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2e Année. — Numéro 3
1er Février 1924
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
UNE LETTRE DE GUSTAVE COURBET
Cette lettre de Gustave Courbet, inédite, semble-t-il, que nous publions ici, a été acquise par le Musée du Louvre, à la vente récente des autographes de la collection Gadala.
Elle est intéressante parce qu'à propos de l'Enterrement, elle précise, en le rectifiant, un petit fait que nous connaissions déjà par Champfleury : la proposition naïve et touchante de cet artisan de Lons-le-Saulnier qui, pour voir le chef-d'œuvre de Courbet entrer au Musée de sa ville natale, prétend contribuer, de ses modestes deniers, à l'achat du tableau.
Nous retrouvons ici le Courbet que tous ses biographes nous ont montré : plein de lui-même, fier de ses succès, méprisant pour quiconque n'admire pas son talent, mais, en même temps, nous remarquons cette vitalité exubérante, cette ardeur dans la lutte, qui se révèlent à travers toute l'œuvre du maître et qui forcent notre sympathie.
Cette lettre nous renseigne aussi sur le rayonnement que l'art de Courbet exerçait à l'étranger, à une époque où le peintre avait encore tant de peine à se faire admettre aux Salons.
Ces lignes paraissent bien avoir été écrites au cours de l'année 1860, parce que nous savons, par ailleurs, que, cette année-là, des œuvres de Courbet figuraient aux expositions de Besançon, de Montpellier et de Bruxelles. Quant au destinataire, c'est probablement, ainsi que l'indiquait, du reste, le catalogue de la vente Gadala, Champfleury, qui s'était fait le champion du réalisme et entretenait, pour lors, d'excellents rapports avec le maître d'Ornans. Ce qui nous permet d'appuyer encore cette hypothèse, c'est que Champfleury venait de publier une série d'études sur Wagner et que Courbet fait précisément allusion à des articles de son correspondant sur le musicien allemand.
Mon cher ami,
Je vous écris poste restante à Baden-Baden au hasard.
Je viens de recevoir une lettre de l'ami Buchon qui est fort en colère. Voici le motif. Dernièrement à Besançon je rencontre à l'exposition Suchet et un nommé Mozaro de Lons-le-Saulnier, sculpteur sur bois à Paris, ce dernier me dit spontanément je vous donne 1000 fr. de ma poche si vous voulez faire cadeau de votre Enterrement au musée de Lons-le-Saulnier, nous fûmes tous surpris de cet acte de désintéressement, chacun me poussait à accorder, Suchet le premier, et pourtant j'ai refusé en disant que je ne pouvais rien faire sans vous et les personnes que ce tableau intéressent, j'allais vous demander avis, (moi n'étant pas décidé à faire la chose) quand Buchon arrive furieux et veut faire les mille francs s'il en est besoin.
G. COURBET. — Champfleury, Bruyas et quelques amis.
Détail de « l'Atelier »
(Musée du Louvre)
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Si vous êtes à Baden je désirerais, que vous vous informiez s'il ne serait pas opportun que j'expose dans le salon de conversation ou allieur (sic) dans un endroit sérieux mon cerf qui se jette à l'eau; il y a déjà un an que je pense à cela, pour bien des raisons, c'est un endroit de grandes chasses, c'est l'Allemagne c'est un endroit de grands seigneurs ou de petits, qui sont là pour dépenser de l'argent. Je crois que Benazet qui est très aimable pour les littérateurs et les artistes sera très content de la proposition. Expliquez lui l'importance de ce tableau si cela réussissait (sic), je le terminerai de suite, il a 2 m, 50 de longueur. Pendant que je vous écrit (sic) je reçois une lettre de l'exposition de Besançon qui me demande le paysage que je viens de faire pour 1000 fr. en grand secret, elle ne veut pas que ce prix soit connu affin (sic) de pouvoir dire qu'elle l'a payé davantage je vais leur céder, quoique ce soit des gens maladroits, ils vont me représenter au musée de Besançon par un paysage, mais c'est une entrée on leur fera avaler autre chose plus tard. — Gautier vient de m'écrire que M. Détrimont rue Laffitte marchand de tableaux est fanatique de ma peinture ainsi que la sienne et qu'il veut exposer à sa vitrine mes Casseurs de pierre (sic), j'ai écrit à Gautier qu'il pouvait faire, lui a déjà exposé ses soeurs, etc, chez ce marchand et me dit que cela a produit le plus grand effet. Gautier marche bien il vient d'avoir le succès et la grande médaille de l'exposition de Troyes — j'ai 14 tableaux à l'exposition de Besançon j'en ai 4 à Bruxelles, et Bruyas a exposé les siens à l'exposition de Montpellier, j'en ai deux aussi à l'exposition d'Amsterdam. Tout marche à force. J'ai vu M. Ferrier que vous m'avez envoyé, je ne l'ai pas revu pourtant il m'avait promis de revenir, il m'a remis vos articles sur l'Enterrement et Vagner, (sic), je vous en sais le plus grand gré j'ai trouvé cela charmant, et très sérieux, ils ont enchanté tout Ornans, nous nous sommes procurés les journaux, et ils roulent de maison en maison, on n'a pas voulu (à mon grand regret) les reproduire à la Franche-Comté, parce que cela blessait les Prudhon.
