Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART ET DÉCORATION JUILLET 1927 --- GEORGES BASTARD, PAR RENÉ CHAVANCE. LES SALONS, PAR PIERRE DU COLOMBIER. HORS-TEXTE : ÉCAILLE, IVOIRE ET JADE, PAR G. BASTARD. CHRONIQUE : CONCOURS, EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES. --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS --- CE NUMERO : France : 8 fr. 50

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 31e année. — N° 307 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. --- PRIX POUR 1927 I. France, le Numéro : 8 fr. 50 L’Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Afrique du Sud (Union de l’), Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Chili, Congo-Bolivo, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Estonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guatémala, Haïti, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lithuanie Luxembourg, Maroc (zone espagnole), Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Salvador, Serbie-Croatie-Slovaquie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, Turquie, U. R. S. S., Uruguay, Vénézuëla, Yougoslavie. Le Numéro ………………………………………… 10. • L’Abonnement (12 numéros). …………………… 100. • III. Autres Pays : Le Numéro ………………………………………… 11.50 L’Abonnement (12 numéros). …………………… 115. • EMBOITAGES (chaque emboitage contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs) Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou reliées --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l’Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R. C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- CHEMIN DE FER DE PARIS À ORLÉANS Château de Chenonceaux --- Les Châteaux des bords de la Loire La région de la vallée de la Loire qui commence à Orléans est surtout connue pour ses magnifiques Châteaux. Ceux de Blois, Chambord, Cheverny, Chaumont, Amboise, Chenonceaux, Valençay, Loches, Ussé, Luynes, Langeais, Villandry, Azay-le-Rideau, Chinon, Saumur, Angers, sont les plus célèbres. En été, Services automobiles au départ de Blois et de Tours. Pour tous renseignements, consulter le Livret-Guido officiel de la Compagnie d’Orléans. --- CHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE --- RELATIONS DE PARIS-P.-L.-M. AVEC LES VILLES D’EAUX ET LES CENTRES DE SÉJOUR DE L’AUVERGNE ET DU FOREZ A partir du 15 mai 1927, les relations de Paris-P.-L.-M. avec l’Auvergne et le Forez seront assurées comme suit : Un express de jour 1re, 2e, 3e classes et wagon-restaurant qui part de Paris à 7 h. 30. Un nouveau train de luxe de jour « Londres-Vichy-Pullman », composé exclusivement de wagons-salons type Pullman : Du 16 mai au 30 septembre au départ de Paris; Du 17 mai au 1er octobre au départ de Vichy. Deux rapides de jour : l’un, « Vichy-Rapide », 1re 2e classes et wagon-restaurant : Paris dép. 11 h; l’autre toutes classes et wagon-restaurant : Paris dép. 13 h. 55. Un express de nuit avec places de luxe, 1re 2e et 3e classes qui part de Paris à 22 h. 40. Correspondance à Clermont-Ferrand (du 15 mai au 30 septembre) et à Issoire (du 1er juin au 25 septembre) avec les autocars P.-L.-M. pour Saint-Nectaire, le lac Chambon et le Mont Dore. Un express de nuit avec places de luxe, 1re 2e et 3e classes, entre Paris et Saint-Etienne : Paris dép. 22 h. 10. Un express de nuit avec couchettes, 1re, 2e et 3e classes entre Paris et le Midi par la ligne des Cévennes. Paris dép. 20 h. 30.

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Boite, ivoire, jade et argent et boites écaille GEORGES BASTARD Voici près de trois siècles qu'une colonie d'éventaillistes parisiens émigra en Beauvaisis. Andeville et les villages voisins, Méru, Noailles, le Déluge, Sainte-Geneviève les virent bientôt croître et prospérer. En peu d'années, les ateliers se multiplièrent, des ateliers quasi familiaux. Quelques artisans travaillaient autour de l'auteur des modèles, le patron, qui n'était qu'un des leurs, plus habile et devant la maîtrise duquel ils s'inclinaient. Chacun d'eux était spécialisé. Singulièrement indépendants, ils accomplissaient leur tâche à domicile, dans leurs rustiques mais coquettes maisons entourées de beaux jardins. L'élé-gance de leur métier les inclinait naturellement vers les arts et les passe-temps de l'esprit. Nacre et argent Et puis, vers le Second Empire, le machinisme commence son œuvre. D'importantes industries s'installèrent et les jeunes gens abandonnèrent la patiente besogne traditionnelle pour s'engager dans les usines. Vers 1880, il y avait encore à Andeville une soixantaine de petits patrons. Au bout de quelques années, on n'en comptait plus guère que quatre ou cinq. La belle main-d'œuvre se perdait peu à peu. Toutefois, par un juste retour des choses, l'électrification intensifiée qui amène la force motrice à domicile, tend, depuis la guerre, à ressusciter les mœurs d'autrefois. Les petits patrons réapparurent. Leur nombre croît de jour en jour. Et certains regagnent leur chez-eux où ils travaillent sur des tours

