Extrait

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2e Année. — Numéro 11 1er Juin 1924 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • --- LES LEGS SÉGUR AU MUSÉE DE VERSAILLES Deux nobles legs qui viennent d'enrichir les Galeries Nationales de Versailles reportent notre pensée vers le temps où le royal fondateur de ce Musée ouvrait « à toutes les gloires de la France » les salles du château de Louis XIV, restauré trop cruellement, mais tout de même sauvé par ses soins. Alors les plus vieilles familles tinrent à honneur d'être représentées à Versailles par des portraits d'ancêtres, et tout un sang généreux fut agité du désir de s'immortaliser, en illustrant une grande histoire. Imagerie souvent bien mêlée, souvent accueillie par une critique trop complaisante; que d'amitiés à ménager, que de réconciliations à prévoir! L'ingénieuse diplomatie de Louis-Philippe se joua parmi les combinaisons des partis, et sut triompher de bien des rancunes. En élaguant de la conception primitive ce qu'elle avait d'arbitraire et de naïvement pédagogique, en rendant, par un décor approprié, la vie à tout ce qui en était digne, le Musée renouvelé s'est montré prêt à recevoir les richesses encore manquantes, à compléter l'appel de la tradition. Lorsque le marquis Pierre de Ségur léguait à Versailles les portraits de ses grands-parents, lorsque le comte Louis de Ségur ajoutait au legs de son neveu une donation plus abondante et plus précieuse encore, ils savaient travailler de la plus durable façon à la gloire de leur famille. Les visiteurs de notre grand Musée d'histoire verront bientôt, sur un même panneau, se succéder les images de toute une dynastie où les services rendus dans la magistrature, la diplomatie et l'armée se parent du laurier des lettres. Des portraits du chancelier d'Aguesseau et de sa femme jusqu'à celui de la bonne comtesse Rostopchine, dont les romans ont réjoui notre enfance, il y a là près de deux siècles de gloire française. Deux tableaux et deux bustes en forment le centre. C'est Mme Vigée-Lebrun qui a peint l'image énergique et de goût anglais du Maréchal de Ségur, et le gracieux portrait de sa belle-fille, la comtesse de Ségur, dont le sculpteur Monnot exposait au Salon de 1783 le buste en marbre, auprès de celui de son jeune époux, le comte Louis; deux charmantes gouaches de Carmontelle, qui représentent, en 1763, la Maréchale de Ségur et la comtesse mère du Maréchal, avec son petit-fils, complètent l'heureux arrangement. Le comte Louis, l'ambassadeur, reparait sous le costume de grand-maitre des cérémonies de l'Empire, et son fils, le narrateur de la Campagne de Russie, a été peint de façon magistrale par Gérard. Voilà de bonnes œuvres d'art et de beaux documents d'histoire française qui ne s'expatrieront point, comme tant d'autres, et que Versailles accueille avec tout l'honneur dont ils sont dignes. André PÉRATÉ. --- NOUVELLES - Dans les Musées nationaux — M. Georges Salles, qui depuis quelque temps déjà appartenait au département des objets d'art du Musée du Louvre en qualité de délégué dans la fonction de conservateur-adjoint, vient d'être nommé conservateur-adjoint à ce même département. - Le collier de Mme Thiers — Rappelons que la vente des bijoux de Mme Thiers, dont nous avons entretenu à plusieurs reprises nos lecteurs, sera faite le 16 juin, à 14 h. 30, salle Denon, au Musée du Louvre. Elle sera précédée d'une exposition particulière qui aura lieu le 14 juin, de 14 h. à 17 h. 30, dans la même salle, et d'une exposition publique le dimanche 15 juin, aux mêmes heures. - Les Récompenses au Salon des Artistes français — Cette année, les médailles d'honneur ont été décernées avec la plus extrême parcimonie. Il n'en a été attribuée, ni dans la section d'architecture, ni dans celle de peinture, ni dans celle des graveurs et lithographes. Chez les sculpteurs, la médaille d'honneur a été décernée à M. Horace Daillion, auteur d'un important groupe en marbre, commandé par l'Etat pour le Jardin des Plantes, A l'âge de pierre. Dans la sous-section de

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BEAUX-ARTS gravure en médailles, le lauréat a été M. Leon Deschamps, pour un médaillon en bronze doré du président Wilson, commandé par le Conseil général de la Seine. Une Exposition d'art suisse à Paris. — On annonce comme devant s'ouvrir dans le courant du mois de juin, au Jeu de Paume des Tuileries, une exposition d'art suisse ancien et moderne. Conférence des Sociétés savantes de Seine-et-Oise. — Après une interruption de dix années, causée par la guerre, les Sociétés savantes de Seine-et-Oise se réunissent de nouveau en une conférence analogue à celles qui, depuis 1912 jusqu'en 1914, se sont successivement tenues, de deux en deux ans, dans diverses villes du département. C'est la ville de Mantes qui a été choisie cette année pour être le siège de la réunion qui se tiendra le 31 mai et le 1er juin. Cette conférence, qui sera présidée par M. Gabriel