Extrait

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - A travers les Salons. - Louis Hourtico - L'Orfèvre Georg Jensen - Émile Seddyn - Maisons de Campagne anglaises - M. P.-Verneuil - Une Décoration de Salle à manger par Allard L'Ollivier - Achille Segard - Chronique du mois - François Monod - Planche hors-texte : Confiturier en argent et ambre - Jensen --- JUILLET 1914 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS • 2 RUE DE L'ÉCHELLE • Télécopie Louvre 33-87 Prix de la Livraison : 2 fr. — Etranger : 2 fr. 50 18e Année, N° 7

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne --- ABONNEMENT ANNUEL - PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs - ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50 L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Nous tenons à la disposition de nos abonnés des cartonnages avec papier de garde spécial. Chaque carton contient un semestre. Prix de chaque carton . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 fr. 50 --- L’ART DE NOTRE TEMPS COLLECTION NOUVELLE D’ALBUMS IN-16, GRAND-JÉSUS COMPRENANT CHACUN 48 PLANCHES HORS-TEXTE ACCOMPAGNÉES DE NOTICES ET PRÉCÉDÉES D’UNE ÉTUDE BIOGRAPHIQUE ET CRITIQUE --- EN VENTE: CHASSÉRIAUPar HENRY MARCEL --- DAUMIERPar LEÓN ROSENTHAL --- CARPEAUXPar PAUL VITRY --- MANETPar LOUIS HOURTICQ --- PUVIS DE CHAVANNESPar ANDRÉ MICHEL --- DEGASPar P.-A. LEMOISNE --- COURBETPar L. BÉNÉDITE --- GUSTAVE MOREAUPar LEÓN DESHAIRS --- DAUBIGNYPar JEAN LARAN --- MILLETPar PAUL LEPRIEUR --- PRIX DE CHAQUE ALBUM : Broché, 3 fr. 50; Relié toile, 5 fr. --- À LA LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS, 2, RUE DE L’ECHELLE, PARIS ---

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Comme arrive le printemps. AUBURTIN. A travers les Salons On entre au Salon avec l'assurance de retrouver les œuvres connues et aimées et l'espoir d'en découvrir de nouvelles. On y rencontre, par surcroît, des occasions d'être étonné. Celui qui veut être distrait sans fatigue passe outre, en dédaignant. Il a tort; ce sont souvent les œuvres qui nous semblent étranges qui contiennent nos futures admirations; l'admiration n'est, en somme, qu'un étonnement sympathique. Les critiques de profession le savent si bien qu'ils tombent dans l'abus contraire et ils usent tellement leurs yeux à chercher les chefs-d'œuvre inédits qu'ils n'en ont plus pour reconnaître ce qui leur a autrefois donné du plaisir. De la quelques injustices dans leurs jugements. Ils réclament chaque année une peinture nouvelle. Cette rapide transformation de la mode est possible quand il s'agit de robes et de chapeaux; la manière d'attacher un ruban n'est pas le résultat d'une habitude si profonde que la modiste ne puisse en changer tous les jours, mais un peintre qui changerait de manière de peindre avec trop de facilité ne saurait être qu'un habile praticien. Il produit ses œuvres avec la constance d'un arbre qui donne ses fruits et les transformations que nous pouvons observer dans son œuvre correspondent aux grandes phases de son existence : jeunesse, maturité, vieillesse. Une carrière moyenne de peintre dure un demi-siècle; au train où vont les choses, est-ce qu'un style de peinture reste cinq ans à la mode? Continuons donc au Salon à reconnaître nos vieux amis; ce n'est pas une loi normale que cette mode vertigineuse qui va dix fois plus vite que la vie humaine. Les Salons représentent d'ailleurs assez bien les éléments novateurs et conservateurs, dans la proportion qui semble convenable pour que la République des arts ne soit ni somnolente, ni anarchique. À la Société Nationale tout est calme; la lutte contre la tradition continue, mais avec courtoisie. Les combattants ne sont pas exclus, mais ils ne sont admis que lorsque l'ardeur de la lutte s'est un peu calmée en eux, lorsqu'une politesse de bon ton recouvre les fureurs de la bataille. À la Société des Artistes Français qui passe, à juste titre, pour le conservatoire des bonnes traditions, voici bien des artistes jeunes qui continuent leurs maîtres. Mais ils ne se font pas faute de regarder les nouveautés et d'en faire leur profit.

