Extrait

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2e Année. — Numéro 10 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • 15 Mai 1924 --- POUR NOS MUSÉES DE PROVINCE Les musées de province ont rarement une « bonne presse ». L’expression même (que Louis Gonse n’avait eu garde de conserver comme titre à ses deux beaux volumes des Chefs-d’œuvre des Musées de France) éveille l’idée de quelque chose, semble-t-il, de vétuste, de suranné; elle est presque désobligeante. Tout récemment, notre confrère Arthur Sambon écrivait ceci dans une revue qui s’intitule précisément Le Musée : « Qu’est-ce actuellement qu’un musée de province ? Hormis quelques rares exceptions, un dépotoire de choses inutiles. Vous entendez souvent cette phrase inepte : cela est bon pour un musée de province! » Je sais bien que l’article en question visait surtout les collections d’art moderne et spécialement d’art décoratif moderne, sur lesquelles il y aurait beaucoup à dire et où l’on confond volontiers la notion d’inutilité avec celle de beauté. Mais on généralise si facilement que bien des gens approuveraient les propositions énoncées, oublant l’existence et l’intérêt de collections d’art appliqué et d’art appliqué spécialisé, ainsi qu’en réclame M. Sambon, comme le Musée des tissus de Lyon, le Musée céramique Adrien Dubouché de Limoges, ou le Musée des tapisseries d’Angers, et les étendraient à toutes les collections départementales, quelles qu’elles soient, ce qui serait profondément injuste. Certains ne voient dans ces dépôts provinciaux qu’un réceptacle pour les envois, bons ou mauvais, des administrations centrales, parmi lesquels, à l’occasion, on peut aller puiser pour meubler quelque rétrospective et honorer telle ou telle gloire plus ou moins méconnue. Il y a toutes sortes de façon, au contraire, pour un musée de province, de se constituer et de s’enrichir. Certes, pour la plupart, c’est l’arrêté du Consulat qui les a créés tout d’une pièce et ce sont les envois de Paris qui en ont formé le noyau essentiel, mais combien de fonds locaux sont venus souvent corser cette manne officielle et la diversifier! les tableaux des églises et des couvents de Lille, par exemple, à Lille, ou les collections du château de Chantelou à Tours et plus tard les séries rassemblées par des amateurs qui ont tenu à doter leur ville natale, Wicar à Lille, Fabre à Montpellier, Cacault à Nantes, les Lavalard à Amiens, et parmi les tout récents Depeaux et Blanche à Rouen, Joliet à Dijon, Bonnat à Bayonne. Compte-t-on pour rien aussi les réunions, si utiles et évocatrices, des débris du passé grandiose d’une ville et d’une région comme celles que l’on voit aux Augustins de Toulouse ou au Musée lorrain de Nancy ? On reproche volontiers, d’autre part, à ces collections d’être mal exposées, entassées dans des locaux médiocres. Il y a certes beaucoup à faire encore à ce point de vue et il y a telle collection charmante dont la valeur — apparente — serait décuplée si elle était mieux logée. Pourquoi ne pas dire qu’Orléans souffre de l’indigence extraordinaire de ses bâtiments? Mais bien des villes ont déjà renouvelé les leurs et construit de véritables palais. Celui de Nantes et celui de Valenciennes, dans des proportions et un parti-pris différents, sont des plus remarquables. Ailleurs, ce sont de vieux logos qui ont été intelligemment utilisés, doublant par la valeur historique du cadre celle des objets que l’on y insère, tels le Museon Arlaten ou le Musée de Tours, logés dans d’anciennes demeures, gothiques ou classiques. Le travail scientifique enfin des catalogues n’est pas aussi négligé que d’aucuns voudraient le faire croire. Une utile publication, que viennent de dresser d’accord l’Association des conservateurs des Musées de France et la Société de l’histoire de l’art français, portera le témoignage des innombrables livrets, fascicules, voire gros volumes in-4° qui constituent le Répertoire des catalogues des Musées de province (1). Mlle Denise Jalabert s’est chargée d’établir, avec une conscience scrupuleuse, ces centaines de fiches, sous la direction et sur (1) Paris, Armand Colin, 1924, in-8°.

