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2e Année. — Numéro 6 15 Mars 1924 BEAUX-ARTS REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE • --- LES TRAVAUX PRÉPARATOIRES DE L’EXPOSITION DE 1925 La grande manifestation, prévue pour l’an prochain, entre de plus en plus dans la voie de la réalisation. L’Etat, la Ville de Paris, les nations étrangères prennent leurs dernières dispositions pour assurer à leur participation le maximum d’éclat. Dans les premiers jours du mois prochain, la première pierre sera posée. Dès maintenant, la plupart des marchés ont été passés, les demandes d’admission reçues. Par un projet de loi, qui sera déposé incessamment, le gouvernement demandera au Parlement un crédit de deux millions et demi pour permettre à nos grands établissements d’art décoratif et d’enseignement technique — écoles et manufactures — de prendre à l’Exposition la part qui leur revient. Il est juste, en effet, que les frais de la participation des institutions de l’Etat soient assumés, non par l’Exposition, dont le budget provient de souscriptions privées, mais par l’Etat lui-même dont l’intervention jusqu’à ce jour ne s’était manifestée, dans le domaine financier, que par des exigences fiscales extrêmement lourdes. Mais l’abstention de nos écoles et manufactures d’Etat équivaudrait, dans l’esprit public, à une véritable carence; c’est afin de la prévenir que le gouvernement demande aux Chambres le moyen de mettre ces établissements à même de défendre dignement la culture technique française. Un accord est intervenu récemment entre M. Fernand David, commissaire général de l’Exposition, et le Conseil municipal au sujet de la construction du pavillon que la Ville de Paris compte affecter à son exposition des écoles professionnelles. Cette construction serait exécutée par les services d’architecture de la Ville qui devront seulement soumettre leurs plans à une commission compétente. Les frais en seront remboursés par la Ville de Paris au moment du règlement définitif des comptes de l’Exposition. Quant au programme de la participation des écoles primaires et professionnelles parisiennes, il prévoit la division du pavillon qui leur sera réservé, en deux parties distinctes, l’une consacrée aux ensembles décoratifs — le mobilier du salon officiel de réception, notamment, sera réalisé par l’Ecole Boulle — l’autre, réservée aux écoles techniques qui, chacune dans sa spécialité, pourront montrer leurs méthodes d’enseignement et les résultats obtenus. A l’occasion de l’Exposition de 1925, le Conseil municipal vient de voter un crédit de 50.000 francs, destiné à doter un concours de modèles nouveaux pour le mobilier de la voie publique: appareils d’éclairage, boîtes aux lettres, bancs, kiosques, etc. La commission des concessions a récemment examiné la question des concessions à accorder aux restaurants et aux divers établissements de dégustation, d’attractions et de vente. Il a été décidé qu’un théâtre comportant de 6 à 800 places sera construit par MM. Perret et Granet. Les manifestations, auxquelles il servira de cadre, devront comporter un élément nouveau dans les principes ou les modalités de la mise en scène. Les représentations auront lieu d’avril à octobre 1925. Parmi les centres d’art provinciaux français, les industries lyonnaises promettent d’être représentées à l’Exposition d’une façon remarquablement complète. En dehors de leur participation aux diverses classes relevant de leur spécialité, il a été décidé qu’un pavillon, élevé sur les plans de l’architecte Tony Garnier, grouperait, autour de la soirée, tous les arts de la région lyonnaise: vitrail, ferronnerie, mobilier, etc... De leur côté, les nations étrangères se préoccupent de leur participation. Le gouvernement belge vient d’affecter un crédit de 500.000 francs à l’organisation de sa section nationale. En outre, une loterie d’un million et demi, sera organisée, dont le produit servira à couvrir les frais supplémentaires. C’est le comte

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Adrien van der Burch, qui sera le délégué de la Belgique à l'Exposition. Après entente avec l'Italie, il a été décidé que le pavillon officiel italien sera édifié près de l'en- trée principale de l'Exposition, avenue Nicolas II. Enfin, le gouvernement péruvien vient de décider que son représentant serait M. Gonzalo Ti- rado, consul général du Pérou à Paris. NOUVELLES Légion d'honneur. — Dans la promotion récemment parue au titre du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, nous relevons les promotions et nominations suivantes: Grand officier: M Homolle, administrateur général honoraire de la Bibliothèque Nationale; Commandeurs: MM Paul Léon, directeur des Beaux-Arts; Antoine Bourdelle, Jacques Rouché, directeur de l'Opéra; Officiers: MM Courboin, conservateur du Cabinet des Estampes, Lebourg, Le Gout-Gérard; Cheva- liers: MM Ledos, conservateur-adjoint à la Bibliothèque nationale; Marquet de Vasselot, conservateur au musée du Louvre; Le Clert, conservateur honoraire du musée de Troyes; Woog, professeur à l'Ecole des Arts décora- tifs; Raoul Laparra, Jacques Roque, Henri Rousseau, Jacques Gruber, Maurice