— Max Buchon vient de faire un portrait de ma personne très amusant en échange de celui que je lui ai fait pour l'exposition de Besançon, il va faire le vôtre incessamment, s'il n'est déjà fait; les journaux de mon pay (sic) ne savent rien faire avec mon exposition ils se conduisent vis-à-vis de moi comme des imbéciles. Je crois que ce que vous me demandez pour les trains de plaisir est déjà fait en tout cas j'irai trouver le maire la prochaine fois que j'irai à Besançon.
Tout à vous de cœur.
GUSTAVE COURBET.
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NOUVELLES
Musées Jacquemart-André et de Chaalis.— La commission administrative de l'Institut, faisant droit aux nombreuses réclamations du public, vient de modifier, ainsi qu'il suit, les conditions d'ouverture des musées qui relèvent d'elle. Le public aura accès au Musée Jacquemart-André quatre jours par semaine : les mardis, jeudis et samedis, moyennant un droit d'entrée de 2 francs, et les dimanches gratuitement.
On sait qu'il avait été récemment décidé, d'autre part que, en plus du jeudi, le Musée de Chaalis serait visible le dimanche, dans les mêmes conditions que par le passé.
Le jardin de l'hôtel Biron.— Le directeur du musée Rodin tient, tout en l'entretenant avec le plus grand soin, à conserver au jardin de l'hôtel Biron l'aspect poétique et abandonné qui ravit les âmes mélanocoliques et prolonge le rêve du grand sculpteur qui l'occupa. C'est une interprétation qui n'est pas du goût de tous et, en particulier, des édiles du quartier qui voudraient faire de ce beau parc un square bien ratissé, ouvert à tout venant. A dire vrai, le jardin de l'hôtel Biron, pour n'être pas public, est cependant d'un accès des plus faciles. Des abonnements, d'une modicité de prix extrême, sont délivrés à toute personne qui en fait la demande. C'est ainsi que les enfants du quartier peuvent venir jouer, en toute sécurité, en ce beau jardin d'où les indésirables sont exclus.
Une lettre de M. Dézarrois à M. de Castellane, insérée dans le dernier numéro de la Revue de l'art ancien et moderne, nous assure que les parties encore interdites au public cesseront de l'être bientôt, que des accroissements seront prochainement réalisés, enfin qu'au printemps prochain, de nombreuses réfections seront faîtes qui, tout en respectant l'aspect unique du vieux parc, en sauvegarderont la conservation.
Restauration des fresques de la chapelle del Sacramento à Santa-Croce de Florence.— Les fresques d'Agnolo Gaddi, qui décoront les voûtes et les murailles de la chapelle du Sacramento dans le bras droit du transept de Santa-Croce, à Florence, étaient dans un état de détérioration qui faisait redouter leur disparition prochaine. Une petite partie même était tombée. Leur restauration avait été confiée, il y a deux ans, au spécialiste Benini qui vient de terminer son travail.
Un Vélasquez retrouvé.— D'après le Figaro, un tableau de Vélasquez, dont on avait perdu la trace depuis longtemps, viendrait d'être retrouvé dans les combles du musée de peinture, à Vienne. C'est un portrait de l'infante Marguerite-Thérèse, qui fut plus tard la femme de l'empereur Léopold Ier. La jeune princesse est représentée à l'âge de huit ans, debout et vêtue d'une robe bleu turquoise.
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NÉCROLOGIE
A 68 ans, a succombé récemment EDOUARD ZIER. Elève de Gérôme, il avait fait de la peinture d'histoire, mais il s'était surtout fait connaître comme illustrateur de livres.
Le peintre paysagiste VICTOR BINET, vient de mourir, à l'âge de 74 ans. Les musées du Luxembourg, d'Amiens et de Rouen conservent de ses œuvres.
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ENSEIGNEMENT
Enseignement de l'histoire de l'art. — La Faculté des Lettres de l'Université de Paris a pourvu récemment à la suppléance de M. Mâle, en désignant M. Focillon, professeur à l'Université de Lyon.
D'autre part, au Collège de France, l'assemblée des professeurs, sur la désignation de M. André Michel, a accepté de confier, pour cette année, la suppléance du cours d'histoire de l'art français, à M. Paul Vitry, conservateur au Musée du Louvre. Celui-ci commencera le vendredi 15 février, une série de leçons sur le sculpteur Houdon, et le mardi 19, des études sur la sculpture funéraire gothique d'après les monuments de Saint-Denis et du Louvre.
A l'Université de Strasbourg. — Le professeur Kingsley Porter, de l'Université de Harvard, dont la série de conférences, faites récemment en Sorbonne, a remporté un si vif succès, a été l'hôte le 21 janvier dernier de la Société des Amis de l'Université de Strasbourg, et a fait une conférence sur : la Sculpture romane en Bourgogne.
ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 18 janvier
M. Montet, directeur des fouilles entreprises à Byblos, communique des renseignements complémentaires sur les mobiliers funéraires qui ont été mis à jour en ce lieu. Il en entreprend une énumération détaillée et s'étend surtout, aujourd'hui, sur la description des bijoux et des objets précieux trouvés dans les hypogées. Il termine en donnant également quelques renseignements sur les documents épigraphiques qui ont été relevés ou recueillis au cours des travaux.