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l'initiative de M. Jean-J. Marquet de Vasselot, qui a écrit l'introduction de ce volume, véritable hommage à l'activité et à l'éradition de nos collègues de province. Il est vrai que beaucoup de ces catalogues sont épuisés et que quelques-uns auraient besoin d'être mis au point. Mais la roue tourne sans s'arrêter et le répertoire, dans quelques années, aura certainement besoin d'un supplément. Paul Vitry. NOUVELLES Jeux olympiques. — Les Jeux olympiques ont commencé le 3 mai. Concrètement aux manifestations sportives, une série de représentations théâtrales ont eu lieu au théâtre des Champs-Elysées, tandis qu'une exposition d'art organisée par le Comité olympique français et comprenant des sections d'architecture, de sculpture, de peinture, de musique, de littérature et d'arts industriels s'ouvrait le 15 mai au Grand-Palais. Congrès des Sociétés d'Histoire de Paris et de l'Ile de France. — A l'occasion des fêtes de son cinquantenaire, la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France a pris l'initiative d'organiser, sous la présidence de M. Henry Martin, un nouveau Congrès des Sociétés d'Histoire de Paris et de ses environs. Les séances auront lieu du 19 au 22 mai. Les communications seront réparties entre trois sections, dont l'une consacrée à l'Archéologie et aux Beaux-Arts sera présidée par M. le Dr Capitan. Rappelons à ce propos qu'à l'occasion du Congrès s'ouvrira à la bibliothèque Sainte-Geneviève une exposition de documents intéressant l'histoire de la Montagne Sainte-Geneviève à travers les âges. La Propriété artistique. — Le Syndicat de la Propriété artistique, qui groupe près de 4.000 adhérents, a tenu, le 25 avril dernier, au Grand-Palais, son assemblée annuelle. Le rapporteur a rappelé que le Syndicat combat depuis bientôt 30 ans pour l'amélioration des droits des artistes et que les lois qui ont été votées au cours de ces dernières années, concernant le droit d'auteur et le droit de suite, l'ont été grâce à ses efforts répétés. Au Musée Cernuschi. — Le lundi 5 mai s'est ouvert au Musée Cernuschi, la IXe Exposition des Arts de l'Asie, consacrée à l'Art chinois ancien. Cette manifestation d'art d'Extrême-Orient a été organisée sous la direction de M. d'Ardenne de Tizac, le distingué conservateur du musée. Inaugurations de monuments. — Deux monuments, dont l'exécution est déjà ancienne mais dont l'installation était différée depuis longtemps, vont enfin recevoir leur destination définitive. Ce sont ceux de Victorien Sardou par le statuaire Bartholomé, qui dans le courant du présent mois, va être inauguré place de la Madeleine, en pendant avec le monument de Jules Simon, et celui, exécuté depuis plus longtemps encore, d'Emile Zola, qui sera installé sur l'avenue du même nom, monument que commença Constantin Meunier dans les dernières années de sa vie et qu'acheva Alexandre Charpentier. Une exposition ronsardienne à Tours. — Il y a quatre cents ans, Pierre de Ronsard naissait au manoir de la Possonnière en Vendômois. La Touraine, où il mourut, au prieuré de Saint-Cosme près Tours, et les sociétés tourangelles ont décidé de commémorer cet anniversaire en organisant cette année toute une série de manifestations, fêtes et conférences, spécialement, du 10 au 18 mai, une exposition Ronsardienne qui s'est ouverte dans la salle des mariages de l'Hôtel de Ville de Tours, au cours de la « grande semaine ». Des portraits et des autographes de Ronsard, des éditions originales de ses œuvres ainsi que d'autres poètes de la Pléiade, l'épitaphe de son tombeau et des statues provenant de l'église de Saint-Cosme avaient été réunis. Ces objets ont été présentés dans un cadre Renaissance réalisé grâce aux prêts obligéamment consentis par des musées et des collectionneurs qui avaient envoyé des meubles, des tapisseries, des manuscrits à miniatures et diverses autres œuvres d'art. Ajoutons que le gracieux monument, en l'honneur de Ronsard, dû au sculpteur Georges Delpérié, qui est exposé en ce moment au Salon des Artistes Français, doit être prochainement érigé à Tours au jardin des Prébendes. Il comprend la reproduction un peu amplifiée du buste funéraire du poète avec d'aimables enfants jouant parmi les pampres. L'Art ancien au pays de Liège. — La société liégeoise, l'Œuvre des Artistes a pris l'initiative d'orga-

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BEAUX-ARTS niser à Paris une Exposition de l'Art ancien au pays de Liège, qui s'ouvrira dans la seconde quinzaine de mai, au pavillon de Marsan. Le président du Comité d'organisation est le bourgmestre de Liège, M. Emile Digneffe qu'assiste, au titre de secrétaire général, M. J. Hogge, président de l'Oeuvre des Artistes. Le but de cette manifestation, qui fera pendant à la manifestation flamande de l'an passé, est de mieux faire connaître et apprécier l'art qui s'épanouit dans l'ancien pays de Liège. On nous montrera des spécimens d'orfèvrerie religieuse et civile, des émaux des xi^e et xii^e siècles à côté d'objets évoquant l'art du mobilier liégeois, de la verrerie et des faïences du pays de Liège, de Huy et d'Andenne, de la dentelle et de la dinanderie. Les arts majeurs seront représentés par des œuvres d'artistes comme Patenier, Blès, Damery, Cochers, de Lairesse, Douffet, Defrance, Ansiaux, Delcour, Suavius, de Bry, Valdor, Nathalis, Varin, Duvivier, Demarteau. Exposition de Pittsburgh Les récompenses suivantes ont été décernées par le jury de la XXIIIe Exposition internationale de peinture moderne de l'Institut Carnegie, à Pittsburgh : Première médaille à M. Augustus John (Angleterre); deuxième médaille à M. Giovanni Romagnoli (Italie); troisième médaille à M. Garber (Amérique). Des mentions honorables ont été accordées, dans l'ordre suivant, à MM. Othon Friesz (France), Ambrose Mac Evoy (Angleterre), Vincenz Benes (Tchécoslovaquie), Savely Sorine (Russie). Archéologie scandinave Une admirable boucle de ceinture en or et filigrane a été découverte dans une des îles Bukken, à 20 milles au N.