Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Hokusai - JEAN LEBEL - Un Intérieur Moderne - M.P.-VERNEUIL - Les Estampes de Maurice Taquoy - ÉMILE SEDEYN - Chronique du mois - P. MONOD - Planche hors texte : Les Sangliers - MAURICE TAQUOY --- FÉVRIER 1913 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS PARIS • 13. RUE LA FAYETTE • Télèp. n° 139-22 Prix de la Livraison : 2 fr. — Étranger : 2 fr. 50 17e Année, N° 2

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Etranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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HOKUSAI --- 1. A cinquième exposition des estampes japonaises, organisée au pavillon de Marsan, par les soins de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, dans le courant du mois de Janvier, a eu pour but de montrer d'une façon à peu près complète au grand public, l'œuvre de Hokusai, artiste dont le nom est familier, même à ceux qui ne s'intéressent pas d'une façon spéciale à l'art japonais. On a déjà beaucoup écrit sur cet artiste et nous sommes loin du temps où Théodore Duret pouvait dire, en 1882 : « Si nous cherchons à connaître l'homme, nous ne trouvons que de très maigres documents ». Les documents sont au contraire venus, nombreux et précis; et, chose rare pour des documents japonais, pas contradictoires. Grâce à des œuvres comme le célèbre « Hokusai » de HOKUSAÏ.

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Art et Décoration Pavots. Goncourt, à des ouvrages comme la thèse soutenue en Sorbonne en 1898 par Michel Revon, à des études comme celle publiée par C. J. Holmes, nous pouvons nous faire une idée précise de la vie d'un artiste japonais au commencement du xix' siècle. Katsushika Hokusai, qui reçut le prénom de Tokitaro, naquit à Yedo, dans le quartier de Hondjō, à l'automne de l'année 1760. Sa famille était d'une condition tout à fait modeste. Son père était Nakajima Icé, fabricant de miroirs en métal, un de ces artisans artistes dont les travaux étaient appréciés, mais dont la personnalité était méprisée par la caste orgueilleuse des Samuraïs. De très bonne heure, Hokusai entra comme apprenti chez un graveur, d'autres disent chez un prêteur de livres, où il aurait pris le goût des images. Quoiqu'il en soit, il est certain que la vocation qui devait le rendre illustre, se révéla chez lui dès ses plus jeunes années. A 18 ans, il abandonna le métier de graveur, et entra dans l'atelier de Katsukawa Shunsho, célèbre imagier, dont les portraits d'acteurs figurèrent à la deuxième exposition des estampes japo- naises du pavillon de Marsan. Au bout de peu de temps, son maître, pour lui témoigner sa satisfaction, l'autorisa, suivant l'usage des peintres japonais, à prendre, pour former son nom de pinceau, l'un des caractères de son propre nom, et c'est alors qu'Hokusai signe Shunro. L'Exposition des Arts Décoratifs nous montrait quelques estampes de cette époque, des portraits d'acteurs principalement, signés Shunro et où, à travers le type traditionnel de l'acteur de Shunsho, l'on voyait déjà percer la personnalité du peintre, dans une plus grande souplesse des lignes. Il resta dans l'atelier de ce maître jus- qu'en 1784, époque où il se mit en tête, après avoir appris tous les procédés de Shunsho, de vouloir étudier le style classique et traditionnel de Kano. Son maître irrité, le mit à la porte de l'atelier en lui interdisant dorénavant de se réclamer du nom de Katsukawa. C'est alors que le jeune peintre prit le nom de Kusamura Shunro, et annonça au public que le peintre qui signerait ainsi n'appartenait à aucune école. Peu de temps après, il adopte le nom de Sōri, par admiration pour un peintre fameux de

