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2e Année. = Numéro 5 1er Mars 1924 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • --- L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ANNUELLE DES AMIS DU LOUVRE Le 16 février, au Pavillon de Marsan, se tint l’assemblée générale des Amis du Louvre. M. Raymond Koechlin présidait et en présence d’une nombreuse assistance, il se félicita de l’activité continue de la société et de son accroissement progressif. Elle compte aujourd’hui 3435 membres. Il signala notamment l’opération récente par laquelle les Amis du Louvre ont permis la rentrée au Musée du magnifique bureau dit de l’abbé Terray, affecté jusqu’ici à l’usage du ministre des Finances. Le conseil d’administration sortant fut réélu à l’unanimité, après que le président eut loué, comme il convenait, deux de ses membres récemment disparus, M. Olivier Sainsère et le prince d’Arenberg et annoncé que M. Gaston Migeon, nommé directeur honoraire des Musées nationaux, et ne pouvant plus figurer au Conseil à titre de conservateur, y rentrerait pour remplacer M. Sainsère, étant lui-même remplacé par M. Marquet de Vasselot. Le rapport administratif de M. Henraux, secrétaire, fit connaître ensuite, suivant l’usage, la liste des libéralités faites aux Musées pendant l’année, non seulement par la Société, mais par les amateurs, rappela les promenades auxquelles les sociétaires avaient été conviés et les expositions à l’inauguration desquelles ils avaient été invités, ainsi que les privilèges dont ils jouissent, et dont l’entrée gratuite du Musée n’est pas un des moins appréciés, un de ceux qui doivent contribuer le plus à accélérer le recrutement de la Société. M. Gaston Migeon donna ensuite lecture de la notice qui sera publiée cette année dans le Livre d’or de la Société et consacrée à la mémoire de la marquise Arconati Visconti, bienfaitrice insigne des universités et des musées, et il mit dans cette lecture un accent d’émotion que comprendront tous ceux qui, comme lui, dans la Société et ailleurs, ont connu l’accueil affectueux et sympathique de la marquise, éprouvé la qualité de son esprit et de son cœur. Il débuta en rappelant les paroles prononcées en mars 1923, avec un sens profond et juste dans la chambre mortuaire de la marquise, par M. Gustave Lanson, un de ses plus fidèles amis et Deux Pages provenant du tombeau du Condottiere Emo. Collection Arconati Visconti au Musée du Louvre. de ses exécuteurs testamentaires, devant ses amis réunis une dernière fois autour de celle qui avait été « toute tendresse, toute générosité, toute simplicité », qui « dans le champ illimité du bien à faire, avait choisi le bien qu’elle voulait faire, et l’avait accompli jusqu’au bout ». Dix millions, constituant l’ensemble de sa fortune viendront accroître les ressources de l’Université de Paris et lui permettre de tenir son rang dans le monde scientifique. Une admirable collection, consacrée principale-

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BEAUX-ARTS ment à l'art de la Renaissance italienne et française, qui avait toujours eu la préférence de la marquise et sollicité sa fine et large culture, avait fait l'objet d'une donation du 1er mars 1914, et était entrée au Louvre dès avant la guerre; la jolie salle à manger aux boiseries gothiques, des meubles, des bijoux au Musée des Arts décoratifs; des portraits historiques à Carnavalet, un ensemble d'objets d'art au Musée des Tapisseries d'Angers, toute une salle au Musée de Lyon, la bibliothèque de Gaston Paris donnée à la Sorbonne, celle d'Emile Bertaux à l'Université de Lyon: tels sont les principaux effets, pour les établissements publics qui nous intéressent, de cette générosité inlassable de la marquise, qui s'exerça le plus souvent sous le nom des personnes qu'elle avait le plus aimées: son père Alphonse Peyrat, ses amis, le recteur Louis Liard, le délicat artiste et connaisseur Raoul Duseigneur. M. Migeon, indiquant seulement en passant les amitiés et les passions politiques qui avaient agité son âme ardente depuis le temps où elle suivait aux côtés de son père, publiciste et polémiste, puis sénateur, ses luttes avant 1870 contre le régime impérial et, avec Gambetta, pour l'établissement et l'affermissement de la Troisième République, s'attacha surtout à évoquer les milieux d'art où l'avait introduite son mariage avec le marquis Arconati, le palais florentin de la Via Tornabuoni, la villa de Balbianello sur le lac de Côme, le château de Gaesbek en Belgique, propriété du prince d'Egmont et séjour de Rubens, dont, après l'avoir restauré et enrichi, elle fit hommage pendant la guerre au roi Albert, qui ne put l'accepter, et définitivement à l'Etat belge qui en est actuellement propriétaire. Il retraça l'activité familière de ces petits cercles de curieux et d'érudits où se plut la marquise depuis 1890 environ, date de ses premiers achats à la vente Spitzer, à côté de Chabrière, d'Edmond Foulc, de Gustave Dreyfus, d'Auguste et d'Emile Molinier; il rappela la faculté de décision et la confiance amicale qui lui avaient permis de saisir au passage des objets comme l'armoire d'Hugue Sambin, le tondo de Desiderio, les pages du tombeau du condottiere Emo et tant d'autres belles pièces de bronze, d'ivoire, d'émail ou de céramique; le tout fait aujourd'hui une des richesses du Louvre, après avoir fait le régal des yeux des habitués de ce salon de la rue Barbet de Jouy, dont ceux qui en ont gardé le souvenir vivant retrouvent un peu de l'atmosphère dans la salle du musée où flotte encore quelque chose de la bonté et de l'esprit de celle qui en était l'âme. P. V. NOUVELLES La «Réunion des bibliothèques nationales de France». — Un projet de loi vient d'être déposé sur le bureau de la Chambre des députés, portant constitution d'un établissement public, investi de la personnalité civile et qui serait composé de la Bibliothèque nationale (englobant la bibliothèque Mazarine), de la bibliothèque Sainte-Geneviève et de la bibliothèque de l'Arsenal. Cette création est principalement inspirée par le souci d'assurer aux grandes bibliothèques, en leur conférant l'autonomie financière, des ressources nouvelles, sans faire appel au budget de l'Etat, et de leur permettre de se constituer une fortune indépendante en provoquant des libéralités particulières. Cette collectivité administrative sera gérée par un conseil «composé d'éléments professionnels et de compétences extérieures, représentant les lettres, les arts et les sciences». Le régime que l'on se propose d'instaurer pour les bibliothèques n'est autre que celui qui, en 1896, a été établi pour les musées nationaux.