-O. de Stavanger (Norvège). La plaque de revers, en bronze, est reliée à celle de devant par un mince fil d'argent. L'ouvrage est de style scandinave (x^e siècle ?), avec des traces d'influence irlandaise. Il a été recueilli dans le voisinage immédiat d'un trésor de monnaies anglo-saxonnes de la même époque. --- ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 11 avril M. Théodore Reinach fait part à l'Académie des résultats des fouilles entreprises dans la vallée du Cédron, à l'est de Jérusalem, par M. Naham Housch et la Jewish Palestine Exploration Society. On a entièrement dégagé le monument funéraire connu sous le nom de Tombeau d'Absalon et qui se dresse maintenant dans toute son élégante silhouette sur son haut piédestal. La tombe voisine, dite de Josaphat, également déblayée, est comme un palais funéraire, comprenant huit grandes pièces, entièrement taillé dans le roc. Les fouilles continuent. M. René Dussaud signale les résultats de la mission archéologique confiée à M. Raymond Veil par le baron de Rothschild, à Jérusalem. Des fouilles ont été faites sur le site d'Ophel : M. Veil a dégagé l'enceinte méridionale de la cité de David, et y a trouvé une tombe des anciens rois de Juda. Sur le site de Geza, il a découvert un grand nombre de tombes de l'âge de bronze et de l'âge de fer. Séance du 16 avril M. Homolle donne lecture d'un mémoire dans lequel il démontre que les dernières fouilles en Asie mineure apportent un nouveau témoignage de la véracité et de l'exactitude d'Hérodote. M. Cagnat, secrétaire perpétuel, donne lecture de la correspondance et informe ses collègues que l'Académie est autorisée à accepter la donation entre vifs par Mme Georges Perrot, d'une somme de 10.000 fr. à charge de fonder à perpétuité une médaille qui portera le nom de Georges Perrot et qui sera destinée à récompenser chaque année un ouvrage ou un mémoire relatif à l'histoire de l'art antique ou à l'archéologie grecque. Séance du 25 avril La correspondance apporte une lettre de M. Léon Rey, directeur de la mission archéologique française en Albanie, relatant des découvertes faites aux environs de Saloniqne et dans les sites pittoresques de la Macédoine. Séance du 2 mai M. Homolle propose, au nom de la commission des travaux littéraires, d'allouer un crédit de 5.000 fr. à M. Fabia, pour les fouilles qu'il doit entreprendre à Lyon-Fourvières. M. Salomon Reinach fait une communication sur des fouilles qui ont eu lieu en Russie, en 1922, dans des terrains de l'époque quaternaire, près de Kostienki, à michemin entre Moscou et Rostof. Il montre la photographie d'une statuette d'ivoire de mammouth qui paraît être le spécimen le plus oriental de ce type signalé jusqu'à ce jour dans les milieux de l'âge du mammouth, depuis la région de Vienne jusqu'aux Pyrénées. M. Salomon Reinach émet l'opinion que les chasseurs de mammouth, les plus anciens artistes que nous connaissons, seraient venus, comme le mammouth lui-même, de Sibérie, et l'auraient suivi dans ses pérégrinations à travers les carrières herbeuses que laissaient libres la retraite des grands glaciers. --- Académie des Beaux-Arts Séance du 5 avril L'Académie reçoit l'hommage d'un ouvrage anglais de l'architecte M. H. Ward sur les Châteaux et jardins français du seizième siècle, de Jacques Androuet du Cerceau. Séance du 12 avril Lors de leur séjour à Paris, les souverains Roumains ont honoré de leur présence la séance de l'Académie; la reine, on le sait, est membre correspondant de la compagnie. Après une allocution du président, M. Laguillemie, et la réponse du roi, M. Marcel Baschet a fait une communication sur le Tiepolo et le Van Dyck du musée Jacquemart-André. A son tour, M. Lemonnier a lu une communication sur le palais de l'Institut. Séance du 26 avril L'Académie a arrêté les sujets qui seront donnés aux logistes des concours de Rome.

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BEAUX-ARTS Peinture : Le Faune musicien; ou, Jésus chez Marthe et Marie, ou, Au travail. Sculpture : La Mort et le bûcheron. Gravure : Léda. Architecture : Un institut de botanique générale. Les opérations pour le concours de Rome de musique commenceront le samedi 3 mai 1924. LE CENTENAIRE DE GÉRICAULT Une Exposition de peintures et de dessins à Paris En l'hôtel de M. Jean Charpentier, sur l'initiative de M. le duc de Trévise et au bénéfice de la société qu'il préside : La Sauvegarde de l'art français, s'est ouverte, à l'occasion du centenaire de la mort de Géricault, une importante exposition de ses œuvres. Plus de trois cents tableaux, dessins, aquarelles, lithographies et sculptures ont été réunis, attestant l'effort des organisateurs et témoignant d'une façon éclatante de la prodigieuse fécondité d'un génie trop tôt disparu. Il semble que, prévoyant sa fin prématurée, Géricault ait voulu protester contre l'arrêt du Destin en exécutant au matin de sa vie une œuvre que bien des artistes chargés d'ans ne parviendraient pas à achever au soir d'une longue existence. Et encore, ne voyons-nous qu'une partie de la production totale du maître. Ses plus célèbres chefs-d'œuvre sont au Louvre et y sont restés. Il en est d'autres, disséminés à l'étranger, en Allemagne notamment, qu'on n'a pu faire venir, ou dont on a perdu la trace. Ce que la collection Bonnat possédait est demeuré à Bayonne. De nombreuses collections particulières ont heureusement apporté leur concours ainsi que les musées de Rouen, de Gand et de Bruxelles. Aucun chef-d'œuvre ne nous est révélé, peu de compositions vraiment achevées nous sont montrées, mais nous trouvons cependant ici des témoignages nombreux et significatifs de toutes les préoccupations qui accaparèrent la fougueuse activité de Géricault. Grâce à eux, nous apparaît plus nettement décrite la courbe trop tôt interrompue que suivit son génie passionné. De toutes ces virtualités constatées, laquelle se serait réalisée avec le plus d'ampleur et nous aurait révélé la personnalité profonde de Géricault ? C'est la question qui se présente à l'esprit du visiteur. L'occasion d'y répondre est exceptionnellement favorable, car il ne nous sera sans doute jamais plus donné de trouver ainsi réunie une documentation aussi complète. Géricault appartient à cette génération d'hommes, que nous ont dépeinte Vigny et Musset, qui entrèrent dans la vie aux roulements des tambours d'Austerlitz. Enivré de gloire et d'action, on comprend que Géricault, né peintre, ait été instinctivement porté à exprimer sur la toile un peu de ce frémissement et de cette fièvre qui agitaient toute la jeunesse d'alors. Par sympathie naturelle, il alla vers les sujets