Extrait

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2e Année. — Numéro 19 15 Novembre 1924 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • --- LES ARTS A ALGER On nous annonce pour bientôt une importante exposition à Alger, au milieu de cette baie magnifique si souvent visitée par les peintres de la métropole, — et d'autant plus volontiers qu'on a créé à leur intention quelque chose comme une Villa Médicis algérienne, lieu de recueillement à la fois charmant et confortable. MM. Jonnart et Bénédite auxquels on doit cette initiative si heureuse, choisirent une belle demeure mauresque voisine des côteaux de Mustapha et du Jardin d'Essai, d'où la vue est incomparable sur le golfe harmonieux. Depuis 1908, de nombreux artistes français en ont été les hôtes ; et si on a la curiosité de parcourir la liste des pensionnaires, on y relève les noms de quelques-uns des maîtres les plus représentatifs de notre époque ; il ne s'agit pas seulement de ceux qui ont continué à faire de « l'orientalisme » et ont voué un véritable culte aux paysages et aux horizons d'Afrique ; il s'agit aussi de ceux qui ont vu leur style et leur vision épurés par la contemplation d'une nature fruste, sauvage, qui semble éloignée de tout contact avec l'homme et la civilisation. N'est-il pas intéressant de noter qu'un de nos peintres les plus « modernes », Dufresne, a été pensionnaire de la Villa Abd-el-Tif — et que c'est de son séjour en Afrique du Nord que date le début de son évolution si curieuse ? Le puissant sculpteur du Monument aux Morts de la ville du Havre, Poisson, qui est, lui aussi, un ancien boursier du Gouvernement général de l'Algérie, affirme volontiers, que certains détails de cette œuvre pleine de force et de grandeur lui ont été inspirés par des souvenirs africains. Nous n'avons pas pour objet de dire — même brièvement — quel fut le rôle de la Villa Abd-el-Tif dans l'histoire de l'art contemporain. C'est une question que l'on pourra étudier un jour et on verra alors qu'elle a son importance. Nous nous contentons aujourd'hui de la signaler, et ce qui nous en donne l'occasion, c'est justement l'exposition que prépare la Société Algérienne des Amis des Arts ; on verra, réunies dans un cadre aussi vaste que le Palais des Délégations à Alger, les œuvres les plus marquantes de ceux que la Villa du Jardin d'Essai a accueillis depuis bientôt seize années ; et comme on ne néglige rien pour que cette manifestation ait tout son éclat et toute sa signification, ce sera là de l'excellente décentralisation artistique. Il y a donc, au-delà de la Méditerranée, dans un jeune pays français, un essor qui n'est pas seulement économique. De simples particuliers ont formé des collections qui soutiennent aisément la comparaison avec de nombreuses collections parisiennes. Mais il manque cependant à Alger, la seule institution qui pourrait contribuer, mieux que tout, à façonner le goût du public : un Musée d'art moderne. Ce qui porte le nom de Musée Municipal n'est guère qu'une contrefaçon ; à côté de quelques œuvres de très réelle valeur, combien de toiles médiocres ou détestables ! Quant à l'installation, rien n'en saurait donner une idée ; c'est une triste chose que de songer qu'une grande métropole comme Alger a, depuis un siècle, si peu sacrifié au culte des arts. On doit beaucoup à l'initiative privée (l'exposition des anciens « Abd-el-Tif » nous le prouve) ; mais qu'ont fait les pouvoirs publics ? Le Musée Municipal gîte dans un grenier et l'Ecole Nationale des Beaux-Arts est reléguée dans une rue obscure de la ville, en un bâtiment sordide et délabré ! Quand on pourra voir, à Alger même, dans quelques semaines, tout ce que l'art contemporain doit à l'Afrique, ne comprendra-t-on pas alors qu'Alger doit être non seulement une capitale économique, mais aussi une capitale artistique ?

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BEAUX-ARTS NOUVELLES Visite du Président de la République à la Fondation Salomon de Rothschild et à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie. — Le 5 novembre, M. François-Albert, ministre de l'Instruction Publique, et le Conseil d'Administration de la Fondation Salomon de Rothschild ont reçu M. le Président de la République dans l'hôtel de la rue Berryer que Mme la Baronne Salomon de Rothschild a légué à l'Etat pour y installer une « maison d'art » et où l'on vient de placer la magnifique Bibliothèque donnée par M. Jacques Doucet à l'Université de Paris. M. Barthou, président du Conseil d'administration de la Fondation, salua la mémoire de la généreuse fondatrice et remercia le donateur. Après lui avoir répondu, M. Doumergue admira les salles du rez-de-chaussée où des réceptions seront données en l'honneur d'artistes et de savants de passage à Paris. Au premier étage, M. Appell, recteur de l'Académie de Paris, lui montra l'installation nouvelle de la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie. Il dit toute la reconnaissance des historiens de l'art pour M. Doucet qui les a dotés d'un instrument de travail inappréciable. La Bibliothèque est désormais à la disposition des travailleurs qui en avaient tant apprécié le secours dans les locaux provisoires de la rue Spontini. L'Exposition de 1925. — Le 28 octobre, M. Raynaldy, ministre du Commerce, et M. François-Albert, ministre de l'Instruction Publique, ont visité les chantiers de l'Exposition des Arts décoratifs. Les ministres ont été reçus par M. Fernand David, commissaire général de l'Exposition, et par un grand nombre de personnalités officielles. Après avoir inspecté les travaux exécutés sur l'Espanade des Invalides, les ministres se sont rendus au Grand