Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Clément Mère et Franz Waldraff ÉMILE SEDEYN - Les Jouets M.-P. VERNEUIL - La Céramique dans l'Art musulman RAYMOND KÖECHLIN - Planches hors texte: - Bouteille (Perse xvi° siècle) - Jardin d'Italie FRANZ WALDRAFF --- DÉCEMBRE 1912 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS • 13. RUE LAFOYETTE • Télèp. 139-22 Prix de la Livraison: 2 fr. — Étranger: 2 fr. 50 16° Année, N° 12

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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L'ART DE NOTRE TEMPS Collection Nouvelle d'Albums in-16 Grand-Jésus Comprendant chacun 48 planches hors-texte Accompagnées de Notices et précédées d'une Étude biographique et critique --- Vient de paraître : DEGAS Par P.-A. Lemoisne Bibliothécaire au Département des Estampes de la Bibliothèque Nationale En vente : Chassériau Par Henry Marcel Ancien directeur des Beaux-Arts Administrateur général de la Bibliothèque Nationale Courbet Par Léonce Bénédite Conservateur du Musée ou Luxembourg Professeur à l'école du Louvre Puvis de Chavannes Par André Michel Conservateur aux Musées nationaux Professeur à l'école du Louvre Manet Par Louis Hourticoq Inspecteur des Beaux-Arts de la Ville de Paris Daumier Par Léon Rosenthal Docteur ès-Lettres Professeur au Lycée Louis-le-Grand Carpeaux Par Paul Vitry Conservateur-adjoint au Musée du Louvre Professeur à l'école des Arts décoratifs --- En préparation : - Daubigny - G. Moreau - Millet --- Prix de chaque album : Broché, 3 Fr. 50 Relié toile, 5 Fr. Librairie Centrale des Beaux-Arts, 13, rue Lafayette, Paris ---

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FRANZ WALDRAFF. Clément Mère et Franz Waldraff C**E sont deux inventeurs de beauté. En remontant aux sources de leur production si variée, on voit certes qu'il y entre beaucoup de savoir et infiniment de goût; mais ce qui en détermine avant tout le caractère et la personnalité, c'est cet instinct de la recherche, cette passion impérieuse du rare et de l'inexploré qui, suivant la direction qui leur est imprimée, peuvent aussi bien aboutir à la solution d'un problème scientifique ou à la conquête d'une île inconnue qu'à la réalisation d'une formule d'art inédite. Chez Clément Mère et Waldraff, à côté du sentiment artistique, veille constamment une curiosité qui l'aiguise et le stimule. Ils resteraient à mi-chemin de leur rêve s'ils ne parvenaient qu'à équilibrer des formes et à combiner des accords de couleurs et de lignes. Leur ingéniosité d'artisans-nés tend plus loin : à force d'aimer les belles matières, à force de les étudier, ils en sont devenus comme des confidents favorisés, mais dont l'attention reste toujours tendue vers des révélations nouvelles. Ainsi, par un enchantement qui depuis dix ans se poursuit, les aspects du bois, du cuir, des étoffes, du cristal, de l'ivoire, des métaux précieux, se multiplient entre leurs mains d'une manière parfois si imprévue que, parmi leurs trouvailles, il en est qui semblent des découvertes. L'avenir dira où peut atteindre la portée d'une telle œuvre, faite surtout pour le plaisir des yeux, — des yeux contemporains. Ce qui est dès maintenant indiscutable, c'est que rarement décorateurs apportèrent à l'art de leur époque un tribut à la fois plus personnel et plus varié. Clément Mère et Franz Waldraff ont confondu dans une collaboration étroite et que ses résultats ont rendue indissoluble, deux personnalités bien distinctes et deux talents qui, séparés, eussent évolué sans doute vers des directions bien différentes. Les caractères, les