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BEAUX-ARTS Le droit de reproduction. Le 13 décembre 1923, la 12e chambre du Tribunal correctionnel de la Seine rendait un jugement à l'issue d'un procès qui mettait en présence la Société de la librairie Hachette et les héritiers de Corot, de Gustave Courbet, de Rodin et de Sisley. Ces derniers incriminaient l'éditeur de contrefaçon pour avoir illustré la Nouvelle histoire de France, par Mallet, en reproduisant certaines œuvres des artistes susdésignés. Les demandeurs ont non seulement été déboutés par le tribunal, mais, de plus, ont été condamnés à payer la somme de dix mille francs, à titre de dommages-intérêts, pour abus de citation. Négligeant la question de savoir si les œuvres visées étaient ou non tombées dans le domaine public, le tribunal a eu en vue le seul droit de reproduction et il est intéressant de noter, à ce propos, le parallèle qu'il fit entre ce droit et le «droit de citation qui appartient à l'historien comme au critique». Toutefois, les réserves suivantes furent apportées : à savoir que la reproduction revête un aspect tel qu'elle soit «inutilisable et sans valeur en dehors de l'ouvrage écrit» et que l'effet artistique de l'œuvre reproduite ne puisse en être altéré. Cette interprétation élargie du droit de citation ne peut que servir la cause de l'art en favorisant son rayonnement et nous sommes assurés qu'il n'en résultera aucune diminution sérieuse des droits sacrés de l'artiste sur la propriété de son œuvre. Les Salons de 1924. On annonce que le Salon des Tuileries s'ouvrira cette année dans un bâtiment élevé par les frères A. et G. Perret, dans la zone des fortifications entre les portes Maillot et Dauphine, plus vaste que celui de l'an passé. Ce Salon serait un Salon fermé, recruté par invitations. Le bâtiment servirait ensuite au Salon d'Automne et à celui des Indépendants pendant que le Grand Palais serait occupé par l'exposition des Arts Décoratifs. Le Salon des Artistes Décorateurs aura lieu, cette année comme la précédente, au Grand Palais, entièrement indépendant et autonome, entre les deux grands Salons, réunis sous le rapport du droit d'entrée. Il bénéficiera cette année d'une entrée dans le pavillon d'angle de l'avenue des Champs-Elysées. Fouilles d'Our en Chaldée. Nous avons à diverses reprises entretenu nos lecteurs des fouilles remarquables entreprises à Our en Chaldée par le Musée Britannique et l'Université de Pensylvanie. Nous donnons aujourd'hui — sur la base d'une photographie publiée par le Times — la reproduction d'une section de la frise du temple d'El Obeid, représentant des vaches et des veaux au moment de la traite et les hommes occupés à filtrer le lait. Le type des personnages, avec leur nez en bec d'oiseau et leur jupon caractéristique, prête à d'intéressants rapprochements avec les monuments de l'époque de Goudéa au Musée du Louvre. Découvertes de ruines romaines. Des travaux de déblaiement exécutés à Orange sur l'emplacement d'un gymnase romain ont amené la découverte d'un temple dont les dimensions seraient supérieures à celles de la Maison Carrée à Nîmes et du temple d'Auguste et Livie à Vienne. Une partie du mur d'enceinte qui a été exhumée laisse voir des moulures en excellent état de conservation. M. Formigé, architecte en chef des monuments historiques, s'est rendu sur les lieux pour donner les directives nécessaires à la poursuite des fouilles. --- ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 1er février M. Henri Cordier donne lecture d'un rapport, tendant à accorder une subvention de 30.000 fr. à M. Foucher, pour son exploration en Afghanistan. M. Tafraly, professeur à l'université de Lassy, fait une communication sur les fresques découvertes dans les églises bâties, en Bukovine, par les princes moldaves, aux quinzième et seizième siècles, et consistant, notamment, outre de curieux portraits, en une vie de saint Jean-le-Nouveau, apôtre de la Bukovine, martyrisé en Bessarabie, et en une peinture du siège de Constantinople par les Arabes, au septième siècle. M. Ferdinand Lot, professeur d'histoire du Moyen Âge à la Sorbonne, est élu membre ordinaire en remplacement de M. Alfred Croiset. Séance du 8 février M. Loth, professeur au Collège de France, communique la suite de l'intéressante étude qu'il a consacrée au «celtique dans les graffiti de la Grautesenque, près Milhau (Aveyron)». Ces graffiti sont des comptes de potiers gravés sur

