Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Industrie II Février 1946 LE NUMÉRO : 150 FRANCS --- PÉRIODIQUE DES ARTS ET DE LA DÉCORATION

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CHAQUE BON DE LA LIBÉRATION QUE VOUS SOUSCRIVEZ C'EST UNE PIERRE QUE VOUS APPORTEZ À LA RECONSTRUCTION DU PAYS

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CHRISTOFLE ORFÈVRERIE D'ARGENT MASSIF 12, RUE ROYALE 33, B DES ITALIENS CLAUDE OLIVIER-MERSON DECORATEUR 46, RUE D’ARTOIS PARIS. VIIIe prestige CAMUS "LA GRANDE MARQUE" COGNAC EXPRESS-PUBLICITÉ

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RENOIR devient BAUCOUR Parfumeur - 17, Place Vendôme - Paris

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ART ET INDUSTRIE --- 73, BOULEVARD MONTMORENCY, PARIS-XVIe. JAS. 86-08 MAX FOURNY : DIRECTEUR WALDEMAR GEORGE : RÉDACTEUR EN CHEF --- Sommaire 1. LE SENS DE LA GRANDEUR, PAR WALDEMAR GEORGE 2. PIERRES PRÉCIEUSES DE PARIS, PAR R. HÉRON DE VILLEFOSSÉ 3. PRÉSENTATION DE MEUBLES ANCIENS DANS UN DÉCOR MODERNE 4. HUMANISME ET DÉCORATION 5. UN SALON NÉO-CLASSIQUE, PAR J.-CH. MOREUX 6. UN BOUDOIR CHEZ LA COMTESSE J. DE P. 7. LE SALON D'UN GRAND COUTURIER 8. LE BIJOU ET SES FÉERIES, PAR G. YVER-FARÉ 9. L'ÉVOLUTION DE L'ORFÈVRERIE, PAR M. SERULLAZ 10. ART ET CRÉATION, SES MÉTHODES, PAR R.-L. DUPUY 11. UNE COLLECTION DE CURIOSITÉS 12. YENCESSE ET LES GRACES DES 4 SAISONS, PAR M. ZAHAR 13. CHARLES DUFRÈSNE, DÉCORATEUR, PAR G. CHARENSOL 14. LA SCULPTURE DANS L'ARCHITECTURE, PAR J.-CH. MOREUX 15. CONSTANTES DE L'ART DÉCORATIF FRANÇAIS, PAR P. VERLET 16. CARACTÈRES DE RAISON DU MOBILIER GOTHIQUE, PAR M. FARÉ 17. MIROIR DU GOUT, PAR CHARLES OULMONT 18. LES LITS D'EMILIO TERRY 19. PROJET D'UN NOUVEAU TYPE D'APPARTEMENT 20. INFORMATIONS : LES ARTS APPLIQUÉS 21. LA VIE DES LETTRES, PAR LOUIS-JEAN FINOT 22. LES PREMIÈRES ÉPOQUES DE VUILLARD, PAR C. ROGER-MARX 23. UN ARTISTE HORS-SÉRIE : MARTIN ROCH 24. DÉCORS, PAR LOUIS CHÉRONNET 25. INFORMATIONS : LES ARTS PLASTIQUES --- Contents 1. A SENCE OF THE MAGNIFICENT, BY WALDEMAR GEORGE 2. THE PRECIOUS STONES OF PARIS, BY R. HERON DE VILLEFOSSÉ 3. A PRESENTATION OF OLD FURNITURE IN A MODERN DECORATION 4. HUMANISM AND DECORATION 5. A NEO-CLASSIC DRAWING-ROOM, BY J.-CH. MOREUX 6. A BOUDOIR IN THE HOME OF THE COMTESSE J. DE P. 7. A GREAT DRESSMAKER'S STUDY 8. FAIRY-TALES TOLD WITH JEWELS, BY G. YVER-FARÉ 9. THE EVOLUTION OF SILVER-WARE, BY M. SERULLAZ 10. ART AND CREATION : ITS METHODS, BY R.-L. DUPUY 11. A COLLECTION OF CURIOSITIES 12. YENCESSE ANS THE 4 GRACES OF THE SEASONS, BY M. ZAHAR 13. CHARLES DUFRÈSNE, DECORATOR, BY G. CHARENSOL 14. SCULPTURE IN ARCHITECTURE, BY J.