Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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Art et décoration JUILLET 1923 LES SALONS DE 1923 : PEINTURE-SCULPTURE LES TAPISSERIES DE M. ET Mme P. DELTOMBE

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art et décoration et "L'ART DÉCORATIF" REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en chef : Léon Deshairs Vingt-Septième Année — Numéro : 259 --- JUILLET 1923 --- LES SALONS DE 1923 : La Peinture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Robert Rey. La Sculpture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Paul Vitry. PAUL DELTOMBE et les TAPISSERIES de Mme DELTOMBE. A.-Marius Martin. PLANCHE HORS TEXTE PROJET DE DÉCORATION INTÉRIEURE (aquarelle) . . . . . . FRANCIS JOURDAIN Chronique : NOTES ET INFORMATIONS. — VILLES ET MONUMENTS. — LES EXPOSITIONS. LES VENTES, par Tristan Leclère. — LIVRES ET REVUES. --- PRIX DE LA LIVRAISON France : 6 fr. — Étranger : 7 fr. PRIX DE L'ABONNEMENT France : 60 fr. — Étranger : 70 fr. PRIX DE L'ANNÉE PARUE Brochée : 72 francs — Reliée en 2 vol. : 92 francs (pour l'Étranger, port en sus) Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la Revue. LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE — PARIS 1er COMpte DE CHèQUES POSTAUX. N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87

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J. INGUIMBERTY LES SALONS DE 1923 LA PEINTURE La naissance d'un nouveau salon dit « Salon des Tuileries » a constitué l'événement artistique de l'année. D'après les apparences, il serait né de querelles qui divisèrent le Comité de la Société Nationale. Mais, en réalité, ce salon devait arriver. Devant le nombre des salons, le caractère pléthorique présenté par chacun d'eux, leur échelonnement tout au long de l'année, il était impossible au public de se faire une idée moyenne, globale et à peu près raisonnable de l'art actuel; tandis que les tendances qui le composent se présentent dans un raccourci acceptable au Salon des Tuileries. En effet, les artistes du Comité des Tuileries pourraient se grouper en deux camps rendus amis par un commun combat. L'un compte des hommes qui furent des « Jeunes » aux environs de 1895; l'autre, des peintres dont la « jeunesse » est présente. Il s'agit donc bien d'une sélection dont les éléments furent pris dans tous les partis de la république des arts, dont on démêle plus aisément là qu'ailleurs les mérites et les faiblesses. Ce dont notre époque est pauvre, c'est de savoir. Qu'on me pardonne le prudhommisme de cette assertion et qu'on veuille bien croire que je ne confonds pas la calligraphie avec le style et la déclamation avec la poésie. Nos peintres, nés dans une ère si gorgée de science, connaissent mal, ou peu, leur métier. Je pense que, savoir son métier, c'est détenir une maîtrise matérielle suffisante pour exprimer tout ce qu'on peut concevoir dans l'ordre plastique. La précocité comme l'extrême facilité d'acquisition sont évidemment parmi les signes du génie. Cette vérité devient de nos jours trop connue. Notre génération est ivre de grands exemples. Dès les premiers essais d'un aspirant peintre, les éléments séduisants ou fâcheux, qui vont constituer sa personnalité, se manifestent : ce

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Art et Décoration Portrait de Famille (Salon des Artistes français) PAUL-ALBERT LAURENS sont les signes de son tempérament. Ils deviennent tout de suite primordiaux, pour les critiques, pour le public. C’est eux qu’on étudie, qu’on siffle ou qu’on acclame. C’est eux que l’artiste va cultiver et dont il voudra sauvegarder la fraîcheur. Il se condamne, à l’égard de soi-même, à la plus indulgente des prudences. Très vite il est trop tard. Et d’ailleurs, dans l’état de l’enseignement des Beaux-Arts depuis cinquante ans, où donc aurait-il trouvé des initiateurs techniques? L’aspect applaudi de ses premiers essais s’interpose entre le monde extérieur et lui-même. Dès lors, il peut multiplier les séances de croquis, les études, le labeur d’atelier; en vain. Comme cet autre, il s’est constitué sa petite sensation, mais il en est prisonnier; et souvent elle n’est faite, en somme, que des gaucheries de ses débuts. C’est toujours, et bien qu’il soit à la mode d’aujourd’hui de le nier, le triomphe du tempérament. L’exaspération intellectuelle a causé la faveur où l’on tient cette naïveté à laquelle tant d’artistes s’efforcent avec tant de malice. Chez les uns, elle favorise, en les dissimulant les défaillances matérielles. Chez les autres, elle excuse le relâchement d’une exécution qu’on n’eût poussée davantage qu’en lui sacrifiant, au début, un peu de ce tempérament si prisé. Il est évident que, dans les périodes où l’art fut puissant, il n’allait point sans une simplicité, de nos jours bien abolie, du moins de la part du public. Elle se manifestait par de l’exigence. Du temps de Poussin (du temps de David, et bien plus encore du temps de Watteau), on n’eût pas même conçu la possibilité d’un douanier Rousseau; ou bien alors,