Palais où leur fut montrée la maquette représentant les transformations que subira le Palais pour abriter la salle des fêtes de l'Exposition. A ce propos, donnons encore quelques renseignements sur les travaux en cours. Due à MM. Ventre et Favier, la principale porte de l'Exposition s'ouvrira sur le Cours la-Reine, à gauche du Grand Palais. Une autre entrée monumentale, constituée par une série de pylones formant péristyle, est édifiée par M. Pierre Patout en bordure de la place de la Concorde à l'endroit où se dressait, en 1900, la porte de René Binet. Enfin une troisième porte, œuvre de M. Boileau, s'éleva sur le quai d'Orsay. Aux quatre coins du vaste quadrilatère que formeront sur l'Espanade les palais que l'on est en train de construire, se dresseront quatre tours de trente mètres de hauteur. Le comité d'esthétique, réuni sous la présidence de M. Paul Léon, a approuvé le projet du pavillon de l'Indo-Chine dû à M. Delaval et celui du pavillon de l'Afrique occidentale, dû à M. Olivier. Il a adopté, en outre, les projets de la décoration du pont Alexandre III que borderont les boutiques des industries de grand luxe. Inauguration. — Sous la présidence du ministre de la guerre, la Garde républicaine a inauguré, le 30 octobre, un monument élevé à la mémoire de ses morts. L'œuvre, due au statuaire Jean Allar, membre de l'Institut, est érigée sous la voûte de l'entrée principale de la caserne des Célestins. La Protection des Monuments historiques en Indo-Chine. — Dans le N° du 1er avril 1924 de Beaux-Arts, nous déplorions l'insuffisance des mesures prises pour assurer la protection des monuments artistiques de l'Indo-Chine, ceux d'Angkor en particulier, dont la célébrité est mondiale. A la suite d'accords intervenus avec les souverains d'Annam et du Cambodge, M. Daladier, ministre des Colonies, vient de faire établir un projet de décret fixant les conditions dans lesquelles sera assurée la protection des monuments historiques en Indo-Chine. Les pouvoirs accordés en France au Ministre des Beaux-Ars sont transférés au Gouverneur général et l'Ecole française d'Extrême-Orient se voit attribuer un rôle analogue à celui dévolu, dans la Métropole, à la Commission des monuments historiques. Une exposition d'art français au Danemark. — Une exposition d'art français contemporain vient de s'ouvrir à Copenhague et durera jusqu'au 25 novembre. Organisée par la Fédération française des Artistes, représentée par le sculpteur Lamourdedieu, et placée sous le haut patronage des gouvernements français et danois, elle comprend des œuvres de peinture, sculpture, gravure et art décoratif choisies parmi les productions des membres des quatre grands salons : Artistes français, Société nationale, Salon d'Automne, Salon des Tuileries et de la Fédération française des artistes. La Direction des Beaux-Arts a prêté quelques tableaux du Musée du Luxembourg ainsi que des tapisseries exécutées aux Gobelins d'après des cartons d'art moderne. M. Forain avait été délégué par le gouvernement français pour l'inauguration qui eut lieu en présence du roi. L'exposition a trouvé, dans les milieux artistiques danois un très vif succès et nos représentants y ont reçu le plus chaleureux accueil. Un inédit de J. Moreau le Jeune. — Jean Moreau le Jeune, comme tant d'autres de ses confrères, fit, en 1785, le pèlerinage d'Italie. Il avait noté ses impressions de route et les réflexions que lui avait suggérées la visite des musées et des églises. Ce sont ces notes, restées inédites jusqu'à ce jour, que M. Paul Masson, libraire à Montauban, vient de retrouver sous forme d'un manuscrit in-8° de 116 pages, daté de 1785, qui comporte un frontispice orné d'un croquis à la mine de plomb. Vaison la Romaine. — Dans son numéro du 1er novembre 1923, Leaux Ar's signalait à ses lecteurs la fondation d'une Société des Amis de Vaison et la prochaine ouverture d'un musée. Le zèle archéologique des habitants de l'antique ville romaine, Vasio, ne se dément pas. Fier des trésors qui furent découverts dans son sol, le Conseil municipal de Vaison a demandé que le nom même de la petite cité gardât le souvenir de sa grandeur passée. Un décret, faisant droit à cette requête, consacrera bientôt sa nouvelle dénomination de Vaison-la-Romaine. Au Palais des Papes d'Avignon. — Beaux-Arts (N°s du 15 octobre 1923 et du 1er avril 1924) a signalé

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BEAUX-ARTS le dessein que poursuivait le conservateur du Palais des Papes d'Avignon, le Dr Colombe, de rassembler dans l'ancienne demeure pontificale les moulages des tombeaux non seulement de tous les papes qui ont régné en Avignon mais aussi de ceux des personnages qui se sont distingués à leur cour. Quelques œuvres ont déjà pris place dans la chapelle du Palais, grâce notamment aux dons faits par le page Pie X et par le roi d'Espagne, Alphonse XIII. Aujourd'hui, c'est le gouvernement tchéco-lovaque qui se propose d'envoyer un moulage de la statue de l'Empereur Charles IV de Luxembourg en souvenir de la visite que ce souverain fit, en 1364, à Avignon, au pape Urbain V. Enfin la vaste salle qu'occupèrent des hôtes princiers, un empereur romain, Charles IV, les rois Charles V et VI, les ducs de Berry, de Bourgogne et d'Orléans, a été transformée en un musée du Vieil Avignon, dont la création a été décidée récemment. Dans les Masées de Londres. — M. Mac Coll, conservateur de la collection Wallace, a pris sa retraite après avoir terminé le réarrangement des nombreux objets d'art réunis dans ce Musée et dont l'entassement n'allait pas sans quelque confusion. L'ancien conservateur de ce Musée, Sir Claude Phillips, récemment décédé, avait légué à la National Gallery plusieurs tableaux, notamment par Palma Vecchio, Dosso Dossi, Pordenone, Brescianino, Louis David, Watteau (?), etc. Le legs, qui devait être accepté en bloc, a été refusé. La Collection Mond à la National Gallery. — Le grand musée anglais, qui célébrait cette année le centenaire de sa fondation, vient de recevoir le legs le plus important qui lui soit jamais échu. Il s'agit de la collection qu'avait formée, sur les conseils du Dr. J.