Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART ET DÉCORATION AOUT 1927 ALBERT ANDRÉ, PAR ADOLPHE DERVAUX. — CHEZ UN CINÉASTE, PAR RENÉ CHAVANCE. — DENTELLES ET BRODERIES BLANCHES, PAR LUC BENOIST. HORS-TEXTE : PAYSAGE, PAR ALBERT ANDRÉ. CHRONIQUE : INFORMATIONS, CONCOURS, LIVRES. --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS CE NUMERO : France : 8 fr. 50

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 31e année. — N° 308 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. --- PRIX POUR 1927 I. France, le Numéro : 8 fr. 50 L’Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Afrique du Sud (Union de l’), Albanie, Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Chili, Congo Belge, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Estonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guatemala, Haiti, Hongrie, Lettonie, Liberia, Lithuanie Luxembourg, Maroc (zone espagnole), Paraguay, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Salvador, Serbie-Crostie-Slovaquie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, Turquie, U. R. S. S. Uruguay, Vénézuëla, Yougoslavie. Le Numéro .................................................. 10. • L’Abonnement (12 numéros) ............................. 100. • III. Autres Pays: Le Numéro .................................................. 11.50 L’Abonnement (12 numéros) ............................. 115. • EMBOITAGES (chaque emboitage contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs) Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou reliées --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l’Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R. C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- CHEMINS DE FER DE PARIS À ORLÉANS ET AU MIDI ALGER --- LES MEILLEURES RELATIONS entre la FRANCE et l’ALGÉRIE sont assurées par PORT-VENDRES Trains et Payebots rapides pour ALGER et ORAN Le trajet le plus rapide de Paris à Port-Vendres par Limoges-Toulouse-Narbonne. Wagons-Lits et Voitures directes toutes classes au départ de Paris-Quai d’Orsay. La traversée la plus courte dans les eaux les plus abritées. Service hebdomadaire pour Alger et Oran. Billets directs et Enregistrement direct des Bagages Pour tous renseignements, consulter le L’Aret-Guide officiel de la Compagnie d’Orléans --- CHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE --- Le Tour du Mont-Blanc Pour admirer la belle région du Mont-Blanc il faut la parcourir dans les autocars P.-L.-M. Les voitures partent de Chamonix tous les jours jusqu’au 15 septembre. L’excursion s’effectue en deux étapes : la première étape comporte, au delà de Combloux, la traversée des Gorges de l’Arly et du Col du Petit Saint-Bernard. Déjeuner à Brides-les-Bains, en Tarentaise. Diner et coucher à Cour-mayeur. Le lendemain, les cars s’acheminent à travers la vallée d’Aoste, vers le Col du Grand Saint-Bernard, où a lieu le déjeuner dans un site merveilleux. Par Martigny et les lacets de la Forclaz, on atteint, dans l’après-midi, le Gouffre de la Tête Noire, puis Vollorcine, Argentière et enfin Chamonix.

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ALBERT ANDRÉ Si modeste soit-il, le peintre Albert André sait parfaitement ce qu'il vaut. S'il n'expose que lorsqu'on l'en prie, s'il se refuse à « taper » le critique d'art d'un article, c'est par indépendance et dignité. Charmant et spirituel compagnon, mondain même, à l'occasion, et avec une parfaite élégance, il tient, le plus souvent à rester dans son coin : son coin de travailleur persévérant, d'observateur pénétrant et avisé. Il sait, en effet, juger les hommes et les œuvres et ne se fait pas faute de les qualifier, brièvement parfois, mais avec beaucoup de profondeur, de justesse et d'esprit. Albert André peint souvent de mémoire et, ce faisant, il reste peintre de plein-air, portraitiste de la pensée du modèle, inti- miste définissant le goût du maître du lieu, peintre de fleurs auxquelles il confère presque le parfum. S'il n'éprouve pas le besoin de distinguer les genres, c'est peut-être que, pour lui, tout est paysage. Paysagiste, il peint les arbres, les maisons, la mer, le ciel; mais pour lui, la rue avec ses passants, la salle à manger remplie de meubles, de fleurs et de visiteurs, restent toujours des paysages. La forme humaine n'y compte pas plus que la nature morte, la fleur, l'animal ou l'architecture. Et, certes, le paysage n'est pas cet art que les officiels du siècle passé avaient déclaré inférieur! Il contient tout. Chez Albert André, l'émotion naît de la