Hanotaux, de l'Académie française, comportera des séances de travail et une visite de la ville et des environs. Les Grandes Orgues de la Chapelle de Versailles. — La Société des Amis des Arts de Seine-et-Oise donnera à Versailles, le lundi de la Pentecôte, un concert spirituel au bénéfice de la restauration des Grandes Orgues de la Chapelle du Château. Le programme exécuté par la maîtrise de Saint-Eustache, sous la direction de M. Félix Raugel, comportera les plus célèbres morceaux entendus dans la Chapelle au cours des xviie et xviiie siècles. La Saison d'art à Beauvais. — M. Jean Ajalbert, comme les années précédentes, a organisé une saison d'art, qui s'est ouverte le 23 mai pour se terminer le 6 octobre. Le but qu'il s'est proposé est de montrer l'état général de la tapisserie moderne à la veille de l'Exposition des Arts Décoratifs. Les Gobelins et Beauvais présentent, en collaboration, les tentures et les sièges du salon des Contes de fées, d'après Jean Veber. Beauvais expose quelques pièces exécutées récemment par ses ateliers d'après les cartons de Gaudissart, Paul Vera, Tapissier, Séguin-Bertault, Laugé et un ensemble consacré aux sports, dû à Maurice Taquoy, monté par Sue et Mare. A côté de la production de nos ateliers nationaux, M. Ajalbert a groupé un certain nombre d'œuvres dues à l'industrie privée et tissées en divers points de la France. Cet ensemble est complété par une série de tapisseries de Louis XIV à nos jours, prêtées par le Mobilier national. Enfin, Auguste Delaherche expose quelques-unes de ses dernières œuvres céramiques. La maison de La Fontaine à Château-Thierry. — On sait que la maison qu'habita le fabuliste, à Château-Thierry, rachetée grâce au concours d'une souscription publique, sert de Musée à la ville de Château-Thierry. Elle est, de plus, classée comme monument historique et l'administration des Beaux-Arts a le devoir de veiller sur elle, sur son entretien et sur sa physionomie. Or, la municipalité a cru devoir installer, il y a quelque temps, au beau milieu de sa façade, un groupe en pierre du sculpteur Jacotin, représentant un Drame de l'alcoolisme. On n'en conteste ni les mérites ni les bonnes intentions, mais l'effet en est déplorable. Les Beaux-Arts protestent et réclament l'enlèvement du « fait-divers » de pierre. La municipalité ne bouge pas et l'on en arrivera peut-être à des sommations et à des exécutions violentes. Un peu de bon sens suffirait à écarter ces extrémités. N'en reste-t-il plus trace au pays de La Fontaine ? Une nouvelle mosaïque romaine à Reims. — Les travaux qui ont été poussés si activement depuis plusieurs années à Reims, devenue une nouvelle Pompé, pour le déblaiement et la résurrection de la ville, ont mis au jour quantité de débris archéologiques de toutes les époques. Un formidable musée lapidaire s'est créé dans le hangar où le service des Monuments historiques recueille tous ces débris. Tout récemment c'est un magnifique morceau de mosaïque romaine, fragment du pavage de quelque villa voisine de la porte de Mars, que l'on a découvert sous le terre-plain du boulevard. Une Exposition de fac-similés. — Une exposition de fac-similés, organisée chez M. Jamarin, 15, avenue des Champs-Elysées, s'est ouverte le 19 mai. Son but est de révéler au public les résultats obtenus en ce genre de reproductions par les procédés de M. Daniel Jacomet. Les exemples exposés sont empruntés à tous les genres : enluminures, incunables, dessins, aquarelles, gravures, fresques, et reproduisent des œuvres de tous les grands maîtres de Fra Angelico à Degas. Une Exposition de poupées à Fécamp. — A l'occasion de l'exposition des arts régionaux qui aura lieu à Fécamp aux mois de juillet et d'août, l'Association des Amis du Vieux-Fécamp organise un concours de figurines découpées et de poupées habillées. Le but poursuivi est de reproduire les traits ethniques et les costumes particuliers à la région cauchoise, tant à notre époque qu'aux deux siècles précédents. Une Exposition d'artistes français au Canada. — Sous les auspices du Gouvernement de la province de Québec, a été récemment inaugurée, en cette ville, par le premier ministre, M. Taschereau, la première exposition d'art français organisée au Canada. Parmi les artistes qui ont envoyé de leurs œuvres, citons les peintres P.-A. Laurens, Desvallières, Aubry, Devambez; les sculpteurs Desbois, Moreau-Vauthier, Vermare; le graveur Huvey; le maître-verrier Gall, etc. ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (1) Séance du 9 mai M. Blanchet donne lecture d'une notice de MM. Delage et Georgeix relatant la découverte d'un mur gaulois, caractérisé par des poutres à longs clous, qui a été faite dans la localité de Villejoubert (Haute-Marne). Séance du 16 mai M. Meillet, professeur de grammaire comparée au Collège de France, est élu membre ordinaire en remplacement de M. Babelon. (1) Dans le compte-rendu de la séance du 11 avril, l. 3, lire : M. Nahum Slouszch au lieu de M. Naham Houszch.