-P. Richter, le grand chimiste Ludwig Mond, décédé en 1919, et qu'une réserve d'usufruit avait empêchée jusqu'à ce jour d'entrer à la National Gallery. Trente-neuf tableaux sont aujourd'hui exposés sur les quarante-deux légues au musée, l'Imperator Mundi de Mantegna et deux œuvres de Cima da Conegliano étant encore conservés dans la famille Mond en raison d'une clause d'usufruit. Un des tableaux les plus remarquables de la collection est une œuvre de jeunesse de Raphaël, une Crucifixion, peinte vers 1500 pour l'église de San Domenico à Città di Castello. L'artiste n'avait alors que dix-sept à dix-huit ans et l'influence de son maître Péruign est encore nettement prédominante, mais déjà dans son style se révèle une aisance qui décele son futur génie. A côté de cette œuvre de premier plan, il faut noter la présence de deux Botticelli, une prélèlle de Luca Signorelli, des tableaux d'Alvis Vivarini, de Giovanni Bellini, un portrait de Beltraffio et un curieux Lucas Cranach. Nous comptons du reste revenir prochainement sur l'entrée de ce legs important à la National Gallery. Les Fouilles de Sparte. — L'Ecole anglaise d'archéologie en Grèce a repris les fouilles qu'elle avait entreprises à Sparte. Des résultats intéressants viennent d'être acquis. Après avoir débarrassé l'emplacement du théâtre des constructions byzantines des x^e-xue siècles qui l'encombraient, on a pu remettre au jour la scène. On a retrouvé un torse romain d'Apollon et une importante série d'inscriptions, gravées sur un long mur, qui donnent les listes des magistrats spariates au ne siècle après J.C. Les flancs de l'Acropole ont aussi livré nombre de fragments intéressants des ve-ve siècles avant J.C., notamment des objets de bronze dédiés à Athena, comme des miroirs, bracelets, statuettes de la dessè ou de sirène. L'Exposition de la Gravure sur bois belge contemporaine. — Il vient de s'ouvrir à la Bibliothèque royale de Bruxelles, une exposition consacrée à la Gravure sur bois belge contemporaine, qui durera tout le mois de novembre. La plupart des planches qui s'y trouvent réunies, avaient figuré à la section xylographique belge de l'exposition des Beaux-Arts de Rome (1923-1924). Le principal organisateur de cette manifestation est M. René Van Bastelaer, conservateur au Cabinet des Estampes. On y remarque les envois de MM. A.J. Delstanche, M. de Brocas, F. Masereel, P.-A. Masni, J. Minne, Ed. Pellens, L. Perrin, E. Tytgat, etc... La conservation de la « Cène » de Léonard. — L'état de délabrement de l'œuvre fameuse de Vinci a depuis longtemps préoccupé les admirateurs du maître. Voici quelques détails sur les procédés employés par M. Oreste Solventri, le successeur de Cavenaghi, pour assurer la conservation de la fresque de Sainte-Marie-des-Graces. A l'aide d'une seringue hypodermique, on injecte, sous chaque morceau, d'abord de l'essence de pétrole et ensuite de la résine humide. Ainsi rendue élastique, la croûte est chauffée électriquement, puis passée au fer. Enfin, un mince liséré de stuc est inséré pour encadrer la portion traitée qui est ensuite remise en position. Le Palais de Medina-Azzahra. — Des fouilles ont été entreprises sur l'initiative de l'architecte espagnol Ricardo Velasquez, chargé de la restauration de la mosquée de Cordoue, pour retrouver les traces du palais qu'au xe siècle le calife Abderrahman-Anasir fit élever à Cordoue pour une de ses concubines et qui est connu sous le nom de palais de Médina-Azzahra. Ces fouilles, qui se poursuivent depuis plusieurs années, ont permis de délimiter le vaste rectangle que formait le palais. De nombreux vestiges ont pu être mis à jour qui présentent un intérêt artistique incontestable. On a retiré du sol notamment de splendides chapiteaux, de belles colonnes de marbre, des mosaïques, des débris de céramique, etc... qui sont conservés dans un petit musée établi dans le voisinage. NÉCROLOGIE Gabriel FAURÉ est décédé le 5 novembre dans sa 80e année. Né à Pamiers en 1815, il vint à Paris, encore enfant, faire ses études musicales à l'école Niedermeyer ; il y reçut les leçons de Saint-Saëns auquel il devait succéder plus tard comme organiste de la Madeleine. A vingt ans, il publiait ses premières compositions : Mélodies. L'œuvre qu'il laisse est considérable et comprend tous les genres. La musique symphonique est représentée notamment par deux Quatuors pour piano et cordes et une Symphonie en ré mineur qui sont célèbres ; la musique religieuse par une Messe de Requiem non moins connue. Il écrit un grand nombre de mélodies sur des poèmes des principaux poètes contemporains. Il donna notamment au théâtre la musique de scène