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ART ET DECORATION ALBERT ANDRÉ contemplation de la forme qu'il comprend et simplifie avec tant d'intelligence; de la vue de la couleur qui l'enchante et qu'il sait harmoniser avec tant de bonne foi; de l'observation des valeurs qu'il respecte religieusement. Et cet observateur, qui simplifie ce qu'il regarde, pour la plus complète réalisation d'un art attendri, cet ennemi du trop vu et de la superfétation possède des yeux auxquels n'échappe aucun détail. Parfaitement conscient de sa disposition naturelle à trop voir, c'est en transposant qu'il arrive à la paisible et sage expression qui charme. On sent qu'il est riche de ce qu'il a retenu, qu'il peut choisir entre nombre de formes et de couleurs enregistrées dans sa mémoire suivant l'heure, l'éclairage, la disposition du moment. De ces richesses il a dégagé l'essentiel en de vivantes synthèses. Certes, ce Lyonnais, héritier des grands décorateurs de brocards et de damas, ne semblait pas être dirigé, par sa première éducation parisienne, vers la liberté de la

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ALBERT ANDRÉ Fenêtre au bord de la mer (1918) ALBERT ANDRÉ saine vision. N’était-il par inscrit à l’atelier de Bouguereau? Mais le peintre Lebasque n’est-il pas sorti de chez Bonnat et le sculpteur Despiau de chez Barrias? Les trois cas sont assez curieux pour être rapportés. Chez Bouguereau-Julian, André se trouvait en hérétique compagnie : Bonnard, Roussel, Vuillard, Séruzier, Valloton, Hermann Paul, Valtat, Adler et même le Michelin des pneus. C’étaient étudiants d’âges variés, de goûts indisciplinés à des titres divers. Aucun de ceux-là ne doit recevoir, du Maître trônant au ciel chromolithographié, par l’entremise d’un chérub joufflu et rosé,

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ART ET DECORATION la moindre bénédiction ou le plus petit encouragement. Dans son ouvrage récent : Albert André, son spirituel compatriote Marius Mermillon conte, sans qu'il soit possible de mieux faire, maintes anecdotes. Il coupe un peu les effets de ceux qui écrivent après lui, mais le texte et les images de son livre aident à ressaisir certains traits qui pourraient rester confus en la mémoire. Le peintre descend le Rhône et flâne sur ses rives et dans ses bouches. Les dessins qu'il y glane nous renseignent sur ce que fut ce voyage renouvelé entre Lyon et Martigues et Marseille, délicieux pour l'auteur comme pour l'amateur qui en admire le témoignage. Quelle légèreté de touches, quelle finesse de sentiment, quelle saine simplification ! Et tout est à sa place dans l'atmosphère d'hiver ou d'été de ce noble terroir esquissé. Pour ce Paysage, (admirons ce fac-similé : la maison de style sur la route qui ondule, l'ombre légère, la tache adoucie du grand pin, le gris enveloppé de l'olivier et du figuier empoussières) toute la sensibilité victorieuse du coloriste a été mise à l'épreuve. En quelques coups de crayon gras ou de plume, il a campé la nature pro- Dessin ALBERT ANDRÉ Paysage provençal ALBERT ANDRÉ

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ALBERT ANDRÉ Paysage provençal ALBERT ANDRÉ Les Catalans. Marseille (1917) ALBERT ANDRÉ