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BEAUX-ARTS M. Adrien Blanchet fait une communication sur une découverte signalée par M. le chanoine Pinier. Au cours des travaux exécutés sur le terrain des anciens cloîtres de Saint-Martin, à Angers, on a trouvé, le 28 avril, dans une ancienne fosse, des tablettes de cire dont les deux volets de bois sont ornés de torsades et de palmettes de style carolingien et dont les plaquettes de cire, fixées sur ces volets, portent chacune quatre ou cinq lignes d'une écriture qui est très semblable à la minuscule caroline du x° siècle. On connaissait des tablettes de cire employées par les scribes romains; on en connaissait aussi plusieurs spécimens des xiii° et xiv° siècles, mais jusqu'à ce jour, aucun exemple intermédiaire entre ces époques éloignées n'avait été signalé. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 9 mai M. Paul Vitry entretient la Société d'un document découvert par Mlle Sainte-Beuve chez Me Simon, notaire à Paris: Il s'agit de l'acte passé en avril 1676 entre les héritiers de Turenne et les sculpteurs Gaspard de Marsy et Jean-Baptiste Tubby, pour l'édification du tombeau du Maréchal à Saint-Denis. Le Brun, qui n'a pas signé, y est désigné comme le metteur en œuvre de ce monument, démonté à la Révolution et reconstitué aux Invalides, sous l'Empire. M. Dacier a retrouvé, dans le Fonds Clérambault, à la Bibliothèque Nationale, l'unique lettre que l'on possède de Gillot, écrite deux mois avant sa mort, et le dessin qu'elle concerne, dessin d'un titre pour les statuts de l'ordre de Saint-Michel. M. Dacier montre ensuite des essais de Gillot comme graveur de sa propre série des Portières qui, finalement, fut traduite par Charles-Nicolas Cochin. Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 9 avril M. Enlart communique un mémoire de M. Emile Théodore, conservateur des Musées de Lille, sur une clochette du xive siècle qui fait partie de la collection de l'auteur. Elle porte l'effigie de Notre-Dame de Tombelaine. Cette clochette serait un souvenir de pèlerinage et un talisman. M. Enlart ajoute quelques observations et montre une clochette à l'effigie de Saint-Antoine. M. R. Fage communique et commente les plans et photographies de l'église de Creysse (Lot) qui se distingue par son chevet formé de deux absides saillantes, demi-circulaires, adossées à un clocher-mur à pignon. M. Max Prinet étudie un missel conservé à la Bibliothèque Nationale que l'on désigne généralement comme le missel du cardinal Alain de Coëtivy. Ce manuscrit porte les armes de la Maison de Genève; il doit avoir été exécuté pour le pape Clément VII (Robert de Genève) élu en 1378, mort en 1394. M. Merlin communique un mémoire de M. L.-A. Constans sur deux inscriptions de Volubilis (Maroc). Séance du 16 avril M. le commandant Lefebvre des Noëttes montre que l'activité de la batellerie et des transports fluviaux dans l'antiquité, attestée par des textes nombreux, ne provenait nullement de ce que le régime des cours d'eau offrait des facilités plus grandes que de nos jours, mais résultait de la pénurie des moyens de transports sur routes, conséquence directe de la faiblesse de l'attelage antique. M. Formigé communique des photographies du temple qui vient d'être découvert à Orange. Cet édifice, dont le dégagement n'est pas encore achevé, apparaît comme l'un des plus vastes et des plus beaux de la Gaule. Les colonnes devaient être plus hautes que celles de la Madeleine à Paris. UNE EXPOSITION DE CHEFS-D'ŒUVRE A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE Au profit de l'Anthologie des Écrivains morts pour la France s'est ouverte, le 19 mai, à la Bibliothèque nationale une exposition de chefs-d'œuvre choisis parmi les pièces les plus remarquables conservées dans chacun des quatre départements. Cliché Morancé. Les richesses d'art, que recèlent nos grandes bibliothèques, sont considérables, mais sont demeurées jusqu'à ce jour accessibles seulement à un petit nombre d'érudits et d'amateurs. Les efforts faits, par le passé, pour mettre le grand public à même d'admirer ces inestimables trésors ont été malheureusement peu nombreux.

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Depuis 1878 jusqu'aujourd'hui, il n'a, en effet, été organisé à la Bibliothèque nationale que quatre expositions. Il faut donc doublement se féliciter de l'initiative qui vient d'être prise. Du reste, en groupant, en un cadre somptueusement décoré, un choix de chefs-d'œuvre du xve au xixe siècle, l'administrateur général, M. Roland-Marcel, n'a voulu que nous donner un avant-goût des manifestations qu'il projette pour l'avenir et qui révéleront successivement au grand public les ressources artistiques de notre grand dépôt de la rue Richelieu. Toutes les œuvres exposées sont des productions dues au génie national, comme il convenait dans une manifestation en l'honneur d'écrivains français. Quatre siècles de notre histoire sont représentés par des ouvrages ayant trait à la vie politique, littéraire ou artistique de notre pays au cours de cette longue période. Le Département des Manuscrits présente une suite de manuscrits à peintures et de manuscrits autographes; parmi les premiers se rencontrent des œuvres fameuses comme les miniatures de Jean Foucquet tirées des Statuts de l'ordre de Saint Michel et des Heures d'Etienne Chevalier; parmi les seconds des pièces émouvantes comme les Pensées de Pascal ou les Derniers lambes d'André Chénier écrits dans sa prison. Une sélection judicieusement faite de livres imprimés nous retrace l'histoire de la typographie et de la reliure en France depuis le xylographe de la Ballade des haults bonnets jusqu'aux éditions originales de nos grands romantiques, depuis les livres reliés pour Louis XII jusqu'aux reliures à la cathédrale. Le Cabinet des Médailles, entre autres œuvres remarquables, expose l'admirable médaillon en or du chancelier de Birague, attribué à Germain Pilon, et