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Art et Décoration Dès l'entrée, nous voici devant le panneau décoratif de Mlle H. Dufau, Eros et Psyché, où il nous est possible de suivre la transformation de ce maître si raffiné qui a traversé la manière de Renoir pour atteindre maintenant à un style « ballet russe » ou « miniature persane ». M. Roll est un des rares peintres qui aient cherché à dégager de la réalité une sorte de mythologie moderne. Son œuvre nous présente un des efforts les plus puissants qui aient été faits pour soulever le pesant naturalisme et lui donner la légèreté d'une vision de poète. Ce peintre n'a rien abandonné de son métier robuste, de sa franchise, de sa santé, quand il s'est élevé dans ces régions célestes où les peintres ne discernent généralement que de pâles fantômes noyés dans l'azur. Il n'est pas d'artiste qui soit plus de son temps, sans pourtant renoncer à créer un univers de rêve. Avec quelques romanciers et musiciens modernes il aura montré que, sur la boue charbonneuse de nos banlieues, sous le ciel de vapeurs et de fumées, on peut faire lever de belles fleurs. M. Rochegrosse, au contraire, dans son tableau La mort de la pourpre, nous conduit devant le cadavre d'une muse asphyxiée dans cette atmosphère industrielle et nous affirme que notre monde est inhabitable pour la beauté. Il nous montre seulement qu'une divinité née sous le ciel de Grèce ne peut s'acclimater à l'existence de nos grandes villes. C'est fort possible. Mais le grand coupable, l'auteur responsable de cette mort déplorable est l'artiste assez imprudent pour enlever du Parnasse une muse et l'installer ensuite sur les pentes de Montmartre. M. Henri Martin est aussi de ceux qui tirent de la réalité moderne une beauté nouvelle; son œuvre contient le meilleur exemple que l'on puisse donner de ce que peut l'éclectisme quand il est au service d'un beau tempérament d'artiste. Son panneau décoratif Le travail est aussi vrai Portrait. F. BIÉLER. Le caractère dominant est donc un éclectisme général, les solides qualités traditionnelles relevées par d'habiles emprunts aux modes récentes.

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A travers les Salons qu'un tableau réaliste de Courbet, aussi lumineux qu'un paysage impressionniste, aussi bien construit qu'une composition de Puvis de Chavannes. On peut même ajouter que le peintre a concilié la lumière de Toulouse avec un site parisien. Les « fêtes galantes » de La Touche qui ont été rassemblées cette année prennent une mélancolie imprévue par le souvenir de la fin récente et prématurée du peintre-poète qui les a conçues. L'œuvre de cet artiste n'a pas besoin d'être présentée; chaque année, au Salon, nous étions habitués à reconnaître ces parcs d'automne où le soleil venait jouer à travers les jets d'eau sur les plumes de cygnes et les robes de soie. La Touche avait imaginé un monde charmant où ses visions le ramenaient fidèlement; monde à demi conventionnel, comme celui de Watteau, qui tenait à la fois du théâtre et de la réalité, où les habits noirs ou rouges se mêlaient aux robes Louis XV; c'est la réalité, un soir de bal, dans un parc illuminé de lanternes DESVALIÈRES.