Au nom de M. Bréhier, M. Diehl donne lecture d'un mémoire intitulé la Cathédrale de Clermont et la statue d'or de la Vierge au dixième siècle. Il s'agit d'un texte inédit d'un manuscrit de la bibliothèque de Clermont qui apporte des renseignements sur la construction, au dixième siècle, de la cathédrale de cette ville dont la crypte fut retrouvée en 1908; il donne le nom de son architecte, le clerc Aleaume, en même temps orfèvre, et qui exécute, pour enfermer les reliques de la Vierge, une statue en or analogue à celle de sainte Foy de Conques. Un dessin du manuscrit reproduit cette image qui est le prototype des nombreuses Vierges romanes de l'Auvergne et des provinces voisines.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 19 janvier
L'Académie a fixé les dates du concours pour les grands prix de Rome. Ces concours commenceront : le 23 février pour la gravure; le 11 mars, pour l'architecture; le 27 mars, pour la peinture; le 3 avril, pour la sculpture; le 3 mai, pour la musique. La proclamation des noms des lauréats se fera : le 5 juillet, pour la musique; le 11 juillet, pour la gravure; le 19 juillet, pour la peinture; le 23 juillet, pour la sculpture; le 26 juillet, pour l'architecture.
FOUILLES D'OUR EN CHALDÉE
D'importantes fouilles sont en cours d'exécution depuis l'année dernière sur l'emplacement de la très ancienne ville d'Our en Chaldée, par les soins d'une expédition conjointe constituée par le Musée Britannique et le Musée de l'Université de Philadelphie. Dans un des secteurs de cet emplacement, le monticule dit Tel-el-Obeid, on a découvert le mois dernier un cimetière du 5e millénaire avant notre ère, riche en objets de pierre et de cuivre, et un temple extrêmement ancien, remontant, d'après le témoignage d'une tablette de marbre, au roi Aannipadda, de la première dynastie d'Our, crue jusqu'à présent fabuleuse. Les murs de ce temple étaient revêtus de remarquables reliefs en cuivre dont d'importants débris ont été recueillis. Ce sont des files de bovins accroupis, dont les têtes se détachent en ronde bosse vers le spectateur. Une autre frise, d'échelle plus petite, se compose de figures d'hommes et de bœufs sculptés en pierre blanche, se détachant sur un fond de pâte noire, le tout cerné d'un ruban de cuivre. Enfin, on signale des statues de taureaux en ronde bosse, hautes d'environ 70 centimètres.
MONUMENTS HISTORIQUES
Allier. — Le petit village de Montaiguët, situé sur les derniers contreforts des monts de la Madeleine, fut, à la fin du xve siècle, la résidence d'été d'un des plus célèbres abbés du grand monastère de la Bénisson-Dieu, dans le Roannais, Pierre de La Fin. Celui-ci obtint, en 1497, le droit de clore et de fortifier le bourg. De ces travaux subsistent le petit château à quatre tours rondes, entouré encore en partie de ses douves, et une porte de ville de plan rectangulaire, qui sert actuellement de mairie. Ce sont ces intéressants vestiges d'une splendeur passée qui viennent d'être classés.
La photographie ci-jointe permet de se rendre compte de la structure de la porte et de l'élégante niche qui la décore entre les deux ouvertures destinées à la manœuvre du pont levis. La statue qui s'y trouve placée, doit être suivant les recherches
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d'un amateur du pays, M. Roger de Quirielle, la statue tombale de l'abbé Pierre de La Fin, laquelle se trouvait jadis dans l'église paroissiale.
MONTAIGUET. — Porte de ville fortifiée.
Charente-Inférieure. — L'église de Champagnac ne présente pas à l'intérieur, comme la plupart des édifices romans de la région, une riche décoration sculptée; mais sa structure et surtout les beaux chapiteaux qui l'ornent ont paru assez curieux pour motiver son classement. C'est une nef unique de cinq travées, de la fin du xve siècle, voûtée d'ogives, et terminée par un chevet plat; le clocher accolé à la quatrième travée, de plan carré, se termine par un étage octogonal percé de baies en arc brisé, du xive siècle. C'est également à cette époque que furent revoutées les trois premières travées de la nef. L'intérieur est d'une élégance de proportion particulièrement remarquable.
Loire-Inférieure. — M. Roger Grand avait signalé, au début de l'année dernière, à la Société des Antiquaires de France (1), l'intéressante peinture découverte quelques mois auparavant dans l'église désaffectée de Saint-Laurent, au Loroux-Bottereu. Attribuée à la fin du xve siècle, elle représente, sur trois registres, des scènes de la vie de saint Gilles: en haut, la légende de la chasse de la biche apprivoisée par le saint; au milieu, une ligne de tours et de maisons figure probablement Saint-Gilles-sur-le-Rhône, où le saint éta-
(1) Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1923, 1er trimestre, p. 98.
blit sa célèbre abbaye; en bas, une scène représente l'absolution de Charlemagne par saint Gilles, et le mariage de sa sœur Gisèle avec le comte d'Angers, Milon.
Pour assurer si possible la conservation de cette curieuse peinture, l'administration des Beaux-Arts a décidé de classer les murs eux-mêmes de la chapelle; elle se propose, en outre, d'en faire faire un relevé à grande échelle.