l'effigie de Louis XIV du maître liégeois Jean Varin. Le Cabinet des Estampes est représenté par un choix des gravures les plus célèbres du xvime siècle. Ici, rien qui ne soit connu, mais les épreuves exposées, la plupart avant la lettre, sont toutes en des états exceptionnels. Enfin des Gobelins de la suite de Don Quichotte ont été prêtés par le Garde-Meuble. La Bibliothèque Mazarine a envoyé des meubles rares comme la commode de Boule jadis dans la chambre du roi à Versailles, des bustes comme le Peiresc de Catfieri, le Buffon de Pajou et le Palissot de Houdon, venu rejoindre à la Nationale le buste de l'abbé Barthélémy, qui contribuent à former aux richesses que nous venons d'énumérer un cadre digne d'elles. André Linzeler. LE CINÉMA AU MUSÉE GALLIERA La nouvelle n'a pas été sans étonner, d'abord, quelques-uns: le Musée Galliera consacre la plus importante de ses expositions annuelles à «l'Art dans le Cinéma français». Le cinéma est le premier des arts du mouvement; je veux dire que, dans un avenir plus ou moins proche, il ne sera plus le seul. C'est que l'homme moderne aspire à une conscience plus absolue de sa participation au mouvement. Il s'attarde de moins en moins aux formes immobiles de la nature. La vapeur, l'électricité, lui ont fourni les premiers moyens de rechercher cette harmonie active et mouvante qui lui procure de plus en plus des satisfactions d'ordre esthétique. Le mouvement le dévore, l'absorbe et l'homme s'y livre avec joie. Siècle de mécanique, le xx° siècle a donc logiquement découvert le premier des arts «cinématiques» qui associe, comme jamais, le sentiment au raisonnement scientifique. On n'a voulu voir, tout d'abord, dans le cinéma qu'une industrie. Or, le cinéma peut être un art et l'industrie cinématographique n'est à cet art que ce que l'industrie du livre, par exemple, est à la littérature. On l'a entravé avec de vieilles règles d'un théâtre en mal de renouvellement et de style. Le cinéma ne s'est pas encore complètement affranchi de cette néfaste influence. Et pourtant, on ne saurait le confondre avec le théâtre, pas plus qu'avec la littérature, la peinture, la sculpture, l'architecture ou la musique. A la vérité, il procède de tous ces arts. Il réalisera leur puissante synthèse. Art indépendant, il a des lois particulières qu'il s'agit précisément de découvrir. L'expérience du Musée Galliera — la première — permettra sans doute à beaucoup de sceptiques, d'indifférents, ou de non initiés, de saisir toutes les possibilités nouvelles de ce nouveau mode d'expression, aussi bien dans le domaine de la création artistique que dans celui de l'enseignement. Il eut été, certes, insuffisant d'expliquer, grâce à l'exposition des différents jeux et appareils précurseurs, le développement de l'invention mécanique merveilleuse des frères Lumière. Il eut paru, en outre, assez téméraire de faire comprendre simplement par la présentation de photographies, d'objets ou de matières, la force en puissance dans un procédé qui emprunte essentiellement au mouvement toute sa vertu. C'est pourquoi les organisateurs ont justement pensé qu'il était nécessaire d'abord de tenter, avec des projections nombreuses accompagnées de conférences explicatives, un essai d'esthétique du cinéma, autrement dit de «photogénie», et ensuite un essai de pédagogie cinématique.

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BEAUX-ARTS Sur un programme d'ensemble précis, soigneusement établi, certaines compétences, jeunes pour la plupart, s'attacheront à expliquer les raisons concrètes de leur foi en un art dont la naissance ne va pas sans difficultés considérables et de tous ordres. Ainsi la manifestation du Musée Galliera nous semble-t-elle particulièrement opportune. Son succès doit être grand. Elle marquera une date importante dans cette période ingrate et émouvante de la naissance du cinéma à l'art. Léon Moussinac. L'ART CHINOIS ANCIEN Au Musée Cernuschi La 9e exposition des Arts de l'Asie, inaugurée le lundi 5 mai au Musée Cernuschi, est consacrée à l'art chinois ancien et comprend les collections rapportées récemment de Chine par M. Wannieck, vice-président de la Société des Amis du Musée Cernuschi, par M. le docteur Sirén, professeur à l'Université de Stockholm, et par le commandant Lartigue. On doit à M. Wannieck la saisissante série des vases rituels ayant servi à l'empereur Ts'in Chehoang-ti, il y a vingt-trois siècles, pour sacrifier au mont Ho-Chan, l'une des cinq montagnes sacrées de la Chine. Ces bronzes, cachés dans une cavité de la montagne après le sacrifice, ont été rendus au jour, il y a quelques mois, par un éboulement. M. Wannieck, ayant fouillé la région frontière de la Chine et de la Mongolie, au cours d'un voyage difficile qui fut malheureusement arrêté par la menace des brigands, a rapporté une collection de bronzes « scythiques », où les motifs d'animaux dominent, et qui permettent de saisir l'influence touraniennne sur l'ornementation chinoise primitive. Il a, de plus, réuni plusieurs centaines de céramiques des époques Song et Yuan (xixe-xve siècles); certaines catégories sont absolument nouvelles. Nous ne nous trouvons plus en présence de pièces anonymes, arrivant sous nos yeux après être passées par plusieurs intermédiaires. Les objets présentés ont une origine connue. Les uns viennent de Chu-lou-sien, ville détruite en 1108 par une inondation de vase, les autres ont été trouvés sur les emplacements des villes-frontières ruinées au xime siècle par Gengis-Khan, ou au xve par la réaction des Ming. Ces faits historiques donnent à l'ancienneté de tels objets des limites certaines. Et l'on aperçoit, d'autre part, l'importance des fabrications locales. C'est dans toutes les régions de la Chine que le Dr Sirén a poursuivi ses recherches. Par lui, nous pouvons également localiser un grand nombre de documents. Le Dr Sirén nous fait connaître, sous forme d'ivoires et d'os gravés ou inscrits, et de poteries blanches