qui répondaient le mieux à ses secrètes aspirations. Ses premières œuvres furent des visions de batailles, de charges furieuses où des cavaliers épi- Cliché Becker. ques chevauchaient des coursiers cabrés. L'expression du mouvement, de la vie intensifiée par la menace du danger, le passionna. Ce goût du risque, qui lui faisait monter les chevaux les plus rétifs, il le porta dans la peinture. Par là, il fut vraiment un romantique à une heure où le romantisme n'avait pas encore pris conscience de lui-même et, à ce titre, on est en droit de voir en Géricault le précurseur de Delacroix. Mais cet amour de l'action se doublait chez lui d'un goût profond pour l'observation minutieuse et directe. Sa nature indisciplinée rompit de bonne heure les lisières étroites de l'académisme. Sans souci d'atteindre à cette beauté idéale que David, au faite de la gloire, proposait à ses disciples, Géricault aborda tous les sujets pourvu qu'ils se prêtassent à exprimer ce sentiment de la vie qu'il aimait tant à rendre. Le premier peut-être de tous les peintres, il pei-

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BEAUX-ARTS gnit des chevaux, non point de ces coursiers pompeux et conventionnels que l'on était accoutumé de voir aux tableaux d'histoire, mais des chevaux semblables à ceux que l'on rencontre dans la rue, sur les champs de courses ou de manœuvres. Il en rendit admirablement l'anatomie mais aussi les allures, les gaietés et les révoltes. On sait à quelles études approfondies, il se livra dans les hôpitaux avant d'entreprendre la composition du Radeau de la Méduse, soucieux de rendre avec exactitude les effets les plus hideux de la mort et de la corruption. Son goût de la réalité directement observée et impitoyablement rendue se révèle dans des toiles comme la Charrette, dans ses études de suppliciés ainsi que dans les lithographies qu'il rapporta d'Angleterre, comme le Piper ou le Mendiant. A le suivre dans sa carrière, nous voyons cette tendance réaliste aller toujours s'accen-tuant. De plus en plus, la recherche du caractère le séduit. Nous n'en donnerons pour preuves que les quatre admirables études de fous qu'il exécuta à la Salpétrière, presque au terme de son existence. Ces quatre images de déchéance morale contiennent, non pas en germe, mais pleinement réalisés, tous les principes d'une esthétique que Courbet et ses disciples inaugureront trente ans plus tard. Guérin disait de Géricault qu'il y avait en lui l'étoffe de plusieurs peintres, et il avait raison, mais si la vie lui avait été moins parcimonieusement mesurée, ne croit-on pas qu'en Géricault l'un de ces peintres aurait fini par se subordonner les autres et leur aurait imposé sa personnalité ? Mais lequel aurait été le plus fort du peintre romantique de l'Epane ou du portraitiste réaliste de la Salpétrière ? Tous ceux qui ont visité l'exposition de 1924 conclueront, pensons-nous, à la victoire du réaliste. A. L. MONUMENTS HISTORIQUES Les nouveaux décrets Deux décrets fort importants viennent, à la date du 18 mars dernier, de réglementer les détails d'application de la loi du 31 décembre 1913, sur les monuments historiques et les articles 33 à 37 de la loi du 31 décembre 1921 sur la vente des objets d'art. Ces textes n'apportent, il est vrai, aucune innovation — ils ne le pouvaient pas — dans la procédure actuellement suivie par le service des Monuments historiques. Ils fixent, toutefois, avec exactitude tant les devoirs qui incombent à l'administration et la limite de ses droits, que ceux des propriétaires d'édifices ou d'objets présentant un intérêt national d'histoire ou d'art. L'article 10, notamment, du premier de ces décrets, énumère les travaux qu'il est interdit d'exécuter sans autorisation. Il est ainsi conçu : « Tout propriétaire d'un immeuble classé, qui « se propose, soit de déplacer, soit de modifier, même en partie, le dit immeuble, soit d'y effectuer des travaux de restauration, de réparation ou de modification quelconque, soit de lui adosser une construction neuve, est tenu de solliciter l'autorisation du Ministre des Beaux-Arts. » « Sont compris parmi ces travaux : - Les fouilles dans un terrain classé, - l'exécution de peintures murales, de badigeons, de vitraux ou de sculptures, - la restauration de peintures et vitraux anciens, - les travaux qui ont pour objet de dégager, agrandir, isoler ou protéger un monument classé et aussi les travaux tels qu'installations de chauffage, d'éclairage, de distribution d'eau, de force motrice et autres qui pourraient, soit modifier une partie quelconque du monument, soit en compromettre la conservation. « Aucun objet ne peut être placé à perpétuelle demeure dans un monument classé, sans l'autorisation du Ministre des Beaux-Arts. Il en est de même de toutes autres installations placées soit sur les façades, soit sur la toiture du monument. » On ne saurait trop insister sur la nécessité de donner une ample publicité à ces sages prescriptions, pour éviter, comme le fait s'est malheureusement produit parfois, l'exécution de travaux ou l'installation d'objets qu'il est bien souvent presque impossible de faire disparaître par la suite. En ce qui concerne les objets mobiliers appartenant aux particuliers, le décret avait à combiner les dispositions de la loi de 1913 et celles des articles 33 à 35 de la loi de 1921, qui autorisent le classement d'office des dits objets. Il règle, en outre, les conditions dans lesquelles la liste des objets mobiliers classés sera communiquée au public et aussi les avis que devra recevoir le Ministre des Beaux-Arts, soit des mutations de propriété, soit des changements d'emplacement de ces objets. Il aurait été, certes, infiniment désirable que l'administration des Beaux-Arts pût exercer une surveillance plus étroite; mais on a dû, devant le silence sans doute volontaire de la loi, ne pas limiter davantage les droits des propriétaires. Il est enfin une prescription dont il faut assu-