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des fonds d'assiettes ou de plats. Ils sont du premier siècle de notre ère. Chaque compte se compose des noms des potiers, et en face de chaque nom des désignations des vases, de leur capacité assez souvent, et du nombre de vases fabriqués par chacun d'eux. Académie des Beaux-Arts Séance du 9 février M. François Sicard est élu en remplacement de M. Raoul Verlet dans la section de sculpture. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 1er février M. Cordey parle des sculpteurs qui travaillèrent pour Fouquet, au château de Vaux, sous la direction de Le Brun : Miche Anguier exécute les sculptures des façades. Le Gendre et Girardon s'occupèrent de l'intérieur. M. Hautecœur étudie un plan de théâtre assez singulier, daté de 1763 et dû à l'invention de l'architecte Potain : une salle de spectacle avec trois scènes, dont l'inspirateur semble avoir été le graveur Cochin. M. Belleudy retrace l'existence de Le Riche (1738- après 1812), qui fit une longue carrière à la Manufacture de Sèvres où il fut chef des sculptures. MONUMENTS HISTORIQUES Mayenne. — Le très important château de Mortier Crolles, près du petit village de Saint-Quentin, fut en grande partie édifié par le maréchal Pierre de Rohan après qu'il eut quitté la cour à la suite de ses différends avec Anne de Bretagne au début du xvie siècle. Les constructions sont disposées en un vaste quadrilatère, entouré de douves que dominent quatre tours d'angles. La partie la plus intéressante est assurément le logis carré, avec ses grandes lucarnes à pignons sculptés et finement moulurés, ses fenêtres à menaux, son pittoresque petit porche recouvert d'ardoises, son appareil de briques et pierres. Cette belle demeure, qui conserve le plan des châteaux du moyen-âge, mais où l'on voit déjà apparaître les dispositions des habitations de la Renaissance, était, à tous points de vue, digne du classement qui vient d'être prononcé. Seine-et-Oise. — L'église d'Itteville est une charmante construction du début du xime siècle, un des meilleurs exemples des petits édifices religieux de l'Ile de France à l'époque gothique. Le plan est simple, une nef accostée de deux bas côtés, terminée par un chevet plat. — Les colonnes cylindriques sont surmontées de chapiteaux à décor de feuillages largement sculptés. La nef est éclairée par une série de petits oculi prenant jour au-dessus des toits en apprentis des bas côtés. Une tour carrée, avec le toit en bâtière habituel à la région, occupe une travée du bas-côté sud. Isère. — A Vienne, à peu de distance de la vieille église de Saint-André-le-Bas, il subsiste au premier étage d'une maison une belle arcature de baies du xime siècle dont il importait d'assurer la conservation par le classement parmi les monuments historiques. Douze colonnettes alternativement rondes et carrées, celles-ci cannelées, sont surmontées de beaux chapiteaux à crochets qui offrent une grande ressemblance avec ceux de l'église voisine. Vendée. — De la grande abbaye de Maillezais il subsiste des ruines imposantes non seulement de l'église, bel édifice des xme, xime et xive siècles, mais aussi des bâtiments claustraux, le dortoir, la cuisine hexagonale à foyer central, le réfectoire, une partie du cloître et quelques vestiges du logis abbatial, dont une salle ronde voûtée, dite « Salle du Conseil des Evêques ». C'est ce bel ensemble dont le classement a été décidé pour le préserver des destructions toujours possibles pour l'exploitation de la ferme, qui y est actuellement installée. Jean VERRIER.