-CH. MOREUX 15. CONSTANT FACTORS IN FRENCH DECORATIVE ART, BY P. VERLET 16. MAIN CHARACTERISTICS OF GOTHIC FURNITURE, BY M. FARÉ 17. THE MIRROR OF TASTE, BY CHARLES OULMONT 18. BEDS, BY EMILIO TERRY 19. DESIGNS FOR A NEW TYPE OF APARTMENT 20. NOTES : THE APPLIED ARTS 21. LITERARY REVIEW, BY LOUIS-JEAN FINOT 22. THE FIRTS PERIOD OF VUILLARD, BY C. ROGER-MARX 23. AN UNCLASSIFIABLE PAINTER : MARTIN ROCH 24. DECOR, BY LOUIS CHÉRONNET 25. NOTES : THE PLASTIC ARTS --- PRÉSENTATION ARTISTIQUE ET TECHNIQUE : EDGARD DEROUET SERVICE PHOTOGRAPHIQUE : RENÉ JACQUES. — COULEURS : M. BRIQUET ET ELSHOUD --- REVUE D'ART DÉCORATIF PARAissant TOUS LES DEUX MOIS. — ABONNEMENT : POUR LA FRANCE ET SES COLONIES (6 NUMÉROS) : 850 FRANCS. POUR TOUS PAYS ÉTRANGERS : PORT EN PLUS A MAGAZINE DEVOTED TO THE DECORATIVE ARTS PUBLISHED SIX TIMES A YEAR. - SUBSCRIPTION FOR FRANCE AND ITS COLONIES 6 N° : 850 FRANCS. FOR OTHER COUNTRIES THE COST OF POSTING MUST BE ADDED Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. Copyright février 1946 pour Art et Industrie

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PHOTO POTTIER fracas DE ROBERT PIGUET PARIS • FRANCE

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Le Sens de la Grandeur Qu'est-ce que le sens de la grandeur ? C'est la faculté de s'élever au-dessus des contingences physiques et matérielles. C'est pour la France encore jonchée de ruines, l'impérieux devoir de songer à son art et à sa mission civilisatrice. C'est le souci constant de faire de ce pays un modèle d'urbanisme à la fois logique et harmonieux. C'est le respect du Beau, considéré non point comme un article de luxe réservé à une minorité, mais comme un vaste problème d'hygiène sociale. Nous croyons savoir que dans certains domaines aucun effort ne sera négligé pour assurer bientôt l'équipement esthétique de la France intérieure et de ces foyers français à l'étranger que sont nos représentations diplomatiques, nos Ecoles ou bien nos Instituts. A la Direction des Lettres et des Arts on nous a affirmé que les œuvres des grands peintres et des grands statuaires contemporains ainsi que les meilleures productions de nos artisans d'art trouveront place prochainement dans le cadre de nos ministères et de nos ambassades. PRÈS la première guerre mondiale une politique de prestige artistique a été amorcée. Les légations de France en Yougoslavie, en Turquie et au Canada, ont été construites et décorées par des architectes et par des ornemanistes qui honorent notre pays. L'aménagement de l'Institut Français de Bucarest venait d'être confié à Arbus. Ces exceptions n'infirmraient pas une règle. De très nombreuses Maisons de France à l'étranger offraient et offrent encore le spectacle d'un abandon total. Notre ambassade de Berne était à cet égard un vivant exemple de mauvais goût. Ses salons aux tapis éliminés, aux meubles recouverts de soieries usées jusqu'à corde donnaient aux visiteurs une triste idée du pays dont ils foulaient le sol. Les salles d'attente de nos ministères, avec leurs collections de meubles et d'objets disparates n'évoquent que trop souvent les salles de ventes. Il est essentiel que leur aménagement soit modifié. Il est, non moins essentiel qu'il soit modernisé. La France ressuscitée doit regarder l'avenir. Le sens de la grandeur peut se manifester partout. Or, c'est en vain que nous l'avons cherché à l'exposition de la Reconstruction. On y a présenté un remarquable bilan des cités, des villages, des routes, des chemins de fer, des ports, des ponts