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Art et Décoration vénitiennes; la couleur chante doucement comme un menuet lointain ou caquette comme les rires de jolies femmes. L'œuvre de La Touche se ramène à un genre qui remonte au Concert champêtre du Louvre, et qui compte les jardins d'amour de Rubens et les fêtes galantes de Watteau. L'évolution de la société et de la peinture permet de le renouveler de temps en temps; La Touche y a introduit la lumière électrique et la technique impressionniste. les soies trop chatoyantes pour que nous voyions en lui le chantre des anémies dolentes et des névralgies. Ses amoureux s'embarquent allègrement pour Cythère; ceux de M. Aman-Jean pensent évidemment que l'île ne vaut pas le déplacement. Il faudrait maintenant, pour parler de la décoration de M. Maurice Denis, employer des phrases ingénues, des paroles enfantines comme celles qui rythment les rondes des petites filles. Devant des couleurs si pures, un M. Aman-Jean est aussi un de ceux qui composent un monde harmonieux avec des images modernes. Ses portraits et ses fantaisies mélancoliques valent surtout par le raffinement avec lequel il «assortit» ses tons fatigués; sur ces caprices plane une tristesse distinguée. On rappelle parfois le souvenir de Watteau; ce n'est pas sans raison. Cependant on abuse de la mélancolie du peintre régence pour le moderniser. Ses petites figures ne boudent certes pas à la joie de vivre; les traits sont trop nerveux, les gestes trop vifs, dessin si candide, on aurait honte d'être méchant. M. Maurice Denis est, sans doute, le seul homme qui pourrait aujourd'hui recommencer les miracles de Saint-François et faire pleurer un loup de tendresse. On aurait dû, en face de ces célestes couleurs, placer les peintures sataniques de M. Zuloaga; son cardinal que travaillent des forces d'enfer y eût peut-être trouvé le salut. Et pourtant M. Maurice Denis quitte l'Evangile et nous conduit, cette année, dans le monde homérique, pour nous raconter l'épisode d'Ulysse et de

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A travers les Salons Le Tombeau du poète. JOSÉ DE CHARMOY. Nausicaa; mais son ingénuité dépasse celle du poète et si nous relisions l’Odyssée, Homère nous paraîtrait d’un alexandrinisme raffiné, artificiel auprès d’un art aussi dépourvu de toute science scolaire. Si l’on était tenté de reprocher encore à M. Maurice Denis la simplicité de sa syntaxe, il faudrait aller devant la très belle décoration de M. Auburtin. Ce peintre possède le savoir traditionnel; il dessine avec élégance des formes gracieuses. Il a lâché un vol de petites girls dans un paysage de Puvis de Chavannes, embrumé des vapeurs de Corot; en somme, il cherche un effet assez voisin de la décoration de M. Maurice Denis, et il ne se rend coupable d’aucune des puérilités qui font le charme de ce dernier. Et pourtant n’y a-t-il pas dans la naïveté de l’un une âme qui paraît bien absente de l’art savant du second? Est-ce donc que le savoir serait incompatible avec une certaine inspiration? Et faut-il conclure qu’un peintre est d’autant plus sincère qu’il est moins habile? Cette idée rencontre naturellement une grande faveur; elle flatte les maladroits et donne une prime aux paresseux. Elle doit être rectifiée par une autre remarque; s’il est des habiletés qui peuvent s’enseigner et qui dépersonnalisent le style artistique, il est aussi une habileté qui consiste à tirer orgueil et profit de sa gaucherie; elle demande seulement, pour réussir, des naïfs et des malins; mais cela se trouve. Les deux Salons ont ouvert leurs portes à quelques représentants des écoles nouvelles qui relèvent de Cézanne et qui se manifestent surtout au Salon d’Automne. Aux artistes français, M. Carrera cézannise et même on trouverait sans peine chez lui des traces de cubisme. On a eu l’heureuse idée de placer son Bouddha auprès d’un portrait dans lequel