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[25] 1er MARS 1924 69 BULLETIN DES MUSÉES UNE TÊTE ROYALE ÉGYPTIENNE DU MOYEN EMPIRE au Musée du Louvre Une tête royale vient de rejoindre le petit Musée des Souverains de l’Egypte pharaonique qui se forme graduellement au Louvre. Après celle d’un Cl. Serv. Phot. B.-A. Tête royale égyptienne (Musée du Louvre) roi de la fin de la xviie dynastie que M. Boreux a présentée dans le numéro du 1er juillet de l’an dernier, voici l’effigie aux traits saisissants d’un pharaon tout aussi mystérieux, qui a perdu dans les mutilations qu’elle a subies, la formule d’identification gravée le long du pilier d’adossement inséparable de toute statue officielle. C’est néanmoins un morceau de sculpture des plus remarquables et qui vaut, par lui-même, indépendamment du problème iconographique ainsi posé. La matière se prêtait à une très belle qualité d’exécution: c’est un grès rouge d’un grain dur et fin, susceptible d’un poli égal à celui du granit ou du basalte. L’artiste n’a pas manqué d’en profiter pour polir toutes les parties vivantes de la tête. Le diadème et le pilier d’adossement ont été simplement parés avec soin, sans intention de polissage. Dans ces conditions, il ne serait pas surprenant que la couronne ait été revêtue d’un placage métallique (or ou bronze doré), ou qu’elle ait été peinte en blanc. C’est, en effet, le diadème hel ou Couronne blanche, portée par le pharaon en sa qualité de roi du Sud. De quelle matière était faite la coiffure originale? A quelle substance devait-elle sa rigidité? Nous en sommes réduits aux hypothèses, aucune sépulture royale n’ayant jusqu’à présent conservé jusqu’à nous cet attribut de la royauté. Il en est de même de la Couronne Rouge, emblème de la royauté du Nord ainsi que du Pschent qui est la réunion idéographique de des deux diadèmes. On serait bien aise d’apprendre Cl. Serv. Phot. B.-A. Tête royale égyptienne (Musée du Louvre) qu’elles se sont révélées dans le cercueil de Tout-ankhamon. J’ai développé, dans un travail récent, l’idée qu’elles n’ont existé que dans un passé très lointain, qu’elles faisaient partie de l’accoutrement

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BEAUX-ARTS des rois primitifs, antérieurs à Ménès, et qu'elles n'ont été maintenues à travers les âges que comme des symboles dépourvus de réalité, de la même façon que nos couronnes héraldiques. Les reproductions qui accompagnent cette brève notice, me dispensent de décrire le visage si caractéristique de ce roi. Evidemment, le prognatisme très marqué qui contribue si pleinement à son expression, nous mettra un jour sur la voie de l'identification. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons sortir de la période historique assez élastique dénommée Moyen Empire. Les éléments de classification, mis à part le style, sont l'absence de l'urœux sur le devant du diadème, le front dénué de toute gravure des sourcils et, jusqu'à un certain point, le tracé des yeux. C'est tout ce qu'il est permis de dire pour le moment. Georges BÉNÉDITE. TROIS TABLEAUX DE PAYSAGE FANTAISISTE au Musée du Louvre Trois tableaux de valeurs très différentes, mais d'un attrait également particulier et tous intéressants pour l'histoire du paysage fantastique ou fantaisiste, ont été donnés récemment au Louvre ou acquis par lui. M. Tancrede Borenius, professeur à l'Université de Londres, a offert, à titre de document, ainsi que s'exprime sa modeste générosité, une petite toile (H. 0.295, L. 0.392), qui représente une assemblée d'irréels monuments: une sorte de colonne Trajane, une Tour de Pise, un palais florentin, et l'une de ces façades trop riches de la fin de la Renaissance italienne, combles de colonnes, de niches et de statues. Ces divers bâtiments se détachent en clair sur un ciel opaque, comme frotté avec une brosse à cirage; leurs lignes principales sont indiquées par des rehauts épais de couleur jaunâtre; les arcades, les rosaces et les frises s'enlèvent en véritables reliefs; les statues semblent de petits squelettes qui cliquettent et vont s'animer, en ronde bosse, pour une nuit du Walpurgis baroque, à laquelle se mêleront de minuscules personnages, on dirait en cuir repoussé, que le peintre a fait circuler dans cette cité paradoxale. L'œuvre est plus curieuse que belle. Mais elle est caractéristique de l'artiste qui l'a exécutée, ce mystérieux Monsù Desiderio, dont seul parle Dominici dans son livre sur les peintres napolitains. Ce Desiderio, qui peignit, au début du xvie siècle, des perspectives étoffées dit-on, par Belisario Corenzio, était sans doute un Français, ainsi que l'indique ce terme mollièresque de Monsù dont on fait toujours précéder