Mayenne. — Le château de Chemazé fut construit, selon une tradition locale assez vraisemblable, par la reine Anne de Bretagne, pour son aumônier et son conseiller intime, Guy Leclerc de Juigné, abbé de la Roé. On retrouve, en effet, dans la décoration, les initiales G et L de l'abbé, l'aigle des Juigné et la roue, symbole de l'abbaye. C'est un vaste corps de logis rectangulaire à hautes fenêtres surmontées de lucarnes de style encore tout gothique, alors que la magnifique tour d'escaïler offre une ornementation dans le goût de la Renaissance, et est couronnée par une loggia à l'italienne, ouverte par des baies en arcs surbaissés. Le propriétaire actuel de cette belle demeure a voulu, en demandant le classement, que les restaurations indispensables ne fussent pas exécutées,
Cl. Mon. historiques
CHEMAZÉ. — Château.
comme les travaux faits, il y a cinquante ans, sans aucun souci de l'architecture originale de ce remarquable ensemble.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
ATHLÈTE
Bronze grec du Ve siècle av. Jésus-Christ
prêté par M. Marcel Guérin au Musée du Louvre
Il n'y a que peu d'années que le Louvre, à la suite des musées étrangers, anglais notamment et américains, s'est décidé à exposer dans ses salles des œuvres d'art simplement prêtées par des particuliers.
Il semble bien que, à la condition de rester exceptionnelle et de ne s'appliquer qu'à des pièces de haute valeur, la pratique ne puisse offrir que des avantages.
L'exemple donné par le département des sculptures modernes avec la Flore de Carpeaux, par le département égyptien avec une très belle figure de femme, d'époque saite, en bronze incrusté d'argent, l'une et l'autre appartenant à la collection Gulbenkian, vient d'être suivi par le département des antiquités grecques et romaines, heureux de faire une place, dans la vitrine centrale de sa salle des bronzes, à une précieuse statuette qu'a bien voulu lui offrir d'y faire figurer, dans les conditions les plus libérales, l'amateur éclairé et délicat qu'est M. Marcel Guérin. Les visiteurs ne manqueront pas de l'y remarquer, comme elle le fut jadis à l'exposition d'art antique organisée en 1905 au Petit Palais des Champs-Elysées, au nom de la Société des Fouilles archéologiques, par le regretté E. Babelon (1).
Il s'agit d'un bronze provenant de la collection renommée du Dr Pozzi et qui fut vendu avec celle-ci au lendemain de la guerre, à la suite de la mort du collectionneur. Il avait été alors acquis, après des enchères disputées, par M. M. Bing. La disparition prématurée de ce dernier a permis à M. M. Guérin, qui n'a pas hésité à en offrir un prix très élevé, d'en devenir à son tour possesseur.
Le Catalogue Pozzi, — après l'avoir une première fois vanté en ces termes dans la préface par la plume de M. Fröhner: «une figurine d'athlète,
(1) La statuette est mentionnée d'un mot dans l'article d'Arthur Sambon, «L'exposition d'art antique au Petit Palais», p. 181, fig. 17: «C'est encore au ve siècle qu'appartient un tout petit, mais admirable bronze représentant un athlète au repos. L'étude du corps humain y est poussée à une grande perfection». (Le Musée, t. II, pp. 167-186). Cf. S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, t. IV, p. 315, no 6.
de taille minuscule, et qui n'a pas son pareil comme délicatesse d'exécution se trouve dans les bronzes; il fallait une prodigieuse maîtrise pour créer un tel joyau», — le décrit ainsi: «Athlète au repos, debout, la main droite sur la hanche, la tête légèrement inclinée sur l'épaule droite. La main gauche, abaissée devait tenir le disque. Les yeux, qui étaient incrustés, sont entièrement vides. Le modèle du corps est d'une facture remarquable. C'est un petit chef-d'œuvre de l'art grec du commencement du ve siècle.» (1).
Il n'y a guère à reprendre à cette description, si ce n'est qu'il ne peut, en réalité, s'agir d'un discobole. L'attitude s'y prêterait mal. La jambe portante est la jambe droite, comme le veulent le mouvement du buste et l'inclinaison de la tête, et plus encore la pose du bras droit, plié au coude avec la main fixée sur la hanche qu'elle entoure. Il serait peu naturel, pour un discobole, figuré au repos comme l'est notre athlète, qu'il eût à soutenir le poids du disque pesant de l'autre côté. Il est tout à fait exceptionnel, en outre, que le disque soit tenu de la main gauche: deux petits bronzes étrusques sont seuls, à ma con-
(1) Collection S. Pozzi, Deuxième partie, Art antique. Galerie Georges Petit, 25, 26 et 27 juin 1918, p. 28, no 106 et planche.
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Athlète. Bronze grec, ve siècle.
(Coll. Marcel Guérin).
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naissance, à le présenter ainsi, exception faite d'une statue du Musée Torlonia, dont on sait à quel point les marbres ont été restaurés et souvent dénaturés (1).
Il y a plus. La main gauche, telle que la montre le bronze, admit-on même qu'elle ait été plus ou moins déformée, exclut l'hypothèse d'un disque. Le disque est toujours posé sur la paume étendue, l'extrémité seule de quelques doigts le retenant. Ici, au contraire, la main est à moitié fermée, l'index un peu plus étendu, le médius, l'annulaire et l'auriculaire recourbés, le pouce ramené vers l'extrémité de ceux-ci. L'attribut disparu se logeait donc dans une sorte de conduit circulaire formé par les doigts. Il me paraît que l'hypothèse la plus vraisemblable est que ce fût le manche d'un strigile. L'athlète vient de triompher : une bandelette ceint ses cheveux, dont une faible partie seulement bouffe un peu en avant, sur le front. Il se repose après l'effort accompli : détente à laquelle correspondent et la main appuyée au corps et la jambe gauche fléchie. Victorieux, il lui restera, après avoir soufflé, si je puis ainsi dire, à se débarrasser de la sueur et de la poussière qui le recouvrent, c'est ce qu'il fera dans un instant. Il n'est pas encore, mais il sera un « apoxymène ».
