Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART & INDUSTRIE LA COLLECTION CAMONDO JUILLET 1936 — XIIe ANNÉE 65, CHAMPS-ÉLYSÉES LE N° : 8 FRANCS

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SIGRID UNDSET PRIX NOBEL CHRISTINE LAVRANSDATTER LA COURONNE Le grand roman de Sigrid Undset. 15 fr. LOUIS BROMFIELD UN HÉROS MODERNE “Un livre admirable, complexe comme la vie, douloureux et optimiste à la fois.” Georges Poupét. 15 fr. STOCK --- LES ÉTOFFES DE STYLE ET SOIERIES UNIES MODERNES DE Tassinari & Chatel Fabricants à Lyon 82, r. des Petits-Champs (près la rue de la Paix) PARIS Téléphone : Opéra 31-74 (2 lignes) Adresse télégraphique : Tassinatel-Paris --- Société Générale pour favoriser le développement du commerce et de l’industrie en France SOCIÉTÉ ANONYME FONDÉE EN 1864 Capital : 625 Millions • 1450 agences et bureaux en France et à l’Étranger Correspondants dans le monde entier --- CHEMINS DE FER DE L’ÉTAT LE RÊVE à la portée de tous... EN TOUTES CLASSES A PRIX TRÈS RÉDUITS (Hiver, 3e classe: 20frs) COUCHETTES CONFORTABLES Renseignez-vous dans les gares ETAT

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BAGUES 107, RUE DE LA BOETIE, PARIS.8°

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JUILLET 1936 ART INDUSTRIE LE LOUIS XVI, MESURE DE LA FRANCE ———— 2 LA COLLECTION CAMONDO, PAR JEAN MESSELET ———— 3 LES PRINCIPALES PIÈCES DE LA COLLECTION, PAR A. ARBUS ———— 11 CÉZANNE, PAR WALDEMAR GEORGE ———— 24 SOCIÉTÉ ANONYME AU CAPITAL DE 2.000.000 DE FRANCS 65-67, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS (8°) — TÉL.: ÉLYSÉE 90-24 ET 90-25 COMITÉ D'HONNEUR : MM. Pierre BENOIT, de l'Académie Française ; Jacques-Émile BLANCHE ; Jean CASSOU; Henri CLOUZOT; Jean COCTEAU; Mme L. DELARUE-MARDRUS; MM. Jean GIRAUDOUX; C. GRONKOWSKI ; G. JANNEAU ; Charles LOUPOT ; Camille MAUCLAIR ; Auguste PERRET ; Léon RIOTOR ; Jean SARMENT ; Mme Marcelle TINAYRE ; Paul VALERY, de l'Académie Française. PARAISSANT LE 15 DU MOIS — 10 N°s PAR AN — LE N° : 8 FRANCS — ÉDITION DE LUXE : 20 FRANCS ABONNEMENT FRANCE ET COLONIES : 70 FRANCS — UNION POSTALE : 100 FRANCS AUTRES PAYS : 120 FRANCS — Édition de luxe. Abonnement : 200 francs. Étranger : port en plus. Tous droits de reproduction réservés pour tous pays. Copyright, Juillet 1936, par « Art et Industrie ». MAX FOURNY, DIRECTEUR