son nom, et probablement un Français de l'Est, car il semble avoir hérité du goût germanique pour les camaïeux et les clairs obscurs. Des œuvres plus importantes que la nôtre et d'une bizarrerie vraiment poétique se voient dans la collection Harrach à Vienne, au Musée de Ruda-Pest, et une Légende de St. Augustin vient d'entrer récemment à la National Gallery. M. Willem Buma, qui est un fervent ami du Louvre, lui a donné, également sans condition expresse d'exposition et comme pièce d'étude, une Tentation de Saint Antoine (H. 0.325, L. 0.435), à toutes petites figures perdues dans une sombre forêt que tourmente l'orage, et, dirait-on, dans l'humidité des lourdes feuilles. De livides éclaircies permettent d'y apercevoir, un gnome nu à cheval sur un sanglier et qui joue de la trompette, un hallebardier rouge à tête de rat, un pélerin à tête de porc; un démon ailé, une chauve-souris monstrueuse entourent Saint Antoine, près de qui saute et crie un oiseau à long bec, qui sem- Cl. Serv. Phot. B.-A. LUCAS VAN VALKENBORGH. Construction de la Tour de Babel. ble fou, et, plus loin, terrifiés, un guépard grimpe rapidement au tronc d'un chêne, et dans une clairière, un berger s'enfuit. «Haunt of the Fairies» annonce d'une façon shakespearienne, une ancienne étiquette, au revers de ce curieux panneau, qu'on pourrait nommer «Songe d'un jour d'orage». Quel est l'auteur de cette féerie? Probablement Gillis d'Hondcoeter, qui mourut à Amsterdam en 1638, après avoir surtout vécu à Delft et Utrecht. Il peignit de tels paysages de forêts ou de montagnes dans le goût de Roelandt Savery, que l'on dit son maître, et dont M. Eugène Rodrigues donnait récemment au Musée une précieuse Marche de cavaliers polonais dans un bois. On sent encore chez Hondcoeter l'influence de Gillis van Coninxloo, protestant de Flandre,

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[27] BULLETIN DES MUSÉES 51 qui créa, dans son exil à Frankenthal et à Francfort, entre 1585 et 1595, une si particulière école de paysage, un nouveau genre de Phantasiegebilde. A Francfort aussi, quelques années auparavant travailla Lucas van Valkenborgh. Il avait quitté Malines en 1566 à cause des persécutions religieuses. Mais son art se rattache plus précisément à celui du vieux Bruegel, du moins pour la conception générale, et, pour la manière fine de dessiner presque en miniature, à celui de Breughel de Velours et de Hans Bol. Le tableau que possédait M. Brunner et que, grâce aux facilités que lui a si aimablement données celui-ci, le Louvre vient d'acquérir, est un parfait exemple de ces influences. Il représente la Construction de la Tour de Babel. (H. 0.41, L. 0.56), au bord d'un fleuve qui semble être le Rhin et près d'une ville qu'on peut croire Cologne, car une église y rappelle Saint-Géréon. A gauche, on remarque une carrière en exploitation, à droite un four en activité et un port fluvial. Au premier plan, des ouvriers s'agenouillent devant le Seigneur, qui est descendu pour voir la tour que bâtissent les fils d'Adam, ou plutôt (la légende biblique étant oubliée), devant un monarque habillé à la romaine avec casque et cuirasse à la Benvenuto Cellini. L'intérêt est grand qu'offre cette composition au point de vue de la vie industrielle et commerciale à la fin du xvie siècle: on y observe le travail des maçons, celui des carriers, que Lucas Gassel, avec celui des mineurs, avait si souvent étudié, et le mouvement de la batellerie. Ce thème de la Tour de Babel, toujours traité avec les mêmes détails, paraît avoir été traditionnel en Flandre. Joachim de Patinier l'avait utilisé déjà. Nous voyons un tel paysage avec l'indication: «di Lamberto», dessiné dans l'inventaire illustré de l'ancienne collection Andrea Vendramin, récemment publié par M. Tancrede Borenius. Mais l'œuvre la plus célèbre est celle du vieux Bruegel, datée de 1563, au Musée de Vienne. Il en avait fait une réduction, qui dut être le modèle qu'imita Valkenborgh, d'abord en 1568, sur un panneau conservé à la Pinacothèque de Munich, ensuite en 1594, sur celui que possède maintenant le Louvre, et qui porte ce millésime avec le monogramme LVV; un troisième tableau du même sujet (à moins qu'on ne veuille l'identifier avec le précédent), figurait dans la collection de Charles Ier. Voici donc notre Musée en possession d'un exemplaire typique de ce Lucas van Valkenborgh, dont les œuvres belles et nombreuses du Musée de Vienne seraient à juste titre célèbres, si le voisinage de celles de Bruegel n'y contraignait, pour ainsi dire, le visiteur à les négliger. C'est un intéressant spécimen de l'art flamand du paysage tel qu'il évolua à la fin du xvie siècle, quand les artistes se mirent, en Allemagne, au service de l'archiduc Mathias, comme Lucas van Valkenborgh à partir de 1580, ou à celui de l'empereur Rodo'phe, comme Roelandt Savery. Louis Demonts. LES COLLECTIONS LÉON BONNAT 8e Exposition: Dons au Musée du Louvre Il s'agit, cette fois, pour couronner cette étonnante et multiple série d'expositions de dessins, des pièces hors de pair que le maître avait jugées Cl. Serv. phot. B.