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Art et Décoration Objets de bois et de cuir. Clément Mère. dons respectifs ont d'ailleurs gardé leur saveur et leur accent chez l'un comme chez l'autre, ce dont on s'aperçoit bien dans les expositions où voisinent, à côté des travaux réalisés en commun, les paysages si poétiques et si décoratifs de Waldraff et ces curieuses petites boîtes de Clément Mère, nées d'on ne sait quelle alchimie. Dès l'instant où ils cessent d'œuvrer côte à côte, on discerne en eux deux tempéraments et deux conceptions que rien ne semblait devoir rapprocher, et qui, d'ailleurs, se passent chez l'un comme chez l'autre de compléments. Mais la fréquentation quotidienne a développé chez chacun d'eux des facultés secondaires qui forment un fonds commun, la base d'une personnalité nouvelle, plus souple, plus étendue, plus complète. Et c'est ainsi que les noms unis de Clément Mère et Franz Waldraff en sont arrivés à constituer une signature dont il importe d'autant plus de fixer l'expression qu'elle commence à intéresser les amateurs et qu'elle constituera pour le moins un épisode intéressant dans l'histoire de l'art décoratif. Comme beaucoup d'artisans décorateurs, Clément Mère avait commencé par être peintre. Né à Bayonne, il vint étudier dans l'atelier de Gérôme, puis, de nouveau attiré par la vie de famille, il s'en retourna travailler en province durant quelques années. Jusqu'en Objets de cuir, d'ivoire et de bois. Clément Mère.

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Clément Mère et Franz Waldraff 1900, partageant ses heures entre la peinture et le professorat, il envoyait, tantôt de ses Basses-Pyrénées natales, tantôt de Franche-Comté, — un autre pays qu'il aime et où il a souvent peint en compagnie de son ami Muenier, — des paysages expressifs, délicats, parfois brillants et qui, exposés aux Salons annuels de la Société Nationale (on disait encore “le Champ de Mars”) apprirent son nom à quelques-uns. De temps en temps, Mère revenait à Paris. Il y retrouvait ses anciens camarades de l’École, en route pour la célébrité, et ses amis, dont le nombre à chaque voyage allait croissant. Car il n’est pas de meilleur compagnon que cet artiste enthousiaste et plein d’entrain, qui se connaît en beaux vers comme en bonne cuisine, qui a beaucoup vu, beaucoup entendu et tout retenu. Il était inévitable que Mère revint se fixer à Paris. Il y revint en 1900 avec un bagage de reliures, de panneaux de cuir et d’échantillons d’étoffes traitées par ses procédés: dès lors, en effet, il avait des procédés à lui, cherchés, essayés, mûris dans le recueillement de sa calme vie provinciale. Ce fut à peu de temps de là, lorsqu’il eut montré ses premiers travaux, que quelques personnes éprises de fantastique commencèrent à le traiter de sorcier et à le décrire, dans les conversations d’après-dîner, comme un misanthrope inabordable, rêvant et réalisant, dans une retraite inexorablement verrouillée, les transmutations les plus imprévues et les plus singulières. Ce qui fit que j’éprouvais une forte déception la première fois que je pénétrai, rue Jacob, dans une chambre que je vois encore et qui offrait un spectacle à la fois pittoresque et familier avec ses pièces de soie sur la commode, son lit couvert de matériaux divers, et sa petite table encombrée d’assiettes tachées de couleurs. Je trouvai la Coquelin cadet devisant dans un langage extrêmement peu cabalistique avec un homme de trente-cinq ans peut-être (c’était le bon temps), lequel, pour un sorcier, paraissait bien jovial et accueillant. Le bon comédien fit les présentations et Clément Mère m’intéressa aussitôt par la réelle nouveauté de ses essais autant que par l’absence, en ses discours, de toute prétention, de tout étalage de savoir et de théories. Objets de bois et d’ivoire. CLÉMENT MÈRE.