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ART ET DECORATION GEORGES BASTARD dans la petite patrie picarde, il conserva du moins intacte, au cours de ces heures moroses, la tradition du beau métier. Par de tels exemples, Georges Bastard sentit son chemin tout tracé. Il avait d'ailleurs la vocation. Le jour où son père lui conseilla de choisir une carrière, il n'hésita pas: A son tour il travaillerait les délicates matières. Mais il se trouvait au tournant dangereux où les procédés anciens périclitaient. Il comprit la nécessité de «faire autre chose». C'était au reste le temps où sur tout l'art décoratif soufflait un vent de rénovation. A Andeville on n'en percevait qu'une brise lointaine et très affaiblie. Georges Bastard désira venir à Paris. GEORGES BASTARD électriques. C'est dans ce milieu, c'est à Andeville qu'est né Georges Bastard. Comme presque tous les enfants du pays, il appartient à une famille d'éventaillistes et de tabletiers. Un de ses arrière-grands-pères était fabricant de dominos. On peut voir encore de lui des pièces d'un goût très sûr, en ivoire plaqué d'écaillle avec les points et les filets en nacre. Son grand-père, Bastard-Lanoy, était un maître dans le métier. On le cite pour ses remarquables travaux, avec quelques artistes picards, Jorel, Alphonse Baude, Darain fils, Jules Vaillant qui se firent apprécier dans les expositions. Il a composé plus de 5.000 dessins. Il excellait dans la gravure sur nacre, dite imitation de dentelle noire et se distinguait déjà de ses pairs par ses sculptures en plein. Une première monture représentant Diane au bain, traitée par lui dans cette large manière, lui valut un exceptionnel succès à l'exposition de 1867. Quant au fils de ce dernier, qui vit la décadence de son art

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GEORGES BASTARD GEORGES BASTARD Il se fit recevoir à l'École des Arts décoratifs. Pendant quatre ans il y dessina, s'initiant aux secrets de la composition et puis il s'en revint à Andeville. Après avoir approuvé les dessins qu'il lui montra : — « Il ne te reste plus, lui dit son père, qu'à endosser la blouse et à t'asseoir à l'établi pour apprendre ton métier ». L'honneur de ces maîtres-artisans est en effet de connaître à fond les matières qu'ils emploient et d'être à même de parachever les moindres détails des pièces qu'on exécute sous leurs ordres. Georges Bastard ne pouvait faillir à ce principe essentiel. Il n'est pas vain d'ouvrir ici une parenthèse pour dire un mot de ces matières et de cette technique. C'est à la nacre que nous devons la première place comme à la plus fine et la plus luxueuse substance utilisée par les éventaillistes de l'Oise. Elle est habituellement tirée des huitres perlières. Toutefois les praticiens énumèrent une riche variété de nacres : la nacre blanche argentée, aux tons immaculés, produite par des coquilles de dimension parfois surprenante que l'on trouve dans l'Inde, à Ceylan et à Madagascar ; la nacre bâtarde blanche, tirant sur le jaune GEORGES BASTARD

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ART ET DECORATION GEORGES BASTARD et le vert, avec des reflets pourpres, qui vient de la Mer Rouge; la nacre bâtarde noire, d'un blanc bleuâtre où chatoient des rouges, des bleus et des verts, que l'on pêche à Sidney, enfin l'oreille de mer ou haléotide, fort répandue, et le burgau ou la burgaudine des Antilles, abondamment irisée. Elles nous arrivent à l'état brut et sont vendues au poids. Très dure, la nacre se taille à l'aide de petites scies, de limes fines et se polit à l'acide sulfurique. Elle est d'abord confiée au débiteur, l'épaisseur des différentes parties de la coquille commandant leur destination, puis elle passe entre les mains de l'émouleur, du redresseur, du découpeur, du façonneur qui donne la forme à l'objet. Le modèle du maître ouvrier est alors exécuté par le reperceur. En dernier lieu intervient le graveur ou le sculpteur avec ses délicats burins. Les boutons, autrefois confectionnés sur un tour au pied, dégrossis par le découpeur étaient amenuisés à l'outil, puis gravés à l'aide de petites meules qui permettaient d'y tracer de multiples dessins. On les polissait au moyen d'un mélange calcaire, dans un sac actionné par deux ouvriers, le chasse-boutons. Il va sans dire que les métiers mécaniques, tout en augmentant prodigieusement la rapidité du travail, en ont multiplié les étapes. Encore que l'écaillle, réservée aux artisans parisiens, n'ait guère été pratiquée en Picardie, elle doit figurer logiquement dans cette énumération, pour l'admirable parti qu'en a su tirer Georges Bastard. On en compte aussi plusieurs sortes. La plus estimée, noire, marquée, de taches jaune pâle, avec des transparences d'un rouge vineux est ravie aux tortues des mers de Chine et des côtes de Manille. L'écaillle

