Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne SEPTEMBRE 1912 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS • 13. RUE LAFOYETTE • Télèp. 139-22 Prix de la Livraison: 2 fr. — Etranger: 2 fr. 50 16e Année, N° 9 --- Sommaire - Bijoux nouveaux E. SEDEYN - Francis Auburtin L. VAUXCELLES - Logis d'ouvriers M. GUILLEMOT - La décoration céramique E. GRASSET - Planche hors texte: Marine FRANCIS AUBURTIN

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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L'ART DE NOTRE TEMPS Collection Nouvelle d'Albums in-16 Grand-Jésus Comprendant chacun 48 planches hors-texte Accompagnées de Notices et précédées d'une Étude biographique et critique --- EN VENTE : - CHASSÉRIAUX - Par Henry Marcel - Ancien directeur des Beaux-Arts - Administrateur général de la Bibliothèque nationale - COURBET - Par Léonce Bénédite - Conservateur du Musée du Luxembourg - Professeur à l'école du Louvre - PUVIS DE CHAVANNES - Par André Michel - Conservateur aux musées nationaux - Professeur à l'école du Louvre - MANET - Par Louis Hourticoq - Inspecteur des Beaux-Arts de la ville de Paris - DAUMIER - Par Léon Rosenthal - Docteur ès-Lettres - Professeur au lycée Louis-le-Grand PARU EN JUIN 1912 : - CARPEAUX - Par Paul Vitry - Conservateur-adjoint au Musée du Louvre - Professeur à l'école des arts décoratifs --- En préparation : - Degas - Daubigny - G. Moreau - Millet --- PRIX DE CHAQUE ALBUM : - Broché, 3 Fr. 50 - Relié toile, 5 Fr. Librairie Centrale des Beaux-Arts, 13, rue Lafayette, Paris

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Diadème en brillants. BOUCHERON. Sur des bijoux nouveaux A u moment d'émettre quelques avis sur les bijoux d'à présent, il n'est pas inutile de songer un peu aux bijoux d'autrefois. Lorsque penché sur un coffret familial, nous revoyons avec une sympathie mêlée de curiosité ces ornements qui furent de la joie pour de belles jeunes femmes, et qui ne sont plus que des souvenirs laissés par des ombres. Il nous apparaît que leur charme le plus attachant n'est pas dans leur valeur, presque aussi variable que la mode, ni dans cette grâce émouvante pourtant qui naît de l'accord d'une gemme pâlie avec l'or usé qui l'encercle. Il est dans la fidélité plus ou moins subtile avec laquelle ces anneaux, ces boucles, ces colliers évoquent dans notre imagination les jours lointains de leur premier éclat. D'admirables joyaux, entre nos doigts, semblent muets. Telle bague, au contraire, modeste, surannée, naïve parfois jusqu'aux approches du ridicule, nous retiendra longtemps, parce qu'en l'effleurant nous avons ranimé les traits d'une image endormie. L'ornement ingénu nous a rappelé une coiffure, une robe, une silhouette, un logis. Par lui, le goût d'une génération s'avoue, et nous le comprenons. Ainsi les seuls bijoux qui comptent, pour la postérité, sont ceux qui rappellent une époque, dont ils ont reçu et gardé l'em- preinte. Au sortir d'une longue période d'insignifiance, où le rôle de l'artisan s'était limité à mettre en valeur des gemmes ou des perles, les bijoux nouveaux ont pu surprendre, se voir accueillis avec plus de curiosité que de faveur. Ils parta- gèrent en cela le sort de beaucoup d'autres essais de rénovation décorative, l'attitude du public à leur égard s'expliquant d'ailleurs Broche, perles et émail. DERAISME.

