre la salle voutée d'arêtes qui contient la fontaine. Les écoinçons de cette baie sont ornés de fines arabesques et de médailles sculptés; elle est surmontée d'un entablement très délicatement orné. Ce pavillon construit par le cardinal Brignonnet pourrait être l'œuvre, ainsi que le suppose M. Goubert, architecte en chef des Monuments historiques, de Bastien et Martin François, maîtres maçons à Tours et neveux de Michel Colombe. Il y a en effet une analogie frappante entre les sculptures qui ornent cette construction et la décoration du cloître de Saint-Martin de Tours, œuvre de ces artistes. Yonne. — Le château de Druyes-les-belles-Fontaines, dont les ruines pittoresques s'élèvent sur la colline qui domine le village fut construit au xie siècle par les comtes d'Auxerre et de Nevers. La porte d'entrée, massive construction carrée dont les machicoulis subsistent intégralement, était seule classée. Si la totalité de l'enceinte n'avait fait l'objet de la même mesure, on se proposait de démolir petit à petit ces murs épais pour en utiliser la pierre. Le château forme un vaste quadrilatère flanqué de quatre tours rondes aux angles et de deux tours carrées à l'est et à l'ouest; les unes et les autres ont perdu leurs défenses. Sur le mur méridional s'ouvrent encore sur la colline abrupte, les baies en plein cintre Cl. Mon historiques Château de Druyes-les-belles Fontaines qui éclairaient les vastes salles du premier étage. Une enceinte extérieure entourait le château, à l'intérieur de laquelle s'élevaient les maisons du village; il n'en subsiste que quelques tours isolées. Jean VERRIER.

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[45] 1er MAI 1924 135 BULLETIN DES MUSÉES LES PORTRAITS DE M. & Mme NECKER PAR DUPLESSIS au Musée de Versailles A la vente de la collection Bloch-Levalois, le 25 mars dernier, le Musée de Versailles s'est rendu acquéreur, au prix de 56.000 francs, de deux portraits en buste de M. et Mme Necker. Ce sont d'excellentes réductions anciennes (haut., 0,32 cm.; larg. 0,27 cm.) des portraits peints par Duplessis, qui demeurent, au château de Coppet, en Suisse, la propriété de M. le Comte d'Haussonville. Les toiles originales de Duplessis ont été reproduites dans la Gazette des Beaux-Arts de 1905, où Edouard Rod publiait ses intéressants Souvenirs du Château de Coppet (3e pér., tome 33, p. 5, 305, 421); on en retrouvera les gravures en regard des p. 104 et 112 du livre de M. Jules Belleudy, J. S. Duplessy, peintre du Roi, 1725-1802 (Chartres, 1913). Lorsque les portraits de M. et Mme Necker furent exposés au salon de 1783, ils obtinrent un succès extraordinaire, dû pour le moins autant Duplessis. Portrait de Necker (Musée de Versailles) aux qualités vraiment rares de la peinture qu'à la célébrité des modèles. Le ministre de Louis XVI est représenté assis auprès d'un bureau, sur lequel il pose la main droite, tandis que de l'autre il s'appuie à son fauteuil dans un mouvement tout naturel, se retournant pour regarder un visiteur; le ton violet prune de son habit, ouvert sur un jabot de dentelle, est d'une grande séduction. Mme Necker, assise près de la cheminée de son salon, est vêtue de satin blanc, avec un fichu de mousseline sur les épaules. « La beauté », écrit Duplessis. Portrait de Mme Necker (Musée de Versailles) Edouard Rod, « a disparu de ce visage fané; il a conservé beaucoup de charme. Il est d'une douceur infinie, un peu triste, sans amertume, animé par un sourire amical et désabusé ». Le grand portrait de Necker est signé: J. S. Duplessis pinx-1781. Les deux réductions en buste de la collection Bloch-Levalois avaient été adjugées, en avril 1907, 15.200 francs, à la vente du Comte André de Ganay; une autre réduction du seul portrait de Necker, qui a conservé son beau cadre ancien, appartient à M. le Comte M. de Camondo. A. P. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS Le 11 avril dernier s'est ouverte, au Pavillon de Marsan, l'exposition annoncée de l'œuvre de Maurice Denis, qui se prolongera jusqu'au 11 mai. — Nous en rendrons compte dans notre prochain numéro. Constatons simplement pour aujourd'hui son grand succès et signalons la pénétrante et