Type de belle bête humaine, il ne faut chercher dans la figure de notre personnage aucun sentiment. Le visage aux traits accusés, aux arcades sourcilières très saillantes, aux oreilles massives, a quelque chose de brutal. Tout le corps est en muscles. Ils saillent, non seulement dans le rendu du thorax et du ventre, mais dans le dos, qu'une longue rainure verticale divise dans toute sa hauteur, dans les bras, le gauche surtout, dans le trou qui se creuse à la cuisse, dans les rotules des genoux. L'exécution, ceci noté, est très soignée. Il est difficile d'imager chevelure plus finement traitée que celle qui, partant d'un épi central, couvre tout le crâne : remarquez aussi le soin avec lequel est rendue, par derrière, l'extrémité de la bandelette se redressant au-dessus du nœud. Les yeux, de leur côté, creux aujourd'hui, étaient évidemment incrustés de métal précieux, — argent ou pierres fines, dit le Catalogue Pozzi, — mais, à défaut de pierres fines, dont il n'y a guère d'exemples, peut-être d'or. Il s'ajoute, enfin, au tout une admirable patine qui, aux endroits où elle ne laisse pas transparaître le reflet doré du métal, varie de la teinte olive aux différentes nuances du vert.
Etienne Michon.
(1) Museo Torlonia, no 76.
LES COLLECTIONS DE LÉON BONNAT
Huitième exposition au Musée du Louvre
La huitième et dernière exposition des dessins de la collection Bonnat, que le Louvre expose avant de les envoyer à Bayonne, est entièrement consacrée à Ingres et à Delacroix. On sait d'avance la prédilection qu'avait témoignée le donateur pour l'œuvre d'Ingres, et nous avons déjà eu l'occasion
Cl. Serv. Phot. B.-A.
INGRES. — Etude d'enfant.
de publier ici certaines des pièces magistrales qu'il avait pu réunir. L'inventaire complet de ses cartons réservait encore des surprises et des sujets d'admiration.
La réunion présente frappe même par sa variété et les indications précieuses qu'on en peut tirer sur la carrière tout entière de l'artiste. Ce sont de magnifiques études d'académies, destinées à ses grandes et classiques compositions du Romulus, du Saint-Symphorien, de l'Apothéose d'Homère, de l'Age d'or, des études pour les vitraux de la chapelle Saint-Ferdinand des Ternes, ou de la chapelle de Dreux, un incomparable dessin d'enfant, reproduit ci-contre, pour l'enfant Jésus de la Vierge du vœu de Louis XIII de Montauban, un vigoureux Roger délivrant Angélique, etc. Mais on trouve aussi des compositions complètes, comme cette aquarelle, reprise d'un des motifs du célèbre Bain Turc, un dessin de Philémon et Baucis, reprise postérieure également d'un tableau de jeunesse,
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BULLETIN DES MUSÉES
une étude de composition pour le Paolo et Francesca du Musée d'Angers, un Midas et son barbier, un Virgile lisant l'Enéide, daté de Rome 1815. — C'est une curiosité évocatrice saisissante que cet atelier improvisé par l'artiste en 1812, sous une des voûtes peintes de l'église de la Trinité des Monts, où il s'est représenté devant la toile de son Romulus vainqueur d'Acron.
Mais les portraits de l'incomparable interprète de la figure et du corps humain attireront toujours : en voici qui jalonnent toutes les étapes de sa vie, depuis le portrait de Suvée et cet homme au grand chapeau rehaussé d'une cocarde, antérieur à 1796, le Revoil, daté de 1797, jusqu'au délicat portrait de sa filleule, Mlle Guille, rendant le pain bénit, daté de 1856, soixante ans plus tard! en passant par les portraits d'artistes, amis ou patrons: Thévenin, directeur de l'Académie en 1816, l'architecte Lesueur (1820), Batze père, le profil singulier où il est permis de chercher à reconnaître le Lafayette, général de la Garde nationale, de 1830, et un énergique Chérubini. Les préparations des effigies de femmes, telles que la baronne James de Rothschild, la princesse de Broglie, la comtesse d'Haussonville, où l'on voit l'artiste acharné et indiscret esquisser d'imagination ou plutôt d'après quelque modèle professionnel choisi aussi proche que possible de la figure à exécuter, le nu de ses portraits, ne seront pas les moins regardés de ces chefs-d'œuvre au crayon.
EUG. DELACROIX. — L'Agriculture.
Delacroix, dont on a voulu mêler la production à celle d'Ingres par un rapprochement qui est peut-être un peu forcé, n'y apparaît pas tout à fait à son avantage, la faute en restant, d'ailleurs, presque uniquement à l'importance relative des spécimens réunis dans ce concours improvisé. Les puissantes silhouettes qu'il oppose aux académies impeccables de son rival, sont cependant d'un attrait évident, et telles figures d'hommes et de femmes nus n'ont rien à lui envier. Notons encore la valeur d'esquisses d'ensembles, comme celle que nous reproduisons, une Agriculture destinée au Salon du Roi du Palais Bourbon. Notons aussi des essais de compositions relatives à des scènes d'Hamlet, des croquis pittoresques rapportés du Maroc ou d'Espagne. Mais voici que des études d'animaux, des chevaux dignes de Géricault, des fauves qui évoquent avec plus de lyrisme et presque autant de vérité ceux de Barye, des paysages dessinés ou aquarellés, font entrevoir le sens de la vie et de la couleur, et l'élargissement de la vision artistique, et nous révèlent un peu de l'esprit complexe et passionné de ce maître si séduisant et si varié.