Marinot, Louis Malrie, Paul Niclausse, Duquesne, architecte en chef du gouvernement; Gustave Fréjaville. Une exposition Degas — L'exposition Degas, dont nous avons annoncé la préparation et qui doit se tenir à la Galerie Georges Petit, au profit de la Ligue Franco-Anglo-Américaine contre le cancer, s'ouvrira le 12 avril pour se clore le 2 mai. Une exposition Géricault — On annonce également comme prochaine, une importante exposition Géricault, organisée en l'hôtel de M. Charpentier, au bénéfice de la « Sauvegarde de l'art français ». Une exposition d'art cinématographique — La direction du Musée Galliéra vient de décider de consacrer son exposition « spécialisée » du printemps à l'Art dans le cinéma français. D'après ses organisateurs, cette manifestation se proposerait de montrer tout ce que le cinéma emprunte aux autres arts et ce qu'il leur rend en retour; elle comportera une exposition de dioramas, de maquettes et d'échantillons, des séances de projections et des conférences. Domaine de Versailles — Le régime des taxes d'entrée dans les Musées et Palais nationaux en vigueur depuis un an, comporte un droit assez élevé (4 francs) pour les voitures qui veulent franchir les grilles des cours et de certaines parties réservées du parc. Ce droit est acquitté régulièrement et contribue largement, nous dit-on, au joli total produit par Ver- sailles et ses annexes. Encore serait-il décent que les routes offertes ainsi à la circulation automobile fussent mises en état convenable, et que l'administration du Domaine ou les services d'architecture qui, d'après la volonté du législateur, bénéficieront entièrement du pro-duit des entrées, songeassent un peu à réparer les chaussées et combler les fondrières. A la Commission du Vieux-Paris — A la réunion du 26 janvier de la commission, M. Debidour, a fait connaître que le cimetière historique de Sainte-Mar- guerite, où est, assure-t-on, enterré Louis XVII, est maintenant sauvé de la destruction. La commission s'est également occupée du moulin Radet, à Montmartre, qui va être transporté dans une propriété privée. — Dans sa réunion du 23 février, la commission du Vieux-Paris a émis deux vœux intéressants concernant, l'un l'hôtel de Rohan, l'autre le parc de Sceaux. Ce dernier vient d'être acquis par le Conseil général, M. Debidour a rendu compte de la visite qu'il fit récemment à cette magnifique propriété qui a conservé quelques parties de sa physionomie primitive comme architecture, verdure, statues et distribution des eaux. Un vœu a été émis pour que des travaux de nettoyage et d'entretien soient exécutés qui sauvegarderaient les derniers vestiges d'un passé qui évoquent pour nous le souvenir de Colbert et des dues du Maine et de Penthievre. On sait que l'Imprimerie nationale doit prochainement évacuer l'hôtel de Rohan. M. Léon Mirot, des Archives nationales, a fait adopter le vœu que l'hôtel de Rohan, y compris sa décoration, soit classé comme monument national et utilisé pour l'agrandissement du service des Archives ou, en cas d'impossibilité, qu'il soit affecté par l'Etat à une administration publique. Société des Amis du Vieux Reims — La Société compte reprendre ce printemps la série de ses publications et de ses conférences-promenades. Elle laissera encore de côté les années de son Annuaire-bulletin de 1915 à 1921 et distribuera le fascicule de 1922 — elle reprendra également l'édition de ses séries de cartes postales. Enfin une conférence sur les frères Le Nain sera donnée le 25 mars, une visite et conférence-promenade dans la première quinzaine de mai. Un musée du «Vieux New-York» — Les Etats-Unis, « pays neuf », commencent à regarder en arrière et peu à peu empruntent au Vieux Continent ses institutions historiques et archéologiques pour l'étude de leur propre passé. Nous signalions, dans notre numéro du 1er mai 1923, le projet émis, à cette époque, de procéder au classement des monuments de New-York présentant un intérêt artistique ou historique. Aujourd'hui, nous apprenons que, s'inspirant de ce qui a été fait au Guildhall Museum de Londres et au Musée Carnavalet, deux critiques d'art américains, MM Archer M. Huntington et Francis Gallatin viennent de fonder le Museum of the City of New-York, qui sera consacré à l'histoire de la ville. Tous les documents et témoignages, qui pourront servir à retracer le développement de New-York, y seront réunis. Une initiative anglaise — On sait de quel secours précieux est pour l'histoire de l'art le grand répertoire publié en Allemagne, par Thieme et Becker, sous le nom de : Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart. Cette œuvre monumen-

