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G. PÉRAT ARCHITECTE Art et décoration SEPTEMBRE 1923 LE BATIK JAVANAIS : TECHNIQUE, STYLE. LE PALAIS D'ÉTÉ DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE. — CHRONIQUE : INFORMATIONS.
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G. PÉRAT ARCHITECTE Art et décoration SEPTEMBRE 1923 LE BATIK JAVANAIS : TECHNIQUE, STYLE. LE PALAIS D'ÉTÉ DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE. — CHRONIQUE : INFORMATIONS.
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Javanaises batikant LE BATIK JAVANAIS LA TECHNIQUE Lorsque je publiai, en 1905, dans cette même revue des notes, assez succinctes, sur le Batik, cette technique était presque totalement inconnue en France. C'est en 1902, à l'Exposition de Turin, qu'il m'avait été donné de voir, pour la première fois, un certain nombre de batiks hollandais; et ce moyen de décorer les étoffes m'avait assez intéressé pour m'inciter à faire, en 1904, un séjour au laboratoire colonial de Haarlem, afin de l'étudier à fond. Certes, je n'eus qu'à me louer grandement de mon séjour; mais à Haarlem, le but poursuivi par le laboratoire n'était pas de répandre la technique du batik tel qu'il se pratique à Java. En en prenant le principe dans leur colonie, les Hollandais s'efforçaient, avec juste raison, d'en rendre la pratique aussi simple que possible en Europe; d'en faciliter le travail, de varier les tons pouvant être employés lors de la teinture, en les sélectionnant au double point de vue de la fixité et de la solidité. Ce n'est pas sur cette technique européenne du batik que je veux écrire aujourd'hui. Elle est trop répandue à l'heure actuelle pour que cela soit nécessaire; encore que bien des choses seraient à dire sur ce sujet, aussi bien au point de vue pratique qu'au point de vue esthétique. Une remarque est à faire, pourtant, sur les résultats diamétralement opposés que cherchent à obtenir les batikeuses javanaises et européennes. A Java, comme nous l'expliquerons tout à l'heure, la technique est toute de soins méticuleux et de minutie. La
Art et Décoration à ce dessin de sa sécheresse, ne lui donnent de l'enveloppe, de la chaleur, si l'on en use avec discrétion. Mais c'est cette dernière qualité qui fait le plus souvent défaut; et l'on abuse de la craquelure au point de la rendre haïssable. Car, il faut le dire, il est infiniment plus facile d'obtenir toutes les craquelures que l'on désire, et souvent plus encore, que de bien composer, et d'exécuter correctement un batik. Trop souvent la craquelure n'est là que pour masquer l'indigence de la recherche et la maladresse de l'exécution. Mais revenons à notre sujet, c'est-à-dire à la technique du batik telle qu'elle se pratique à Java. En Insulinde, l'étoffe batikée n'est pas, comme chez nous, affaire de mode et d'exception. Les quelque trente millions d'indigènes qui la peuplent en sont, en leur grande majorité, vêtus. Les kaïns, les sarongs, dont hommes et femmes s'entourent les reins, les slendangs, cette écharpe indispensable à la Javanaise pour porter enfants ou fardeaux, les ikets, dont Sundanais et Javanais font leurs turbans savamment drapés, les dodots que l'on porte à la cour du Soesoehoenan (Sultan de la province de Soerakarta) ou pour les noces, sont tous de calicot batiké. Du Sultan au plus humble de ses sujets, tous sont vêtus de cette même cotonnade, grossière chez le pauvre, soyeuse et merveilleusement fine chez le prince ou le riche courtisan. Dans le centre de Java, dans les sultanats de Djokjakarta et de Soerakarta, là où se sont conservées plus intactes qu'ailleurs les traditions purement javanaises, partout on fait journallement du batik. C'est le travail de maison de la Javanaise, qui n'a pas de toilettes à