à décor gravé, les plus anciens exemplaires d'art chinois remontant au 17e siècle avant notre ère. Il a rapporté une très importante collection de bronzes; il a systématiquement recherché les jades funéraires, que l'on plaçait aux différentes parties du corps, et y a joint de beaux jades d'ornement. Spécialiste de la sculpture chinoise, il a su choisir des statues représentatives, en marbre, en calcaire, en grès ou en bois, échelonnées du 5e au 12e siècle. On voit aussi dans ses vitrines des statuettes de terre cuite et différents objets d'ornement. Le commandant Lartigue est connu par ses travaux archéologiques et les missions en Chine qu'il a remplies avec le regretté Victor Segalen. Les objets qu'il présente cette fois ont été découverts par lui dans des tombes de l'époque des Han (2e siècle avant notre ère - 2e siècle après notre ère) qu'il a fouillées lui-même dans deux localités du Sseu-Tchouan. Ils sont d'une haute valeur d'art et permettent, d'autre part, leur attribution étant certaine, de trancher certaines discussions qui s'étaient élevées sur les techniques en usage à cette époque. --- MONUMENTS HISTORIQUES L'Etude chimique des vitraux anciens Dans sa séance du 25 février, l'Académie des Sciences a entendu communication d'une note de M. Chesneau, relative aux résultats des analyses qu'il a effectuées sur quatre verres respectivement violet, bleu, vert et rouge de la grande rose du portail occidental de la cathédrale de Reims, dont la verrière date de la fin du treizième siècle. Il lui a paru intéressant pour l'histoire de la technique des vitraux du moyen âge, de faire une

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BEAUX-ARTS étude semblable sur les verres des vitraux de l'église Saint-Rémi de Reims, antérieurs d'un siècle à ceux de la cathédrale : la destruction systématique de la ville de Reims par les bombardements ennemis ont, comme on le sait, saccagé les magnifiques verrières de l'abside de Saint-Rémi, et c'est sur quelques fragments de ces vitraux, jugés inutilisables pour leur restauration par l'architecte diocésain de Reims, qu'ont été prélevés les morceaux mis à sa disposition pour cette étude par l'administration des Beaux-Arts. Ses analyses sur les vitraux de Saint-Rémi ont porté sur un verre bleu (verre ovale de pourtour intact, ayant 35 millimètres sur 25 millimètres, et une épaisseur variant de 3 millimètres à 3 millimètres 93, pesant 7 grammes), et sur un verre rouge (fragment rectangulaire de 25 millimètres de large et 75 millimètres de long, d'épaisseur variant de 2 millimètres 75 à 5 millimètres 68, pesant 13 grammes). Dans l'ensemble, et abstraction faite des métaux colorants, la composition des verres de Saint-Rémi et de la cathédrale de Reims est très voisine; les rapports entre les teneurs de chaux et de magnésie, et entre celles de potasse et de soude sont peu différents d'un verre à l'autre, et l'on est en droit d'en conclure que les matières premières des verres ont été les mêmes pour les vitraux de la cathédrale que pour ceux de Saint-Rémi. Il est donc vraisemblable que, soit qu'ils fussent rémois, soit qu'ils se fussent transportés à Reims d'une autre région, les ateliers qui ont fabriqué les vitraux des deux églises, à un siècle d'écart, avaient la même origine. Mais la composition de ces verres ne peut fixer par elle-même cette origine, faute de points de comparaison avec les vitraux d'autres centres tels que Troyes, Châlons ou Paris, et seule, l'analyse des verrières de ces régions, où l'industrie des vitraux a été si florissante au moyen âge, pourrait fournir quelque précision sur la question si intéressante de l'origine ou des rapports des ateliers qui ont produit ces admirables vitraux. Au point de vue des métaux colorant les verres, les analyses dénotent une différence très grande entre les verres bleus de Saint-Rémi et ceux de la cathédrale de Reims. On sait quelle pureté de ton offre le bleu des vitraux de Saint-Rémi, tandis que le bleu des vitraux de la cathédrale de Reims a une teinte un peu violacée. La comparaison des analyses des verres bleus des deux églises explique aisément cette différence; l'oxyde de cobalt, qui est le colorant bleu par excellence, est quatre fois plus abondant dans le verre de Saint-Rémi que dans celui de la cathédrale, et, inversement, la teneur en oxyde de manganèse (colorant violet quand il est au maximum d'oxydation, et ne passant au bleu de lin que par réduction partielle de l'oxyde) est cinq fois plus abondant dans le verre de la cathédrale que dans celui de Saint-Rémi. En ce qui concerne les verres rouges, l'examen de la tranche des verres dénote une différence marquée dans le mode de fabrication des verres de Saint-Rémi et de la cathédrale. Ces verres, suivant l'usage constant des verriers du moyen âge, s'obtenaient en cueillant, avec la canne dans Cl. Serv. phot. B. A. le creuset, du verre blanc qu'on recouvrait ensuite d'une mince couche d'émail rouge au cuivre, cueilli dans un autre creuset, et que l'on soufflait ensuite en plateau; mais, tandis que dans les verres rouges de la cathédrale de Reims, on n'observe qu'une seule couche d'émail rouge à l'extérieur du verre blanc, les verres rouges de Saint-Rémi offrent dans la tranche jusqu'à cinq strates d'émail rouge séparées par des strates de verre blanc; les verres rouges de Saint-Rémi semblent donc avoir été obtenus en cueillant alternativement avec la canne du verre blanc et de l'émail rouge et, cela, jusqu'à cinq fois. Les couches d'émail rouge des verres de Saint-Rémi sont d'ailleurs plus minces et plus claires que la couche unique des verres de la cathédrale, dont la teinte est plus foncée dans l'ensemble que celle des verres rouges de Saint-Rémi; dans ceux-ci, les couches d'émail rouge présentent de nombreux manques qui se sont produits pendant l'étirage de la masse, ce qui semble dénoter un émail plus fluide que celui, très continu, des verres rouges de la cathédrale.