et des viaducs détruits. On a fait le point des ressources de la France : ressources industrielles et ressources naturelles. On a étudié à l'aide de très nombreux exemples les matériaux nouveaux et leurs applications. On a révélé au public les secrets de la préfabrication. On a montré aux sinistrés ce que seraient leurs demeures. Le bloc-eau : lisez l'installation de la cuisine et de la salle de bains tient à l'exposition une place de premier plan. Nous en félicitons les organisateurs. IEN ne saurait être épargné pour permettre à la France d'utiliser les plus récentes conquêtes de la technique. Tout doit être mis en œuvre pour que la maison du Français le plus humble soit largement pourvue du confort, dont jouissent depuis de longues années les Américains, les Suisses ou les Suédois. Mais le confort matériel n'est pas tout. L'exposition de la Reconstruction ne comprend aucun projet de ville. Or, ces projets existent. Il aurait fallu les exposer. Reconstruire la France est le mot d'ordre de la plupart des partis politiques. Mais la mystique de reconstruction ne naîtra que le jour où le Français moyen se passionnera, non seulement pour la petite maison qui lui est destinée mais aussi et surtout pour les questions d'intérêt général : questions économiques et questions esthétiques. A cet égard, l'U.R.S.S. nous montre la voie. Les revues soviétiques dédiées à la reconstruction, sans jamais négliger l'aspect technique de l'habitat : hygiène, bien-être, etc., entretiennent leurs lecteurs du style architectural des villes russes de demain avec une abondance et un luxe de détails qui étonnera sans doute nos rationalistes et nos fonctionnalistes. On apprendra peut-être avec surprise que Leningrad, la « Venise du Nord », dont les nouveaux plans ont été établis pendant le siège de l'ancienne capitale en mars 1943, comprendra une architecture qui, sans devenir une imitation creuse et servile du passé, devra toutefois s'en inspirer. ROUVER un style assez héroïque et glorieux pour être digne de la défense héroïque et glorieuse de la ville, voilà le but poursuivi par le constructeur de Leningrad, Baranow. Nous voilà bien loin de l'utilitarisme érigé à la hauteur d'un dogme et de la maison, machine à habiter, formule que les Russes désavouent. Sébastopol, ville rendue célèbre par les deux sièges qu'elle eut à soutenir sera rebâtie dans un style méridional et classique. A Touapsé, terminus d'un pipe-line, les plans prévoient un quai du port à deux étages. Du boulevard qui sera tracé sur le toit du second étage la vue s'étendra sur la mer et la montagne Kadoch. Souci constant de créer un style monumental, désir de garder à chaque ville un profil personnel et un caractère éminemment ethnique, tels semblent être les principes généraux de la Reconstruction en U.R.S.S. Ces principes, avouons-le, attestent un sens réel de la grandeur. La France n'a aucune raison de les copier. Elle a sa propre doctrine urbaine et architecturale, sa propre ligne de conduite et ses propres traditions. Mais elle aussi, doit cultiver le sens de la grandeur. WALDEMAR GEORGE.