-A Attribué à LÉONARD DE VINCI. Etude d'Enfant dignes de venir grossir le trésor du Louvre et qu'il avait cru pouvoir distraire de sa magnifique libéralité envers sa ville natale. Les unes, figurant nommément à son testament, apparaissent ici pour la première fois; les autres ont été rappelées des collections du Musée où elles étaient déjà entrées, pour faire cortège aux nouvelles venues. Parmi celles-ci, citons d'abord les quelques pièces essentielles de l'album des dessins de Rembrandt, dont Bonnat fit hommage au Louvre renaissant après la guerre et que l'on a retirées de l'album et encadrées pour la circonstance: un lion, des oiseaux,

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BEAUX-ARTS des paysages, plusieurs scènes évangéliques ou bibliques de la plus émouvante qualité. Dans une vitrine figurent les albums entrés peu de temps avant la mort du donateur, en 1922, de Fra Bartolommeo, de l'école de Pollajuolo et de Cochin, tandis qu'aux murs de la salle, l'Erasme de Dürer, la feuille des croquis de Michel-Ange, la famille Stamaty d'Ingres rappellent les dons faits en 1912. Cl. Serv. phot. B.-A. DÜRER. Portrait d'homme. 1520. Voici maintenant les nouveautés: au centre du panneau principal on a placé le merveilleux corps d'enfant que l'on attribuait à Léonard et que l'on considérait comme une étude pour la madone de l'ancienne collection Crespi. Les critiques actuels inclinent à y voir un morceau de la main d'un des élèves du maître pendant sa période milanaise, peut-être Beltraffio, sans atténuer notre admiration pour ce chef-d'œuvre. Le nom de Raphaël figure avec une presque certitude sur une feuille d'études de combattants nus qui date-rait de la fin de sa période florentine et déno-terait l'influence des compositions célèbres de Michel-Ange ou de Léonard pour la « Guerre de Pise » ou pour la « Bataille d'Anghiari ». Un Saint Sébastien du Péruign se rapporte peut-être à celui du Louvre ou à celui de Florence. Les primitifs du Nord sont représentés par un croquis aigu d'un Christ mort, attribué jadis à Van der Weyden ou à Matsys et que M. Demonts croit aujourd'hui être de Van der Goes. Dürer, si pauvrement représenté chez nous jadis, va l'être maintenant par l'admirable étude à l'aquarelle des Trois Casques, datée de 1514 et par un Jeune homme de 1520, qui date du voyage de l'artiste aux Pays-Bas, merveilleuse effigie pleine de jeunesse et d'intelligence. Notons encore un bon crayon attribué à Holbein et arrivons au couple des dessins d'Ingres qui encadrent sans faiblir la famille Stamaty: les portraits de M. et Mme Leblanc, dont l'un fut déjà reproduit ici, l'an passé (1). Enfin, un certain nombre de croquis de Millet ont été tirés de deux très importants albums constitués par Léon Bonnat et qui ne comprennent pas moins, l'un de 103, l'autre de 115 dessins. Presque tous doivent se rapporter à des compositions peintes du maître de Barbizon et constituent désormais pour notre cabinet des dessins un trésor d'information incomparable. On voit que le président du Conseil des Musées nationaux, s'il avait dans sa pensée reconnaissante, fait largement la part de la ville natale, n'avait pas non plus oublié le Louvre dans ses générosités et lui, non plus, n'y sera pas oublié. UN NOUVEAU PORTRAIT DE JEUNE FILLE PAR DEGAS au Musée du Luxembourg Le Conseil des Musées nationaux vient d'autoriser l'acquisition d'un nouveau chef-d'œuvre de Degas, qu'on peut admirer dès aujourd'hui au Musée du Luxembourg où il est accroché salle 11, au milieu des autres œuvres du maître. C'est un exquis petit tableau de $0.27 \times 0.22$ , frais, vif et lumineux, un portrait de jeune fille inconnue, qui semble dater de 1870 à 1872. Elle est éclairée à plein visage avec une seule ombre forte du menton sur le cou. Ses lourds cheveux blonds sont relevés en chignon massif derrière la tête et retenus par un ruban de velours noir. Aux oreilles pendent des boucles de jais qui rétrécissent le cou et en exagèrent la minceur. Le haut des épaules, vêtues de noir, indique le commencement du buste. Quant au visage lui-même, de trois quarts tourné vers la droite, le nez un peu fort, l'œil clair, la lèvre rose et fraîche, il a un air de jeunesse et de vie profonde. L'exécution est d'une légèreté de touche et d'une (1) Voir Beaux-Arts 1923, no 3, p. 39.