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BEAUX-ARTS rer la plus large connaissance possible, c'est celle relative aux fouilles. Il suffit de citer le texte : « Toute personne qui, par suite de fouilles, de travaux ou d'un fait quelconque, découvre des monuments, des sépultures, des ruines, des inscriptions ou des objets quelconques pouvant intéresser l'archéologie, l'histoire, la préhistoire ou l'art, doit en faire de suite la déclaration à la mairie de la commune. Si la découverte a lieu sur un terrain appartenant à l'Etat, à un département ou à une commune, à un établissement public ou d'utilité publique, le maire désigne, par arrêté, un gardien provisoire des objets découverts et du terrain où ces objets ont été mis à jour ». Le second des décrets qui vient d'être publié est relatif à la vente publique des œuvres d'art. Il détermine les objets sur la vente desquels est perçue la taxe de 1 p. 100 et les conditions dans lesquelles le Ministre peut exercer le droit de préemption que lui donne la loi. On peut espérer que, par une mise en œuvre sage et mesurée de ces prescriptions, on évitera l'évasion des objets exceptionnels dont la disparition serait un préjudice pour notre patrimoine national. Calvados. — Le château de Fontaine-Henry, si connu des baigneurs qui fréquentent les plages normandes, est trop célèbre pour qu'il soit besoin d'insister sur le caractère pittoresque de ses élégantes toitures et sur le charme de son entourage. En signalant son classement, ainsi que celui de la chapelle située à peu de distance dans le parc, nous voudrions cependant rappeler la date des différentes parties de l'édifice. La partie sud du château, élevée sur de curieuses caves dont certaines remontent au xime et au xive siècles, fut construite au xve siècle; les baies, les balustrades, la tourelle d'escalier en sont le témoignage. Elle a d'ailleurs été remaniée à l'est au xvime siècle et, à l'époque moderne, a subi des modifications assez malencontreuses. L'aile du nord-ouest, dont les souches de cheminées sont particulièrement remarquables est, au contraire, de la Renaissance. Son architecture se rapproche de celle de l'hôtel d'Ecoville, à Caen. Enfin, le grand escalier date du début du xviiie siècle. On y remarque notamment, au palier du premier étage, un haut-relief représentant Judith tenant la tête d'Holopherne, accompagnée d'une inscription versifiée. Un joli puits de l'époque d'Henri IV est situé en avant de cette aile. Quant à la chapelle, elle remonte au xixe siècle. Côte-d'Or. — L'ancien hôtel des dues de Bourgogne, à Beaune, légué par son propriétaire à l'Académie française, a été donné par celle-ci à la ville, qui en a demandé le classement. Les divers bâtiments sont groupés autour d'une cour irrégulière, extrêmement pittoresque. L'un, du xve siècle, est en maçonnerie et percé de grandes fenêtres à lintreau, jadis divisées par des meneaux; les salles qu'il contient conservent leurs plafonds à solives moulurées. Les autres, à pans de bois, avec une galerie extérieure et un escalier renfermé dans une tourelle à toit aigu, datent du xvie siècle. Enfin, les anciens celliers, dont les voûtes d'arêtes reposent sur des piles carrées, doivent remonter au xive siècle. Jean VERRIER. Cl. Serv. Phot. B.-A. Château de Fontaine-Henry BEAUNE. Ancien Hôtel des dues de Bourgogne

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[49] 15 MAI 1924 151 BULLETIN DES MUSÉES UNE TÊTE DE BARBARE FRAGMENT DE HAUT RELIEF Musée du Louvre Il n’est guère de musée, en dehors de Rome, où se puissent étudier dans leur développement les bas-reliefs dits « historiques » qui doivent compter parmi les œuvres les plus remarquables de la sculpture romaine à l’époque impériale. Cl. Serv. phot B. A. Tête de Barbare. Marbre (Musée du Louvre) Le Louvre, cependant, à ce point de vue, est privilégié et la salle de Mécène réunit un certain nombre de panneaux importants enlevés soit au Forum de Trajan, soit à d’autres monuments de ce prince ou de ses prédécesseurs et successeurs. Le dernier acquis était un grand relief rectangulaire en hauteur, appartenant évidemment à quelque arc de triomphe, où sont figurés Sérapis, Isis et Horus, en compagnie de Bacchus. Il était vraisemblablement originaire d’Egypte et d’une rare qualité de travail ; il témoigne de la persistance, même à cette date, des traditions de la belle époque dans ces régions anciennement hellénisées. Le fragment reproduit ci-contre et qui vient d’entrer au Louvre, — une simple tête, vue de profil à gauche, détachée d’un fond dont rien ne subsiste et elle-même mutilée de toute l’extrémité du nez, — est à coup sûr loin d’avoir la même importance, mais il n’est guère possible, vu son caractère et ses dimensions, 0 m. 48 de haut sur 0 m. 34 de large, vu son fort relief traité à l’effet, pour être évidemment regardé à quelque distance, — notez l’œil enfoncé sous l’arcade sourcilière proéminente et le rendu par masses des cheveux, des sourcils, de la moustache et de la barbe, — de douter qu’il n’appartint à quelque grand édifice. Il se rapprocherait notamment, par l’échelle approximativement la même des personnages, d’un superbe morceau jadis encastré dans le piédestal de la Melpomène, où se voit, en avant d’une hutte au toit conique en jones formant l’arrière-plan et à côté du buste d’un soldat romain cuirassé et casqué, la tête d’un barbare, avec son bras ramené au-dessus d’elle pour asséner un formidable coup de glaive qu’il brandit. Le type reproduit est d’ailleurs celui que nombre de trophées de victoires nous ont rendu familier, un de ces barbares à l’avancée desquels, durant des siècles, eurent à s’opposer les armées romaines et, parmi ces barbares, un des plus farouches ennemis contre qui elles aient lutté, un Dace : ses traits et sa chevelure sont assez caractéristiques pour ne pas laisser de doute sur sa nationalité. Il y a donc tout lieu de croire que, rapporté, au témoignage du vendeur, de Syrie et provenant, selon son dire, soit de la Syrie même, soit, — et peut-être la chose serait-elle plus croyable, d’Asie Mineure, — nous avons, dans ce marbre aussi, un spécimen de ce qu’était la décoration des monuments commémoratifs que la fierté des victoires remportées, concrétisée dans l’hommage rendu au souverain, faisait élever non seulement dans la capitale, mais dans les provinces de l’Empire. Etienne Michon. Le département des antiquités grecques et romaines s’est, d’autre part, enrichi récemment, et ce n’est ici l’occasion de l’annoncer, de la tête de Diadumène de Vauluisant, jadis signalée par M. Héron de Villefosse dans le Bulletin des Antiquaires et donnée au Louvre en exécution des volontés du regretté Dr Lorne de Sens.