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LA PORTE ST-BERNARD, PAR FRANÇOIS BLONDEL, D'APRÈS UNE GRAVURE DE L'ÉPOQUE THE ST-BERNARD GATE, BY FRANÇOIS BLONDEL, AFTER A CONTEMPORARY ENGRAVING PIERRES PRÉCIEUSES DE PARIS Le grand massacre des églises médiévales plus ou moins désaffectées de la capitale eut lieu sous le Consulat. Alors parut le Génie du Christianisme ; ses appels en faveur du style gothique surent créer le courant de sympathie que Victor Hugo amplifia avec Notre-Dame de Paris. Depuis lors, on nous gave de pastiches, on rajeunit à tours de bras flèches et portails. Qui oserait porter la main sur un gâble ou sur un pinacle ? Les pierres précieuses de l'architecture civile privée ont eu les honneurs de tous nos guides du XVIIIe siècle, de Germain Brice à Jailliot. Elles n'ont pas obtenu plus de quelques pages dans le copieux et érudit Itinéraire archéologique de Guilhermy paru sous le Second Empire. Qui, en dehors des spécialistes, vante aujourd'hui les Du Cerceau, les Mansart et les Gabriel ? Les platoniques oraisons funèbres de la Commission du Vieux Paris, prononcées au fur et à mesure des disparitions de nos vieux logis, n'ont jamais ému la foule, ni même touché l'élite du public français. Les supplications d'un André Hallays, d'un Lenôtre ou d'un Pierre Champion, n'ont averti que quelques intellectuels impuissants à arrêter la machine administrative lente et insensible. Que pouvait-on tenter pour permettre à des milliers et des milliers de Parisiens de connaître les trésors si proches qu'ils ignorent et pour leur faire prendre conscience des dangers qui les guettent, pour qu'ils apprennent à les protéger et à en tirer profit en les mettant en valeur, pour qu'ils y prennent les meilleures leçons d'esthétique... sans se déranger, en leur consacrant un quart d'heure de métro à peine et le temps d'y porter leur regard ? Le Comité de Paris du Commissariat Général au Tourisme a choisi le beau cadre du Pavillon de Marsan pour présenter son premier inventaire des richesses d'art de la France, celui des demeures historiques de Paris. Jean-Charles Moreux, avec son goût éclairé, soutenu par sa parfaite connaissance de l'histoire des décors urbains, a réalisé la belle présentation des salles où un tissu rouge riche et chaud, relevé par des lignes blanches et vertes, servait de fond à trois cents admirables photographies de Marcel Bovis, René-Jacques, Goursat, d'Heilly ou Laure Albin-Guillot, agrandies au même format et présentées par quartiers résidentiels. Au sommet de l'escalier du Musée des Arts Décoratifs, le chef-d'œuvre de François Blondel, la Porte Saint-Bernard, née comme sa sœur, la Porte Saint-Denis, en 1670, mais sur le quai de la Tournelle, un peu en amont du pont, avait été reconstituée avec ses bas-reliefs de Tuby. Sous ses arches jumelles, on apercevait déjà les images des plus nobles façades du Marais. La vieille tour de Jean-sans-Peur, seul vestige de l'hôtel de Bourgogne, rue Étienne-Marcel, ouvrait la série où étaient juxtaposées les façades de l'hôtel d'Aumont et de l'hôtel de Sully, les portes de l'hôtel de Châlons-Luxembourg et de l'hôtel des Ambassadeurs de Hollande, les cours de l'hôtel Carnavalet et de l'hôtel de Beauvais. Le grand siècle, qui naît place des Vosges et meurt avec le magnifique hôtel de Rohan-Soubise dans ce quartier que l'on abandonnera ensuite pour ceux de l'ouest, a laissé des œuvres maîtresses entre la Bastille et le Temple. Hardouin-Mansart a construit pour lui l'hôtel Sagonne. Robert de Cotte élèvera le sien quai d'Orsay et, à la fin du XVIIIe siècle, Rousseau, le charmant