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sympathique lettre-préface qui précède le catalogue, signée de notre collaborateur André Pératé. MUSÉE DES ORDRES FRANÇAIS Les bâtiments du palais de la Légion d'honneur, qui sont actuellement en reconstruction le long de la rue de Bellechasse, sont destinés à abriter un Musée de la Légion d'honneur et des ordres français pour l'organisation duquel s'est constitué un comité sous la présidence d'honneur du général Dubail, grand chancelier, et la présidence effective de M. Frantz Jourdain. On se propose d'y rassembler dans un cadre harmonieusement décoré et tendu probablement de tapisseries du Garde-meuble des œuvres d'art et des souvenirs relatifs à l'histoire des divers ordres français. MUSÉE HISTORIQUE D'ORLÉANS Nous apprenons avec plaisir la nomination de M. Jules Banchereau comme conservateur du Musée historique d'Orléans en remplacement du Dr Garsonnin récemment décédé. Membre du bureau de la Société française d'archéologie, M. Banchereau fut un des collaborateurs les plus actifs du regretté Lefèvre-Pontalis. Ses connaissances et son zèle trouveront une riche matière dans les collections orléanaises si riches et si variées. MUSÉE MUNICIPAL F. BLANDIN A NEVERS Grâce à de généreuses initiatives officielles et privées, le Musée de Nevers vient de s'enrichir de la collection complète des œuvres du graveur Fernand Chalandre, membre associé de la Société Nationale des Beaux-Arts, décédé à l'âge de 45 ans, le vendredi 21 mars 1924, à Nevers. La mort implacable, qui guettait Chalandre depuis de longues années, a mis brutalement fin au labeur admirable d'un artiste plein de talent, et d'un homme de grand cœur. Son œuvre, considérable néanmoins, constituera, dans une salle spéciale du Musée, un point brillant : la glorification, par le cuivre et par le bois, des vieux coins de la ville où il est né, où il a toujours vécu, et où sa dépouille mortelle a reçu l'hommage ému et spontané d'une population reconnaissante. L. MOHLER. DESSINS DE CHARLES CAZIN AU MUSÉE DE CALAIS La mort toute récente de Mme Marie Cazin nous amène à évoquer le souvenir de la visite que la commission du Musée de Calais lui faisait, à la fin 1922, à Equihen, dans cette retraite familiale dont tous les hôtes sont aujourd'hui disparus. Mme Cazin, qu'accompagnait sa sœur, nous reçut avec la plus grande affabilité, nous présenta en détail ce petit domaine situé à mi-côte, face à la mer, sur un terrain vallonné et couvert de genévriers, dans un site tel qu'en a peint si souvent le grand artiste, en y ajoutant les figures simples, aux gestes si justes, dont il peuplait parfois ses toiles. Le logis est tout plein de meubles anciens garnis de pièces de céramique, ainsi que les murs dans certaines pièces. Des cartons, des dessins de Charles Cazin, des gravures de son fils Michel, plus loin une salle où tous les plâtres de Mme Marie Cazin sont réunis, y évoquent l'œuvre triple du père, de la mère et du fils. Dans un local isolé se trouve l'atelier qui est resté tel que le Maître l'a quitté, plusieurs grands panneaux destinés à être traduits en tapisserie dont un seul est achevé, puis, de ci de là, des études en vue de l'exécution de ses tableaux. Ce lieu émouvant mériterait de devenir un « Musée Cazin », où de nombreux visiteurs pourraient aller passer quelques bonnes heures et les peintres méditer sur le travail accompli joyeusement par un maître épris de son art. Quoi qu'il en soit, la commission du Musée de Calais, décida, dans cette visite, l'achat d'une belle préparation au bist-e sur toile, de Charles Cazin, Village d'Arbonne (S.-et-M.), datée de 1878, et Mme Marie Cazin, en souvenir de son mari, ajouta à notre achat le don de six magnifiques dessins destinés à compléter le petit ensemble d'œuvres du maître qui honora notre région et dont notre musée doit garder pieusement le souvenir. Ce sont : Un Canal vers Guines (P.-de-C.), Bateaux échoués, un Embarquement pour la pêche, Un Berger, une Etude de paysage, enfin La place d'Armes, un jour de marché, à Calais. Un beau dessin rehaussé fut acquis également fin 1922 par le Musée, qui possédait déjà plusieurs pièces du maître grâce à divers donateurs. Albert GUILMET.