coudre ni à composer. Dans les kampongs (villages Javanais), chez les riches javanais ou les princes, chez le Soesoehoenan lui-même, partout cette odeur familière de cire chaude vous accompagne et vous poursuit; et la princesse manie le « tjantjing » (instrument qui sert à dessiner à la cire sur le calicot) avec plus d'as- netteté, la perfection du dessin, de son exécution, sont recherchées en même temps que la pureté et la beauté du style. Dans un beau batik, une cassure de la cire, une craquelure laissant filtrer la teinture en un mince linéament est une tare. Les étoffes portant de ces craquelures en grand nombre ne sont que travaux de débutants ou de maladroits. Il en va autrement chez nous, où l'on est tombé dans l'excès contraire. Sans doute, on ne peut nier que quelques craquelures, accompagnant le dessin d'un réseau de lignes ténues, n'enlèvent
Le Batik Javanais Page 67 surance encore, et de dextérité, que la femme du peuple. C'est donc cette technique, étudiée journellement pendant la demi année que j'ai passée à Java, que je vais décrire, d'après les observations que j'ai pu faire aussi bien au Kraton (palais du Sultan) du Soesoehoenan de Soerakarta ou dans les kampongs des environs de Djokjakarta, que dans certains ateliers de ces villes, où parfois j'ai vu trois cents femmes batiker ensemble pour le compte de quelque demi sang hollandais ou d'un marchand chinois. L'ÉTOFFE. — C'est, nous l'avons déjà dit, toujours du calicot, plus ou moins fin, qui est employé. En général, et cela est compréhensible, la finesse de l'étoffe choisie correspond à la finesse de l'ornementation projetée. Il est logique que, pour un kaïn soigné, qui demandera trois, quatre, voire six mois de travail assidu, la Javanaise exige un calicot soyeux et fin, au tissu serré et souple. Ce calicot est d'abord coupé aux mesures usuelles : 1"05 sur 2"50 pour un kaïn ; 0"525 sur 2"50 pour un slendang; 1"05 au carré pour un iket. Puis, les bords en sont finement ourlés; et l'étoffe est enfin soumise à la préparation suivante: dans un bain composé d'eau alcaline (obtenue en lessivant des cendres de paille de riz), et d'huile de ricin (ou parfois de sésame), le calicot est trempé, tordu, trituré parfaitement; puis, mis à sécher à l'air. Cette double opération, trituration et séchage, est répétée pendant une ou deux semaines, un nombre de fois qui va de trente à cinquante. Le calicot a pris alors une consistance particulière, en même temps qu'une couleur jaune ocré très clair; consistance qui donne plus de facilité pour le travail du batikage, et permet à la couleur, lors de la teinture, de se fixer plus fortement sur la fibre du tissu; en même temps que disparaît aussi la couleur blanche de Divers modèles de tjantjings Divers modèles de tjantjings
Art et Décoration Fragment d'iket à fond bleu (légèrement réduit) Car il convient d'y insister dès maintenant; c'est là l'une des caractéristiques essentielles qui différencient les techniques javanaise et européenne du batik. A Java, où le temps ne compte pas, suivant la mentalité orientale, la netteté de l'ornementation, sa finesse, sont recherchées avant tout. Aussi le calicot est-il batiqué à la cire relativement peu chaude, et successivement des deux côtés de l'étoffe. On veille à ce que la pellicule ainsi formée reste superficielle, et ne pénètre pas le tissu. Cette manière de procéder, si elle rend le travail plus net, double le temps qu'exige le batikage. En Europe, pour obtenir une exécution plus rapide, la cire est employée plus chaude, et doit traverser l'étoffe, dont elle pénètre et imprègne les fils. Cela donne moins de netteté au travail, et ne permet pas autant de finesse d'exécution, car la cire plus chaude a tendance à s'étaler. En même temps, cela ne permet pas le