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MUSÉE DE CLUNY M. Ernest Cognacq vient de faire don au Musée de trois fragments d'architecture de la fin du xve siècle, morceaux intéressants par la qualité de la sculpture. Ces fragments qui proviennent de la décoration extérieure de fenêtres où ils formaient allèges, avaient été encastrés dans le mur d'une maison actuellement en démolition, au n° 31 de la rue des Bourdonnais.— Ils présentent un ensemble de six compartiments séparés par des contreforts à pinacles et décorés en orbevoie de fenestrages flamboyants que traversent des gâbles à rampants chargés de crochets et d'animaux chimériques. Deux compartiments sont séparés, non plus par un contrefort, mais par la pointe d'une accolade qui formait l'amortissement d'une arcade ouverte sous la fenêtre. Deux figures nues décurent l'extrados de cette pointe : à droite, Adam qui déroule un phylactère dont la devise peinte a disparu ; à gauche, Eve, qui tient le Serpent et qui rit, en montrant Adam de l'index de sa main droite. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS L'Exposition Maurice Denis L'exposition des œuvres de Maurice Denis — œuvres qui vont de 1885 à l'an présent — restera longtemps dans le souvenir de ceux qui la contemplèrent. On sait que M. Maurice Denis partage avec M. Georges Desvallières la gloire d'être le grand peintre religieux de ce temps. Redisons, après tant d'autres, qu'il est le Fra Angelico d'une époque dont M. Desvallières serait à la fois le Greco et le Herrera. Ingres souhaitait que sa Thetis répandît un parfum d'ambroisie. C'est un harmonieux parfum d'en-cens qu'exhale l'œuvre de M. Maurice Denis. Elle doit à cette dévotion constante, à cette spiritualité cultivée, l'émergente unité que nous lui voyons. Cette activité de la pensée donna, semble-t-il, à M. Maurice Denis, plus de joie qu'il n'en eût pris à manier les formes et les couleurs, sensuellement, à la façon d'un Chardia, d'un Manet ou d'un Cézanne. Son art revêtît, sans regrets comme sans efforts, un aspect décoratif, un graphisme significatif d'idées et des harmonies évocatrices d'états de l'âme parfaitement déterminés. En présence de ses toiles, on pense à de la fresque, ou bien à de la dét-empe, mais rarement à de la peinture à l'huile. La partie la plus émouvante de cette exposition est celle qui groupe les œuvres créées entre 1890 et 1900. On y sent un esprit à la fois grave et subtil, doctrinaire et tendre. Naturellement enclin à goûter les douceurs du mysticisme, il répudie l'animalité délicate des Impressionnistes. On se rappelle ce fameux alinéa dans lequel M. Maurice Denis raconte (L'Occident, octobre 1903), comment lui fut soudain révélé le sentier que frayait alors Gauguin, vers un nouvel ordre classique; comment, aux paillettes colorées de l'impressionnisme, il désira, dès lors, substituer les larges, les simples, les idéales conceptions du grand synthétiste, puisqu'aussi bien il faut l'appeler par ce nom. Ce retour exalté vers l'idéalisme allait de pair avec les rêveries fiévreuses et quelque peu by-zantines des Albert Aurier et, en général, des écrivains symbolistes. Sérusier, selon la manière que prônaient, à ce moment, Emile Bernard et Ga-guin, sertissait des figures, angéliques ou marquées d'un médiéisme brutal, d'un trait noir semblable aux plombs qui cloisonnent les vitraux. Le Sar Péladan lançait, dans des aventures dignes du temps des Podestats et des Gonfalonniers, des cœurs que recouvraient de modernes jaquettes. M. Maurice Denis peignit un peu de la sorte. Sa candeur savante n'allait pas sans quelque morbidesse. L'époque le voulait. Certains de ses panneaux montrent des vierges sages, aux poses flo-rentines, un peu languides, assises sous des om-brages qui ressemblent à ceux du Luxembourg, mais elles ont le chignon bas cher aux esthètes d'alors; et l'on s'attendrait à voir monter au long de leurs bras purs les gants d'Yvette Guilbert. C'est ce rêve de toute une jeunesse un peu précieuse, mais aussi, généreuse et originale, qui revit là. Elle émeut et trouble vaguement, de ce même trouble qu'on éprouve en lisant l'Axel, de Villiers de l'Isle-Adam. On voit, dans cette exposition, que M. Maurice Denis élimina, sans difficulté, ce qui n'était que littérature dans toute cette poésie. Mais à cette dernière il demeura fidèle. Les portraits qu'il fit d'après des femmes, sont peu souvent mondains. Ils offrent, par contre, et presque toujours, une lourdeur sacrée; les joies des mères selon Dieu sont les seules dont il se réjouisse; et, à cause de cette constante sainteté, je ne crois pas que M. Maurice Denis, qui peignit beaucoup de petits enfants, puisse être cité comme un peintre de l'enfance. Il veut que l'en-fance soit toute blanche, toute bleue, toute sainte; alors que ses charmes, qui sont ceux des jeunes animaux, sont maintes fois faits de violences; alors que Pan et ses caprices sont plus près de luire dans les yeux enfantins que la tendre auréole du Petit Jésus. En somme, cette exposition se déroule avec une douceur triomphale. Elle résume, sans la clore,