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BULLETIN DES MUSÉES sensibilité qui fait de cette toile minuscule une des œuvres des plus précieuses du grand artiste. Elle a appartenu à la collection Viau, puis à la collection Hansen, de Copenhague avant d'entrer définitivement dans nos collections nationales. Léonce Bénédite. Dans son volume sur Degas de la collection de l'Art de notre temps, M. P.-A. Lemoisne avait déjà donné une place d'honneur à la reproduction du petit portrait de la collection Viau dont il ignorait l'identité, mais qu'il rapprochait comme époque du célèbre portrait de Mlle Fiocre dans le rôle de Nomedda du ballet de la Source (aujourd'hui en Amérique). Voici du reste les lignes qu'il lui consacrait: «Par la simplicité de technique et la grandeur d'expression, ce portrait pourrait soutenir la comparaison avec les plus belles effigies du xve siècle. On dirait d'un Clouet, mais un Clouet qu'aurait animé La Tour. C'est toujours la même facture lisse recouvrant à peine la toile d'une pâte mince sur une préparation rouge, comme dans les portraits de Bonnat et de Méliada, qui donne un relief si puissant à la figure, et cependant quelle différence dans l'expression, et comme le sentiment de vie qui s'en dégage est plus simplement et plus sensiblement rendu, l'on pourrait dire amoureusement rendu, tant il y a de beauté dans cette tête, ce qui est rare dans les œuvres de Degas!» MUSÉE DU LOUVRE Peintures et dessins. — M. Jacques Zoubaloff a fait don au Cabinet des dessins du Musée du Louvre de cinq albums de dessins et d'esquisses: un album de J. L. David, contenant des études pour le Sacre de Napoléon Ier, la Distribution des Aigles et le Léonidas; un carnet de Géricault, composé d'études de sujets antiques et de croquis pour le Cuirassier blessé; un cahier de croquis par Barye; un cahier de crayons d'Harpignies et un album de dessins, gouaches et aquarelles de Ziem, faits en Russie, en 1844 et à Venise, en 1847. Objets d'art. — Au dernier Conseil des Musées a été accepté le don de M. Vignier d'une peinture japonaise de l'école de Toça du xive siècle, qui fait pendant à une peinture acquise par le Musée du Louvre. Elles représentent des guerriers japonais attaquant et défendant un château au bord d'un torrent. Nous avions omis d'indiquer dans une note parue dans notre numéro du 1er février (p. 39) que deux des pièces de céramique persane entrées dans les collections du département, étaient dues également à la générosité de M. Vignier. MUSÉE DES ARTS DECORATIFS La série des expositions temporaires de 1924 comprend d'abord l'exposition d'art décoratif contemporain qui vient d'être ouverte le 22 février et dont le cadre a été confié à M. Drésa, puis en avril, une exposition de peintures et dessins de Maurice Denis. En mai et juin, les salles du Pavillon de Marsan seront mises à la disposition d'un comité belge, présidé par M. Digneffe, bourgmestre de la ville de Liège, qui se propose d'y installer une importante manifestation consacrée aux Arts anciens du pays de Liège des origines au XVIIIe siècle, orfèvrerie, peinture, sculpture, céramique, meuble, etc. Enfin, on compte réaliser à l'automne le projet d'exposition rétrospective de l'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin, dont il avait été précédemment question et dont la préparation se poursuit encore. MUSÉE HENNER Dans notre numéro du 15 juillet dernier, nous avons annoncé l'inauguration d'un Musée Henner. Le ministre de l'Instruction publique vient d'être autorisé à accepter les collections de J.-J. Henner, l'immeuble situé 43, avenue de Villiers, où seront Gl. Gazette des B.-A. DEGAS. Tête de jeune fille. (Musée du Luxembourg.)

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BEAUX-ARTS conservées les œuvres du maître et une somme de 410.000 fr. dont les arrérages serviront à l'entretien du musée. AU MUSÉE DE SAINT-OMER L'article paru ici récemment sur les deux fragments de tapisserie de Saint-Bertin, conservés au Musée de Saint-Omer, a certainement arrêté l'attention des lecteurs de cette Revue; aussi l'occasion nous paraît-elle opportune de leur signaler avec plus de détails l'importance de ce Musée qui est digne de figurer parmi les premiers du Nord de la France et même de tout le pays. Fondé en 1829 sous les auspices de la Société d'Agriculture de l'arrondissement de Saint-Omer, qui le destinait également à recevoir des collections d'histoire naturelle, ce Dépôt fut d'abord aménagé dans l'ancien Hôtel du Bailliage (acquis et transformé en 1905 par la Caisse d'Epargne). La commission qui l'administra, recueillit surtout des reliques du passé de la ville et de la région. Dans une ville qui avait vu s'élever et s'épanouir la puissante abbaye bénédictine de Saint-Bertin, où venait d'être démoli un curieux hôtel de ville du xive siècle et où demeuraient des vestiges de nombreuses communautés religieuses qui couvraient des quartiers de la cité avant la Révolution, la tâche était tout indiquée. C'est en premier lieu le nom de l'abbaye de Saint-Bertin qui figure à côté des principales pièces. Qui ne connaît le célèbre Pied de Croix en bronze doré rehaussé d'émaux champlevés, exécuté vers 1160 par l'orfèvre mosan Godefroy de Claire avec ciselures de Nicolas de Verdun, et dont le travail rappelle la croix qui fut commandée par Suger pour l'abbaye de Saint-Denis? (1) De Saint-Bertin provient également l'important fragment de pavé mosaïque des premières années du xie siècle, qui recouvrait le tombeau du fils, décédé en 1109, de Robert le Jeune, comte de Flandre, et