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Art et Décoration Agrafe en verre fondu. par une hésitation toute naturelle entre les banalités de la veille et les hardiesses du jour. Dans les parures nouvelles qu'on nous proposa aux environs de 1900, il y avait une part de fantaisie souvent déconcertante. Et cette fantaisie n'étant soutenue par aucune règle, par aucun idéal formel, se trouvait visiblement à bout de souffle dès ses premières manifestations. Le goût du public ne s'y fia pas. Il se tint sur la réserve et attendit. Mais en ces années troubles, les créations de M. Lalique apportèrent bientôt une lumière décisive. Leur caractère extrêmement personnel écartait certes toute idée de généralisation, l'auteur n'était pas du tout l'apôtre d'une formule nouvelle du bijou. Mais s'il ne fit pas école, son goût élevé s'imposa comme un exemple, et cet exemple se trouva vite multiplié, développé, commenté par une œuvre imposante et va- Broche. riée. Il faut le répéter, c'est en partie sous l'influence de cet admirable créateur qu'après douze années de recherches persévérantes, de tâtonnements et aussi de simplifications, les bijoux inventés par certains artistes d'aujourd'hui s'accordent enfin à la grâce qui règne. Dans les écrins de notre descendance, où rien ne rappellera le dernier tiers du xix siècle, l'aurore du xx', au contraire, sera représentée par des bijoux que caractérisent déjà l'élégance calculée, le goût sobre, la sensibilité raffinée mais contenue, la distinction sans froideur mais sans familiarité des femmes d'aujourd'hui. Il ne faut pourtant pas se hâter de dire qu'un style est né en art précieux. Le style d'une époque ne s'invente pas, il se découvre. On ne le formule pas avec des tendances, comme semblent le croire tant de personnes bien intentionnées, mais avec Barette or et topaze.

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Sur des bijoux nouveaux Page 67 Text Content des résultats. Le style est la conclusion de l'histoire esthétique d'une époque. Peut-être sommes-nous sur le chemin d'un style? Ce qui peut le faire espérer, c'est que, dans le bijou comme en architecture et en ameublement, comme dans tous les arts du logis et de la parure, des efforts plus résolus commencent à converger vers un idéal plus net. La fantaisie échevelée des années intermédiaires est restée au carrefour. Elle finira par y mourir d'épuisement. Alors les meubles ne grimaceront plus. Un bougeoir ne sera plus forcément une ondine. Il y aura des coupe-papier qui ne seront plus des algues. Et nous ne verrons plus le hibou en broches, la libellule en pendentifs, la couleuvre en bagues. Nos artisans ont déjà su renoncer, pour la plupart, à ces motifs trop ingénieux, et en y renonçant ils ont su aussi ne pas retomber exclusivement dans la pauvreté des figures géométriques longtemps chères à la bijouterie commerciale. Aux derniers Salons d'art appliqué, aux si vivantes expositions de la Société des Artistes Décorateurs, aux groupements si chatoyants que l'initiative de Mme Comtesse Greffulhe nous valut ce printemps, nous avons vu de très beaux bijoux, à la fois somptueux, charmants et raisonnables. Nous en avons vu d'également intéressants aux vitrines de la rue de la Paix, de la place Vendôme et de leurs abords. Cette coopération du haut commerce est très significative. Elle prouve que l'effort des artistes a fini par être aperçu des acheteurs, disons d'une élite d'acheteurs. Le mouvement ainsi dessiné peut être fructueux. Profitons-en pour parler de quelques bijoux modernes en cherchant, derrière les tendances personnelles de chaque artiste, les principes généraux qui pourront caractériser dans cette branche l'apport de notre temps. LALIQUE.