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[53] 1er JUIN 1924 167 BULLETIN DES MUSÉES PEINTURES JAPONAISES DE LA COLLECTION GONSE Données au Musée du Louvre. En souvenir de M. Louis Gonse, qui fut — comme M. Kœchlin l’a rappelé ici-même — vice-président du Conseil des Musées Nationaux, sa veuve et ses enfants ont donné, avec la plus délicate générosité, quelques pièces importantes de sa collection au Musée du Louvre. Leur choix s’est porté sur trois peintures, qui seront pour les séries d’Extrême-Orient un enrichissement précieux. La plus ancienne est un paysage à l’encre de Chine, où Gei-Ami (fils de Shinno et l’un des peintres réputés du milieu du xve siècle) a tracé d’un pinceau souple un paysage lacustre (1), dans lequel un saule, au premier plan, cache un petit village de pêcheurs. L’art de Kenzan (frère cadet du fameux laqueur Korin) sera dignement représenté par une gracieuse composition où des campanules et des graminées, à longues tiges élancées, se détachent sur un fond clair. Le raffinement du coloris, l’art avec lequel ces plantes légères sont groupées, montrent que Kenzan (né à Kioto en 1663, mort à Yédo en 1743) ne fut pas seulement un des plus grands céramistes de son pays, mais mérite d’être compté parmi les peintres les plus délicats. On sait d’ailleurs qu’au Japon les artistes ne se sont pas toujours crus obligés de se cantonner dans telle ou telle spécialité, et qu’ils ont souvent, au contraire, produit avec un égal talent des peintures, des laques, des céramiques; l’idée de ce que l’on appelait autrefois les « arts mineurs » paraît leur avoir été inconnue. Mais le charme de ces deux morceaux risque d’être éclipsé par l’importance et les dimensions de la troisième pièce: un paravent à deux feuilles, attribué à Okio (2), qui était l’une des œuvres maîtresses de la collection de M. Gonse. Sur la feuille de gauche une grue debout, de profil, recourbe son cou pour se gratter le dos, tandis qu’à droite deux autres grues, l’une dressée, l’autre penchée en avant, semblent aux aguets. Ces deux feuilles (qu’on a parfois voulu attribuer à (1) Il a été reproduit par M. Migeon dans ses Chefs-d’œuvre d’art japonais (Paris, 1905, in-folio), n° 58, pl. XI. (2) Il a été publié également par M. Migeon, n°s 45-46, pl. IX. une époque antérieure au xvme siècle) concordent avec d’autres œuvres d’Okio; de plus elles portent une mention écrite par le fils du peintre, certifiant qu’il les a toujours vues dans l’atelier de son père, dont elles portent le cachet. Maruyama Okio, né à Kioto vers 1733 et mort vers 1795, pratiqua deux manières assez différentes, dont l’une se dis- Paravent à deux feuilles attribué à Okio. (Musée du Louvre). tingue par un extrême fini, tandis que l’autre est caractérisée au contraire par une largeur et une souplesse qui le classent parmi les grands maîtres de l’esquisse: aussi bien avait-il été disciple d’une des branches de l’école de Kano. Il a souvent représenté des oiseaux et rarement il l’a fait avec une pareille virtuosité; car ces deux panneaux témoignent d’une maîtrise à laquelle peu d’anima-liers ont su atteindre. Si l’on ajoute à ces trois œuvres, si gracieusement offertes, une autre peinture acquise à la vente par le Musée, où Sesson (mort en 1495) a tracé d’une encre fluide deux pigeons posés sur un tertre, on constatera que la collection et la mémoire de M. Gonse, l’un des précurseurs du japonisme en France, seront dignement représen-tées au Louvre.

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C'est surtout grâce à de pareilles libéralités (obtenues presque toutes par le zèle de M. Gaston Migeon) que les séries d'Extrême-Orient du Musée ont pu se développer si rapidement. On trouverait peu de pays en Europe où les collections publiques doivent autant à la patriotique générosité des amateurs. J.-J. MARQUET DE VASSELOT. L'ESQUISSE DE LEMOINE POUR LA DÉCORATION DE SAINT-SULPICE au Musée du Louvre Dans un récent article de la Gazette des Beaux-Arts (1), M. l'abbé E. Malbois, qui depuis de longues années s'est fait l'historiographe érudit de l'église Saint-Sulpice à laquelle il est attaché, contait les vicissitudes subies par la fresque où le peintre François Lemoine a représenté, à la coupole de la chapelle de la Vierge de cette église, la Vierge en gloire au milieu des saints. Commandée à l'artiste en 1731 par l'abbé Languet de Gergy, curé de la paroisse — raconte, dans une notice lue le 15 novembre 1769 à l'Académie des Sciences, Belles-lettres et Beaux-Arts de Lyon, le peintre Nonnotte, élève de Lemoine, qui aida son maître dans ce travail, — l'œuvre fut commencée en juillet 1731 et, interrompue de Noël de cette même année au 1er avril de l'année suivante; elle fut terminée en novembre 1732. Son auteur, qui devait mourir si tristement — on sait qu'il se suicida dans un accès de trouble mental — cinq ans plus tard, en 1737, était alors âgé de quarante-cinq ans et dans le plein épanouissement de son talent. Élève de Galloche, mais formé surtout à l'école des Vénitiens et animé de l'ambition de réaliser, comme eux, de grandes œuvres décoratives, il avait déjà peint le plafond de l'église des Jacobins (aujourd'hui Saint-Thomas-d'Aquin) et venait d'entreprendre, cette même année où il recevait la commande de la coupole de Saint-Sulpice, la décoration du plafond du salon d'Hercule à Versailles, qu'il termina en 1736 et qui, universellement admiré, reste son œuvre maîtresse : « Il n'y a guère dans l'Europe », écrivait Voltaire, « de plus vaste ouvrage de peinture, et je ne sais s'il y en a de plus beau ». L'abbé Languet avait donc été bien inspiré en s'adressant à ce peintre si doué au point de vue du sentiment décoratif et du chaud coloris. Il n'eut qu'à se féliciter de son choix et, nous apprend Nonnotte, témoigna sa satisfaction à l'artiste, lors de l'achèvement de la fresque, en ajoutant une gratification de 200 livres au prix convenu. Malheureusement, il ne reste plus grand chose aujourd'hui de l'œuvre originale de Lemoine. L'incendie qui éclata le 16 mai 1762 à la Foire Saint-Germain, s'étant étendu à l'église toute voisine, attaqua les voûtes de la chapelle de la Vierge au point que, raconte le chroniqueur de L'Espion anglais, « dix ou douze figures de la fresque de Lemoine étaient absolument touchées, plusieurs crevassées et le tout si délabré que dans l'assemblée de la Fabrique il y eut des avis pour l'effacer entièrement et faire blanchir la voûte ». Par bonheur on n'en fit rien, mais, à la suite de la transformation de la chapelle en 1778, le peintre Collet, qui avait été chargé de restaurer la fresque, y ajoutait du sien, pour masquer un vide dans le bas du plafond, et — nouveaux avatars — un autre incendie, qui détruisit en l'an VII la chapelle de la Communion, provoqua de nouveaux dommages qui nécessitèrent une seconde restauration, en 1810, par le peintre Nicolas Maillot puis, en 1840, une réfection presque entière, exécutée à la détrempe par Jeanron; enfin, une quatrième et dernière restauration, par les peintres Charles et Théodore Maillot, eut lieu à la suite de la chute, pendant le siège de Paris en 1871, d'un obus allemand qui avait trouvé la voûte de la chapelle. Cette lamentable série d'infortunes fait qu'on ne peut plus guère considérer comme l'œuvre de Lemoine la peinture — d'ailleurs si peu visible dans l'ombre où elle est plongée — qui décore la chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice. Heureusement, outre une copie attribuée à Natoire, qui, après avoir fait partie de la collection (1) Livraison d'avril 1924, p. 215: La coupole de Lemoine à la chapelle de la Vierge de Saint-Sulpice.