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tale, dont le tome XIV a paru en 1921, est très loin d'être terminée. Une grande partie des matériaux a été assemblée, mais les difficultés de l'heure présente empêchent les éditeurs de continuer leur effort. Pour venir à leur aide, la revue anglaise The Burlington Magazine, dans son numéro de janvier, invite ses lecteurs à prendre part à une souscription qui a pour but de mettre à la disposition des directeurs de la publication les fonds qui leur manquent. Les Fouilles de Doura en Syrie. — Dans une conférence faite le 26 février, à la Société de Géographie, M. Franz Cumont a exposé les résultats de sa campagne archéologique poursuivie, en 1922 et 1923, dans le désert syrien. Le centre de ses investigations a été Doura, ville autrefois prospère, construite au milieu d'un territoire jadis fertile, qui fut abandonné à la fin du troisième siècle de notre ère. Des influences grecques, romaines, orientales et iraniennes vinrent se mêler en ce lieu. Les fouilles exécutées sur l'emplacement de la citadelle de Doura ont mis à jour des sculptures grecques dont certaines révèlent des influences orientales. Non moins intéressantes sont les peintures retrouvées dans les édifices religieux qui appartiennent à deux époques différentes. Celles de la première — grecque — représentent des prêtres d'un type oriental bien caractérisé; celles de la seconde montrent un sacrifice accompli par une légion romaine devant son drapeau. Le conférencier a souligné l'importance particulière de Doura au point de vue archéologique en montrant que les renseignements recueillis en cette région intéressent non seulement cinq ou six siècles de la période hellénistique et romaine, mais éclairent d'un jour nouveau les origines de l'art byzantin. Fouilles archéologiques au Maroc. — On vient, après des recherches poursuivies pendant plusieurs années, de fixer avec précision l'emplacement de Tocolocida, centre romain situé entre Volubilis et McKnès. Les fouilles, entreprises depuis deux mois sur cet emplacement, ont donné lieu à d'intéressantes découvertes épigraphiques. Des monuments figurés ont également été trouvés, notamment une statuette d'Isis, deux petits bustes de femme et un fragment de statuette d'homme drapé. La reconnaissance archéologique des divers territoires militaires récemment pacifiés se poursuit actuellement. Le Tombeau de Virgile. — Le gouvernement italien vient de se rendre acquéreur du tombeau de Virgile. Des mesures vont être prises pour en assurer la conservation dans des conditions dignes du grand poète latin. Le monument sera entouré d'un jardin planté de lauriers-roses et de myrtes, selon le goût antique. La Restauration des orgues de Dijon. — Sur l'initiative de plusieurs personnalités dijonnaises, une souscription vient d'être ouverte, en vue de recueillir les fonds nécessaires à la restauration des orgues de la cathédrale Saint-Bénigne. Les orgues en question ont été construites en 1743, par un facteur d'origine allemande, Charles-Joseph Riepp qui s'était installé à Dijon avec sa femme. Les boiseries passent pour être l'œuvre de Jérôme Marlet qui, on le sait, a travaillé à la décoration d'un grand nombre d'édifices publics ou privés de la région. Elles accompagnent une machinerie remarquable qui fait de ces orgues un des instruments les plus grands et les plus beaux qui existent en France dans ce genre. NECROLOGIE Le 20 février dernier, ERNEST VERLANT est décédé subtilement à Bruxelles. Né en 1862, à Ypres, il commença par être avocat, mais il quitta bientôt le barreau pour la littérature et la critique d'art. Dans ce dernier domaine il acquit rapidement une autorité qui le fit appeler à la direction des Beaux-Arts. Membre de l'Académie de Belgique et de la nouvelle Académie de langue et de littérature françaises, il exerçait depuis plusieurs années les fonctions d'inspecteur général des Beaux-Arts. Il était parmi les fondateurs de la Revue de Belgique, qui s'annonce sous les plus heureux auspices. Le peintre belge ALFRED VERHAEREN est mort dernièrement à 75 ans. Membre de l'Académie royale de Belgique, il appartenait à l'école réaliste qui contribua si puissamment à la rénovation de l'école belge. L'œuvre qu'il laisse est très abondante. L'exposition d'Art Belge de l'an dernier nous en montra quelques intéressants exemples. Le peintre RAFFAELLI, qui vient de mourir à l'âge de 74 ans, était un des artistes les plus originiaux de l'heure présente. Élève de Gérôme, à l'influence duquel il échappa de bonne heure, ses débuts furent difficiles, mais en 1885, une exposition de ses œuvres à la galerie Georges Petit lui apporta la grande notoriété. Parisien de Paris, il fut le peintre des «fortifs». De ces paysages désolés, il rendit admirablement le pittoresque et la mélancolie, mais, réaliste sincère, il sut néanmoins en faire jaillir une note poétique qui lui était bien personnelle. Peintre de portraits, il exécuta une saisissante image de M. Georges Clemenceau à la tribune d'une réunion publique, que conserve le Musée du Luxembourg. Sculpteur et graveur, il se révéla artiste original dans tous les genres qu'il aborda. Son livre des Promenades au Louvre, montre une rare compréhension des maîtres du passé et des grands problèmes esthétiques. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 15 février M. Georges Bénédite est élu membre titulaire en remplacement de M. Bouché-Leclercq décédé. L'Académie a ensuite procédé à l'élection d'un académicien libre en remplacement du chanoine Ulysse Chevalier, décédé. Au premier tour de scrutin, le général Gouraud a été déclaré élu. Le commandant Lartigue communique un rapport sur une mission archéologique qu'il vient d'accomplir en Chine.