sur lequel on trouve l'inscription et la date du décès ainsi que des scènes variées figurant le Roi David, le roi Louis-le-Gros, des signes du Zodiaque, etc. Ce fut encore un abbé de Saint-Bertin, ce Guillaume Fillastre qui commanda les tapisseries tournaisiennes déjà signalées et qui, d'autre part, fit exécuter, à Florence, dans les ateliers d'Andrea Della Robbia, un magnifique mausolée en faïence qui ornait l'église de l'abbaye et dont l'un des (1) Cf. Annales Archéologiques, de Didron, 1858. Les Arts au Moyen Age, de Du Sommerard, et récemment Revue de l'Art ancien et moderne, février 1911. E. Mâle et Burlington Magazine (mars 1920). trois fragments subsistants (1), portant une partie de l'épitaphe soutenue par un ange et supportée par la statue de la Mort, a été recueilli au Musée. C'est aussi ce prélat qui, promu chancelier de la Toison d'Or, présida plusieurs chapitres de l'Ordre, dont le dixième, tenu à Saint-Bertin en 1461, a laissé comme témoins de ses fastes plusieurs panneaux aux armes des seigneurs qui y figurèrent. Trois de ces écussons sont exposés également dans la salle d'archéologie. Enfin des fragments de sculptures, chapiteaux, frises, etc., provenant de l'église abbatiale, avec des sépultures exhumées de son sol, forment le fonds principal d'une collection lapidaire qui a été complétée par des fragments du même ordre provenant de l'ancien hôtel de ville et par de nombreux monuments funéraires et votifs qui se trouvaient Cl. C. Enlart Quatre apôtres (albâtre) XV• siècle. (Musée de Saint-Omer.) dans les couvents et établissements religieux que la Révolution a fait disparaître. Annexe de la section d'archéologie, la collection d'armes, produit de dons et de trouvailles faites dans la région, est d'une richesse qui suffirait à justifier la réputation du Musée de Saint-Omer. On y voit des épées des xie, xiiie et xiiiie siècles, dont quelques-unes avec des inscriptions en théostique, à côté d'armes et pièces d'armures de tous les genres et de toutes les époques. Autre annexe, la collection numismatique, legs d'un amateur éclairé, qui avait réuni nombre de belles pièces grecques et romaines, n'a cessé de s'augmenter de pièces des séries provinciales et des villes de Flandre et d'Artois. A noter, également, une remarquable suite de matrices de sceaux, dont une, en ivoire, de l'abbaye de Saint-Bertin (xive siècle). (1) Les deux autres, figurant la Cène et l'Annonciation, sont conservés en l'église Saint-Denis, à Saint-Omer et en l'église suburbaine de Saint-Martin-au-Laert.

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BULLETIN DES MUSÉES A la fin du siècle dernier, l'accroissement des collections faisait sentir de plus en plus l'insuffisance du local. C'est alors que l'Administration municipale eut le bon goût et la chance d'acquérir un somptueux hôtel, la plus belle demeure privée de la ville, construite en 1766 par Madame de Sandelin, vicomtesse de Fruges, sur l'emplacement de l'ancien hôtel du Gouverneur. Cl. C. Enlart La Vierge et l'Enfant xiv^e siècle (pierre) (Musée de Saint-Omer) Bâti entre cour et jardin, l'édifice est comparable aux plus intéressantes constructions du dix-huitième siècle des quartiers aristocratiques de Paris, où l'aménagement intérieur (appartements spacieux, lambris, boiseries sculptées, rampe d'escalier en fer forgé) est en rapport avec l'élégance des façades, des perrons d'accès, des balcons, etc... Les salles d'archéologie ont été doublées; des vitrines reçurent, provenant de trouvailles, des objets des époques préhistorique, franque et gallo-romaine. Les collections céramiques ont été réparties en trois salles et se sont complétées de produits des ateliers de la région. Là se trouvent, en particulier, présentés et groupés avec un goût éclairé tous les types de la céramique audomaroise, (2e moitié du xvme siècle). Des galeries d'histoire naturelle et d'ethnographie, des collections de gravures et de dessins d'intérêt local, complètent cet ensemble, groupé autour d'une monumentale cage d'escalier, où, en place d'honneur, sont exposés les deux panneaux de tapisserie de Saint-Berlin et une grande composition d'un atelier brugeois, établi à Paris au début du dix-septième siècle. Elle représente un « Repas Champêtre » et a sa similaire au Musée de Saint-Lô. (1) Enfin, une salle spéciale reçut des documents lapidaires provenant de fouilles effectuées, sous la direction de M. Enlart, à l'emplacement du chœur de la Cathédrale de Thérouanne, démolie par Charles-Quint en 1553. On y remarque des dalles gravées assez rares, que M. Enlart cite, dans son Manuel d'Archéologie religieuse, comme ayant été employées dans les cathédrales d'Arras, Saint-Omer et Thérouanne. Ces dalles de pierre sont entaillées de creux où les sujets sont découpés en silhouettes, Cl. C. Enlart Vierge de l'Annonciation (bois) (Musée de Saint-Omer) et les cavités remplies d'un mastic coloré. Des scènes religieuses, animaux, sujets satiriques (2). (1) V. l'étude que lui a consacrée M. Guesnon. Une Tapisserie du Musée de Saint-Omer. Statistique Monumentale du Pas-de-Calais, publiée par la Commission Départementale des Monuments Historiques. Tome IV, 1re livraison, Arras, 1910. (2) Certain grotesque nu, moitié homme, moitié animal, tient de la main gauche une crosse épiscopale, de la droite un poisson, M. Enlart y voit « l'Evêque de Mer », allusion ironique et peu généreuse aux revendications justes, mais toujours méconnues de la cité de Boulogne, dont les évêques de Thérouanne avaient annexé le diocèse au leur ». (Op. cit. 2e édit., p. 809).