Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART ET DÉCORATION JUILLET 1925 L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS LE MOBILIER : SECTION FRANÇAISE PAR GASTON VARENNE HORS-TEXTE EN COULEURS ; BROCART PAR RAOUL DUFY DÉTAIL D'UNE SALLE A MANGER, PAR P.-P. MONTAGNAC CHRONIQUE : INFORMATIONS, CONCOURS, VENTES, LIVRES, ETC. ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2 RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS CE NUMERO EXCEPTIONNEL France : 10 fr. Étr. 12 fr.

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 29e année. — N° 283 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. Le Numéro --- France . . . 7 francs --- L'Abonnement --- France . . . 70 francs --- Étranger . . . 8 francs --- (12 numéros) --- Étranger . . . 85 francs --- L'année parue (de 1920 à 1923 inclus), brochée : 72 fr. Reliée, en 2 volumes : 96 fr. (Étranger, port en sus) L'année 1924, brochée : 84 francs. Reliée, en 2 volumes : 108 francs (Étranger, port en sus) Emboîtages (chaque emboîtement contient un semestre), 8 fr. (Port en sus : France, 2 fr. Étranger, 3 fr.) --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R.C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- EDGAR BRANDT 101 BOULEVARD MURAT, PARIS TEL. AUTEUIL 07-95 12-40 FERRONNERIES LUSTRERIE OBJETS D'ART EXPOSITION PERMANENTE REGISTRE DU COMMERCE DE LA JEINE N° 116370

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PIERRE CHAREAU L'EXPOSITION DES ARTS DECORATIFS LE MOBILIER FRANÇAIS L'Exposition n'a pas eu et ne pouvait avoir d'autres visées que de nous donner une « Somme », de mettre sous nos yeux la variété de la production française et mondiale dans les années d'après guerre. En attendre des solutions nouvelles, espérer que s'en dégage un style que nous n'ayons pu encore soupçonner, ne saurait venir à l'esprit de quiconque suit le travail qui s'opère chaque jour dans le domaine des arts appliqués. Aussi bien une visite aux divers pavillons confirme ce point de vue. Devant l'importance des recherches qui se manifestent ici, devant un ensemble aussi riche et présenté mieux que ne pouvait le faire aucun Salon, il vaut la peine cependant de dégager les caractéristiques essentielles de notre activité artistique, d'en noter l'orientation et d'essayer de deviner, d'après l'art d'aujourd'hui, ce que pourra être l'art de demain. La liaison entre l'architecture et le mobilier est le problème le plus important de l'heure actuelle. Quel qu'ait pu être le souci des architectes et des meubliers de coordonner parfaitement leurs efforts, on ne