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[51] BULLETIN DES MUSÉES 153 Cliché Druet. MAURICE DENIS. L’Eternel Été. l’œuvre admirable d’une vie déjà longue. Elle offre un grand exemple d’unité. Elle prouve que les doctrines les plus impérieuses ne sont point si étroites qu’elles ne laissent à la sensibilité d’un artiste le loisir d’évoluer un peu, de se détendre et d’amplifier ses délectations. Dans la belle et clairvoyante préface que M. André Pératé fit pour le catalogue de cette exposition, il rappelle un mot prononcé jadis par M. Maurice Denis : « L’art est la sanctification de la nature ». Sachons gré à M. Maurice Denis d’être demeuré toujours artiste, même quand il oubliait de revêtir la nature d’une robe d’innocence; même quand il peignait ses paysages d’Italie, aux fraîcheurs exactes, mais inattendues, comme en ont les prières franciscaines, et peut-être aussi les strophes de Tibulle. Robert Rey. ACQUISITIONS RÉCENTES DU MUSÉE DE SÈVRES Pendant l’année 1923, le Musée Céramique de Sèvres a acquis un certain nombre d’objets en terre cuite provenant de fouilles faites à Liège (Belgique), parmi lesquels : un moule ayant servi à l’estampage d’une statuette de la Vierge et de l’Enfant Jésus, une petite statuette en terre cuite et un fragment de moule en terre cuite représentant le même sujet. Ces objets ont été découverts en août 1916, à l’occasion du creusement d’une citerne, à une profondeur de 7 m, 50 au-dessous du niveau de la rue. Ils se trouvaient dans les fondations d’une maison du xvie siècle. Dans les terres extraites se trouvaient aussi des fragments de moules et de statuettes en terre cuite appartenant actuellement au Musée archéologique liégeois, ainsi que quelques petits médaillons en terre cuite représentant, en bas relief, des scènes de la Bible, exposés aujourd’hui dans les vitrines de la nouvelle salle de ce musée. Il s’y trouvait encore un grand nombre de fragments de poterie vulgaire en terre cuite blanche, recouverte à l’extérieur, d’un vernis plombifère vert, jaune ou brun. Les terres contenant les objets étaient de très anciennes terres de nivellement pleins de débris de briques, de mortier, de bois et de fer; leur niveau correspondait au niveau moyen de la région au xve siècle. Il résulte de chroniques liégeoises que de nombreux ateliers de potiers existaient à cet endroit au moyen âge. Les moules qu’on y a trouvés et que le Musée de Sèvres a acquis servaient à la fabrication des statuettes religieuses en terre cuite dont un exemplaire intact et quelques fragments de diverses grandeurs sont parvenus jusqu’à nous.

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BEAUX-ARTS Sans nul doute, l'atelier, les fours et le matériel ayant été détruits, le terrain aura été nivelé, enfouissant pour plusieurs siècles les vestiges d'une fabrication artistique d'un haut intérêt au point de vue de l'histoire locale et de l'art gothique en général. L'influence de Jean Van Eyck, mort en 1440, sur le style de ces objets est frappante; leur analogie avec l'œuvre de Memling est remarquable. Les draperies cassées à nombreux plis, la longue chevelure de la Vierge, tombant sur Vierge en terre cuite, xv° siècle (Musée de Sèvres) des manteaux lourds, l'aspect souffreteux de l'enfant Jésus, indiquent nettement l'influence de ces deux artistes (1). Parmi les acquisitions récentes de pièces anciennes il faut citer un certain nombre de terres cuites de Suse qui sont venues compléter les collections de céramique antique du Musée de Sèvres, aujourd'hui classées de façon méthodique par Mme Massoul et dont les pièces principales seront reproduites dans le Corpus Vasorum antiquorum dirigé par M. Pottier. Le Musée de Sèvres s'est enrichi également, au cours de l'année, de porcelaines et de faïences anciennes, parmi lesquelles on remarquera un pot (1) Ces renseignements ont été fournis par M. Gudeyne, de Liège. à eau et une cuvette en ancienne porcelaine de Paris à décor polychrome d'oiseaux et ornements en or, offerts par les enfants du général Marnier; une assiette en porcelaine dure de Sèvres portant au centre le monogramme de Napoléon III peinte par Mérigot en 1851, don de Me Henry Monnier; une assiette en porcelaine tendre de Chantilly, ainsi qu'un certain nombre de porcelaines dures de Sèvres offertes par Mme de Vasson et une assiette en faïence de Sceaux, don de M. Paul Picqué. Il faut mentionner tout spécialement le don très curieux de M. André, antiquaire à Paris, qui consiste en une palette d'échantillons en porcelaine tendre de Sèvres, portant au centre un paysage avec personnage, peinte par Vieillard qui travailla à la Manufacture de 1751 à 1790. En dehors des céramiques anciennes, le Musée de Sèvres s'est heureusement accru d'œuvres des céramistes français contemporains : Decœur, Delaherche, Lenoble, M. et Mme Massoul et Mayodon (Jean), de quelques spécimens de céramique populaire tchécoslovaque offerts par le Dr Rudolf Bar-ta, de Prague (Tchécoslovaquie), de porcelaines dures de Vista Alègre, Ilhava (Portugal) et de Bing et Grondhal à Copenhague. Le Musée de Sèvres a par ailleurs organisé au cours de