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BEAUX-ARTS Séance du 22 février Sur le rapport de M. Blanchet, la commission de la fondation Pellechet accorde 10,000 francs pour la réparation de la chapelle de Notre-Dame-du-Cran, à Treffléan (Morbihan), et 6,000 fr. pour la réparation du clocher de Luxy (Yonne). M. Léon Rey fait une communication sur la convention franco-albanaise du 9 octobre, aux termes de laquelle l'Albanie concède à la France le privilège des fouilles dans le bassin de Drin et à l'est du lac de Scutari, où ont été découvertes d'intéressantes nécropoles, à Durazzo (nécropoles illyriennes), à Byblos et à Apollonia (antiquités gréco-romaines). Académie des Beaux-Arts Séance du 23 février L'Académie a entendu la lecture d'une communication de M. Pierre Paris, membre de l'Académie des inscriptions, directeur de l'école française des hautes études hispaniques à Madrid, sur l'enseignement français en Espagne. Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 23 janvier M. Marquet de Vasselot étudie une assiette du service d'Isabelle d'Este qui fait partie du legs de Madame la Baronne Salomon de Rothschild au Musée du Louvre. Elle représente Isaac et Rebecca, d'après une peinture de Raphaël, aux loges du Vatican. M. Jules Formigé parle de la cathédrale de Fréjus et des bâtiments qui s'y rattachent : palais, baptistère, chapitre, cloître, etc. Il signale la persistance des influences arabes, qu'on y retrouve, et décrit spécialement le cloître à deux étages, qui possède des plafonds en charpentes peintes du xixe siècle, et qui est bâti en grès rose et marbre blanc. M. P. Vitry, à propos d'un travail récent de M. Emile Gavelle, revient sur l'attribution à Jacques Bachot d'une partie du tombeau des Poncher, qu'il considère comme devant être abandonnée, la sépulture ayant été exécutée seulement, en 1523, par Guillaume Regnault, tandis que la décoration de la chapelle, à laquelle Bachot travailla, date de 1507. Séance du 30 janvier. M. le comte Lefebvre des Noëttes fait une communication sur le tracé en ligne droite des voies romaines. Il en cherche la raison dans la nature des charrois auxquels ces voies étaient destinées. Il décrit ces charrois, les compare aux charrois modernes à traction animale et conclut que le tracé presque rectiligne des voies romaines, aux pentes roides mais courtes, convenait mieux aux charrois antiques qu'un tracé analogue à celui des routes modernes aux courbes multiples atténuant les pentes. M. Martroye donne lecture d'un mémoire de M. le Baron de Baye relatif à des carreaux de terre cuite du Moyen Age, découverts dans l'enceinte des ruines de l'Abbaye de Saint-Pierre d'Oyes (Marne), plus connue sous le nom de Prieuré de Saint-Gond. Ces carreaux, ornés d'armoiries et d'inscriptions, donnent les noms des tuiliers qui les ont confectionnés. Ils font connaître trois membres de la famille Mocaus de la tuilerie de Chantemerle. Séance du 6 février M. Maurice fait une communication relative au médailon de Constance Chlore trouvé à Arras, qui présente une légende unique: Reeditori lucis aeternae. Cette lux aeterna rendue à l'empire romain est la lumière du soleil qui ne devait pas se coucher sur les terres de Grande-Bretagne, d'après les astrologues. M. Michon signale une statuelle d'athlète en bronze appartenant à M. Marcel Guérin, récemment exposée au Louvre à titre de prêt, et qui a été publiée dans Beaux-Arts. Séance du 13 février M. Deshoulières communique le résultat des fouilles effectuées dernièrement dans l'église de Souvigny. Elles ont permis de retrouver l'église consacrée en 1064, à laquelle il convient de rattacher le mur qui demeure encore en avant de la façade. M. Mayeux présente deux fragments inconnus de l'ancien portail du xixe siècle de l'église Saint-Pierre de Lagny (S.-et-M.). Ces fragments permettent de supposer que ce portail construit par l'abbé Hugues II, était analogue à celui de Saint-Ayoul de Provins. Séance du 20 février M. Marquet de Vasselot montre à la Société un petit lion en cristal de roche, récemment acquis par le Musée du Louvre. Cet objet, exécuté probablement en Egypte à l'époque fatimite, est analogue à celui du trésor de l'Eglise Sainte-Ursule à Cologne. M. Zeiller entretient la Société de l'état lamentable auquel se trouvent réduites les ruines de Sanxay. A propos du tableau de Jean Hay du Musée de Bruxelles Paris, 1er mars 1924. Mon cher Directeur, Je lis avec grand intérêt dans les Beaux-Arts du 15 février, l'article de M. Pierre Bautier, sur l'entrée au Musée de Bruxelles, du Christ, de Jean Hay. Comme il distribue librement à plusieurs historiens d'art les louanges qu'ils méritent apparemment, pour la révélation de ce peintre peu connu du xve siècle, vous m'excluez de rappeler, puisque mon nom n'est pas prononcé, qu'il ne serait peut être pas inutile de mentionner dans la bibliographie de l'artiste, l'article de la Revue archéologique de 1911, t. XVII, pp. 315-319, où, en reproduisant pour la première fois ce tableau et l'inscription, j'ai découvert, dans la Plainte du Désiré, que je publiais en même temps, le nom de Jean Hay, auquel jusqu'alors personne n'avait fait attention. Croyez, mon cher Directeur, etc. F. DE MÉLY. --- MONUMENTS HISTORIQUES Marne. — M. Deshoulières a donné dans le dernier numéro du Bulletin Monumental un résumé des découvertes faites par M. Deneux, architecte en chef des monuments historiques, au