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ART ET DECORATION saurait tirer la moindre conclusion de l'examen des pavillons de l'Exposition construits hâtivement en vue d'une manifestation temporaire, obligés de se soumettre à des conditions particulières de hauteur et d'emplacement. Il nous a manqué en outre de voir, soit un véritable hôtel pour ambassade, soit une maison d'habitation édifiée à une échelle normale ou encore, ainsi qu'aux Expositions précédentes, un palais fait pour durer. Le camouflage du Grand Palais, si réussi soit-il, ne saurait entrer en ligne de compte, pas plus que la belle salle des fêtes de Süe et Jaulmes. Enfin, et cela est plus grave, le rôle des architectes n'a pu être, à de rares exceptions près, que d'élever des constructions destinées à mettre en valeur des meubles ou des ensembles préalablement réalisés ou conçus. Quand les meubliers ont été leurs propres architectes, ce défaut n'a fait que s'accentuer davantage. Quoi d'étonnant si la hiérarchie des arts se trouvant ainsi inversée, l'architecture paraît suivre plutôt que précéder le mouvement de création moderne? Entre l'architecture et le mobilier on devine d'autre part des tendances assez divergentes. L'architecture a encore fréquemment le goût des complications que l'on bannit ailleurs; elle ne renonce pas franchement à tout ornement. Beaucoup de pavillons dressés sur l'emplacement de l'Exposition accusent des saillies ou des retraits, des pénétrations de plans qui ne correspondent pas à des nécessités organiques, qui demeurent du décor, lors même qu'elles affectent une certaine rigidité géométrique ou cubiste. On voudrait plus de simplicité et surtout plus de sincérité. Mais ces observations me conduisent hors de mon sujet. On peut affirmer aujourd'hui qu'un meuble prête d'autant moins à la critique que le parti pris constructif s'y affirme plus nettement, qu'on n'a pas prétendu l'enjoliver. Est-ce à dire que l'idéal d'un beau mobilier soit d'être une combinaison de cubes géométriques, que des volumes carrés ou rectangulaires suffisent à créer des harmonies parfaites? Nullement. Mais lorsque la matière est belle par elle-même, lorsque les formes sont équilibrées, logiques, harmonieuses, lorsque leurs cubes sont d'accord avec le volume des pièces auxquelles elles sont destinées, le constructeur a réalisé la partie essentielle du programme qui s'impose à lui. Le reste est secondaire et parfois superflu. En matière de mobilier, comme dans toute production artistique, le difficile est d'atteindre à la simplicité, de parler un langage volontairement sobre qui ne supprime pas l'éloquence. La plupart de nos meubliers, ceux du moins qui donnent le ton aux autres, ceux qui vont le plus audacieusement de l'avant, y ont parfaitement réussi. On distingue en effet, dans la production moderne, plusieurs groupements bien différents. Derrière une pléiade d'artistes toujours désireux de plus de perfection, les seuls qui aient vraiment su innover en dehors des routines, dont toutes les créations demeurent personnelles, témoignent de recherches opiniâtres et d'une conscience artistique intransigeante, il y a des suiveurs toujours prêts à utiliser, souvent assez maladroitement, les idées des autres, à les exploiter sans effort, à s'engager, non sans profit, dans les voies qu'ils n'ont pas eu la peine de tracer. Leurs meubles sont sans intérêt. Ils agacent comme toute réplique d'une belle chose corrigée, amendée et dépouillée de ce qui faisait sa véritable originalité. Parmi les suiveurs les plus dangereux se rangent certaines firmes commerciales déjà prêtes à fabriquer en série le meuble à succès. C'est là un aspect redoutable du problème que pose le renouvellement des styles. Nous sommes loin de penser qu'un mobilier construit en série soit nécessairement une chose condamnable et dépourvue d'accent. De plus il est souhaitable que les idées que sèment à profusion les artistes créateurs se répandent le plus possible, que toute la production de notre époque en subisse l'influence heureuse et par elles s'améliore. Mais il est affligeant de constater, et cette Exposition en fournit mille preuves, combien certaines copies, certains démarrages sont susceptibles d'avilir un beau modèle, au point de ne plus en laisser subsister qu'une carica-

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L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS ANDRÉ GROULT. ture. La machine n'est pas ici en cause. Seules les maisons qui renoncent à faire travailler de prétendus décorateurs ou dessinateurs, pour s'attacher un véritable artiste capable de créer sans attendre d'autrui ses inspirations, sans subir l'influence directe de personne, peuvent échapper à ce défaut. Enfin il y a des producteurs de mobiliers modernes qui n'ont pas encore compris ce que l'on attendait de leur initiative, qui en sont restés à la surcharge décorative et à la plus mauvaise tradition de 1900, celle où l'ornement était tout, où la ligne bizarre offrait plus de séduction que la ligne logique. Ils cherchent le modernisme dans l'excentricité. Leur nombre