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Art et Décoration Tour de cou. LIÉNARD. Si l'on compare les œuvres récentes de M. Lalique à celles qu'il exposait il y a dix ans, on a immédiatement un résumé frappant de l'évolution du goût pendant ces dix années. En même temps on découvre une raison nouvelle d'admirer le créateur de tant de merveilles. Naguère, ce qu'on louait le plus chez lui, après sa magistrale entente de l'harmonie, c'était son esprit fécond et ingénieux, sa fantaisie, son imagination. On admirait qu'il sût inventer sans cesse, arracher aux minéraux le secret de toutes leurs harmonies sans se répéter jamais. On le sacrifiait poète, on l'inculpait galamment de magie. Désormais, plus disciplinées, plus condensées, plus réfléchies, l'imagination et la fantaisie ne caractérisent plus d'une manière aussi souveraine ses productions nouvelles. Les lignes sont plus sobres, l'ensemble des compositions plus simple. L'esprit s'est encore élevé, il vise moins à l'éclat; et pourtant il séduit toujours par les mêmes qualités de jeunesse et de grâce. Un charme plus intime et plus pénétrant s'ajoute aux séductions harmonieuses et les tempère. De nouveaux matériaux concourent à la réalisation de ces effets, qui ont transformé assez sensiblement une partie de la production de M. Lalique. Sans cesser d'emprunter aux gemmes, à toutes les gemmes, le plus brillant de leur mystérieuse vie pour en combiner de magnifiques parures, le maître tire maintenant un parti étendu des pâtes de verres colorées, dont l'étude le passionne depuis longtemps. On trouvera ici les repro- Pendentif. HENRI VEVER. Barette en brillants et émeraudes. HENRI VEVER.

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Sur des bijoux nouveaux Tour de cou. PAUL FOLLOT. ductions d'un collier et d'une agrafe dont cette matière a presque seule fourni les éléments. En face de ces images monochromes, on ne pourrait émettre que des propos superficiels si l'évolution à laquelle on a fait allusion plus haut n'apparaissait ici très visiblement dans l'inspiration comme dans la technique. Le principe du décor est toujours trouvé dans la nature, il emprunte à celle-ci ses qualités si franches de légèreté, d'aisance, de fraîcheur. Mais comme le veut la matière choisie, des simplifications interviennent et donnent à ce daguet paissant, à ce masque de satyre, à ce groupe si harmonieux de danseuses nues la saveur de l'antique. Sont-ce donc la des reconstitutions archéologiques? Tout ce qu'il y a en eux de sensible, de pittoresque, de vivant, de jeune, proteste contre une telle interprétation. Tout au plus reflètent-ils avec douceur ce retour du goût moderne vers une antiquité qu'évoquent les fouilles d'Antinoë et les danses d'Isadora Duncan. C'est ainsi que le génie, tout en créant de l'éternel, s'amuse à faire de l'actualité. Ailleurs interviendront les émaux, auxquels le bijou moderne semble déjà devoir beaucoup. On en trouve aussi un large emploi dans les pendentifs exposés par M. Vever; l'email, ici, est toujours associé à des pierres précieuses d'une grande beauté. Ce qu'il y a encore de remarquable dans les bijoux de M. Vever, c'est une recherche souvent heureuse d'architecture. Il est vrai qu'on peut reprocher à cette architecture de trop laisser voir son mobile essentiel, HENRI VEYER. HENRI VEYER.