auteur de notre grande Chancellerie de la Légion d'honneur, hôtel de Salm-Kyrburg, édifiera sa maison tout contre la barrière Pigalle, notre place du même nom, où elle subsiste, méconnue, au fond d'une cour. On comprend un peu la mauvaise humeur de l'officiel et vénééré Hardouin-Mansart, créateur du merveilleux dôme des Invalides, alliance des génies de la Sainte-Chapelle et de Saint-Pierre-de-Rome, devant la réussite double de Delamaire avec ses hôtels Soubise et Strasbourg, et la chronique nous rapporte que lorsqu'on parlait de ces maisons devant Louis XIV, le monarque souriait « par différence du sieur Mansart qui ne répondait rien sur l'ouvrage et parlait fort mal de l'architecte ». Le Faubourg Saint-Honoré était sous le signe de Gabriel dont le plan aquarellé de la place Louis XV, approuvé de la main du monarque, illuminait un panneau central. Détachons de bien des façades un peu trop refaites au milieu du XIXe siècle,

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L'HOTEL DU CHATELET, CONSTRUIT EN 1771 PAR CHERPITEL (ACTUELLEMENT MINISTÈRE DU TRAVAIL) L'HOTEL D'AVARAY, CONSTRUIT EN 1718 PAR LE ROUX (ACTUELLEMENT AMBASSADE DES PAYS-BAS) THE HOTEL DU CHATELET, BUILT IN 1771 BY CHERPITEL, NON THE MINISTRY OF LABOUR THE HOTEL D'AVARAY, BUILT IN 1718 BY LE ROUX, NON THE NETHERLANDS EMBASSY $\star$

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BOISERIES PROVENANT DE LA CHAMBRE DE LA MARÉCHALE DE LA MEILLERAIE (CABINET DE SULLY ?), PEINTURES DE SIMON VOUET, 1637 (BIBLIOTHÈQUE DE L’ARSENAL) WOODWORK FROM THE ROOM OF MARSHAL DE LA MEILLERAIE’S WIFE (AT ONE TIME SULLY’S STUDY ?) PAINTINGS BY SIMON VOUET, 1637 (ARSENAL LIBRARY) BIBLIOTHÈQUE DONT LES BOISERIES PROVIENNENT DE L AN- CIEN HOTEL DE LA BOURDONNAIS, RUE VIVIENNE, ÉPOQUE RÉGENCE (COLL. GRELLOU), TAPIS POINT DE SAVONNERIE DE LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE (COLL. JANSEN) LIBRARY WITH WOODWORK FROM THE FORMER HOUSE OF THE BOURDONNAIS FAMILY, RUE VIVIENNE. RE- GENCY PERIOD (COLL. GRELLOU), POINT DE SAVONNERIE CARPET OF 1ST HALF OF XVIIITH CENTURY (COLL. JANSEN)

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la silhouette intacte mais déjà délabrée de l'hôtel La Vau- palière derrière son jardin abandonné... et protégeons-le, ce dernier logis Louis XVI de l'avenue Matignon des spéculateurs sans scrupules. Le Faubourg Saint-Germain, le moins atteint de tous, est resté protégé par les Invalides et leur esplanade contre les avenues contemporaines et n'a perdu que fort peu de ses maisons de plaisance. On peut y étudier l'évolution de l'architecture élégante au XVIIIe siècle, comme on étudie au Marais celle du siècle précédent. Boffrand a dessiné la façade concave aux pilastres simples de l'hôtel Amelot de Gournay. Gabriel père et Aubert ont édifié celui de Peyrenc de Moras, perruquier enrichi qui passa au maréchal de Biron, amateur de jardins, puis à des bonnes sœurs qui le transmirent à Rodin dont les œuvres y sont conservées. Lassurance, Courtonne, Cherpitel, Legrand sont les pères de ces frontons et de ces entablements, de ces corniches et de ces balustrades. Toro a ciselé les portes de l'hôtel Clermont-Tonnerre en 1709 et Clodion les bas-reliefs de l'hôtel de Salm. La majorité de ces demeures reste difficilement accessible. Espérons que la Demeure Historique pourra nous faire ouvrir de temps en temps quelques portes constamment closes ! C'est avec tristesse que nous jetons nos regards sur les rives des boulevards en deuil de tant de nobles édifices... Où sont les hôtels Crozat, Louvois, Montmorency-Luxembourg, Choiseul, Gramont, d