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ART ET DECORATION diminue heureusement chaque année; il apparaît négligeable à cette Exposition. Le plus grand effort de création a été fourni par le groupe qui a réalisé l'ambassade de France, par le groupe Ruhlmann qui expose en un pavillon spécial, par la Compagnie des Arts français(Pavillon Süe et Mare), par la Société de l'art appliqué aux métiers et aussi par certains grands magasins, je ne dis pas tous, car leur apport est de valeur très inégale. Passons-les d'abord en revue; nous verrons ensuite les ensembles mobiliers de la classe VII et les meubles isolés à la classe VIII. Le projet d'une ambassade de France est le résultat d'un travail collectif tel que l'art moderne éparpillé jusqu'ici en recherches individuelles et souvent divergentes, n'avait guère eu encore l'occasion d'en fournir. Plus de trente artistes ont collaboré au grand Salon de réception, architectes, meubliers, sculpteurs, peintres, orfèvres, ferronniers, décorateurs en tissus, etc. Le mobilier est l'œuvre de Léon Bouchet, Leleu, Jallot, André Marc, Louis Süe, Montagnac et Nathan. Des peintres comme Dupas, Jaulmes, Jeanès, de Waroquier, y ont confronté leurs œuvres avec celles des sculpteurs Bouchard et Despiau, des ferronniers tels que Brandt. Hairon et Le Bourgeois se sont chargés de la sculpture décorative; Benedictus, Menu, Raoul Dufy, ont fourni les dessins des tapis et des tentures; deux architectes enfin, Rapin et Pierre Selmersheim, ont dirigé cet orchestre d'exécutants, et si le concert n'est pas aussi harmonieux qu'on le souhaiterait, il faut du moins louer l'effort de tous vers une somptuosité sans faux éclat. Si l'on passe d'une pièce à la voisine, on a une impression de variété excluant tout heurt. Le petit salon de Maurice Dufrène et des artistes de la Maîtrise, séduit par son élégance raffinée. Le fumoir de Jean Dunand, tout laqué noir avec plafond en argent, invite agréablement au repos et à l'oubli des réalités. Du vestibule décoré de l'ours blanc de Pompon et d'un meuble sculpté de Hairon,on passe au bureau-bibliothèque de Boileau et Carrière, avec meubles de Ruhlmann, pièce vaste, sévère et faite pour les méditations d'un diplomate. Seule la salle à manger rouge et or, de Rapin, ornée de bas-reliefs de Blondat et de vitraux de Gruber, étonne et détonne dans cet ensemble. Elle fait songer à un cabinet particulier de restaurant élégant plutôt qu'à une pièce de réception pour ambassade. En face, voici l'appartement privé où l'imagination de chacun avait le droit de se donner cours plus librement encore. Dans la salle de musique de Sézille, les tentures de Benedictus et les peintures décoratives de Jeanès s'accordent parfaitement avec les murs gris; tout est calme et recueillement. Le hall de Mallet-Stevens dont un malentendu regrettable avait fait supprimer les deux panneaux, aujourd'hui remis en place, de Delaunay et F. Léger qui y introduisent deux notes de couleur discrètes, conduit au salon de Domin et Genevrière, sobrement élégant avec ses fauteuils dorés et ses légères boiseries encadrant les tentures de Mme Lantier, et à la salle à manger aux murs clairs, de Georges Chevalier, meublée par René Joubert et Ph. Petit. Du fumoir original de Francis Jourdain peint en un beau ton jaune citron et meublé sans autre prétention que le confortable, on accède au bureau-bibliothèque de Pierre Chareau, œuvre d'une ingéniosité rare, d'une fantaisie pleine à la fois d'imprévu et de logique, d'une audace tempérée par un sens très vif des nécessités pratiques. Cette pièce a valu sans doute à la sculpture cubiste de Lipchitz une indulgence refusée d'abord aux décorations de Léger et Delaunay. Ne le regrettons pas. Puis viennent les chambres à coucher. Celle des enfants de Mme Renaudot, grise et rose, celle de Monsieur, composée par Chevallier et Jallot, mobilier très sobre, contrastant avec la chambre de Madame, d'André Groult, en galuchat, palissandre, ébène et corne rose, décorée de tableaux de Marie Laurencin,ensemble spirituel qu'il ne convient pas d'examiner d'un œil trop critique. Cette pièce séduit ou déplait franchement; elle ne saurait laisser personne indifférent. Une chambre de jeune fille très simple de René Gabriel, une salle de bain de Bagge, un vestibule de René

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L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS A. DOMIN et GENEVRIÈRE (DOMINIQUE) Piano exécuté par GAVEAU Tissu de Mme LANTIER Prou et une antichambre de Follot, décorée de tympons sculptés par Raymond Delamare, sans oublier la salle de culture physique installée au-dessus du fumoir, complètent cet ensemble. Puisse-t-il trouver place dans une véritable ambassade française à l'étranger et y accroître sûrement le prestige de la France, mission dévolue aux artistes au moins autant qu'aux ambassadeurs. À côté de cet effort considérable, celui de Ruhlmann et de son groupe n'apparaît pas moins significatif. Dans son pavillon du collectionneur, un collectionneur d'une espèce rare, qui ne s'entourerait que de ce que l'art moderne offre de plus choisi, Pierre Patout et Ruhlmann sont les maîtres de l'œuvre et autour d'eux les exécutants comptent parmi les plus beaux artistes de notre temps. On imagine ce que peut être un pavillon où les meubles sont signés de Ruhlmann, Jallot, Rapin, Francis Jourdain, les ferronneries de Brandt, les tapis de Gaudissart, de Reboussin et de Voguet, les laques de Dunand, les sculptures de Bourdelle, J. Bernard, Dejean, Despiau, Pompon, Poisson et Jeanniot, les fresques de Marret, les peintures de Rigal et Dupas. Le grand salon composé par Ruhlmann est d'un raffinement tel dans la sobriété, qu'il a réussi à dépouiller tout vain ornement, qualités que l'on retrouve dans la salle à manger, le cabinet de travail, le boudoir ou la chambre à coucher. Formes et couleurs combinent leurs harmonies. Elles créent des rythmes si parfaits qu'il semble