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Art et Décoration qui est de réunir dans un motif, au mieux de leur apparence, des diamants, des perles, des émeraudes ou des rubis dont le choix était arrêté d'avance. Ici, la composition est subordonnée à ses éléments, — c'est le contraire de ce qui se passe dans la plupart des œuvres de M. Lalique. On ne réunit pas des gemmes en vue de réaliser un effet harmonieux, on s'efforce d'obtenir un effet harmonieux par le groupement, je suppose, d'une demi-douzaine de brillants magnifiques. Considérée d'un point de vue étroitement artistique, la méthode paraît artificielle. Néanmoins, elle repose sur des mobiles considérables. Que deviendrait, je vous prie, la prospérité de la joaillerie si les joailliers raisonnaient autrement, et si la clientèle se mettait à aimer les bijoux pour leur effet, et non pour leur valeur? Un cataclysme aussi affreux ne menace pas la rue de la Paix. D'ailleurs, il faut reconnaître encore une fois qu'entre les mains de M. Vever, le problème trouve de fort charmantes solutions. Étudiez d'un peu près ces barrettes, ce peigne, ces pendentifs superbes. Comparez-les à ce que le commerce de luxe offrait hier encore. Il y a un progrès évident. La ligne désormais, est cherchée. Elle est presque toujours élégante, parfois spirituelle : nous voilà loin des nœuds, des cocardes, des fleurettes et autres naïvetés de haut prix qui scintillent encore en grand nombre aux étalages voisins. S'il y a un certain mérite à savoir s'éloigner de ces fadeurs consacrées par le temps sans cependant se laisser entraîner à des formules vraiment modernes, ce qui paraîtrait sans doute bien aventureux à un classique du bijou, M. Boucheron (lequel, effectivement, est un classique du bijou) peut revendiquer ce mérite. Et ici les gravures disent presque tout ce qu'il y a à dire. Il n'entre certes aucune fantaisie dans ce collier ni dans ce diadème. L'ordonnance en est sage et simple, un peu froide. Mais du moins elle indique une tendance vers un agrément raisonné de la forme, un effort vers le vrai rôle de toute parure, qui est un rôle décoratif, même et surtout si la parure est richissime. Les traditions les plus sacrées de la joaillerie française ne s'opposeront sans doute pas à l'accentuation de cette tendance et de cet effort. La richesse des éléments ne pourra pas éternellement se suffire à elle-même aux yeux de l'acheteur dont la culture s'oriente et s'affine. On finira par s'apercevoir que certaines sobriétés ne sont que des pauvretés. Alors les grands fournisseurs du luxe, les maîtres du commerce de la parure devront entrer dans un mouvement qu'ils auraient pu contribuer à diriger. Il nous est agréable de les y trouver dès maintenant résolus. Mais revenons à la rénovation du bijou. La part PAUL FOLLOT DERAISME

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Sur des bijoux nouveaux Collier de chien en brillants. BOUCHERON. prise par M. Georges Fouquet y fut, du premier coup, considérable. Et elle s'accroît au cours des années en s'équilibrant autour d'un idéal de plus en plus précis. M. Georges Fouquet eut d'abord l'ambition, très logique et très légitime, d'orner la femme moderne, de la décorer comme les joailliers de l'anti-tiquité décorèrent leurs contemporaines c'est-à-dire en réalisant des ensembles, des parures dont les pièces diverses, colliers, bracelets, bagues, diadèmes, seraient comme les strophes harmonieuses d'un poème. Des peintres lui fournirent, dans ce genre, plusieurs thèmes qu'il réalisa magnifiquement. Toutefois de tels ensembles ne peuvent être qu'exceptionnels dans la vie moderne, ou les anneaux, les broches, les ornements de toute sorte s'en viennent l'un après l'autre en souvenir de ces jours qu'on ne marque plus d'une pierre blanche, mais d'un petit caillou scintillant. M. Georges Fouquet a donc aussi disséminé les ressources de son esprit inventif et de son goût très personnel dans une multitude de joyaux indépendants, que leur indépendance n'empêche pas d'être décoratifs. Ce qui caractérise avant tout ses œuvres, c'est l'amour de la couleur et l'amour de la matière. L'or et le platine y jouent par eux-mêmes un rôle essentiel; au lieu d'être masqués par les pierreries qu'ils supportent, ils fournissent la forme, une forme qui reste nettement apparente et sur laquelle des émaux ou des pierre-ries chantent en sourdine autour d'une gemme centrale du plus bel éclat. Ce thème n'est pas invariable, mais l'auteur en a tiré beaucoup d'effets très réussis, et c'est, je crois, celui qu'il préfère. Il reflète en tous cas très nettement sa personnalité qui est celle d'un artiste dont le sens très particulier de l'élégance défend victorieusement une conception souvent hardie du bijou. Nous disions plus haut que les émaux offrent des ressources très étendues. M. Georges Fouquet les emploie comme M. Lalique et comme M. Vever, mais ils sont encore loin d'avoir reçu en bijouterie les multiples applications dont ils sont Pendentif. FOUQUET.