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BEAUX-ARTS cours des travaux de remise en état de la cathédrale de Reims. Nous voudrions les signaler aussi à nos lecteurs tout en conservant, sur le résultat de ces fouilles, la même réserve que l'éminent Cathédrale de Reims. — Voutes de la nef architecte croit devoir encore garder tant que les conclusions auxquelles il pense pouvoir arriver, ne lui sembleront pas avoir des bases suffisantes. En ce qui concerne le monument lui-même, il reçoit de jour en jour les pansements qu'exigeaient ses profondes blessures. Les arcs boutants ont été repris et remontés, les fenestrages sont en partie refaits, les bas côtés vont recevoir leur couverture définitive. Nous signalerons tout spécialement les travaux particulièrement délicats qu'exigeait la remise en état des voûtes de la nef. Travée par travée, les doubleaux et les arcs diagonaux ont été repris, les clefs remises en place, les voutains bouchés et rejoignyés. La nef a dès maintenant retrouvé, ainsi qu'on peut le voir par l'une des photographies ici reproduites et datées de décembre 1923, ses voûtes solides sous lesquelles ne tarderont pas à se dérouler les cérémonies du culte, car on espère pouvoir la livrer au clergé dans le courant de 1925. Il reste à entreprendre les mêmes travaux au carré du transept et dans le chœur; les énormes brèches causées par les obus peuvent laisser supposer quelles difficultés l'architecte aura à résoudre. Que dire des fouilles exécutées par M. Deneux? Elles ont donné les résultats les plus intéressants. Des substructions multiples, qui ont été rencontrées, permettent de supposer ce que furent les édifices qui précédèrent la cathédrale actuelle: église et crypte du ve siècle, cathédrale carolingienne d'Hincmar, travaux de l'archevêque Adalbéron au xe siècle, de l'archevêque Samson au xne siècle. Dans le déblaiement du sol de la nef M. Deneux a retrouvé les restes du jubé du xve siècle et les nombreuses tombes qui s'y trouvaient, ont livré des objets d'un intérêt capital: l'anneau d'or à pierre bleue et la crosse à volute de cuivre de saint Albert, évêque de Liège, mort en 1192; la crosse en ivoire de l'archevêque Gervais, mort en 1067, ainsi que son calice et sa patène en ar- Cathédrale de Reims. — Le chœur et la croisée du transept (Vue prise du fond du chœur) gent doré portant une inscription émaillée avec son nom (ce sont les objets reproduits sur l'un de nos clichés ci-contre); le calice d'étain de l'archevêque Ebale, mort en 1033.

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Nous mentionnerons tout spécialement la crosse en ivoire de l'archevêque Adalbérón. On sait la place que ce grand prélat, qui occupa le siège de Reims pendant près de vingt ans, de 966 à 988, tint dans l'histoire de la France à cette époque troublée où il contribua à asseoir Hugues Capet sur le trône, pour remplacer la dynastie carolingienne défaillante. On sait aussi qu'il fit venir de la grande abbaye de St-Benoît-sur-Loire le célèbre Gerbert qui donna aux écoles de Reims un renom mondial et qui compta parmi ses élèves le futur Robert le Pieux. La crosse, ou plutôt le fragment de crosse retrouvé dans le tombeau d'un si grand personnage, offre donc un intérêt historique de premier ordre: c'est aussi un objet d'art curieux et fort rare, les ivoires carolingiens connus étant presque tous des plaques de reliures, des diptyques ou des peignes liturgiques. Bien qu'il soit un peu altéré dans sa matière et dans sa forme par son long séjour dans la terre, on distingue aisément, ainsi que le montre le dessin ici reproduit, quatre griffons et trois personnages dont saint Pierre, reconnaissable à sa clef. Doit-on rattacher ce précieux vestige de l'art carolingien au célèbre atelier d'ivoiriers de Saint-Gall, ou provient-il des ateliers d'Allemagne où Adalbérón avait des relations suivies, surtout au début de son épiscopat? Ce n'est qu'une analyse minutieuse de cette petite crosse qui permettra de le dire. On peut encore citer parmi les objets qu'a li- vrés le sol de la cathédrale de nombreuses monnaies romaines des me et ive siècles, et un petit trésor de cent-soixante-quatorze pièces d'argent du xie siècle, frappées du monogramme de l'archevêque Gervais. Telles sont les principales découvertes de M. Deneux. Espérons que les problèmes si difficiles que pose chaque jour la restauration de notre grande cathédrale martyre, lui permettront, sans trop tarder, de nous donner sur l'histoire de sa construction, l'étude complète que la reconnaissance de ces vestiges rendra infiniment, plus instructive et plus sûre. Jean VERRIER. Fragment de la crosse de l'archevêque Adalbérón + 988 (Fouilles de la Cathédrale de Reims) Finistère. — Les amis de l'art breton ont eu à déplorer, ces temps derniers, une perte irréparable, celle de l'église de Plouguer, partiellement incendiée dans l'après-midi du dimanche 9 décembre 1923. C'était un édifice du xvie siècle, dont la nef gardait quatre travées romanes du xie. Le feu ayant éclaté dans la sacristie vers midi, s'est répandu très vite dans les lambris de la nef, rendant impossible l'entrée dans l'édifice. De beaux bas-reliefs de bois sculpté, représentant les apôtres, qui ornaient les stalles du chœur, ont été consumés presque immédiatement, ainsi que le grand relable de la Passion qui surmontait l'autel du croisillon Nord. Tout le chœur sera à refaire. Heureusement, les arcades romanes ont peu souffert des flammes; le clocher du xvie siècle y a échappé totalement. L'église et son mobilier d'art étaient classés comme monuments historiques. H. WAQUET.