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Art et Décoration J'avais affaire à un artiste raffiné, curieux, mais modeste. J'étais chez un chercheur sincère, je ne dirai pas de l'école de Roger Bacon, mais enfin de ceux qui, comme l'auteur du Majus opus, n'estiment jamais avoir mis la main sur des secrets définitifs. Ce qu'il me montrait, je ne l'avais cependant jamais vu ailleurs, c'étaient des étoffes de soie teintes et brodées, des reliures dont l'ornementation était réalisée sans aucune atteinte à la souplesse, au grain, à la nature des peaux employées, sans ces boursouflages et ces enluminures qui sévissaient alors. Puis c'étaient encore des échantillons de bois qui sans cesser d'être du bois avaient pris l'aspect de matières précieuses, aux belles surfaces luisantes, veinées, marbrées, aux tons rares. Et à mesure qu'il me les montrait l'artiste énumérait les applications possibles de ces procédés qu'il perfectionnait encore, ayant en vue à cette époque déjà lointaine leur exploitation par la grande industrie, plutôt que leur spécialisation pour la joie d'une élite d'amateurs. Mais dès lors, ce qui dominait chez lui, c'était le goût du précieux et du rare, l'amour des belles matières, et cette personnalité si discrète en même temps que si résolue qui l'a toujours poussé à ne piocher que dans son jardin, et à ne s'inspirer que de ses propres recherches. Aussi j'imagine que ce fut toujours sans chagrin qu'il revint à ses chers bibelots après chacune de ses expériences industrielles. Je revis Mère à la «Maison Moderne» et ce fut là qu'il me présenta Franz Waldraff, alors depuis peu à Paris. Ils s'étaient liés en partageant les travaux de l'atelier, et quand au bout de quelques mois ils retrouvèrent leur liberté, ils étaient devenus inséparables. A partir de 1902 on les vit ensemble à la Société Nationale, aux Arts Réunis et dans les expositions étrangères, Waldraff fournissant généralement les dessins des reliures et autres objets d'art dont Clément Mère se réservait l'exécution technique. Esprit cultivé et pondéré, doué d'une sensibilité extrême et d'un sentiment inné de l'élégance, Franz Waldraff apportait à la collaboration des qualités qui s'ajoutaient très utilement à celles de son compagnon. Aussi dès les premières années de travail en commun voit-on leur production s'étendre et embrasser des genres de plus en plus variés. C'est l'époque où leurs modèles de maroquinerie commencent à être recherchés par l'industrie en Angleterre et en France. Ils étudient des formes et s'attachent à amplifier par des applications nouvelles les procédés de décor gravé pour les Cristalleries de Saint-Louis en;

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Clément Mère et Franz Waldraff Lorraine; ils dessinent et réalisent des meubles, s'intéressent avec une véritable passion à la décoration des étoffes. Franz Waldraff dessinait bientôt, pour les grandes maisons de couture de la rue de la Paix, les premiers de ces cartons de soieries brochées qui, exécutés spécialement pour elles à Lyon, ont été si bien accueillis dans la haute mode. C'est peut-être dans ces belles compositions que son goût décoratif s'est jusqu'à présent le mieux révélé. Il y apparaît avec grâce qui n'est jamais familière, bien qu'elle dérive de la vie et s'y rattache. Rien de plus original que de telles qualités, à un moment où la mode cherche trop volontiers ses inspirations dans le domaine de la fantaisie, quand elle ne se contente pas d'adapter avec plus de prétention que de réel succès les emprunts plus ou moins heureux qu'elle ne se lasse pas de faire aux anciennes civilisations. Certes, d'autres artistes que Clément Mère et Waldraff ont réussi à doter la mode de ma- ces tendances caractéristiques, qu'on retrouve dans toutes ses œuvres, et dans celles qu'il a signées avec Clément Mère: une conception de l'élégance qui est très sobre, très disciplinée, et que n'influence aucune réminiscence des japonais ou des persans; le sens de la grâce, marié au sens de l'équilibre, une recherche de la somptuosité qui sait éviter l'écueil de l'affection, qui ne se contente pas d'effets faciles, qui ne doit rien à l'abondance, à la surcharge, mais qui doit tout à une véritable distinction d'esprit. Quelques-uns de ces beaux motifs, reproduits ici, renseigneront le lecteur sur l'aisance et le naturel de la composition, sur sa tertiaux proprement contemporains, d'autres, comme eux, non contents de montrer de l'érudition et du goût, ont mérité le titre de créateurs. Mais il y a chez eux une abondance de ressources particulièrement frappante, et qui est très loin d'avoir donné toute sa mesure. Il est certain que nous verrons un jour des robes dessinées par Waldraff, et dont Clément Mère fournira les ornements, les éléments précieux et jusqu'aux boutons. Et ce ne sera encore qu'un épisode, dans une carrière extrêmement féconde et variée. Si ces deux inventeurs, — il faut revenir à cette épithète, la seule qui les peigne à peu