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BEAUX-ARTS de Caligula, de Shylock et du Voile du Bonheur, mais son chef-d'œuvre en ce genre est l'opéra de Pénélope qui fut créé à Monte-Carlo en 1913. Il donnait encore en 1919 au même théâtre Masques et bergamasques. Successor de Théodore Dubois en 1905 à la direction du Conservatoire national de musique, il occupa ce poste jusqu'en 1920. Pendant de longues années, il avait été le critique musical du Figaro. Le 24 octobre, Edouard RAHIN est mort à l'âge de 62 ans. Successor du libraire Morgand, il avait acquis en bibliophilie une érudition qui faisait de lui un des représentants les plus distingués de sa profession. On lui doit des études sur la collection Dutuit; sa dernière publication avait été une nouvelle édition de la Bibliothèque de l'Amateur. ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Séance publique annuelle de l'Institut Le 25 octobre a eu lieu la séance publique annuelle des cinq Académies. Le général Gouraud, au nom de l'Académie des Inscriptions, a fait une communication au sujet de l'Architecture militaire française en Syrie, tandis que M. Jacques Rouché, de l'Académie des Beaux-Arts, a lu une étude sur la Broderie de l'habit d'académicien. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 17 octobre Le P. Scheil consacre une notice à J.-E. Gautier, orientaliste, mort récemment et né en 1861. Il avait exécuté à ses frais des fouilles à Homs (1893-1894), à Licht (Egypte) (1902-1903) et avait dirigé les fouilles officielles de Suse en 1904-1905, puis d'Eléphantine en Egypte en 1910. A la fois archéologue et philologue, M. J.-E. Gautier laisse un nom qui mérite de survivre. Séance du 24 octobre M. Blanchet donne lecture d'un rapport attribuant la médaille Paul-Blanchet à M. Pradère, pour sa contribution à l'archéologie africaine. M. Pierre Lacau, directeur général du service des antiquités de l'Egypte, expose à l'Académie les résultats archéologiques obtenus sur les chantiers de fouilles du gouvernement égyptien. Il décrit notamment les découvertes faites à Gizeh, au temple d'Abydos et à Karnak. Séance du 31 octobre M. Dussaud dépose sur le bureau une étude de M. Thureau-Dangin sur les premières recherches archéologiques opérées à Kich par la mission de M. Henri de Genouillac (1911-1913). Académie des Beaux-Arts Séance du 18 octobre L'Académie propose pour le prix Bordin de sculpture de 1928, le sujet de concours suivant: «La sculpture languedocienne au xiiie siècle». Société nationale des Antiquaires de France Séance du 22 octobre M. Dimier expose les conséquences à tirer de la coexistence dans les listes de corporations du moyen-age, de peintres, avec les selliers d'une part, les imagiers de l'autre, ce qui ne suppose aucune application, ni aucun procédé spécialisé de la peinture, comme on l'avait cru jusqu'ici. Société de l'Histoire de l'Art Français Séance du 4 juillet M. Danis présente une reconstitution du Trianon de porcelaine, le premier en date, qui fut construit par Le Vau et dont la durée fut éphémère (1670-1685); il fut démoli pour faire place, en 1687, à l'actuel Trianon de marbre, dont M. Mauricheau-Beaupré retrace la naissance sous les auspices de Mansart et de Robert de Cotte. STATUES ANTIQUES EXHUMÉES La "Psyché de Vico" A Marina d'Equa — petite grève voisine de Vico Equense dans la péninsule de Sorrento — un éboulement récent et une fouille dirigée par l'avocat Di Gennaro ont amené la découverte de deux statues en marbre, qui paraissent avoir formé un groupe. La figure féminine, la mieux conservée, haute de 1 m. 20, n'a ni tête ni bras. On aperçoit encore sur l'épaule gauche un fragment de bras de la statue masculine qui s'y appuyait, et autour de cette dernière, très mutilée (il n'en subsiste guère que le torse et l'amorce des jambes), les traces des deux bras de la femme qui l'enlaçaient. La figure masculine présente un tronçon d'aile. Il n'est donc pas douteux, à mon avis, qu'on se trouve en présence d'un groupe d'Amour et Psyché, sujet fréquemment reproduit à l'époque hellénistique et qui a fourni à notre regretté ami Maxime Statue de Psyché trouvée à Marina d'Equa Croquis d'après une phot. du Mattino

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BEAUX-ARTS Collignon le sujet d'un mémoire classique (1). D'après le Mattino de Naples, (n° du 12 septembre 1924), auquel nous empruntons les renseignements ci-dessus et une photographie, malheureusement très confuse, le travail des deux figures serait excellent ; elles portent des traces de mutilation volontaire. Le Musée de Naples, informé, a interdit l'aliénation et doit prendre les mesures conservatrices nécessaires. T. R. Le Torse d'Hercule d'Aix-les-Bains La ville d'Aix-les-Bains (Savoie) possède les restes de thermes romains qui ont été considérables. Connus dès 1410, ils subirent malheureusement des destructions successives ; il ne reste rien de la grande piscine revêtue de marbre blanc, découverte en 1779, qui était peut-être un frigidarium ; d'autres piscines l'une ronde, l'autre ovale, connues depuis le Moyen-Age, appelées « bain royal », « bain du prince », « bain des chevaux » ont également disparu. En 1772, un hasard heureux fit connaître d'autres éléments de ces thermes sous une maison qui fut habitée plus tard par Lamartine. Ces restes s'étendent au Midi, sous le jardin et au Nord, sous la cour de la même maison ainsi que dans les caves de la maison mitoyenne à l'Est. On en a retiré de nombreux fragments, baignoire, mosaïques, revêtements de marbre, fûts de colonnes, chapiteaux, etc..., qui ont été dispersés ou détruits. Il reste encore une série de salles sur hypocaustes et trois piscines : deux rectangulaires, la troisième octogonale. La Municipalité d'Aix-les-Bains, ayant récemment acquis l'ancienne maison de Lamartine, a obtenu le classement comme monument historique des restes de thermes qui y subsistent et elle a demandé que des fouilles y soient pratiquées. Chargé par mon Service de la direction de ces fouilles, j'ai fait opérer un nettoyage général des caves qui a permis de bien distinguer les murs romains et de reconnaître les anciens niveaux des salles. Ce nettoyage a fait apparaître, au ras du sol, deux petits conduits de fumée brisés que j'ai fait dégager au moyen d'une première tranchée, mesurant environ un mètre de large sur deux mètres de long. Cette tranchée a permis de reconnaître à un mètre cinquante de profondeur une piscine dallée de marbre blanc, dans laquelle (1) A la vérité, le reporter ne signale pas de traces d'ailes sur la figure féminine, mais, comme on peut s'en assurer en feuilletant le Répertoire de S. Reinach, dans les groupes de ce genre Psyché n'est pas toujours ailée. Torse d'Hercule découvert à Aix-les-Bains (Face) Torse d'Hercule découvert à Aix-les-Bains (Profil)