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LE PRÉTENDU SAINT AUGUSTIN DE PAJOU au Musée de Toulouse On sait que Pajou, chaudement recommandé par son maître Jean-Baptiste Lemoyne, obtint en 1760 la commande très enviée d'une des statues de marbre destinées à remplacer dans les chapelles du Dôme des Invalides, d'anciennes statues en plâtre exécutées sous la direction de Girardon, à la fin du règne de Louis XIV (1). La figure Pajou. Saint François de Sales (Musée de Toulouse) dont il fut chargé et qu'il exposa au Salon de 1761, était un Saint Augustin. Transportée pendant la Révolution au Musée des Monuments français, elle partagea le sort du Saint Grégoire de J.-B. Lemoyne, du Saint Ambroise de Falconet, de la Sainte Monique de Houdon. Fut-elle troquée par Lenoir contre des œuvres de sculpture auxquelles il attribuait plus de valeur? Fut-elle détruite? On ne sait. En tout cas, elle a disparu. Sur les quatorze statues de marbre qui décoraient avant la Révolution le Dôme des Invalides, deux seulement sont parvenues jusqu'à nous: la Vierge de Pigalle et le Saint Jérôme de L.-S. Adam, transférées l'une à Saint-Eustache, l'autre à Saint-Roch. A défaut des originaux en marbre, ne pourrait-on pas retrouver les maquettes ou les modèles de ces statues d'une importance capitale pour l'histoire de la sculpture religieuse au xvième siècle? Un heureux hasard m'a permis d'identifier au Musée Municipal de Saint-Germain-en-Laye le petit modèle en terre cuite du Saint Grégoire de Lemoyne (1) et jusqu'à présent il était généralement admis que le Musée de Toulouse possédait le modèle du Saint Augustin de Pajou. Cette statuette en terre cuite, signée et datée, est le morceau de réception que Pajou offrit en 1767 à l'Académie des Arts de Toulouse, dont il était associé honoraire, comme le devint plus tard Houdon en 1776. Les catalogues successifs du Musée, y compris le plus récent, celui de 1912, l'enregistrent, sous le nom de Saint Augustin en prière, comme l'esquisse de la statue perdue des Invalides. M. Stanislas Lami, dans son Dictionnaire des sculpteurs, M. Stein dans sa précieuse monographie de Pajou souscrivent à cette désignation. Nous avons tout lieu de croire, cependant, qu'elle est erronée. Un premier motif de doute, c'est que cette appellation est relativement récente. Dans les premiers catalogues des ouvrages appartenant à l'ancienne Académie de Toulouse, publiés en 1767 et en 1777, le modèle est désigné simplement: «un saint évêque par M. Pajou, sculpteur du roi». C'est seulement en l'an III, soit en 1795, dans le Catalogue des tableaux et autres monuments des arts formant le Museum provisoire établi à Toulouse, rédigé par Jean-Paul Lucas, que pour la première fois le nom de Saint Augustin apparaît associé à la terre cuite de Pajou. M. Stein, qui signale cette objection assez troublante, ne croit pas devoir la retenir et ne met pas en doute cette désignation consacrée par le temps. Pourtant, d'autres observations, auraient pu inspirer quelque méfiance. La statuette de Toulouse porte la date de 1765. Or, le modèle de la statue des Invalides, commandée en 1760, fut exposé en 1761. Notre terre cuite ne saurait donc être le modèle du Saint Augustin, exécuté quatre ans plus tôt: ce serait tout au plus une réduction faite après coup. Autre objection. Nous savons que toutes les statues de marbre, exécutées dans la seconde moitié du xvième siècle pour la décoration du Dôme des (1) Sur l'histoire de cette commande, cf. l'excellente étude intitulée Les statues du Dôme des Invalides au xvième siècle, publiée par M. Carle Dreyfus dans le Bull.de la Société de l'Histoire de l'Art français, 1908. (1) L. Réau, Sculptures de J.-B. Lemoyne, au Musée de la ville de Saint-Germain-en-Laye. Beaux-Arts; 15 mai 1923.—Les Lemoyne du Musée de la ville de Saint-Germain. Gaz. des Beaux-Arts, avril 1921.