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Art et Décoration FRANZ WALDRAFF. près complètement, — si ces deux inventeurs s'étaient plu à localiser leur effort par exemple, dans la mode, sans doute leur influence y serait-elle déjà plus visible. Mais il était beaucoup plus dans leur caractère de chercher dans toutes les directions. Ils sont trop curieux pour se contenter d'un horizon et d'un but. On ne voit pas Clément Mère se désintéresser un beau jour de certaines matières pour s'occuper exclusivement de certaines autres. Tenez pour assuré au contraire qu'il ne cessera pas d'aller des plus humbles aux plus magnifiques, et de les égaler à la fois dans le culte qu'il leur voue et dans les effets qu'il en tire. Son collaborateur le suit dans cette évolution ininterrompue, lorsqu'il n'en provoque pas lui-même les détours; et l'allure générale des créations qui naissent de cet accord complet entre deux chercheurs si diffé- rents se ressent de la joie qu'ils éprouvent à passer d'un genre à l'autre. Ils ont la fécondité, cette vertu des forts, comme on l'a dit très justement, et ils y joignent le charme qui naît de la facilité, de la clarté. Voyez encore ces délicieux petits meubles qui, exposés ce dernier printemps au Pavillon de Marsan, eurent tant de succès que les auteurs depuis, durent consacrer une grande partie de leur temps à en chercher d'autres. On les devine nés d'une transposition des procédés de Clément Mère. Du bibelot au meuble précieux, il n'y a qu'un pas, vite franchi. D'ailleurs Clément Mère a toujours songé à construire des meubles, et il fut certainement des premiers à concevoir des modèles d'ameublements à bon marché, tirant toute leur valeur décorative de leurs lignes et du bois employé. Ce fut même un de ces rêves

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Clément Mère et Franz Waldraff d'exploitation industrielle qu'il caressait, à ses débuts, alors que l'esprit excessivement routinier ou excessivement ingénieux de certains fabricants ne l'avait pas encore amené, en lui apportant déception sur déception, à limiter sa production, de préférence, à des pièces uniques. Car il est bon de le rappeler une fois encore, avant de trouver un commencement de gloire dans des recherches de préciosités irreproductibles, Mère avait songé à embellir l'objet usuel; et il ne lui a manqué pour y parvenir, comme à beaucoup d'autres, que la confiance de ceux qui auraient pu vulgariser certaines de ses idées au profit de la production commerciale encore empêtrée dans ses traditions. Ce n'est pas là, certes, un exemple isolé. Mais il caractérise un côté curieux de la vie des décorateurs à notre époque, et il était bon de le noter en passant. Donc, Clément Mère ayant autrefois conçu des meubles, songeait sérieusement à en réaliser, et, déjà il y a quelques années, il collaborait d'une façon très heureuse, avec Waldraff, à l'ameublement d'une demeure du sculpteur-animalier Jacques Froment-Meurice, aux environs de Paris. Mais cette occasion avait surtout contribué à éveiller chez lui l'idée de nouvelles recherches et tout en polissant et repolissant ses petites boîtes de bois, de corne et d'ivoire, il songeait que notre temps n'a guère produit encore de meubles précieux; c'est ainsi qu'il fut amené à créer, de concert avec Waldraff, certains petits bureaux, des étagères et des sièges qui, enrichis d'ivoires gravés, de marqueteries, de soies patinées et brodées ont du premier coup exercé une véritable séduction sur la partie élégante du public. Je crois que ce succès est dû, avant tout, à ce que ces petits meubles, qui sont bien d'aujourd'hui, peuvent cependant s'en aller prendre une place dans n'importe quel intérieur. Rien de véhément dans leur nouveauté: des formes sobres, des bois de couleurs claires, et cette Reliure. CLÉMENT MÈRE ET FRANZ WALDRAFF.