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on a aussitôt rencontré un torse d'Hercule de même matière. Ce torse auquel manquent la tête, les bras, et les jambes est complet depuis les genoux jusqu'au cou. La tête était rapportée comme le montre l'entaille régulière où elle reposait et où on voit un trou de scellement. Dans son état actuel, la statue mesure 1 m. 50 de haut ce qui fait supposer qu'elle atteignait en son entier environ 2 m. 40. C'est la mesure moyenne des statues trouvées au théâtre de Vaison et aussi de la Vénus d'Arles. Les fouilles ont dégagé, en outre, le commencement d'une autre piscine qui se développe sous le jardin, au Midi. L'épuisement du crédit alloué pour cette première recherche a fait arrêter les travaux. Mais un début aussi favorable permet d'espérer qu'ils auront une suite heureuse. Il est impossible pour le moment de donner une date pour ces thermes. Il semble cependant qu'ils ont été bâtis une première fois au premier siècle (époque à laquelle on pourrait attribuer la statue) et qu'ils ont été reconstruits au début du ive siècle. On remarque sur un grand nombre des briques la marque connue Clarianus. Jules Formige. MONUMENTS HISTORIQUES Eure-et-Loir. — Le château de Montuel à Montigny-sur-Avre n'est qu'un modeste manoir du début du xvie siècle, mais il n'a fort heureusement subi que des restaurations de détails qui n'en ont pas déformé les dispositions. Ses fenêtres à me- neaux, ses hautes lucarnes à gâbles moulurés, ses petites échauguettes et sa tour en encorbellement en font encore une demeure charmante. En la classant sur la demande de son propriétaire M. de Montuel, ainsi que la petite chapelle voisine, de style gothique flamboyant où apparaissent seulement quelques éléments de la Renaissance, l'Administration des Beaux-Arts a entendu conserver un spécimen aimable de ces petits ma-noirs de Normandie qui font le charme des localités où ils s'élèvent. Bouches-du-Rhône. — La Chapelle des Ursulines à Aix-en-Provence, récemment classée, fut bâtie en 1617, par les religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, établies dans la ville dès 1624, par Sœur Perrone du Châtel, compagne de Madame de Chantal, fondatrice de l'ordre et aïeule de Madame de Sévigné. C'est une belle construction de style classique d'une architecture sobre et sévère qui offre cette particularité d'être couverte de voûtes gothiques, persistance intéressante, à une époque où on le dédaignait, d'un procédé de construction qui avait fait ses preuves. La façade, qui domine la rue, précédée d'un haut perron en est séparée par une belle grille en fer forgé. A l'intérieur sont inhumées deux petites filles de Mme de Sévigné, Marie-Blanche de Grignan et sa sœur Pauline, marquise de Simiane. Jean Verrier.

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[97] 15 NOVEMBRE 1924 295 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE Antiquités orientales Nos lecteurs n'ont pas oublié l'exposition des objets récemment sortis des fouilles de Syrie (1). D'accord avec M. Virolleaud, chef du Service des Antiquités, l'Etat du Grand Liban a fait choix, parmi les pièces mises au jour à Byblos par M. Pierre Montet, d'un certain nombre de doubles qu'il a concédés comme part du fouilleur: des scarabées du type hycksos, des anneaux et épingles en bronze, une belle harpè en bronze, une fourche à trois dents en bronze, un lot de céramiques. Nous signalerons tout particulièrement un pectoral en or composé par un orfèvre phénicien sur le modèle des colliers égyptiens; travail au repoussé repris très finement à la ciselure. Au centre, un faucon étend ses ailes; à chaque extrémité, une tête de faucon de profil surmontée d'un anneau de suspension. Collections d'Orient et d'Extrême-Orient Le Conseil des Musées, en sa dernière séance, vient d'accepter pour le Département des Objets d'art, divers objets d'Orient et d'Extrême-Orient. M. J.-A. Isaac, un japonisant de la première heure, qui avait déjà donné au Musée maintes preuves de sa sympathie et de sa générosité, lui a laissé cinq objets: un vase chinois en bronze, de l'époque des Han, décoré d'entrelacs et de motifs géométriques d'une exécution très délicate; une peinture japonaise du xvi-xviiie siècle, de l'école de Kano, représentant un paysage montagneux; une autre petite peinture où un artiste japonais du xviiie siècle a figuré une femme debout s'abritant sous un parasol; une caricature de l'école de Tola où un artiste très réaliste du début du xixe siècle a groupé trois personnages d'une exubérante gaité; enfin, une miniature persane du xviiie siècle, représentant un personnage assis tenant un livre. M. Charles Gillet, de Lyon, a donné au Musée, une coupe persane en faïence dont le décor gravé témoigne d'influences chinoises indéniables; et un vase en faïence lustrée du xiiiie siècle, représentant un personnage debout, œuvre singulière d'un potier de Rhagès. J. M. V. Faïences françaises M. Charles Damiron, l'érudit amateur lyonnais, qui a réuni une incomparable collection de céramiques du Midi de la France, vient de faire un nouveau don au département des objets d'art. Ayant constaté que la série des faïences françaises du Louvre ne contenait aucune de ces pièces si rares, exécutées à Nîmes, à la fin du xvie siècle, sous l'inspiration des céramistes italiens, M. Damiron a voulu combler cette lacune et a choisi deux pièces de Nîmes, parmi celles qu'il a pu réunir. Ce sont deux pots de pharmacie à sujets religieux, décorés d'une Annonciation et d'une sainte Françoise, dont les tonalités bleues, vertes et jaunes sont typiques de la fabrique nimoise du peintre-potier Sigalon et de ses successeurs, (Dr Albert Puech. Le potier Nimois Sigalon. Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements. 1891). La pièce capitale de cette fabrication est la très belle gourde, qui porte sous son pied: Nismes 1581, avec la devise: Constanter et Singere. Le baron Gustave de Rothschild, auquel elle appartenait, l'avait prêtée au Trocadéro à l'Exposition de 1889 (Alfred Darcel, Gazette des Beaux-Arts. Septembre 1889) et au Petit-Palais des Champs-Elysées à l'Exposition de 1900, (Emile Molinier et Frantz Marcon. L'Art Français à l'Exposition Universelle de 1900). Cette gourde se trouve aujourd'hui dans la collection du baron Lambert, à Bruxelles. Le Victoria and Albert Museum de Londres, conserve dans la collection Salting un beau plat en faïence de Nîmes, décoré de médaillons à armoiries, (Gaston Migeon. L'exposition rétrospec- (1) Voir Beaux Arts, 1er avril 1921. Cl. Serv. Phot. B.-A. Pectoral en or, travail phénicien. [Musée du Louvre]

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BEAUX-ARTS live de l'Art français. Revue de l'Art ancien et moderne, Juin 1900). A ces deux albarelli en faïence de Nîmes, M. Damiron a joint un carreau de pavement, de grande dimension, du début du xvie siècle, qui provient du département de la Côte-d'Or. Ce carreau de terre rougeâtre, émaillée jaune, porte de profil à droite le buste d'un homme barbu, coiffé d'un casque, qu'entoure l'inscription : Patiense en tout. C. D. Peintures et Dessins Récentes acquisitions Le Conseil des Musées Nationaux a ratifié également dans sa séance du 3 novembre, l'acceptation des dons suivants : Un généreux bienfaiteur a offert un petit portrait peint à l'huile, par LAMPI LE JEUNE du Prince polonais, François Sapieha (1772 — après 1829). Lampi le Jeune, italien d'origine, avait suivi son père Jean-Baptiste en Russie et en Pologne, où ils exécutèrent de nombreux portraits. Celui-ci est d'une manière très étudiée et très soignée. Le même Mécène a enrichi la collection de dessins du Louvre, qui ne possédait de cet artiste qu'un album de sujets religieux, de six dessins à la plume et au lavis de Domenico Tiepolo ; trois d'entre eux représentent des couples d'amours jouant ; les trois autres s'inspirent de l'Ancien Testament et ont pour sujets : Tobie et l'Ange ; la Terre promise ; l'Exode des Hébreux. Le Conseil a décidé également d'accepter le legs généreux, fait par M. John Quinn, de New-York, d'un tableau de Seurat, qui compte, parmi ses œuvres les plus caractéristiques, le Cirque, exécuté, l'année où mourut cet artiste prématurément enlevé en 1891. Le tableau, dont l'envoi était naturellement subordonné à l'acceptation du legs, se trouve encore à New-York, d'où il va être expédié, et ne pourra par conséquent pas être exposé avant plusieurs semaines. Catalogue des Peintures de l'Ecole française La série des catalogues officiels du Musée vient de s'enrichir d'un volume essentiel, celui qui est consacré aux peintures françaises et qui fait suite au fascicule consacré aux écoles septentrionales, paru en 1922, par les soins de M. Louis Demonts. Celui-ci est dû à M. Gaston Brière qui a pris pour base le travail déjà si précieux, paru en 1909, du regretté Paul Leprieur sous le nom de Catalogue sommaire de l'Ecole française. On y a repris — avec raison — l'ordre alphabétique par noms d'artistes, au lieu de la disposition topographique, suivant le placement dans les salles, bonne pour un guide ; la consultation en est rendue beaucoup plus aisée et le même parti s'imposera dans le fascicule à paraître des Ecoles d'Italie et d'Espagne et dans la réédition, prochaine aussi sans doute, des Ecoles septentrionales. Entre temps, paraîtra un fascicule complémentaire contenant la liste des œuvres de Philippe de Champaigne et des flamands travaillant en France, qui, classées aujourd'hui, au milieu des français, n'avaient pas été notées dans la description des galeries septentrionales et n'ont pas Cl. Serv. Phot. B.-A. RENOR. Portrait de Mme Théodore Charpentier (Musée du Luxembourg) été compris non plus dans la liste alphabétique des artistes français. La science précise et minutieuse de M. Brière, son souci de la logique et de la clarté typographique font de ce nouveau catalogue un instrument de travail de premier ordre, en même temps qu'un ouvrage facile à consulter par le simple visiteur. Vérification des dates, des signatures, rectification des désignations et des attributions, indication des provenances établies d'après les meilleures sources et les plus récents travaux, concordances avec les catalogues anciens et les monographies essentielles, tout y est, sans surcharge, sans luxe inutile de descriptions et de commentaires. Il n'y a que le système de numérotation, un peu compliqué, pour avoir voulu con-