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[33] 15 MARS 1924 87 BULLETIN DES MUSÉES Bureau dit de l'abbé Terray. (Musée du Louvre) Cl. Serv. phot. B.-A. LE BUREAU DU MINISTÈRE DES FINANCES au Musée du Louvre Au début de ce siècle, la plupart des ministères conservaient encore un grand nombre de meubles et d'objets d'art du XVIIIe siècle d'une réelle valeur. En 1914, les plus précieux de ceux-ci étaient entrés au Louvre, où les avaient envoyés des ministres conscients de leur importance pour un musée du mobilier français. Waldeck-Rousseau le premier avait donné l'exemple en dégarnissant l'hôtel du Ministère de l'Intérieur de meubles charmants du temps de Louis XVI. La liste serait longue à dresser de toutes les œuvres d'art que divers ministres ont fait entrer dans nos collections. A plusieurs reprises, M. Clémenceau a tenu à enrichir le Louvre d'objets précieux qu'il savait conservés dans des ministères. Quelques meubles historiques ont ainsi pris leur place au Musée. M. Poincaré y fit entrer le plus beau de tous, le bureau de Vergennes, qui se trouvait aux Affaires étrangères. Seul, le Ministre des Finances ne s'était désaisi d'aucun des beaux meubles anciens, qui ornaient ses salons. M. de Lasteyrie a voulu mettre définitivement à l'abri le magnifique bureau Louis XV, qui ornait son cabinet et qui est digne de la place qu'il a prise entre le bureau du Roi et celui de Vergennes. La Société des Amis du Louvre nous a apporté une fois de plus une aide précieuse en payant la copie du bureau qui a remplacé l'original. Le bureau des Finances passe pour avoir été la table de travail de l'abbé Terray au Ministère des Finances. Pendant la guerre de 1870, ce meuble historique avait été mis en sûreté au Gardemeuble. Sauvé ainsi de l'incendie du Ministère, rue de Rivoli, il avait été remis dans le cabinet du ministre, lors de l'installation dans les locaux actuels au palais du Louvre. Le bureau ne porte pas d'estampille d'ébéniste. Il semble, par son style, être du début de l'époque de Louis XV. De grande dimension, il est sobre de ligne, avec des tiroirs légèrement bombés d'une rare élégance. Il est en marqueterie de bois de satiné largement veiné, d'une belle couleur,

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orné de bronzes ciselés et dorés d'un très beau modèle. Des chutes de feuilles de chicorée superposées soutiennent aux angles le plateau que bord Cl. Serv. Phot. B.-A. CLODION. — Pleureuse. (Terre cuite) (Musée du Louvre) un quart de rond contourné suivant un dessin tout à fait original (1). L'Hôtel de Ville de Soissons conserve un bureau à peu près semblable à celui des Finances, mais en assez mauvais état de conservation (2). Il sert de bureau au Maire de Soissons. Il fut certainement exécuté à la même époque dans les ateliers du même ébéniste. De même dimension, il est orné des mêmes bronzes, mais ceux-ci ont beaucoup souffert. Seule, la marqueterie diffère, avec bois d'amarante et de satiné à la ceinture, amarante et palissandre aux pieds. Le bureau de Soissons, évacué à Paris pendant la guerre, figura en 1916-1917 au Petit-Palais des Champs-Elysées à l'exposition des œuvres d'art provenant des régions dévastées (3). Carle DREYFUS. (1) Publié dans le Portefeuille des Arts décoratifs, de Champeaux, pl. 814. (2) Publié par Champeaux, pl. 258. (3) Exposition d'œuvres d'art mutilées ou provenant des régions dévastées par l'ennemi, 1916-1917. Catalogue n° 79. BEAUX-ARTS MUSÉE DU LOUVRE Sculptures modernes Le département, où le nom de Clodion n'était encore qu'assez faiblement représenté, vient de s'enrichir de deux précieuses terres cuites du charmant artiste. Ce sont deux statuettes de Pleureuses, esquisses exécutées à Rome en 1766, d'une vivacité et d'une souplesse d'exécution remarquables. On sait quel succès rencontrèrent, dès le temps de son séjour à l'Académie de France, ces productions pleines de verve et de grâce, tantôt galantes, tantôt sentimentales, que les amateurs se disputèrent et dont on voit passer déjà plusieurs dans les ventes antérieures à la Révolution. Nous ignorons le chemin parcouru par celles-ci; mais nous avons des raisons de croire qu'elles passèrent par les mains du directeur de la manufacture de Sèvres sous l'Empire, Al. Brongniart. P. V. Cl. Serv. Phot. B.-A. CLODION. — Pleureuse. (Terre cuite) (Musée du Louvre) Peintures et Dessins Le département a reçu, en don, de M. Jules Strauss, un joli tableau d'architecture de Lajoue (1687-1761). Antiquités égyptiennes Le conseil des Musées a encore voté, dans sa dernière séance, sur la proposition de M. Georges Bénédite, qui avait déjà eu la bonne fortune de