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Art et Décoration M. Corabœuf imite l'impeccable calligraphie d'Ingres. On voit mieux ainsi combien peuvent être dissemblables les petits-fils de ce maître dont tant de jeunes se recommandent aujourd'hui. La Société nationale a fait entrer de petits fauves au fond d'une de ses galeries; M. Dufresnes, M. Ottmann sont certainement des peintres de haute valeur. Malheureusement, ces jeunes écoles nous présentent plutôt des sujets de discussion que des objets d'admiration. Ces peintres avoueraient sans doute volontiers qu'ils veulent nous intéresser à leurs recherches plutôt que nous en faire approuver les résultats. En analysant leur manière, on voit bien tout ce qu'ils sacrifient, l'ancienne gamme des valeurs, modelé, perspective, « sujet »... on voit moins ce qu'ils mettent dans la colonne des gains pour compenser tant de sacrifices. Ce que nous devons à ces novateurs, c'est, avant tout, de les observer avec intérêt et sympathie. Les Salons officiels ont raison de leur faire bon accueil; convertiront-ils le public? Un peu. Mais surtout, ils lui feront des concessions. Suivant l'évolution naturelle, ils cesseront d'être des peintres d'opposition pour devenir des peintres de gouvernement. C'est ainsi qu'une infiltration consentie peut prévenir une inondation brutale. Quant à juger de l'opportunité d'une transformation artistique qui remet en question des habitudes visuelles acceptées depuis deux ou trois mille ans, on ne saurait y songer dans une aussi rapide causerie. M. Desvallières est un artiste d'une puissante originalité; son Hercule se dresse, svelte et musclé, avec l'autorité d'un Apollon archaïque. Sa Sainte Famille est aussi d'un peintre sincère et personnel; mais d'ailleurs

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A travers les Salons M. DENIS. on ne saurait classer M. Desvallières parmi les novateurs qui font de l'ignorance le premier article de leur programme. Il continue fort logiquement Gustave Moreau; seulement les précieuses couleurs que le maître cloisonnait nettement débordent un peu les unes sur les autres; mais il ne faudrait pas reconnaître ici l'allure titubante du pinceau de Cézanne; M. Desvallières possède une rare sûreté de métier; il fait ce qu'il veut de ses dix doigts; il a mordu au fruit empoisonné de la science et est sorti pour toujours de l'état d'innocence. M. Wery a donné à son grand panneau Une gondole de fruits les tons mats d'une gouache; c'est le matin; le ciel est rose et pâle; les larges voiles jettent des reflets verts dans le Grand canal. La décoration est conçue comme une tapisserie, comme du papier peint, avec des tons plats, des couleurs sourdes et fines. M. Wery est aussi de ceux qui ont trop de savoir et qui dessinent trop bien pour retrouver toujours la ligne naïve. Ses gondoliers, en poussant la gaffe, dessinent des raccourcis violents qui se concilient comme ils peuvent avec le parti-pris des tonalités plates. M. René Ménard est de ceux dont l'art médité et sûr ne donne jamais de déception à ses admirateurs. Sa Vue de Venise est pourtant imprévue, car c'est une vue «sur les toits» et un paysage décoloré par le soleil éblouissant qui est au centre du tableau : effet habituel à Claude Lorrain. Les mille flèches parties de l'astre qui est au fond de la composition viennent sur nous et les choses ne nous apparaissent que comme autant d'écrans à contre-jour sur le fond de lumière. La seule objection qu'on se surprend à faire au peintre est un excès de sûreté dans sa mise au point des multiples détails. Voici quelques bateaux qui glissent sur la Giudecca, toutes voiles déployées; leur voilure, leur gréement sont analysés avec une précision définitive ; l'œil qui se fermait à demi devant la lumière directe du soleil les a-t-il donc vus ainsi? Peu importe d'ailleurs, si les valeurs ont été assez bien observées pour nous donner, comme les soleils couchants de Claude Lorrain, l'impression de de l'éblouissement avec une palette fort discrète. Une petite forêt en automne, une mer de feuillage compact, de l'or, de la pourpre — impression d'une admirable justesse — nous fait pourtant croire à quelque nature mythologique ; c'est le charme des poètes de pouvoir ainsi unir la force de la réalité au charme de la fiction. Aussi dans son grand panneau décoratif, ne sommes-nous