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Les Salons de 1923 JEAN-PIERRE LAURENS il ne fut pas entré dans la douane et fut peut-être devenu Poussin lui-même. Ces considérations relatives à l'ensemble de la production picturale actuelle nous éloignent moins qu'il semble du Salon des Tuileries; car, quoi qu'elles vaillent, c'est lui qui les suscite; elles prouvent son opportunité. Ce qui donc y va dominer ce sont, d'une part, des artistes appliqués à se refaire une naïveté (comme, par exemple, l'excellent graveur et peintre Frélaut) et, d'autre part, des compositeurs attentifs à ne point entraver leur propre tempérament, quitte à nous imposer un certain travail pour bien entendre leur lyrisme à travers une volée de vers faux et une avalanche d'hiaus; de ces seconds le plus typique est peut-être Dufresne. Entre les deux se trouvent des hommes comme André Favory, doués abondamment. Ceux là, quand ils se manifestèrent, ont exposé cinq ans au moins avant d'être prêts à le faire. Ils sont tenus à ne compter désormais que sur les beaux hasards de leur inspiration, sur la chance de leur main, chance qui s'avère d'ailleurs constante et magnifique. Comme partout, aux Tuileries, le paysage domine. Il tient dans les arts, n'est-ce pas, un rôle comparable à celui de la version dans les études classiques. On y peut briller assez

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Art et Décoration L. DÉSIRÉ-LUCAS commodément. Ceux de M. Ménard sont d'un classicisme savant, un peu trop immuable, sous leur calme roux, rehaussé de figures nues qui leur font comme un titre. Toute en clarté, donnant vue sur un vaste horizon familier où passent comme dans un panorama mouvant, des routes, des collines ensoleillées, un hameau juché sur un socle, telle est la longue toile de M. Jules Flandrin. Vers 1900 on aima les gris, les beiges, les demi-teintes; M. Prinet triompha. La science émue qu'il déploie n'apparaît qu'aux attentifs. Il montre un petit site breton, un isthme, avec un peu d'herbe salée. Là tout est juste, calme et triste comme la nature même qu'il a vue. Un classicisme de technique, merveilleusement utilisé, d'une observation guidée par la plus cristalline — peut-être la plus impitoyable — des intelligences, tel est ce qui apparaît dans les petits paysages de Klingsor. Sa Venelle villageoise, peinte sans tendresse, mais avec une activité de compréhension et d'analyse troublante à force de certitude, est une des meilleures toiles, sinon la plus touchante, de ce salon. Dufresnoy cultive sa mélancolie délicate et tranquille dans le jardin, agencé comme une architecture, de sa Villa italienne. Un bon paysage, réalisé selon des techniques éprouvées depuis longtemps, d'ailleurs savamment aéré, est signé Rameau : La colline de Sancerre. Clairin, avec sa Vue de la Colle sur Loup et Fournier apportent des notations plus personnelles. Il est maintenant toute une catégorie de paysagistes dont la vision plastique est celle en somme à laquelle nous ont habitués plusieurs générations, mais qui se sont créé des expressions particulières : Charlot, Déziré,

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Les Salons de 1923 5. PAUL-ELIE DUBOIS Seevagen éliminent l’atmosphère de ses fluidités. Ils semblent avoir peint sur un dessous au fusain et leurs toiles aux volumes arrondis ont toutes un aspect charbonneux très voulu. Girieux réalise au contraire ses paysages provençaux, en « beurrant » ses pâtes sur la toile, de sorte que ses rudesses prennent, si l’on s’approche, un curieux aspect laqué. Berthold Mahn procède par larges attouchements où les stries du pinceau indiquent, en quelque sorte, la direction de la lumière, l’axe du volume représenté. Comme lui, Mlle Marie-Thérèse Lanoa voit large. Elle aime les parcs et leur soleil et leurs reposoirs d’ombre fraîche. Ses jeunes filles en blanc et ses jeunes hommes en « tennis » savent ne point banaliser les frondaisons qui les abritent. Enfin voici des naïfs et on sait comment ce mot doit s’entendre : Voici Chabaud qui peint des paysages provençaux faits de lividités crayeuses, d’ombres implausibles, mais où l’on retrouve l’impression de calciné qu’offrent, à midi, sous un ciel noir à force d’être bleu, dans l’innombrable et anesthésique grincement des cigales, certains mas, entre Saint-Saturnin et Salon. Voici Kisling, entre les mains de qui les enfantillages du Douanier deviennent une orfèvrerie savante; Per Krogh, metteur en scène de rêves où se mêlent des fiords, des touristes scandinaves et des coques de steamers; Mondzain, dont la fraîcheur est plus sincère et dont le xénisme doit se charmer véritablement des rouges vifs, des verts aigus, qui forment ses très lisibles paysages; Utter, dont les toiles font penser à certains vers excellemment sensibles de Coppée; puis, le plus inexplicable de tous, Utrillo qui, même dans ses plus hasardeuses peintures, semble en contact direct avec le dieu des vieilles masures et des rues pauvres.