MUSÉE DU LOUVRE
Objets d'art. — Les collections extrême-orientales du département se sont enrichies récemment d'une magnifique agrafe en bronze, incrustée d'or et d'argent, travail chinois de l'époque des Tang (618-905).
D'autre part, la Musée a encore acquis pour ses séries orientales: un petit lion en cristal de roche du xie ou xiiie siècle, provenant d'Egypte; un tigre en cuivre, travail persan du xiiiie siècle; enfin, plusieurs pièces de céramique persane archaïque: un bol en faïence, décoré de quatre médaillons, renfermant des oiseaux et des bouquetins; un bol en faïence émaillée verte et une assiette en faïence émaillée rouge orangé à décor blanc, imitant des inscriptions.
Peintures et dessins. — Le département a reçu, en don de M. Doistau, les portraits de Léonard et Prosper Mérimée; de M. Buma, de Los-Angeles, une peinture de Hondekøter, représentant une Tentation de saint Antoine; de M. René Jullien, un dessin d'Andrieux, représentant un copiste au Louvre; enfin, M. David Weill, membre du Conseil des Musées, a apporté, à la dernière séance du conseil, pour les offrir au Cabinet des de-sins, une cinquantaine de curieux dessins et croquis de John Constable, représentant, presque tous, des figures assez exceptionnelles et inattendues dans l'œuvre de ce peintre qui est, avant tout, un paysagiste, ou des études d'après les maîtres.
MUSEE CERNUSCHI
M. Héliot, vice-président de la Société des Amis du Musée Cernuschi, a offert à ce Musée un bassin en poterie émaillée gris-blanc à craquelures, époque Song; une bouteille en terre cuite émaillée gris-bleu, époque Ming, et deux coupes décorées d'animaux en relief émail bleu turquoise et jaune, époque Ming.
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AU MUSÉE CARNAVALET
Un nouveau tableau de De Machy
Qui voudra connaître Antoine De Machy, que ses contemporains opposèrent un moment à Hubert Robert, devra aller à Carnavalet. Ce Musée qui, depuis des années, s'attache à recueillir tout ce qui se peut rencontrer d'images de l'ancien Paris,
Gl. Georges Petit.
DE MACHY. — Escalier d'un palais.
(Musée Carnavalet)
s'est offert comme un refuge à ses ouvrages, quand ils étaient dédaignés, et se trouve ainsi en posséder près d'une quarantaine, tant en peintures à l'huile qu'en gouaches et dessins.
La perspective lumineuse de l'Escalier d'un Palais, récemment donné par M. Marius Paulme, vient jeter au milieu d'eux un vif éclat. C'est un morceau que De Machy a caressé; rarement son pinceau s'est-il montré à la fois aussi ferme et aussi nuancé. Combien on comprend, en le regardant, l'heureuse surprise que durent éprouver les élèves de l'Académie royale, et que Pierre, le directeur d'alors, donnait à prévoir en recommandant De Machy au surintendant des Bâtiments pour le poste de professeur de perspective (1), quand ils apprirent que celle-ci allait cesser de leur être enseignée uniquement sous la forme sèche de figures géométrales, mais serait désormais rendue plus sensible à leurs yeux par un peintre sachant l'animer à l'aide de la lumière, faire d'elle un plaisir de la vue! Cet escalier, à la voûte ornée de caissons, bordée de colonnes somptueuses et de balustrades d'où se penchent des figures de spectateurs, est pure imagination de perspectiviste; tout au plus peut-on supposer que, dans la pensée de l'artiste, il conduit à cette galerie du Louvre, dite «du bord de l'eau», qu'Hubert Robert, dans un petit tableau du Musée national, nous montre aménagée en galerie d'exposition. De là-haut rayonne une lumière venant s'éteindre sous les voussures par les plus savantes dégradations et, de marche en marche, expirer aux premiers plans dans des transparences où la robe bleue d'une arrivante apporte une note bien délicate.
De Machy était en possession d'une renommée fermement établie par ses envois successifs aux Salons, lorsqu'il se trouva, à partir de 1767, éclipsé par le talent plus spontané, plus inspiré, plus entraînant d'Hubert Robert. Il n'avait pas le brillant instinct décoratif de celui-ci, bien que son œuvre la plus importante soit l'ensemble simulé d'architectures dont il orna les murs du grand escalier du Palais-Royal, à l'époque de sa transformation par Contant d'Ivry; mais, dans le format généralement modeste de ses cadres, il s'est montré plus observateur que son rival des jeux les plus subtils et les plus particuliers de la lumière. Un jour, se trouvant au jardin des Tuileries, sur la terrasse du bord de l'eau, il fut séduit par la blonde atmosphère qu'un effet curieux de crépuscule faisait couler autour des passants en projetant leurs silhouettes en longues ombres sur le sol; il en fit un précieux petit tableau qu'il envoya au Salon de 1777 et qui fut naguère acquis à la vente Rigaud par le Musée Carnavalet. C'était le thème de l'éclairage accidentel et momentané qu'il proposait là dans le paysage, thème dont les peintres, beaucoup plus tard, devaient tirer les éléments d'un art nouveau. L'humble artiste qu'était De Machy, en ne voulant pas laisser échapper une impression qui l'avait ému, fut, ce jour-là, ni plus ni moins qu'un original devancier.