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LE LOUIS XVI MESURE DE LA FRANCE Au moment où « Art et Industrie » publie la collection Camondo qui a été léguée au musée des Arts Décoratifs et qui groupe un magnifique ensemble de pièces de mobilier, de bronzes, de tapisseries, de tapis et de porcelaines de l'époque Louis XVI, nous tenons à définir le caractère de cette publication. Si la collection Camondo ne devait servir qu'à éveiller et à entretenir le goût et le sens du passé, ce passé que nous revendiquons, dont nous nous réclamons et dont nous éprouvons tous les jours la présence, elle rendrait des services éminents aux jeunes générations. Mais son rôle ne doit pas être celui d'un conservatoire. La collection Camondo est une source d'inspiration vivante et un régulateur. Les meubles qui y figurent sont autre chose que des documents ou des témoignages qu'on regarde comme des objets de fouilles. Ces meubles restent actuels. Ils représentent des valeurs permanentes. Ils sont construits à la mesure de l'homme. Ils donnent la mesure de la France. Ils nous livrent son secret. Ils s'imposent par leur simplicité, par leurs contours minces, précis, élancés, par leur finesse et par leur élégance. Les fauteuils, les chaises, les guéridons, les tables, les consoles et les bonheurs-du-jour attestent de la part de ceux qui en sont les auteurs une extrême liberté. Mais cette liberté, cette charmante fantaisie, cette invention excluent toute anarchie, toute licence poétique, toute transgression des règles. Un style est une langue collective qui comporte une syntaxe, une grammaire, une orthographe et un vocabulaire. Ses lois sont respectées. L'ébéniste les connaît et veille à leur sauvegarde. Il évolue aisément dans leur cadre. Un style est plus qu'un répertoire de formes et un recueil d'ornements. L'ébéniste qui se plie à un rythme n'aliène pas son indépendance. Il exprime sa personnalité, mais demeure dans le rang. La dominante d'un style fortement constitué est l'unité dans la diversité. Puissent les jeunes qui visiteront demain la demeure de M. Moïse de Camondo ne point l'oublier. Puissent-ils faire un retour sur eux-mêmes. Puissent-ils se recueillir devant les grands classiques du meuble français. Novateurs et traditionalistes les consulteront toujours avec profit. Un meuble, un tout petit meuble, est le microcosme d'une civilisation. Il en porte la marque indélébile.Un meuble Louis XVI est la fidèle image d'une société individualiste, mais accordée d'une manière harmonieuse. Il anticipe sur l'avenir immédiat sans faire table rase du passé. Il annonce le Directoire et l'Empire. Il ne semble renoncer à aucune conquête de son époque. Il se rattache directement au Louis XV, auquel il emprunte ses proportions maîtresses, tout en substituant au règne de la courbe, cet emblème du Baroque, une structure et une composition rectangulaires et rectalinéaires. Si nous nous permettons d'appeler l'attention de nos contemporains sur un style mobilier et de le proposer à leurs méditations, c'est que ce style est un point de mire. Il symbolise le génie d'un pays qui est un invariant. La notion d'un État un et indivisible n'est pas seulement une notion politique. L'histoire de l'art français prouve que la France ne peut être divisée dans le temps, dans l'espace et dans l'échelle sociale. La France évolue dans un cycle fermé. La France reste semblable à elle-même. La France doit être défendue contre les idolâtres de l'idée de progrès et d'un monde en état de perpétuel devenir. Un historien français, un des maîtres de l'Université, nous disait récemment : « La France... qu'est-ce que la France? Je ne l'ai jamais vue. Je ne l'ai jamais rencontrée dans la rue. La France est une fiction. Mais le Français est une réalité tangible et perceptible. Le Français naît, croit, se développe, mûrit et meurt. Je ne connais que lui. Or il change à chaque génération. » De telles idées ont la réputation d'être conformes aux méthodes scientifiques que la Sorbonne se flatte d'avoir adoptées. Elles n'ont d'autre résultat que de détruire dans le cœur des Français la religion et l'amour de la France. Le « futurisme » peut être considéré comme un dérivé de cet état d'esprit. Le « futurisme » nie toute valeur éternelle, tout canon, tout idéal du beau. Il oppose le futur au passé. Il préconise un art essentiellement nouveau et différent de l'art d'autrefois. Dans son livre « Le Souverain captif », M. André Tardieu cite avec ironie cette apostrophe de Rabaut Saint-Étienne : « Pour rendre le peuple heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses moeurs, changer les hommes, changer les choses, changer les mots : tout détruire! Oui. Tout détruire, parce que tout est à recréer ! Tout se tient, tout s'enchaîne : l'art, la philosophie et la vie politique. » En défendant le style Louis XVI nous avons la conviction intime de défendre non seulement un art décoratif, mais aussi une éthique et un type de culture. La France existe. Le style Louis XVI est une des manifestations de son existence, de son identité, de sa réalité. Le style Louis XVI est un facteur de la défense française. Waldemar GEORGE.