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Art et Décoration L. SIMON. pas surpris de rencontrer de petites figures dansantes, au pied d'un chêne puissant et majestueux; les figures de M. Ménard sont d'ailleurs faites pour le repos plutôt que pour le mouvement. Ce décor ira compléter à la Faculté de droit ces panneaux où nous avons vu naguère des figures du Parthénon ou des bergers de Sicile dans la forêt de Fontainebleau. Il est utile, pour les mieux comprendre, d'opposer M. Dauchez et M. Ménard dont les œuvres se font face au Salon. M. Dauchez est un analyste impeccable, un dessinateur sans défaut des terrains et des arbres. La lumière ne revêt pas les choses de reflets; elle les sculpte nettement. C'est justement parce qu'il est un observateur précis, un dessinateur minutieux que, lorsqu'il vise à nous émouvoir, nous ne nous en apercevons pas. Son « Épave » est un bateau qui git sur la grève, comme un pauvre noyé rejeté par le flot; c'est une étude dessinée et peinte avec un art impeccable et une grande force; mais le peintre a eu beau attrister son ciel, notre œil est trop accaparé, notre sensation trop forte, trop préoccupante, pour laisser à notre esprit le loisir de méditer, M. Cottet est absent cette année; mais la Bretagne est présente avec M. L. Simon. Son grand tableau des pêcheurs qui lézardent sur le quai, est, sans doute, l'œuvre maîtresse de ce Salon et un de ses meilleurs tableaux. On connaît assez l'autorité de ce peintre, et l'on peut voir ici avec quelle sûreté, quelle force il a saisi ces gabiers au cuir tanné, à marche lourde, qui trainent leurs sabots sur le pavé ou font le gros dos au soleil. Comme ils sont bien dans l'air! Comme les figures et le paysage font bien partie de la même vision! Y a-t-il d'autres peintres qui nous montrent, comme celui-ci, une grande composition exécutée d'un seul coup, comme une esquisse, solide comme une œuvre longuement méditée, et pourtant d'une vérité criante, de cette vérité absolue, totale, qui ne vient pas d'une analyse menue, d'une copie appuyée des détails, mais d'une vision sûre, impérieuse, d'une exécution décidée, sans hésitation, comme sans fausse virtuosité.

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A travers les Salons Annonciation. Si l'on ne veut absolument pas se détacher de ce chef-d'œuvre sans émettre un regret, tout ce qu'on trouve à reprendre est peut-être que M. Simon veut être exclusivement un peintre. Cette humanité dont il fixe les aspects frustes, quels sentiments lui réserve-t-il? Auprès de nos gabiers, voici des glaneuses aux faces cuites comme des poteries. Le souvenir de Millet vient juste à point pour nous faire sentir l'opposition entre un peintre qui est un poète et un peintre qui n'est qu'un pein- tre. Ce n'est d'ailleurs point diminuer M. Simon que de l'opposer à ceux qui font du sentiment. Velasquez a prouvé que l'on pouvait être parmi les plus grands sans sortir de la pure peinture. M. Zuloaga s'est créé un langage pitto- resque dans lequel il a condensé toutes les ressources de la peinture et de la nature espagnole. Tout y est au paroxysme; l'ombre domine pour donner aux rares lumières l'inten- sité de l'éclair; la couleur y est d'un éclat sombre; pour augmenter le relief, les noirs sont opaques; la perspective aérienne y est sacrifiée. L'ensemble est compact, éclatant, d'une violence égale et soutenue. Par-dessus une Maya nuda au petit corps éclairé par une lampe, voici une échappée sur un village nocturne, bleui par la lune et tout est si intense que l'on oublie de remarquer un magnifique perroquet au bec crochu. Celui de M. Barrès se dresse avec plus d'autorité sur un merveilleux paysage de Tolède. Segantini avait seul donné autant d'apreté aux roches. Mais tout à côté, voici un cardinal dont la face est plus ravinée encore que ces flancs de montagne. Le souvenir de Greco plane sur ces œuvres; on le retrouve dans ces nuées noires qui glissent sur ce roc brûlé, comme les haillons d'une nuit sinistre. M. Raffaëlli est plus gai. Le voici à Venise. A-t-il donc oublié Paris? Pas du tout. Le même bleu, le même noir, le même blanc ne peuvent-ils pas peindre la brique de Venise, de Perros-Guirrec ou de Clichy-Levallois? On peut, à la rigueur, se rappeler un tuyau d'usine devant le campanile de Saint-Georges Majeur et la coupole du Sacré-Cœur de Montmartre devant le dôme de la Salute. M. Raffaëlli a même emmené