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[35] BULLETIN DES MUSÉES 89 faire entrer au Musée les deux pièces capitales que nous avons publiées dans nos numéros du 1er juillet 1923 et du 1er mars 1924, une précieuse tête de statuette en « prime d'émeraude » figurant une princesse égyptienne qui paraît être une des filles du roi Aménophis IV - Akhounaten. Antiquités orientales Au cours d'une récente mission en Orient, M. Thureau-Dangin a pu acquérir pour le Louvre toute une série d'importants documents en écriture cunéiforme, quatre prismes de l'époque de la première dynastie babylonienne, provenant du temple du Soleil à Larsa et de nombreuses tablettes, lettres, contrats, textes religieux, de plus, vingt-cinq figurines babyloniennes en argile représentant des divinités et une statuette archaïque en pierre dure d'un très beau caractère représentant un bison. DEFERNEX. — Buste de M de Sartine. (Musée de Versailles) MUSEE DE VERSAILLES Les galeries de Versailles vont s'enrichir d'un buste en marbre donné par M. Arnold Seligmann et représentant M. de Sartine, lieutenant général de police. Le buste a, de plus, l'intérêt de représenter, dans nos collections, le talent de DEFERNEX, un artiste qui, pour être de second plan et n'avoir jamais fait partie que de l'Académie de Saint-Luc, n'en est pas moins intéressant à faire figurer dans nos collections nationales où il n'était encore représenté que par le joli buste en terre cuite de Madame Favart, entré en 1900 au Musée du Louvre. Un legs de Mme Rué permettra, d'autre part, de placer, comme pendant au portrait de l'architecte Nepveu, qui travailla abondamment au château de Versailles, sous Louis-Philippe, celui de sa femme, qui est une honorable peinture signée de HERSENT. LES BIJOUX DE LA COLLECTION THIERS Le Journal Officiel du 3 janvier 1924, publiait un texte de loi autorisant la vente aux enchères publiques, aux conditions d'usage, de quatre joyaux appartenant au Musée du Louvre et provenant du legs Thiers. Nous ne pouvons mieux faire que de publier, au moment où les mesures édictées par cette loi vont se réaliser, le texte même du rapport rédigé par M. le sénateur Simyan au nom de la commission de l'Enseignement. La collection Thiers renferme, en dehors de ses séries d'objets d'art dont on connaît l'intérêt, quatre joyaux n'ayant, eux, aucun caractère artistique, aucune valeur éducative et dont rien ne justifie l'exposition dans les galeries du Louvre. Le Gouvernement soumet aux Chambres un projet de loi autorisant la vente de ces joyaux. La pièce capitale est un collier de trois rangs composé de cent quarante-cinq perles pesant cent vingt-quatre carats un quart, ou 2.097 grains, ayant pour fermoir un rubis entouré de douze gros brillants. Ces perles sont remarquables par leur grosseur, leur forme parfaitement ronde et leur orient. Leur grande valeur est encore accrue par leur réputation mondiale. Les trois autres bijoux (un pendentif perles et brillants, une breloque châtelaine, saphirs et rubis, et un collier de perles et de turquoises) ne sont pas non plus des bijoux d'art. Pas plus que le collier ils ne constituent des documents intéressants pour l'étude de la joaillerie. L'aliénation de ces joyaux était depuis longtemps suggérée par la Direction des musées nationaux qui, après la guerre, engagea des pourparlers avec les représentants de la fondation Thiers, de la retraite Dosne et la succession. Le Président directeur de la fondation Thiers, devant les difficultés budgétaires créées par les circonstances tant aux musées nationaux qu'aux œuvres précitées, fut amené à demander l'aliénation du grand collier de perles ci-dessus décrit. Le Comité consultatif et le Conseil des musées émirent un avis favorable. Le Ministre des Beaux-Arts donna son adhésion au projet et proposa de joindre au collier les trois autres bijoux. L'accord s'établit en vue de solliciter l'autorisation qui fait l'objet du projet de loi. Aux termes de cet accord le produit de la vente doit

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BEAUX-ARTS être partagé, par fractions égales, entre la Caisse des musées, la fondation Thiers et la retraite Dosne. C'est pour respecter la volonté de Mme Thiers et celle de Mlle Dosne, son héritière et légataire universelle, que ces deux derniers établissements sont appelés à bénéficier de la vente. La clause suivante était en effet imposée par Mlle Dosne quand elle remit au Louvre la collection formée par M. Thiers ainsi que les bijoux : « Dans le cas où les conditions ou l'une d'elles seulement ne seraient scrupuleusement remplies... les collections feraient retour... à la fondation dont Mme Thiers lui a prescrit la création dans le but d'honorer la mémoire de M. Thiers. » Le droit de ces établissements est donc bien établi. En le respectant on évitera toute réclamation. De plus, l'utilité de cette vente étant reconnue par les représentants des donateurs et leur accord avec l'Etat étant complet, on ne pourra prétendre que ce dernier viole la volonté des bienfaiteurs de nos musées et il ne court pas le risque d'inquiéter ou de décourager les futurs testateurs. D'ailleurs, ces quatre joyaux ne représentent qu'une infime partie des collections léguées. Leur vente produira une somme importante qui viendra, bien à propos, augmenter les ressources de nos musées nationaux et des deux fondations d'utilité publique précitées. Tous les intéressés sont d'accord pour reconnaître que cette vente doit avoir lieu le