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LA COLLECTION CAMONDO Pour la seconde fois, nos collections publiques parisiennes doivent un magnifique accroissement à un membre de la famille Camondo. Tous les amateurs connaissent les salles qui, au musée du Louvre, renferment les tableaux du XIXe siècle et les objets d'art ancien donnés en 1911 par le comte Isaac de Camondo. Aujourd'hui, c'est son cousin, le comte Moïse de Camondo, qui lègue à l'Union Centrale des Arts Décoratifs son hôtel de la rue Monceau, construit pour lui, peu avant la guerre, dans le style du Petit-Trianon, avec les collections d'art de la deuxième moitié du XVIIIe siècle qu'il a pu y réunir, servi par une patience inlassable dans la recherche de l'objet convoité et un goût particulièrement délicat. Une clause du testament indique que ce nouveau musée doit porter le nom de Nissim de Camondo, son fils tué en 1918 au-dessus des lignes ennemies. D'autre part, chaque salle ayant été construite pour servir de cadre à son mobilier, chaque objet ayant été acheté pour occuper une place déterminée avec grand soin, aucun déplacement ne doit être fait et le visiteur a sous les yeux la reconstitution, telle que l'a voulu un amateur averti, d'ensembles

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GALERIE DU PREMIER ÉTAGE. FAUTEUILS DE PIERRE GILLIER, SCULPTURE DE PIGALLE (1768), DESSUS DE PORTE EN TAPISSERIE DES GOBELINS (1775 ENVIRON). TAPIS DE LA SAVONNERIE. GRAND BUREAU. MEUBLES DE CLAUDE-CHARLES SAUNIER, NICOLAS-QUINIBERT FOLIOT, MARTIN CARLIN, TAPISSERIES, TAPIS ET FEUILLES D'ÉCRAN D'AUBUSSON.

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mobiliers comme devaient en posséder, sous la fin du règne de Louis XV et sous celui de Louis XVI, les plus somptueux hôtels. Membre du Conseil d'administration, puis vice-président de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, il avait toujours encouragé les efforts faits par la Conservation du musée des Arts Décoratifs, — musée dont les collections appartiennent à l'État, mais dont l'administration relève de cette société, — pour reconstituer les décors d'autrefois par la juxtaposition, dans une même salle, d'objets d'une même à leurs dimensions. Celles du grand salon proviennent du 11 de la rue Royale, à Paris; celles de la chambre à coucher sont l'œuvre de cette école de décorateurs du bois, qui, au XVIIIe siècle, prospérait à Bordeaux ; dans le grand bureau, de très belles portes en chêne accompagnent une boiserie de même origine. Aux murs, quelques tableaux sont accrochés ou encastrés; ils ne jouent, en général, qu'un rôle décoratif, comme les panneaux et dessus de portes de J.-B. Huet, datés de 1776, qui représentent des « Bergeries » et qui égaient de leur frais GRAND SALON BOISERIE DE 1775 ENVIRON. MEUBLES DE GEORGES JACOB, JEAN-HENRI RIESENER, PIERRE-PHILIPPE THOMIRE, TAPIS DE LA SAVONNERIE (1680 ENVIRON). LUSTRE EN BRONZE CISELÉ ET DORÉ (1780 ENVIRON). époque, et, par son legs qui trans- forme sa collection en une annexe du musée des Arts Décoratifs, il a manifesté l'estime qu'il faisait des résultats obtenus. Dans cette courte notice, nous ne pourrons qu'indiquer les principales pièces d'un ensemble qui en comprend près de mille, toutes de valeur et d'intérêt certains. Le comte de Camondo prit soin tout d'abord de constituer un cadre aussi authentique que possible; d'anciennes boiseries, panneaux, dessus de portes, encadrements de glaces et de tapisseries, corniches, etc., provenant d'anciens hôtels, furent soigneusement remontés dans des salles construites coloris un salon en rotonde, comme les dessus de portes en grisaille de Sauvage, comme les deux tableaux de Hubert Robert, datés de 1784, qui représen- tentent un « Jet d'eau » et un « Pavillon rustique dans un parc ». Dans le fumoir, une série de huit esquisses de J.-B. Oudry forme un charmant décor ; ces esquisses furent peintes entre 1733 et 1746 et sont les premières pensées des grandes compositions, conservées aujourd'hui à Fontainebleau, qui servirent de modèles pour la suite célèbre des tapisseries des « Chasses royales », tissées aux Gobelins entre 1736 et 1753 ; elles nous permettent de sur-