Argenson, Pinon, Richelieu ? Le pavillon de Hanovre s'est envolé l'un des derniers naguère pour laisser sa place au prétentieux et hideux Palais Berlitz. Williams a achevé de défigurer le svelte hôtel Deshayes, à l'angle de la rue Caumartin; l'hôtel Montholon n'a plus conservé de Soufflot-le-Romain que ses grandes colonnes d'ordre colossal. Les boutiques de son rez-de-chaussée battent un record de cacophonie. Il faut aller loin pour découvrir l'hôtel Gouthière... les charmants édifices de Ledoux ou de Bellanger qui décoraient la Chaussée d'Antin, paradis des impures, ont tous disparu. Après les décevantes images du pavillon de Julienne, hangar à bois et charbon, et de tant de belles demeures à demi abandonnées, voici sous la forme d'estampes la nécropole des maisons évanouies, les ombres de ces colonnades et de ces trophées de pierre qui s'appelaient Lesdiguières ou Aubriot, Bretonvilliers ou Guimard, Luynes ou Tamponneau, Samuel Bernard ou la Trémoille. Par quoi les a-t-on remplacées ? Des rues grises, des immeubles vétustes, rien qui méritât leur mort. Accompagnées de cartes extrêmement séduisantes du Paris révolutionnaire et du Paris de 1945 avec leurs hôtels survivants et la mention des victimes principales, la partie documentaire de l'exposition demeure toute prête à devenir nomade et à porter de capitale en capitale les aspects si variés des richesses architecturales de Paris. Quelques conférences aidant, c'est le rayonnement même de la Ville-Lumière qui se transportera avec elle à travers le monde. La seconde partie, consacrée aux plus beaux intérieurs de qualité, ne put être réalisée qu'avec le bienveillant concours de M. Danis, directeur général de l'architecture, et parfait restaurateur de l'hôtel de Rohan-Strasbourg, qui permit la présentation des boiseries garées pendant la guerre dans les caves du Panthéon, et des plus célèbres collectionneurs de Paris. Dite à tort cabinet de Sully, la chambre de la maréchale de la Meillerarie, née Cossé-Brissac, peinte à l'Arsenal, en 1637, par Simon Vouet, et un peu brutalement restaurée il y a cinquante ans, représentait le règne de Louis XIII. On y trouvait un décor moins élégant mais proche parent de celui de l'hôtel Lauzun, exécuté pour Gruyn des Bordes vingt ans plus tard. De belles portes dorées encadraient une cheminée de marbre portant une glace sommée d'oiseaux, très simple et suffisante synthèse du style Louis XIV. La Régence et le style Louis XV eurent la chance d'être représentés par les plus étonnants morceaux du monde. Ces médailles dorés des Fables d'Esope, entourés de guirlandes légères et soutenus de coquilles rares, furent dessinés par Boffrand lui-même pour le cabinet vert de l'hôtel Soubise, et la Singerie d'Huet où les singes sont à vrai dire en minorité entre les chinois, et les oiseaux rares leur faisait face avec la sérénité que donne la sécurité d'être de la même classe. La bibliothèque de l'hôtel La Bourdonnais, le salon de la Reine Hortense dont les panneaux étaient peints par Prudhon menaient au Directoire. Sous l'Empire, les ébénistes connaissaient encore les meilleurs principes et, si le mobilier étrange de la Duchesse de Berry, qui avait retrouvé les tentures de la chambre de Louis XVIII aux Tuileries, à feurs de lys d'or sur velours bleu Raymond, étonnait un peu nos regards, la qualité de son bois et la forme audacieuse de ses volumes séduisaient notre goût. Ce n'est qu'à partir du SALON " DIRECTOIRE " DIRECTOIRE PERIOD DRAWING-ROOM (COLL. GROGNOT ET JOINEL) Photos René Jacques " SECOND EMPIRE " SALON SECOND EMPIRE PERIOD DRAWING-ROOM (COLL. JACQUES DAMIOT)