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ART ET DECORATION impossible d'imaginer, même dans un détail, une modification quelconque à ces ensembles. Voyez la donnée du grand salon, ou hall de musique, dans lequel un mobilier de tons sombres, mêlé de quelques meubles plus clairs, posé sur un tapis où le bleu domine, s'enlève sur un fond de tenture violet au-dessus duquel, souligné d'un simple bandeau doré, s'érite la grande coupole peinte par Rigal. Le caractère colossal et le style artificiel des figures étonne d'abord. Mais tout cela est voulu. Les proportions ont été calculées de manière à faire paraître moins haute cette coupole et à l'incorporer dans la pièce. Essayez de même d'analyser un meuble de Ruhlmann. Tout y a un caractère de nécessité, d'évidence et presque d'absolu. On croirait que de telles réalisations sont le produit d'un jeu aisé et facile, alors qu'elles sont, au contraire, le résultat d'un lent travail de mise au point, d'élimination de ce qui est superflu. Dans le pavillon de Süe et Mare, où tout témoigne d'une riche invention décorative, où l'accord de la coupole vert et or et de la tenture brune est d'une heureuse hardiesse, les plus belles choses n'ont peut être pas ce caractère de rigoureuse nécessité. Une fantaisie moins disciplinée, plus exubérante, y règne en maîtresse. De plus combien d'imiateurs sans vergogne se risquent déjà à démarquer le style brillant de Süe et Mare ! Il est moins aisé de copier un style dont la logique interne fait la force et l'originalité. Le programme que s'était donné la Société de l'art appliqué aux métiers était fort séduisant. Il s'agissait de réaliser les différentes pièces d'une habitation moderne et d'aménager, non plus pour un ambassadeur, mais pour des gens assez fortunés, sans souci de représentation, un vestibule, un hall, un grand salon, une salle à manger, un cabinet de travail et un fumoir, la chambre de Monsieur, celle de Madame flanquée d'un boudoir et même d'un oratoire, la chambre des enfants, une salle de bains et une cuisine. Malheureusement la réussite n'est pas aussi complète qu'on l'aurait souhaitée et peut-être ce demi-échec est-il dû à la qualité de certains collaborateurs. L'ensemble donne l'impression d'une production banalisée, commercialisée, à laquelle il manque des accents personnels et où l'on a commis en outre quelques erreurs de goût dans les harmonies de couleurs. Le grand salon est prétentieux. Le tissu des meubles, le tapis et la peinture des murs du boudoir sont accordés dans une gamme peu seyante de grenat, bleu et violet. Dans la chambre de Madame les meubles surchargés de marqueteries, sont de formes insuffisamment étudiées et sans distinction. La présentation de la chambre de Monsieur est très supérieure à la qualité du mobilier qu'elle écrase. Seul le cabinet de travail de Bagge, sans viser au luxe et sans recherches vaines d'originalité, a du style et de la tenue. La cuisine composée par J. Bonnier est parfaite. Parmi les ateliers constitués par les grands magasins, Pomone que dirige M. Paul Follot, se distingue par une volonté de plaire à une clientèle bourgeoise et il a le mérite d'y parvenir. Tout y est sage et imprégné de souvenirs les plus traditionnels. Meubles en palissandre, tapis de Savonnerie, porcelaines de Limoges, pianos de chez Pleyel! Au salon doré d'une richesse un peu confuse, je préfère la salle à manger cossue, sans intimité sous son plafond argenté, mais d'une belle et grave harmonie. Le cabinet de travail orné de bas-reliefs dorés de do Canto, doit à ses boiseries un caractère de reposante unité. La chambre d'homme en acajou est rehaussée de marqueteries amusantes, à la mode cubiste mais peut-être inutiles. L'atelier Primavera a exécuté un beau cabinet de travail de Guillemard renfermant des meubles pratiques et des fauteuils confortables. Une salle à manger à décoration pompéienne, due également à Guillemard, se maintient dans une note gaie assez rare dans les ensembles modernes. La chambre à coucher et le boudoir de Sognot accusent un parti pris constructif très affirmé. Le hall a été agréablement ordonné par Levard. La Maîtrise des Galeries Lafayette nous montre une originale salle à manger de Dufrène où le fer forgé joue un rôle très important. Il est utilisé non seulement dans la

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L'EXPOSITION DES ARTS DECORATIFS JALLOT --- Secrétaire ouvert et fermé — édité par Maurice Noël —