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GEORGES BASTARD jaspée a des plaques à fond brun, nuancé de rouge. Les Seychelles fournissent une écaille de couleur vineuse, nuancée de jaune clair. Et il y a aussi l'écaille d'Égypte qui vient de Bombay par Alexandrie, la caovane de la Méditerranée et de l'Océan, et l'écaille d'Amérique. Chaque carapace porte treize grandes plaques et vingt-six plus petites que l'on détache à l'aide de la chaleur. C'est la dépouille. Minutieusement choisies suivant leur teinte et la forme de leurs jaspures, ces plaques superposées sont amollies dans l'eau bouillante, jusqu'à constituer une sorte de pâte flexible et ductile qui se soude et se moule. Les pièces moulées sont ensuite retravaillées à l'outil. On les taille, on les reperce, on les grave, on les sculpte. La corne subit à peu près le même traitement que l'écaille. Elle aussi s'amollit par la chaleur et se moule. Lanterne, ébène de Macassar et nacre GEORGES BASTARD Quant à l'ivoire, dont les artisans de Dieppe eurent longtemps le monopole, mais qui ne fut pas inconnu à Andeville, il se débite et se tourne. Le travail du bois est trop courant pour que nous ayons à nous y arrêter. Notons seulement pour terminer que Bastard emploie beaucoup d'autres matières, telles que le jade ou le corail qui touchent à la joaillerie. Aucune d'elles n'a de secrets pour lui. Les belles pièces qu'il nous montre, il est capable de les exécuter tout entières et c'est à l'établi paternel qu'il a scrupuleusement appris, lui, Coupe, ivoire GEORGES BASTARD

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ART ET DECORATION Eventails, nacre GEORGES BASTARD.

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GEORGES BASTARD Eventails, nacre GEORGES BASTARD

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ART ET DECORATION GEORGES BASTARD artiste déjà plein d'idées et de rêves impa- tients de s'exprimer, à se plier aux dures nécessités du métier. Cependant Paris l'attirait de nouveau. D'Andeville même il avait envoyé quelques pièces au Salon des Artistes français et tout de suite le succès lui était venu. On l'avait signalé dans des journaux; le jury lui avait décerné une mention. Surtout des artistes, de sincères artistes comme Rivaud,l'orfèvre, l'avaient remarqué et le lui avaient fait savoir. Il n'avait que vingt et un ans. Renon- cer à la sécurité familiale pour se lancer dans l'aventure, c'était risqué. Il attendit. Deux ans après il se mariait. Deux ans passèrent encore. Et puis il n'y tint plus. Il quitta sa Picardie natale pour s'installer à Paris. Les débuts n'allèrent point sans difficultés, mais de sérieux tenants de l'art décoratif, des ainés même, déjà notoires, accueillirent le nouveau venu. On peina de concert et la GEORGES BASTARD

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GEORGES BASTARD victoire ne fut point trop longue à venir. Les influences de 1900 n'avaient pas cessé de se faire sentir. On en était alors aux motifs directement inspirés de la nature. Georges Bastard ne résista pas à l'ambiance. Ses premiers éventails, ses premières boîtes, ses premières montures de brosses s'ornent de fleurs, de feuillages et d'insectes. Mais déjà on y perçoit un souci de sobriété, un sens de l'équilibre fort rares en ce temps-là. L'éventail aux épis de blés, en corne et en nacre, qu'il exposa en 1911 et qui est au Luxembourg, si fin, si fouillé, si harmonieusement ordonné à la fois, est un probant exemple de cette recherche mesurée. Par une sorte d'atavisme qui le reliait à Bastard-Lanoy, le grand-père, il aimait en outre à travailler la matière en pleine masse, tendance exceptionnelle à cette époque et qui lui valut les sympathies de quelques robustes artistes. D'ailleurs, peu à peu, une évolution s'affirmait dans tous les beaux métiers. On se las-sait du décor floral que le commerce avait vulgarisé, on éprouvait un besoin de simplification. Georges Bastard voyait ces directions s'affirmer chez ses amis, comme Léon Jallot, le bon ébéniste. Personne mieux que lui n'y était prédisposé. Auprès des siens même il trouvait des encouragements. — On n'égale jamais la nature, lui disait son père. Et il l'incitait à regarder les beaux ouvrages des maîtres du passé, aux lignes noblement accordées. Ainsi par la tradition il était amené aux conceptions modernes. Dès lors son art s'épure de plus en plus. Si le motif tiré de la flore et de la faune ne disparaît pas entièrement d'abord de ses œuvres, il y prend une forme synthétique. Et peu à peu, depuis la guerre surtout, lui succèdent de simples combinaisons de lignes géométriques. Aujourd'hui Georges Bastard en est venu à des réalisations presque tout à fait dépouillées d'ornement. Ses gobelets d'ivoire, ses coupes d'écaillle aux surfaces presque nues, n'ont pour Épingles, or, corail et jade GEORGES BASTARD Bracelet, ivoire et clous d'argent Bracelet, ivoire et clous d'argent