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BULLETIN DES MUSÉES server les chiffres anciens, que nous serions ten- tés de discuter, préférant peut-être une refonte radicale, et légitime quand il s'agit comme ici d'un catalogue officiel, à la suite de la publication duquel peut être remanié — il est vrai que le travail est considérable — le numérotage entier d'une galerie. MUSÉE DU LUXEMBOURG C'est un très beau portrait que celui qui vient d'entrer dans le domaine national par un don généreux de M. et Mme Lecœur, en souvenir de la personne représentée, Madame Théodore Charpentier, que Renoir peignit jadis, dans l'intimité et la familiarité d'une maison où il fréquentait vers 1875 et où il avait laissé de nombreux témoignages de son talent. La photographie ci-jointe dispense de le décrire, sans rendre l'éclat doux et chaud du coloris de la figure et du fond et les noirs puissants du costume. MUSEE DES ANTIQUITÉS DE LA SEINE-INFERIEURE Le musée départemental des antiquités, logé dès 1831, dans le Cloître de l'ancien Couvent des Visitandines de Sainte Marie de Rouen, passait, il y a plus d'un demi-siècle aux yeux de Darcel, pour le second, parmi les musées d'antiquités français «après Lyon et avec Avignon». Il est difficile et un peu vain de s'essayer à justifier ou critiquer cette hiérarchie. D'autres dépôts se sont créés depuis, enrichis, perfectionnés. Celui-ci même n'est pas resté inactif, loin de là. Créé dès 1831 et n'occupant d'abord que deux galeries du cloître, il s'augmenta peu à peu, d'abord de la galerie Sud qui abrita un moment le Musée céramique et contient, depuis 1887, les bois du Moyen-Age et de la Renaissance, (c'est celle que représente notre planche). Des salles spéciales furent ajoutées à l'Est pour les Antiquités romaines, voire grecques et étrusques, car le Musée, qui est surtout local, a recueilli cependant des bronzes, des statuettes et des vases d'un intérêt très général. Plus tard, en 1886, un nouvel agrandissement permit de loger dans une salle à double étage la fameuse mosaïque de Lillebonne, dont le sujet central représente Apollon et Daphné et les sujets latéraux des scènes de chasse, ainsi que de grandes tapisseries dont une, célèbre, provient du château d'Anet. Mais depuis lors, le cadre est resté le même et les monuments s'entassent dans les galeries et dans la cour même où ils subissent les intempéries. L'ensemble, complété par quelque verdure ou par la lumière tamisée des vitraux, est pittoresque et charmant, mais manque d'espace et de clarté. C'est un musée toutefois, où l'on travaille et que des générations d'archéologues ont fréquenté, commenté et enrichi. L'archiviste départemental, J.-J. Vernier, qui y a succédé à Deville, à Hyacinthe Langlois et à l'abbé Cochet, vient de le doter d'un excellent guide qui, sans avoir la prétention d'être un catalogue complet, en décrit à leur place les richesses principales avec un juste et sobre commentaire. Il est illustré de 16 belles planches hors-texte en photopie et de 121 figures dans le texte. Comme fond et comme présentation matérielle il se recommande vraiment comme un modèle du genre. Il n'aura que l'inconvénient fatal à tous les guides de devenir inexact et difficile à utiliser le jour où des accroissements et des remaniements auront permis de dégager certaines salles ou galeries beaucoup trop chargées. AU MUSÉE DE GRENOBLE Au musée de Grenoble, le 11 septembre, a été inaugurée la salle spécialement réservée aux œuvres picturales léguées par M. et Mme Marcel Sembat. Cette collection est, on le sait, composée uniquement d'œuvres modernes et forme un des plus curieux ensembles qu'un musée de province puisse présenter de l'art de notre temps. Des discours ont été prononcés par M. Mistral, député et maire de Grenoble, et par M. André Maurel au nom du Ministre de l'Instruction publique.

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BEAUX-ARTS Au cours de l'été, d'autre part, l'Ecole d'Art industriel de Grenoble, organisait une exposition de céramique dauphinoise et savoisienne. Cette manifestation d'art local comportait une section rétrospective et une section d'art moderne. La première était de beaucoup la plus intéressante. Parmi les pièces anciennes exposées, un grand nombre provenait de trois ateliers qui travaillèrent dans la seconde moitié du xviie siècle et au début du xixe : la fabrique du Faubourg Très-Cloîtres et les deux fabriques de La Tronche. Assurément le décor des faïences grenobloises est emprunté à la grammaire décorative en l'honneur à l'époque, mais l'interprétation, qui en a été faite, leur confère un cachet original qui apparaissait nettement à l'exposition de Grenoble. Quant à la section moderne, elle aura eu surtout pour résultat de montrer quels efforts restaient encore à faire aux artistes dauphinois contemporains pour égaler leurs devanciers. MUSÉE DE TOURS Des aménagements nouveaux, entrepris au cours de cet été, ont permis d'organiser quelques salles nouvelles des anciens appartements de l'archevêché situés au second étage. Les salles consacrées à la peinture contemporaine, celles en particulier qui contiennent des œuvres des peintres tourangeaux d'aujourd'hui, Mathurin, Souillet, Boiry, G. François, Hugues de Beaumont, etc... ont été remaniées et enrichies. On a pu y placer également une série de cadres et de vitrines contenant, en originaux et en reproductions, la série des médailles et plaquettes du bon graveur tourangeau, Baudichon. D'autre part, plusieurs pièces ont été consacrées à l'exposition des peintures jusque-là dispersées et provenant du legs Trobriand, généralement esquisses de petits tableaux italiens ou français du xviiie siècle, à une salle de gravures et à une salle de dessins. La grande salle de sculpture, à laquelle une délibération de la municipalité a donné le nom de salle François Sicard à l'occasion de l'entrée du sculpteur tourangeau à l'Institut, a reçu de nouveaux