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[55] BULLETIN DES MUSÉES 169 Randon de Boisset et avoir été conservée longtemps dans l'église, est maintenant au presbytère de Saint-Sulpice et a servi de modèle pour les restaurations successives (1). Il existait une esquisse originale de Lemoine, dont celui-ci raconte l'Espion anglais, « fit présent à M. Languet le 13 mars 1733, lorsque ce curé enchanté de son ouvrage, lui donna une gratification extraordinaire ». Mais depuis longtemps on ne savait ce qu'elle était devenue et on la considérait comme perdue. Par une heureuse coïncidence nous avons eu la bonne fortune de la découvrir dans une famille pari- position harmonieuse. Autour du centre lumineux où la Vierge, en extase, plane au milieu des anges qui lui font cortège, sont disposés, dans l'arrangement le plus heureux et dans une lumière blonde où se détachent de place en place les tons rouges, bleus ou bruns amortis des vêtements, les groupes de saints et de saintes ou d'autres personnages. La reproduction qui accompagne ces lignes et la description très minutieuse donnée par Nonnotte dans la notice que reproduit M. l'abbé Malbois et à laquelle nous renvoyons nos lecteurs nous dispensent de détails plus étendus. Esquisse de FRANÇOIS LEMOINE pour la chapelle de la Vierge de Saint-Sulpice. (Musée du Louvre) sienne au moment même où M. l'abbé Malbois publiait son étude (à laquelle il put ajouter en post-scriptum l'annonce de cette bonne nouvelle), et la propriétaire du tableau, Mme Jouanny, a consenti à céder au Musée du Louvre cette peinture, aujourd'hui d'autant plus précieuse qu'elle constitue, on vient de le voir, le seul et véritable original de l'œuvre imaginée par Lemoine (2). On admi-era prochainement au Louvre cette com- (1) Elle est reproduite dans l'article de M. l'abbé Malbois et offre avec l'esquisse primitive de Lemoine quelques différences de détail. (2) Sur toile, de forme ovale et encore dans son cadre ancien, elle mesure, sans ce cadre, 1 m. 20 sur 0 m. 92. Cette acquisition est d'autant plus heureuse pour le Louvre que celui-ci, jusqu'à présent, ne nous montrait du beau décorateur que fut Lemoine, en dehors du tableau Hercule et Omphale, qu'une petite esquisse de plafond, L'Olympe ; il possède, il est vrai, l'esquisse de la décoration du salon d'Hercule à Versailles, mais ne peut l'exposer à cause de la forme bombée de cette maquette. Auguste MARGUILLIER. On remarque sur les côtés l'adjonction faite par l'artiste à la maquette primitive — ce qui contribue à l'authentifier — d'une bande de toile d'environ 4 centimètres destinée à la faire correspondre exactement aux proportions de la coupole.

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LES « AMIS DES MUSÉES » DE STRASBOURG A l'occasion de l'ouverture des nouvelles salles du Musée des Arts Décoratifs, quelques amateurs d'art Strasbourgeois et Parisiens ont constitué la « Société des Amis des Musées de la Ville de Strasbourg ». Cette association se propose d'aider activement au développement des collections municipales. Le groupe parisien a déjà fait l'année dernière don au Musée des Beaux-Arts d'un très beau tableau de Corot. Lors de la séance de fondation, la société a présenté mardi dernier à nouveau une très belle donation : un ensemble de pièces d'orfèvrerie strasbourgeoise des xvie et xviiie siècles, provenant de la célèbre collection Spetz. De nombreux amateurs qui s'intéressent au développement des collections strasbourgeoises voudront certainement faire partie de cette association. Les adhésions (cotisation annuelle 30 fr.) doivent être adressées au secrétariat 2, place du Château. UN « KOUROS » ARCHAÏQUE au Musée de Compiègne Le Musée Vivenel, à Compiègne, possède un petit bronze d'un beau travail. Il appartient à ce groupe de statues, longtemps appelées, d'un terme impropre, les « Apollons archaïques ». On sait quelle place a tenue dans la statuaire grecque du vie siècle l'étude de la nudité masculine. Les corps de ces jeunes gens, de ces « kouroi » comme nous disons maintenant, paraissent se ressembler. En réalité, ils sont tous différents. Leur progression est sûre. Ils suivent, sans recul et sans heurt, la voie malaisée qui conduit au Doryphore. Quoi qu'on en ait dit, l'art grec n'est pas un miracle ; l'examen de nos « Apollons » nous en donne la certitude. Ténacité, patience, tels sont les moyens, bien humblement humains, à l'aide desquels s'est formé un art incomparable. Voilà pourquoi aucun kouros ne peut nous laisser indifférents. En dépit d'un poli brillant qui paraît moderne, la statuette du Musée Vivenel a un aspect sévère (1). Par la raideur de son attitude, elle semble toute proche des premières ébauches. Quelques progrès, le dégagement des coudes, la disjonction des jambes, la flexion des mains, la séparent seuls de l'archaïsme le plus rude. Ce n'est cependant qu'une apparence. L'examen des détails (1) Haut, 0,19. Bronze brun noirâtre. Fonte pleine. Quelques bulles sur la poitrine et les bras. Achetée par Vivenel entre 1825 et 1840. Léguee au Musée avec l'ensemble des collections en 