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BEAUX-ARTS Invalides, étaient plus ou moins calquées sur les anciennes statues en plâtre qu'elles étaient appelées à remplacer progressivement. Dans le contrat qu'il avait signé en 1760, Pajou s'engageait à « faire la figure de Saint Augustin de pareille hauteur que celle qui est anciennement posée dans la niche de la chapelle ». Il a dû, comme tous ses confrères, imiter l'œuvre de son prédécesseur, Jean Pouletier. Or, ce premier Saint Augustin de Pouletier, nous le connaissons par la gravure de Cochin père, reproduite dans les Descriptions de l'Hôtel des Invalides de 1735 et 1756 : il n'a rien de commun avec le Saint Augustin présumé du Musée de Toulouse. Un dernier argument nous dispense d'insister davantage, car il emporte la conviction : ce n'est plus une présomption, mais une preuve. Nous pouvons nous représenter, en effet, le véritable Saint Augustin exposé par Pajou au Salon de 1761, grâce à un de ces précieux croquetons griffonnés par Gabriel de Saint Aubin, en marge de son catalogue (1). Il suffit de comparer la statuette de Toulouse à ce croquis, dont la précision documentaire est incontestable, pour constater que nous nous trouvons en présence de deux œuvres complètement différentes. Le saint destiné à la chapelle des Invalides est — comme la figure en plâtre de Pouletier — debout, dans une attitude rigoureusement frontale; il tient d'une main un livre et de l'autre une plume ; il est coiffé de la mitre. Le saint du Musée de Toulouse est, au contraire, agenouillé sur la jambe gauche, le corps penché en avant; il a les mains jointes et la tête nue; sa mitre est posée sur le sol. Il n'y a aucun rapport entre ces deux statues. Force est donc de renoncer à la désignation traditionnelle. On peut affirmer, sans crainte d'erreur, que la terre cuite de Toulouse n'est pas, comme on le répétait depuis 1795, l'esquisse du Saint Augustin commandé à Pajou pour le Dôme des Invalides. Mais alors si le saint en prière du Musée de Toulouse n'est point saint Augustin, quelle nouvelle désignation convient-il de proposer? La statuette porte, nous l'avons dit, la date de 1765. Or nous voyons qu'au Salon de 1765, Pajou exposa « une figure de Saint François de Sales : modèle de 2 pieds 6 pouces de hauteur, qui doit être exécuté en grand pour l'église de Saint-Roch à Paris ». Le pseudo Saint Augustin de Toulouse, ne serait-il pas tout simplement un Saint François de Sales? (1) Ces dessins ont été reproduits en fac-similé par notre confrère M. Dacier, qui a rendu par là un service signalé aux historiens de l'art français. Les dates s'accordent parfaitement avec cette hypothèse. N'est-il pas plus naturel que Pajou ait offert en 1767 comme morceau de réception à l'Académie de Toulouse une de ses œuvres récentes plutôt que la réduction d'une statue très connue, et vieille de cinq ou six ans? Les dimensions du modèle exposé au Salon de 1765: 2 pieds 6 pouces et de la statuette de Toulouse: 0m, 79 sont les mêmes. Et quant aux attributs, la mitre et les livres, ils conviennent tout aussi bien à l'évêque de Genève qu'à l'évêque d'Hippone. Ainsi, tout concourt à nous persuader que la terre cuite toulousaine représente non pas l'auteur des Confessions, mais celui de l'Introduction à la Vie Dévote. La statue, dont elle nous conserve le souvenir, serait non pas celle du Dôme des Invalides, mais celle qui ornait une des chapelles du transept de l'église Saint-Roch. Comm. par M. Dacier Gabriel de SAINT-AUBIN. Croquis du Saint-Augustin de Pajou Livret du Salon de 1761 Un dernier point restait à éclaircir. De quel document iconographique s'est servi Pajou pour modeler la tête de son Saint François de Sales ? Les recherches faites à ce sujet au Cabinet des Estampes m'ont conduit à un résultat inattendu. Certes, il y a bien quelques analogies entre les portraits gravés de l'évêque de Genève et le saint chauve et barbu modelé par Pajou. Mais on saperçoit, avec stupeur, que l'artiste a copié trait pour trait, pour représenter Saint François de Sales, la tête d'un Saint François de Paule gravée par Audran, d'après Millin et plus tard en sens inverse par Le Blond. Sans doute, c'est toujours un Saint François. Mais cette substitution du fondateur de l'Ordre des Minimes au fondateur de l'Ordre de la Visitation ressemble à une dérision. L'artiste pensait sans doute que le curé et les paroissiens de l'église Saint-Roch n'y verraient que du feu et que la tête d'un saint, pourvu qu'elle fût illuminée par la foi, pouvait être placée sans inconvénient sur les épaules d'un autre. LOUIS RÉAU.