grattage de la cire qui doit être enlevée pour les teintures successives, comme nous le verrons plus loin. MÉLANGES DE CIRES. — La cire malam qui était seule employée autrefois, en mélange divers, était la cire d'abeilles. Maintenant, on y incorpore souvent des cires diverses, ou même des résines. A Java, où le batik se fait d'après des méthodes traditionnelles, à chaque opération du batikage correspond un mélange de cire particulier, chacune de ces opérations portant un nom distinct. Voici quels sont, à Djokjakarta, les mélanges qui sont employés pour chacune de ces opérations que nous décrirons plus loin. l'étoffe, couleur de la mort, qu'un Javanais ne voudrait accepter de porter. Il convient, maintenant, de dégraisser l'étoffe, sur laquelle la cire ne pourrait suffisamment adhérer en cet état. Pour cela, on fait bouillir le calicot dans une lessive de cendres de paille de riz. Une fois sèche, après un léger empesage à l'eau de riz, l'étoffe est étendue sur une planche de bois très dur, et longuement frappée au maillet, jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement unie et brillante. Cela a un double but : faciliter le travail du tjantjing, qui glisse ainsi plus aisément sur cette surface lisse ; et empêcher la pénétration, dans les fibres de l'étoffe, de la cire fondue, lors du batikage.
Le Batik Tavanais Rengengan, Teroessan et Ngiseni. Le mélange est le suivant : - Malam poeti, - ou cire blanche. 20 parties. - Malam tantjeng, - ou cire d'abeilles 10 parties. - Malam ireng, - ou cire noire . . 5 parties. La cire ireng, ou cire noire, est celle que l'on gratte sur les batiks après la teinture, sa couleur provenant des matières tinctoriales qui s'y sont incorporées. Nembokki et blirikki. On emploie le mélange suivant : - Cire blanche . . 10 parties. - Cire d'abeilles . . 10 parties. Bironi. On ne se sert, pour cette opération, que de cire de qualité inférieure, qui est plus économique. - Cire d'abeilles . . 5 parties. - Cire noire . . 20 parties. LES TJANTJINGS. — Nous allons décrire maintenant les instruments dont on se sert pour batiker; autrement dit : pour tracer au moyen de la cire fondue les ornementsations qui formeront « réserve » lors de la teinture, ou mieux des teintures successives auxquelles sera soumise la pièce d'étoffe batikée. Mais d'abord, qu'est-ce que ce mot : batik? d'où vient-il, et que signifie-t-il? A Java, dans la langue javanaise, nous trouvons les mots: batik, ambatik, qui signifient tapoter, pointiller, tacheter; de là: batikken, dessiner, pointiller à la cire. Et non, comme on le croit parfois, casser, craquer de la cire. Pour étendre la cire fondue en des arabesques savantes sur le calicot, on se sert d'un petit appareil que le Javanais nomme : tjan-tjing. Ce tjantjing est formé d'un petit réservoir (awak-awak) fait d'une très mince feuille de cuivre rouge, gros comme une olive, et ouvert sur l'un de ses côtés. De l'une de ses extrémités sort le tjoetjoek, mince tuyau de cuivre recourbé, dont l'extrémité, ou moeloet, est de diamètre variable, suivant la destination du tjantjing à tels ou tels travaux; le jet de cire qui en coule peut varier de la grosseur d'un fort cheveu à celle d'une aiguille à tricoter ordinaire. A l'autre extrémité de l'awak-awak est soudée une tige de cuivre qui sert à fixer l'appareil dans la moelle d'un roseau taillé de façon convenable, et qui sert de manche. Voici le tjantjing le plus employé, qui peut avoir de dix à douze centimètres de long.

La revue "Art et Décoration" présente dans ce numéro de septembre 1923 des articles sur le batik javanais, sa technique et son style, ainsi qu'une description du Palais d'Été du Gouverneur Général de l'Algérie. Le numéro inclut également des chroniques et des informations diverses.