Pour ne s'être jamais rendu en Italie, où s'était formé le talent d'Hubert Robert, et n'avoir reçu ce goût tout romain pour la peinture de ruines que par l'intermédiaire de son maître, Servandoni,
(1) Cf. Nouv. Arch. de l'Art français, 1888: lettre de Pierre au marquis d'Angivillers, 1er avril 1786.
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BULLETIN DES MUSÉES
il se contentait d'emprunter au spectacle de Paris et de ses embellissements les motifs de tableaux qu'il ne demandait pas à la fantaisie de l'imagination. Les architectes comme Soufflot pour le Panthéon, Contant d'Ivry pour la Madeleine, faisaient volontiers appel à son art exact et soigneux quand ils voulaient offrir aux Parisiens une image achevée de l'édifice qu'ils leur construisaient.
On ne connaît rien de sa façon de vivre, qui devait correspondre au goût méthodique et discret de sa peinture. Le grand jour éclaire, au contraire, l'existence mondaine et brillante que menait Hubert Robert avec la belle Gabrielle Soos, dont les toilettes, au dire de Diderot, obligeaient son mari à une production trop hâtive. On croit toutefois entrevoir les mœurs simples de De Machy dans une autre petite toile du Musée Carnavalet qu'il exposa en 1787 et où il s'est représenté dessinant dans l'église des Saints-Innocents, qu'on est en train de démolir : la bonne Mme De Machy est assise à son côté, qui lui fait la lecture. Comme ce peintre florentin du Quattrocento, dont le propos est resté légendaire, il devait, la nuit, réveiller sa compagne pour lui confier, pour lui redire : « la belle chose qu'est la perspective ! »
PROSPER DORBEC.
UNE EXPOSITION DE MINIATURES à la Bibliothèque de Rouen
Les bibliothèques de province contiennent des richesses d'art insoupçonnées. Jusqu'à ces dernières années, manuscrits à miniatures, incunables à gravures, reliures de luxe, estampes et monnaies anciennes dormaient en paix dans des armoires qui ne s'entrouvraient que pour de rares privilégiés et quelques visiteurs de marque. Mais aujourd'hui, une élite intellectuelle de plus en plus nombreuse est susceptible de s'intéresser à ces collections, et on a commencé à les mettre en valeur dans de grands centres, tels que Lyon, Dijon et Besançon, par un système d'expositions temporaires qui permet de varier les groupements et les comparaisons.
La bibliothèque de Rouen, qui est une des premières de province pour l'importance et la richesse de ses manuscrits, vient d'organiser, sur un plan nouveau, une exposition du livre illustré au Moyen âge : au lieu de disperser l'attention du visiteur sur des sujets variés, on s'est proposé de la concentrer sur l'étude des diverses manières d'interpréter un thème unique. Cette méthode permet de saisir plus facilement, d'une part, les caractères communs des œuvres d'une même époque, d'autre part, l'évolution de ces tendances générales à travers les siècles.
A l'occasion des fêtes de Noël, le thème choisi fut celui de la Nativité, l'un des plus riches et des plus vivants de l'art du Moyen âge. Le nombre total des miniatures et gravures, classées dans l'ordre chronologique du xe au xvie siècle, atteint une centaine (1), et l'on a réuni la plupart des variantes connues du sujet principal ou des nombreuses scènes accessoires qui ornent les marges :
La Nativité. — Miniature du xir siècle. (Bibliothèque de Rouen)
les sages-femmes baignant l'Enfant Jésus ou l'emmailotant dans ses langues, une sainte femme nimbée assistant la Vierge et lui plaçant un coussin sous la tête, la Vierge et saint Joseph éconduits par l'hôtelière de Bethléem, la légende de la Sibylle de Tibur, le Buisson ardent, la Verge fleurie d'Aaron.
Sauf le célèbre sacramentaire anglo-saxon et un livre d'heures ganto-brugeois, aucun des manuscrits de la Bibliothèque, actuellement exposés, n'avait encore été étudié ni photographié. Parmi ces œuvres inédites, nous signalerons tout d'abord la nativité d'un admirable Psautier du xixe siècle que l'on peut comparer au Psautier de Blanche de Castille ou au Psautier de Jully: Jésus, étroitement serré dans des bandelettes est surélévé sur une sorte d'autel, près duquel brûle une lampe:
(1) Environ 25 miniatures et 15 gravures provenant du fonds des manuscrits et des incunables de la Bibliothèque de Rouen; 60 reproductions dont une grande partie a été prêtée par M. Jean Lafond.
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BEAUX-ARTS
La Vierge, étendue sur un lit, détourne la tête de son fils et regarde au loin, les yeux fixes Debout au pied du lit, saint Joseph, coiffé du bonnet conique des Juifs, le bâton de pélerin à la main, semble plongé comme la Vierge dans de profondes méditations. Dans son beau livre sur l'art religieux du xme siècle, M. Mâle a commenté le symbolisme de cette scène:
La Nativité. — Miniature du xive siècle.
(Bibliothèque de Ronen)
en représentant Jésus couché, non dans une crêche, mais sur l'autel du sacrifice, l'artiste a voulu montrer qu'il était, dès sa naissance, la victime désignée pour racheter la faute originelle de l'homme. Il n'a pas cherché à nous émouvoir, mais à traduire un dogme.