1843. Provenance inconnue. Ne figure ni à la seconde vente Durand (1836) ni à la vente Beugnot (1840). Catal. du Musée Vivenel, no 745. modifie cette impression première. Les pectoraux sont peut-être un peu hauts. Mais le modèle du torse et des bras est souple. Les mains sont d'un travail excellent. Les genoux et la partie antérieure de la jambe montrent de la délicatesse dans le modelé. La tête nous surprend plus encore. Cette chevelure abondante, découpée en petits carrés, la saillie du globe de l'œil, ce profil plat, cette oreille haut placée, n'appartiennent-ils pas aux plus anciens kouroi ? D'autre part, la ferme construction de la face qui se tend sur l'ossature interne, l'atténuation de l'obliquité des yeux, la grâce du sourire léger sont autant d'indices qui nous mènent à l'extrême fin de l'archaïsme. Que conclure? Plus récente qu'elle ne le paraît, cette statuette laisse une impression indécise. Le modelé de la tête et des épaules est ferme. Il y a, au contraire, une certaine mollesse dans le rendu du ventre et des cuisses. Nous avons devant nous une œuvre imprégnée d'influences diverses. Il lui manque cette franchise d'accent des produits purement grecs : c'est sans doute un excellent spécimen d'art provincial. Ajoutons qu'il y a, dans la physionomie, une pointe d'étrangeté particulière à un art dérivé de l'art grec que nous connaissons bien et que notre bronze offre plus de traits qu'il n'en faut pour lui attribuer une origine étrusque ? Marcelle Flot.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ESPAGNE Les Agrandissements du Musée du Prado Ce Musée du Prado, un des plus beaux de l'Europe quant à la qualité et au nombre des œuvres qu'il renferme, était en même temps l'un des moins bien disposés pour mettre en lumière ses collections. Bâti dans la seconde moitié du xvième siècle par Juan de Villanueva pour servir de Musée d'Histoire naturelle, il ne réunissait, bien que très spacieux et d'une noble architecture, aucune des qualités requises pour la destination qu'on devait lui donner par la suite. Or, l'avant-dernier directeur, M. Aureliano de Beruete y Moret, était un érudit doublé d'un homme de goût, d'ailleurs très influent et bien en cour. Fils du grand peintre des paysages madrilènes, et célèbre commentateur de Velasquez, Aureliano de Beruete, il hérita de celui-ci une magnifique galerie particulière de peinture ancienne et l'amour des maîtres. Historien d'art éminent à son tour, personne n'était mieux qualifié que lui pour cette direction qu'une mort prématurée devait lui permettre d'occuper seulement peu de temps. Mais ce fut assez pour concevoir tout un plan d'agrandissements et de réformes très intelligemment suivi et développé par le directeur actuel, le peintre Alvarez de Soto-Mayor et ses collaborateurs, MM. Canton et Allende-salazar et dont il n'est pas excessif d'assurer d'ores et déjà qu'il convertira notre Pinacothèque en un Musée aussi parfaitement agencé que possible. L'idée première de ce plan consiste à présenter chaque Ecole, chaque maître, dans un cadre approprié. Pour avoir un plus grand nombre de salles, de nouveaux bâtiments ont été ajoutés à l'aile gauche, de chaque côté de l'ancienne salle Velasquez. Avant celle-ci, on rencontre à présent les salles italiennes; ensuite les flamandes, et Velasquez se trouve ainsi au rond-point, et comme à l'aboutissement des deux écoles dont l'influence a fécondé l'art espagnol. Il est, d'autre part, relié par la salle Greco à la grande galerie centrale, laquelle, débarrassée des maîtres installés dans les nouvelles salles, offre, en une rigoureuse succession chronologique, un aperçu général de l'Ecole espagnole, depuis les primitifs jusqu'à cet extraordinaire Carreno de Miranda (1614-1685) dont le Charles II est sans doute une des œuvres maîtresses de la peinture de tous les temps. Goya, si mal traité jusqu'ici, dispersé comme à plaisir là où il était impossible de le bien voir, a enfin ses tableaux rassemblés dans une seule salle (l'ancienne salle Murillo). Les cartons pour les tapis de la Fabrique Royale et les peintures de la villa Goya sont toujours dans l'obscur rez-de-chaussée ; mais ceci n'est que provisoire, car il est fortement question d'installer un « Musée Goya » dans un palais de l'époque du maître (1). L'Ecole française, beaucoup moins importante ici que les autres, bien que comprenant plusieurs Poussin et deux Watteau délicieux, se trouve maintenant rassemblée dans deux petites salles évoquant les salons du temps avec leurs bronzes et leur tenture verte frottée d'or. Ce sont les seules que M. de Beruete ait pu voir finies avec la salle Greco. Cette dernière est, à notre avis, une des plus réussies : avec ses murs blanchis comme des murs de sacristie, ses sévères boiseries copiées sur celles de l'Escorial, elle fait un cadre approprié aux peintures religieuses du grand Crétois. Un brocart rouge de l'époque fait valoir les portraits de ces nobles gentilshommes, placés comme ils durent l'être dans les salons de leurs modèles. (1) Près de l'endroit où s'élèvera la « Villa Velasquez », la maison des artistes français.