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ART ET DECORATION grande verrière du plafond et devant les baies vitrées des portes ou des armoires disposées dans les murs, il soutient encore un plateau de table en verre où un jet d'eau jaillit en une suite de cascades, il dresse une desserte contre un mur. L'harmonie grise et bleue de la pièce est d'une note délicate. Celle de la chambre de dame, argent et ivoire, est plus précieuse encore et il faut y louer la recherche logiquement poursuivie de belles courbes et de profils arrondis. Il y a plus de réserves à faire sur le petit salon-boudoir de Gabriel Englinger et de Mme Guiguichon dont les roses sont bien agressifs. Le studio-bibliothèque tout revêtu de boiseries, y compris même le plafond, donne trop l'impression d'une cabine de paquebot et manque d'air. L'effet est monotone. Les créations de Kohlmann, de Matet et de Djo Bourgeois pour le Studium-Louvre sont toujours intéressantes. Le bureau de Djo Bourgeois imprégné d'influences cubistes est d'une belle tenue. La salle à manger de Matet, murs de marbre à motifs sculptés en creux par Villeumier, belles portes de Brandt, vitrail de Gruber, meubles et pieds de table sculptés, éparpille un peu ses effets. L'exagération de la courbe des pieds des fauteuils que Kohlmann a composés pour sa chambre de dame et qui les met en dehors de la verticale abaissée du sommet du dossier, ne paraît pas heureuse. On risque de se heurter à leur saillie. La pièce, ornée de boiseries en sycomore et palissandre vernis, a, du reste, une belle unité. Au milieu de ces recherches représentant une volonté très affirmée d'imaginer du nouveau, on est surpris par la note différente qu'apportent ici André Fréchet, Lahalle et Levard avec leur boudoir en citronnier, aux meubles relevés de bronzes, non sans excès. Préférons leur salon où le ton du mobilier en amarante souligné de motifs sculptés par Malclès et argentés, est d'une jolie trouvaille. Très belle salle de bains de Binquet, Laprade et Daum. Dans le pavillon de la manufacture de Sèvres, le cabinet d'un amateur de céramiques et le Salon de lumières composés par Rapin, œuvres d'un goût tempéré, sont dans la meilleure tradition française. La salle à manger de Lalique vaut surtout par son plafond lumineux et ses verreries. Je ne pense pas que la décoration murale à parements de marbre intaillés, puisse jamais inviter personne à refaire l'expérience curieuse qui a tenté la fantaisie d'un artiste préoccupé uniquement d'un effet d'éclairage. Lorsqu'après la visite à ces différents pavillons où le talent s'est dépensé sans compter, qui ont tous leur intérêt et dont beaucoup renferment de pures merveilles, on pénètre dans la série des stands qui abritent les ensembles mobiliers, on éprouve d'abord quelque déception. Ce n'est pas ici qu'il faut chercher les raffinements les plus imprévus, qu'il faut s'attendre à trouver les idées les plus neuves. On ne saurait nier que certains ensembles paraissent regrettables, que les erreurs sont nombreuses, que les fautes de goût ne se comptent pas. Pourtant la production moyenne de nos meubliers est fort honorable et, au total, les qualités l'emportent sur les défauts. Il est impossible de citer chaque exposant et faire un choix paraît une entreprise bien dangereuse par tout ce qu'elle comporte d'injustice vis-à-vis de ceux dont les noms sont omis. Risquons cependant l'aventure. Le studio décoré par Mme Renaudot témoigne d'un talent très féminin, sur lequel certaines influences ont pu s'exercer, qui a su s'en libérer à force d'ingéniosité dans le détail et de souplesse dans l'exécution. Le salon-bibliothèque de Tony Selmersheim est curieux par l'emploi de bois exotiques, bois de Java et bois de rose, associés à l'ébène macassar. L'harmonie d'ensemble n'est pas pleinement satisfaisante. La chambre de l'Anjou a une saveur provinciale, une sincérité et une franchise très plaisantes. On aurait rencontré ici avec plaisir d'autres initiatives de cette sorte où se serait affirmé l'esprit de nos diverses régions. Les pièces exécutées par le groupe de Touraine, hall, petit salon, cabinet de travail et chambre d'enfant, sont fort agréables, mais elles n'ont malheureusement aucun caractère provincial pas plus que les meubles de Mercier et Chaleysin ou ceux de Surnay, qui sont parmi les meilleurs de ceux que

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HALL D'ATTENTE D'UN MINISTÈRE DES BEAUX-ARTS Architecture et meubles de MICHEL ROUX-SPITZ. F. BARBEDIENNE, Editeur. Photo Trosley.