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE La place Royale à Bruxelles Les savants et les archéologues de Belgique peuvent, eux aussi, gagner des batailles, et de ces victoires-là, les pacifistes les plus convaincus ne souhaiteront pas la disparition puisque l'ignorance et le mauvais goût en restent les seules victimes. Pour nous, Français, nous aurons doublement à nous réjouir, car ce sont deux architectes de chez nous, Barré et Guimard, qui ont créé à la fin du xviie siècle l'un des plus beaux ensembles décoratifs de Bruxelles, qui vient d'être si heureusement défendu et sauvé. L'on connaît cette harmonieuse «Place Royale» aux pavillons symétriques largement ordonnés, digne pendant, a-t-on pu dire, de la Grand'Place (1), et qui complète admirablement ce quartier si particulier du Parc et des rues avoisinantes. Or, des constructions nouvelles, élevées par des banques puissantes, menaçaient de défigurer ce bel ordre de choses. Déjà de hautes et massives charpentes de fer étaient montées au-dessus de l'un des pavillons et enlevaient tout caractère à la Place Royale. C'est alors que M. G. Des Marcz, archiviste de la ville et professeur à l'Université, fit paraître un beau livre tout rempli de documents comme un réquisitoire, et cependant clair et net comme une vive histoire où se lit avec plaisir toute la genèse de cette entreprise, où la France eut tant de part. M. Des Marcz montrait lumineusement non seulement comment s'était péniblement réalisée cette vaste conception artistique du xvie mais encore quelles précautions minutieuses avaient été prises par les autorités et les architectes d'alors, pour assurer la continuation de leur œuvre, quelles obligations avaient été imposées aux propriétaires futurs (1). Forts de ces précisions, la Commission des monuments et des sites, qui joue en Belgique un rôle si fécond, le Conseil communal et le groupe du Vieux Bruxelles agirent auprès des modernes ingénieurs oubliex du passé, et, fait tout à l'éloge des financiers et des hommes d'affaires bruxellois, ces réclamations furent écoutées, malgré l'état avancé des travaux: les malencontreuses charpentes disparurent et l'ordonnance de la Place Royale fut respectée dans ses grandes lignes. Espérons que propriétaires et pouvoirs publics continuant à collaborer, l'on finira par rétablir partout le joli trait de lumière dessiné par les balustrades à claire-voie des toitures, qu'il faudrait ramener tout autour de la place à leur gabarit primitif. L'exemple mérite d'être connu chez nous où un déplorable laisser-aller favorise la lente destruction de la place des Victoires, la rupture de l'équilibre voulu pour la place de l'Etoile, sans parler de l'unité rompue rue de Rivoli, et dans bien d'autres lieux. Les savants archéologues belges nous montrent ainsi la voie : tout en respectant leur rôle essentiel qui est de rechercher la vérité historique, ils sont loin de s'enfermer dans leur tour d'ivoire et prennent de plus en plus conscience de la tâche précise et pratique qui leur est dévolue dans la vie de la Cité. Financiers et industriels commencent aussi à se rendre compte que l'Art et la Pensée sont tout autre chose que des forces de luxe. D'une coopération plus intime des actifs et des intellectuels peut venir peut-être le secours dont notre vieille Europe a si grand besoin pour surmonter la terrible régression actuelle. Edouard MICHEL. (1) Louis Réau. La Place Royale de Bruxelles. (L'Architecture, 10 novembre 1923, vol. 36, pp. 350-354) --- BRUXELLES. La place Royale (Bâtiment surélévé). --- BRUXELLES. La place Royale (Bâtiment normal). --- (1) G. Des Marcz. La Place Royale à Bruxelles, 1 vol. in-4° 1923, 224 p., fig. et pl. (Extrait des Mémoires publiés par la Classe des Beaux-Arts, de l'Acad. roy. de Belgique). ---