morceaux de sa production abondante et variée, des esquisses, maquettes et bustes notamment. MUSÉE DE BOULOGNE-SUR-MER Le musée de Boulogne-sur-Mer, très endommagé par l'explosion d'une torpille pendant la guerre, se réorganise et se rouvre peu à peu. Les séries d'histoire naturelle ont été prêtes les premières, mais la galerie de peinture placée dans l'ancienne chapelle du séminaire a rouvert ses portes cet été. On réinstalle au rez-de-chaussée des salles d'ethnographie, d'égyptologie (on sait que Boulogne est la patrie de Mariette) et d'archéologie classique. Le musée était, avant la guerre, particulièrement riche en céramiques antiques grâce, surtout, à la célèbre collection Panckouke. Le coup déplorable de 1918a compromis, sinon anéanti, cet ensemble que des travaux patients et minutieux vont essayer, nous dit-on, de reconstituer en partie. Cependant, au même étage, se développera le musée des antiquités locales et des souvenirs boulonnais. Enfin on compte aménager prochainement au second étage, en liaison directe par un escalier avec la galerie de peinture, une salle spéciale prise sur les locaux de l'ancienne bibliothèque qui recevra l'importante donation que la ville a reçue récemment de M. Charles Lebeau, industriel boulonnais, grand amateur d'art et surtout d'art céramique. Cette collection, qui renferme plus de neuf cents numéros parmi lesquels un certain nombre de gravures, est riche surtout en faïences, grès et porcelaines anciens et modernes. Les fabriques classiques de Rouen ou de Marseille, de Vincennes ou de Sèvres, y sont bien représentées mais aussi celles de notre temps, françaises ou étrangères. Les noms des céramistes notoires, qui se sont fait connaître depuis le renouveau des arts décoratifs modernes, y figurent avec des pièces choisies : Gallé, Chaplet, Dam-mouse, Delaherche, Méthey, Decœur, Lenoble, à côté des verriers Lalique ou Décorchemont, des artisans du métal Brateau, Brandt et Dunand. Ce sera là, notamment, une richesse et une source d'informations excellente sur l'art de notre temps. La peinture comprend peu de pièces anciennes et ne remonte guère au delà de quelques dessins de Prudhon et de quelques petits tableaux de Boilly ; mais Corot y figure avec sept paysages, à côté de Th. Rousseau et de Français. On peut noter un dessin d'Ingres pour la Stratonice et un projet de Carpeaux pour la Danse, trois Boudin, trois Fantin-Latour, des spécimens de l'art de Carrière, d'Henner et de Ziem. Un Monticelli et un Lebourg représentent seuls, et peut-être insuffisamment, l'école impressionniste. Cazin s'y trouve avec quelques belles peintures et des dessins remarquables, mais aussi Tattegrain et J. Breton qui appartiennent au groupe, pour ne pas dire à l'école, des peintres régionaux. Carpeaux, Carrière, Rodin, Gardet apportent quelques notes de sculpture moderne dans cet ensemble considérable dont la libéralité de M. Lebeau a doté la ville de Boulogne.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ETATS-UNIS Exposition du Livre à New-York Le Musée Métropolitain de New-York a organisé du 12 mai au 14 septembre dernier une très intéressante Exposition des Arts du Livre, qui rappelle celle du Musée des Arts décoratifs d'avril 1923. Tandis qu'au Pavillon de Marsan, les œuvres prêtées étaient exclusivement françaises, celles qui figurent en Amérique proviennent de tous les pays. Dans cette histoire générale, la France était très bien représentée, si l'on en juge d'après les reproductions de la brochure publiée à cette occasion par le savant conservateur du département des estampes, M. W. M. Ivins. Ce n'est pas un catalogue, c'est un guide destiné à initier le visiteur à la connaissance des diverses époques dont on a voulu donner un spécimen. Le travail est divisé en trois parties : manuscrits, livres imprimés et reliures. Dans la section des manuscrits, quelques-uns sont particulièrement intéressants. A la fin du xie siècle et au début du xiiie siècle, on trouve un Missel à l'usage du Mont Saint-Michel, exécuté en France vers 1100 et un Evangéliaire de Mathilde, comtesse de Toscanе, fait en Italie vers 1109. Du xiiiie siècle il y a des échantillons importants, comme certaines feuilles d'une Bible moralisée, de 1230 environ, contenant les portraits de Blanche de Castille et de St-Louis et un Psautier anglais de l'école de Winchester. Pour le xive, un manuscrit ferrarais de la Divine Comédie de Dante est insuffisant à donner une idée de cette période. En revanche le xvie siècle est très bien représenté par des Brévaires, tels que ceux de l'Empereur Maximilien, d'Eléonor, reine du Portugal, les Consolations de Boèce qui rappellent l'art de Bening. Quant à l'école italienne du quattrocento, elle se fait remarquer ici par un Pontifical du cardinal Giuliano della Rovere, enluminé par Francesco et Girolamo dai Libri à Vérone et un manuscrit de Didymus, De Spiritu sancto, enrichi de miniatures d'Attavante à Florence pour Matthias Corvin, roi de Hongrie. La plupart de ces manuscrits bien connus, avaient été communiqués par la bibliothèque Pierpont Morgan. Pour les livres illustrés, les incunables xylographiques manquent. Ces documents sont rares aux Etats-Unis, comme d'ailleurs en Europe. Pour montrer les origines de l'imprimerie, on a choisi la Bible, dite de Gutenberg, avec deux exemplaires, l'un sur papier, l'autre sur vélin, datant environ de 1456 et un Psautier de Mayence, éditions de 1457 et 1459, avec les noms des imprimeurs Fust et Schoeffer. A ces exemplaires s'ajoutaient beaucoup d'œuvres allemandes comme les Pérégrinations de Breydenbach, Mayence, 1486, l'édition de Boccace, De claris mulieribus, Ulm, 1473, des