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ART ET DECORATION ALBERT ANDRÉ lais de tel grand cari- caturiste parisien, — lui aussi simplifica- teur, parce que sachant observer — Gassier et son chien Whisky. Le soleil décore de moires la mer, éclaire la table desservie et les héros nonchalants de la fin d'un repas. Le bain des Cata- lans, aperçu à la même époque, mon- tre un autre décor phocéen, animé et chaud, où le décou- page de belles filles et de solides gars met sa note puis- vençale, la flore et la fabrique de la région, son âme profonde et sa douce ambiance. Le coloris n'y est pas, la couleur s'y révèle par les valeurs, admirablement comprises. Et même, ne sent-on pas qu'il fait chaud, sur ce croqueton qui vaut un tableau? Il faut remonter au Poussin et à son atelier romain pour trouver... on n'ose dire mieux; disons : pour ren- contrer une telle évocation puis- sante dans autant de simplicité. Le dessin de Femme Nue n'est-il pas un paysage aussi, saisi comme tel? La ligne tracée et reprise jus- qu'à résoudre le problème de la forme, s'enveloppe dans l'ensemble, se lie au fond d'où elle surgit. Les peintures supportent la repro- duction car elles aussi, sont d'en- semble, harmonisées, en valeur équilibrée. Ce Déjeuner au bord de la mer, datant de sept ou huit ans, exécuté à l'Anse de la Fausse-Monnaie d'En- doume, rappelle le visage marseil- ALBERT ANDRÉ

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ALBERT ANDRÉ ALBERT ANDRÉ sante, réaliste, ensoleillée ou dans l'ombre, dessinée et peinte avec bonheur. Les Baigneuses, plus anciennes de dix ans, se présentent virgiliennes, d'un idéal hautain, étendant ou apaisant leur geste sous le cadre d'une arche qu'inspira le pont du Gard. Le moelleux des courbes féminines s'accorde voluptueusement avec la ligne arrondie des ramures que gonfle et colore le plein été. Une arabesque — la faveur de ce terme appliqué à la peinture est de l'époque du tableau, — entoure et porte le sujet multiple et disséminé. La fenêtre de l'atelier conseille souvent Albert André. Les savons aux publicités bariolées sur les maisons de mauve sali, les jeunes cimes tendres et propres des platanes, la touche géranium de l'église de Baudot, les excroissances monstrueuses, bleutées, du Sacré-Cœur, les carapaces des autobus soutenues de vert solide, les véhicules orangés, jaunes ou noirs et les passants multicolores plaisent à ce spectateur de la Butte; Montmartre intéresse même ceux qui n'en comprennent pas la bamboche dorée ou crapuleuse. Les intérieurs de bars, concerts-spectacles, restaurants millionnaires, «dancings» sont traités de souvenir. Ces toiles présentent l'accent de vérité qui n'est pas toujours nécessaire pour conduire à la beauté mais qu'ici, il sert amoureusement. L'impossibilité matérielle de peindre l'intérieur d'une voiture publique en service et ses voyageurs, portraiturés au naturel, confirme, devant le Tramway l'indication

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ART ET DECORATION Montmartre (1921) ALBERT ANDRÉ Le Vieux Château (1907) ALBERT ANDRÉ

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ALBERT ANDRÉ Villeneuve-lès-Avignon. Le Fort Saint-André (1924) ALBERT ANDRÉ donnée ci-dessus que la mémoire d'André est infaillible et sûre. La copie d'un certain Gréco entrevu au musée du Prado, copie exécutée à l'atelier de la place Pigalle, est une autre preuve d'habileté servie par une prodigieuse mémoire. On n'éprouve d'ailleurs jamais, devant le tableau enlevé de chic, l'impression que cette habileté a donné un caractère factice à l'œuvre. Elle lui assure au contraire la liberté la plus agréable. Devant les portraits, frappants de ressemblance, d'un Claude Monet dans son jardin, se doute-t-on que le second Claude n'a jamais quitté Vetheuil pendant la réalisation de l'image à l'atelier de Paris? Autre révélation de la faculté de retenir les impressions visuelles. La facture des portraits émerveille. Le Renoir peignant, malgré sa couleur si personnelle, a la fougue d'un Daumier; quant au Renoir de face, il exprime le sentiment individuel, la malice, la vie même de ce maître. Les scènes d'intérieurs, comme celle qui se passe Chez Renoir après déjeuner, où se retrouve, avec la silhouette affinée du grand peintre, le profil perdu d'un amateur bien connu ne répondent-elles pas à cette idée, indiquée plus haut, d'un paysage enfermé? Au cours de cette rapide étude, les exemples n'ont été classés ni par sujets ni par dates. L'art d'Albert André, cependant, naît, progresse, entre le Salon des Indé-