Un charmant petit livre d'heures de la fin du xive siècle (Leber 137) montre combien les grandes idées symboliques de l'âge précédent étaient oubliées. La Vierge est toujours étendue sur son lit, mais au lieu de détourner la tête, elle sourit à son fils qui lui tend les bras. Quant à saint Joseph, il vaque aux soins du pot-au-feu; de la main gauche, il attise la flamme avec des pincettes, et de la droite, il agite, au moyen d'une baguette, le contenu de la marmite.
Les mêmes détails se rencontrent dans un grand nombres d'œuvres de la fin du xive siècle. Mais, au début du siècle suivant, se répand tout à coup une formule entièrement nouvelle: la Vierge et
saint Joseph sont à genoux, en adoration devant Jésus, couché sur de la paille dans une chaumière délabrée. A ce type appartiennent les nativités d'un livre d'heures de l'Ecole de Bourdichon, du rituel de Robert de Croixmare, du missel d'Etienne Canon et d'un Office de la Vierge de 1502, aux armes du cardinal Julien de la Rovère (le pape Jules II).
Il faut enfin citer un livre d'heures flamand (Martainville 163) du milieu du xve siècle, dont on n'a pas exposé la miniature de la Nativité, mais celle de la Sainte Famille. Cette légère dérogation se justifie par la valeur exceptionnelle de ce petit tableau d'intérieur, peint avec la précision minutieuse et la grâce familière des élèves de Van Eyck et du maître de Flemalle.
André Masson.
AU MUSÉE D'AVIGNON
Au cours des dernières vacances, de nombreux travaux de réorganisation et d'aménagement ont eu lieu au Musée Calvet. Les salles de peinture ont été remises à neuf et le beau plafond de l'escalier restauré très judicieusement; ce plafond date du milieu du xvme siècle, époque de la construction, par Franque, de l'hôtel de Villeneuve-Martignan, qui est aujourd'hui le Musée.
La collection de peintures a été expurgée d'œuvres sans valeur qui encombraient des salles trop étroites. Cela a permis de mieux présenter les bonnes toiles et de mettre de l'ordre dans le classement des œuvres. On a voulu surtout mettre en valeur les pièces maîtresses, tels que les primitifs avignonais, le Portrait d'abbesse de Lenain, le
Cl. J. Maussier
Salon du xvme siècle au Musée d'Avignon.
Comte de Grignan de Largillière, les délicieux Grimou, les portraits de Duplessis, le Barra de David, le Paysage d'Italie de Corot, la Nymphe endormie de Chassériau, longtemps reléguée au second rang,
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BULLETIN DES MUSÉES
le Don Juan et Haydée de Roll, la Jeune Mère de Carrière, etc. Une salle spéciale a été ouverte pour les paysagistes avignonais des xixe et xxie siècles.
Au rez-de-chaussée de l'hôtel de Villeneuve-Martignan, trois salons ont conservé leurs boiseries du xviiie siècle. L'un d'eux, qui apparaît sur la reproduction ci-contre, a pu être dégagé des rayons de bibliothèque qui dissimulaient de beaux panneaux peints en gris et encadrés de nervures dorées, agrémentées d'une discrète décoration rocaille. Le plafond, avec ornements dorés, date également de la construction de l'hôtel. Ce magnifique salon a été sobrement garni de meubles et de quelques tableaux légués, pour la plupart, par un bienfaiteur du Musée, Paul Mariéton.
Le catalogue du Musée est actuellement en réimpression; il comprendra, non seulement les peintures cataloguées à plusieurs reprises, mais encore les antiquités, sculptures et objets d'art.
J. GIRARD.
MUSÉE HISTORIQUE DES TISSUS DE LYON
Le Musée historique des tissus de la Chambre de Commerce de Lyon s'est enrichi, en 1919, de deux pièces de broderies tout à fait remarquables, qui lui ont été léguées par le comte Lair. Elles ont accru le bel ensemble formé par les spécimens de toutes les époques réunis dans la salle du Musée, où sont exposées les broderies françaises, anglaises, italiennes, flamandes, espagnoles, allemandes, qui permettent d'étudier les différents «points» et procédés, employés par les artistes de ces pays. Les broderies du comte Lair prennent place parmi les plus beaux échantillons d'une collection déjà abondante.
Ce sont deux carrés de velours rouge, mesurant 19×20, sur lesquels sont brodés, en or et soies polychromes, deux épisodes de la chasse au faucon: le Départ figuré par un personnage portant l'oiseau sur la main gantée et le Retour, qui nous offre la scène charmante du jeune chasseur s'élançant vers une dame pour lui poser une couronne de feuillage sur le front.
Le velours très usé, qui sert de support, a reçu un décor de branches de chênes feuillues et fruitées, dont la disposition rappelle celle de certains ornements de même nature couvrant le fond de quelques tentures du xive et du xve siècle.
Le comte Lair avait envoyé ces objets à l'Exposition rétrospective de la broderie en 1900.On les y avait beaucoup admirés. Ils sont, en effet, parmi les plus intéressants que le moyen-âge nous ait laissés et constituent, malgré les restaurations modernes, dont les traces sont surtout visibles dans la scène du Retour, des échantillons précieux d'un art extrêmement élégant. Les visages ont une grâce mutine très particulière, les attitudes du corps, surtout le déhanchement du personnage au faucon, sont d'une souplesse exquise. Le caractère de ces figures, la libre fantaisie de la composition, enfin les éléments d'architecture encadrant la pre-
Broderie xiv° siècle.
(Musée des Tissus de Lyon)
Broderie xiv° siècle.
(Musée des Tissus de Lyon)