l'année 1923, une exposition générale de l'œuvre de verre de René Lalique, et prévoit pour l'été de 1924 une exposition collective de céramique contemporaine qui sera, dans une certaine mesure, une préparation à l'Exposition des Arts Décoratifs et Industriels de 1925 et permettra d'envisager l'effort des artistes céramistes français en vue de cette manifestation si importante. BIBLIOTHÈQUE NATIONALE Le 19 mai s'ouvrira à la Bibliothèque nationale, dans une salle des nouveaux bâtiments tendue pour la circonstance de magnifiques Gobelins, une exposition de Chefs-d'œuvre prélevés parmi les pieces les plus remarquables que conserve chacun des départements. Cette exposition, qui est la préface d'une série d'autres manifestations du même ordre qu'envisage l'administrateur général, M. Roland-Marcel, est organisée au profit de l'Anthologie des Écrivains combattants. UN MUSEE HISTORIQUE A ANTIBES Une société archéologique vient de se créer à Antibes, sous le nom de Groupe ligurien d'études historiques et archéologiques. Elle se propose de fonder un musée historique qui, espère-t-on, pourra être installé dans le château de la ville et où seront recueillis les souvenirs des époques préhistorique, grecque et romaine de la région.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER HOLLANDE A travers quelques Musées Hollandais Tandis que le délicieux musée du Mauritshuis, de La Haye, garde toujours son allure réservée et discrète de collection privée soigneusement choisie, l'extension énorme conduisant à l'entassement du Rijks-Museum d'Amsterdam appelait des réformes nécessaires qui sont en cours d'accomplissement, avec une rigueur assez radicale : élimination de plus de moitié des tableaux secondaires, classement méthodique et aération des panneaux, répartition des anciennes collections demeurées groupées, etc. : la salle des Franz Hals, par exemple, déjà réinstallée, promet d'agréables surprises, de même que les cabinets réservés aux Primitifs. Le Musée Boymans, de Rotterdam, tient à peu près le milieu entre les deux conceptions. Limité à un cadre qui rappelle un peu celui du Mauritshuis, il avait été l'objet, durant quelques années, des soins de M. Schmidt-Degener, qui s'exercent aujourd'hui à Amsterdam. D'importants accroissements y sont annoncés sur lesquels nous reviendrons certainement un jour. Mais retournons à La Haye, où la collection Mesdag et celle du Dr Bredius, rendues publiques chacune dans le cadre d'une ample maison bourgeoise, multiplient l'exemple du Mauritshuis, mais où l'on rêve cependant d'un musée-palais qui serait plus spécialement consacré à l'art moderne et à l'art décoratif. Un magnifique terrain a été réservé dans un quartier neuf et des plans étudiés avec l'admirable conscience et le rationalisme vigoureux qui appartiennent au grand architecte Berlage. Mais l'heure des grands projets paraît un peu passée en Hollande et l'on doit se contenter, pour le moment, de l'asile offert par le Musée communal aux premières séries constituées d'art appliqué et, pour les peintres modernes, des salles voisines du panorama Mesdag, où des expositions temporaires, sous l'active direction de M. Van Gelder, qui préside à ces diverses institutions, obligent fréquemment à déménager l'ensemble des collections permanentes déjà réunies. Le mois dernier, on pouvait y voir une charmante réunion de portraits d'enfants de l'école hollandaise du xvie au xxie siècle, unissant les maîtres classiques de la Hollande du xviiie siècle aux vigoureux réalistes de la jeune école actuelle. Devançant même l'école classique, le charmant portrait de jeune écolier de Jan Scorel, qui appar- tient au Musée de Rotterdam, mettait une note de fraîcheur et d'éclat qui rappelait les primitifs, dans une facture sobre et savante. Un délicieux portrait de jeune fille de Vermeer (à M. van Benningen) brillait aussi au milieu des effigies savoureuses, mais un peu lourdes, des enfants engoncés dans leurs lourds costumes de Cuypp ou de Flinck, de Mytens ou de Verwilt. La vigoureuse santé de Franz Hals éclatait dans une étude de jeune garçon au rire joyeux, sous un pittoresque bonnet. Le xviiie siècle était peu représenté bien que deux bons portraits de G. Schalcken évoquassent un art déjà plus élégant et gracieux, comparable à celui de notre Largillière. Au début du xixe siècle, d'académiques effigies, un peu empesées, de Hodges et de Kruseman précédaient celles d'Arg JAN SCOREL. Le jeune écolier (Musée de Rotterdam) Scheffer teintées du sentimentalisme romantique, puis venaient les solides et réalistes interprétations des grands hollandais de la fin du xixe siècle, les Israels et les Maris, en attendant les impressions plus vives, encore qu'un peu lourdement et sommairement exprimées, de Breitner, mort l'an passé et dont le Musée communal d'Amsterdam permet d'apprécier le talent vigoureux et libre. Les tout modernes, enfin, se partagent entre la tendance aux stylisations sobrement dessinées des Toorop et de quelques autres et les visées flamboyantes, aux parti-pris violents de coloristes passionnés, tels que Wiegman et Sluyters. Paul Vitry.