plus tôt possible, et les experts déclarent que la période actuelle est particulièrement favorable pour réaliser ces joyaux aux prix les plus élevés. MUSÉES DE STRASBOURG Le Musée des Beaux-Arts a enrichi récemment sa collection de sculptures régionales de deux beaux bois haut-rhinois de la fin du xve siècle. C'est d'abord une Entrée à Jérusalem, un Christ monté sur un âne de grandeur naturelle, sur roulettes, et qui figurait dans les processions du dimanche des Rameaux; si cet important morceau a conservé intacte sa polychromie ancienne, une touchante Vierge à l'enfant, provenant des environs de Guebwiller, n'en a plus que des traces; celle-ci est une des rares madones alsaciennes portant une coiffure à la mode du temps. Des œuvres de différents peintres alsaciens du xixe siècle, dont quelques-unes importantes, sont venues combler des lacunes: Gustave Doré, Théophile Schuler, Fr.-Théodore Lix et Hippolyte Pradelles. L'installation des dix nouvelles salles du Musée des Arts Décoratifs se parachève dans l'aile droite du château des Rohan. Elles sont consacrées à la céramique, la verrerie, l'horlogerie, au meuble antérieur au xvme et au costume. De ces sections, c'est surtout celle des faïences et des porcelaines régionales qui a pu être complétée. La pièce la plus importante à signaler, parmi ces acquisitions, est un cartel en faïence à décor bleu et or, de Paul Hannong à Strasbourg, vers 1755. La section d'orfèvrerie régionale s'est accrue de deux huiliers en argent des orfèvres strasbourgeois Horning et Fritz (époque Louis XV et Directoire) et de deux salières Louis XV de l'orfèvre Imlin. Le Musée Historique a acquis une intéressante petite peinture de l'école du baron Gros, représentant l'assassinat du général Kléber au Caire. Parmi les enrichissements des collections, il y a lieu de signaler les tableaux et dessins suivants: J. Broutta. Suite de dix aquarelles représentant des scènes du bombardement de Strasbourg (Don du Dr Braun, Londres). — A. Touchemolin, le Pont Le Christ entrant à Jérusalem. (Bois. Fin du XV° siècle) (Musée de Strasbourg) du Faubourg de Pierres en 1870. (Don de Mme J. Straehling-Himly, Paris). — Henri Lefort, la Place Kléber le 14 Juillet 1919 (Envoi de l'Etat). — J.-F. Bouchor, Portrait du général de Poydraguin, gouverneur de Strasbourg (don de l'artiste). Le Musée Alsacien a également pu augmenter ses collections d'art populaire par l'acquisition de pièces typiques du folklore alsacien. Un compte-rendu illustré, le troisième depuis l'armistice et qui paraîtra prochainement, présentera des renseignements détaillés sur l'activité des musées de la ville de Strasbourg durant l'année 1923.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER SUISSE Au Musée de Genève Le Musée d'art et d'histoire de Genève, installé dans le nouveau et magnifique bâtiment des boulevards, complète peu à peu sa parure décorative. On sait qu'il a remplacé depuis 1910 le classique musée Rath, dont la façade correcte et les salles, heureusement proportionnées mais devenues trop étroites, donnent asile aujourd'hui à des expositions temporaires organisées par les autorités municipales, par des associations d'artistes ou par des artistes isolés. La façade monumentale du nouveau musée, conçue dans un style un peu emphatique, qui rappelle celui de notre Grand-Palais, n'a rien de spécialement original; mais à l'intérieur, un plan large, clair, l'utilisation des divers étages créés par des dénivelations de terrain ont permis de grouper harmonieusement les diverses sections des collections genevoises récentes ou anciennes, sous la direction de M. Adrien Bovy, par les soins duquel la première installation des peintures fut réalisée, sous celle de M. W. Deonna, le distingué archéologue, qui en assure aujourd'hui la vie scientifique et administrative. Des groupes puissants et un peu massifs de M. Vibert, représentant le Passé et l'Avenir, décorent depuis quelques années le palier du grand escalier, où l'on a suspendu les cartons des grandes fresques de Hodler exécutées pour le musée national de Zurich. Le sculpteur Alfred Angst avait reçu la commande de quatre figures féminines symbolisant les Saisons, pour les quatre niches du grand vestibule d'entrée. Il les a terminées l'an passé et elles viennent d'être mises en place. Les photographies ci-jointes nous dispensent d'en donner une description détaillée. Le grand talent du bon sculpteur est bien connu, du reste, en France, aussi bien qu'en Suisse. Formé à l'école de nos réalistes et en particulier de Dampt, il est armé d'un métier très sûr et doué, d'ailleurs, d'un sentiment très délicat et parfois très poignant, qui s'est exprimé, notamment, dans ses Maternités, où se retrouve, parfois, l'accent d'un Carrière; il est certainement tenté davantage aujourd'hui par les formes amples et pleines, les modelés sommaires et les constructions solides que pratiquent chez nous Maillol et quelques jeunes sculpteurs, sous son influence. A demi engagées dans le bloc qui leur sert de pilier d'appui, comme à telle statue de l'antique