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Hokusai Iris. l'école de Tosa qui portait ce nom, et pendant quelques temps il signe Sori, des compositions, en général dans le style de Tosa. A cette époque, malgré son ardeur au travail et quoique ses dessins fussent déjà très personnels, il n'arrivait pas à gagner de quoi se nourrir et dut se faire marchand de poivre rouge. Il vécut ainsi misérablement, jusqu'au jour où quelqu'un lui demanda une image pour un drapeau, qui lui fut payée deux écus d'or. Cette aubaine redonna du courage à l'artiste et il se remit au travail avec ardeur. De ce moment datent ses premiers surimonos, en largeur. Les surimonos étaient des compositions d'un style en général plus noble ou plus précieux que les estampes ordinaires, tirés avec des raffinements, des tours de force d'impression extrêmes; ils servaient à commémorer un heureux événement, à faire une invitation, à envoyer à l'occasion du jour de l'an, etc., etc. Le premier surimono connu est daté de 1793 et signé Kusamura Shunro. A cette époque de sa vie, Hokusai cherche à apprendre encore de tous côtés, et s'adresse à divers maîtres, jamais satisfait de ce qu'il sait, toujours inquiet d'apprendre du nouveau. Il change plusieurs fois de nom encore. En 1799 il adopte celui de Hokusai Shiunsé qui, mutilé, lui restera définitivement, après qu'il se sera encore fait appeler Raïto, Raishiun, Taïto et Tokitaro Kako. En 1804, Hokusai, à l'occasion de la fête de la déesse Kwannon célébrée au temple de Gokokudji, peignit sur une feuille de papier géante, de 200 mètres carrés, à l'aide d'un balai trempé dans un tonneau d'encre de Chine une figure gigantesque de Dharma; quelques temps après il peignit un cheval monstrueux, dans son quartier de Hondjo et, près du temple d'Ekoïnn, il traça la figure colossale de l'un des dieux du Bonheur, le gros Hotei. Sa renommée grandissait de jour en jour; le bruit de ses exploits vint jusqu'aux oreilles du Shogun qui le manda pour le prier d'exécuter devant lui un de ces tours de force. Hokusai, sans se laisser intimider par la faveur insigne d'être appelé, lui, homme du peuple, auprès du Shogun, étala à terre une grande feuille de papier sur laquelle il traça rapidement quelques traits bleus, puis, ouvrant une cage qu'il avait

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Art et Décoration apportée, il en sortit un coq, dont il plongea les pattes dans la couleur rouge. Posant alors l'animal sur la feuille de papier, il l'y laissa s'y promener un instant, figurant ainsi par les empreintes rouges de ses pattes, les feuilles d'érable, rousies par l'automne qu'emporte dans ses flots bleus la rivière Tatsuta. En 1807, sa collaboration avec Bakin, le célèbre romancier japonais commence, et avec elle, la grande amitié qui devait les unir l'un à l'autre, amitié souvent orageuse et où les brouilles succédaient aux raccommodements. Il est curieux de noter que ces deux grands artistes, malgré leur désir de collaborer et malgré la sympathie intellectuelle qui les poussait l'un vers l'autre, eurent, pendant les cinq ans que durèrent leurs relations, de continuels sujets de discordes, qui semblent bien puérils considérés au point de vue européen. Peu après Hokusai abandonne son nom de Taïto à l'un de ses disciples, Kaméya Saburo, qui plus tard voulut en abuser et essaya de se faire passer, s'étant établi à Osaka, pour Hokusai en personne; sa tromperie fut, malheureusement pour lui, découverte et il ne réussit qu'à se faire appeler « Inu Hokusai », le chien d'Hokusai. C'est dans une lettre d'Hokusai lui-même que Faucon. HOKUSAÏ.

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Hokusai cette anecdote est rapportée, il s'en plaint en écrivant : « On dit que le véritable Hokusai est mort, mais moi, je sais bien que je vivrai jusqu'à cent ans. » En 1813, Hokusai part en voyage et s'établit durant six mois à Nagoya, dans la province d'Owari, chez un de ses admirateurs le peintre Bokusen. Il peignit alors de nouveau un Dharma colossal, digne rival de celui qu'il avait peint quelques années auparavant à Yedo. Mais il devait rapporter autre chose de Nagoya que cette gloire éphémère consacrée par l'enthousiasme populaire. C'est en effet dans cette ville qu'il commença à travailler au premier volume de son chef-d'œuvre : la Mangwa, début d'une série de 15 volumes, dont les publications successives s'échelonnèrent tout le long de sa vie; le quatorzième et le quinzième paraissant même après sa mort. Certains ouvrages européens donnent comme date de l'apparition de ce premier volume 1810, d'autres 1814. Mais la préface de ce premier volume, écrite par Hanshu, indique clairement que le volume fut composé à Nagoya, chez Bokusen; d'autre part, la date du voyage à Nagoya nous est donnée par la publication datée, d'un petit opuscule qui avait paru à l'occasion de la peinture du Dharma colossal, dont nous avons parlé plus haut. Il semble Grues. HOKUSAÏ.

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Art et Décoration Le Grand Pin. (36 Vues du Fuji-Yama.) HOKUSAÏ. donc infiniment probable que la date authentique soit celle de 1813. En 1818, il a repris ses voyages, parcourant l'ancienne province d'Isé, celle de Kii, passant par Osaka, pour arriver enfin à Kioto, l'antique capitale du Japon ancien, conservatrice de l'art classique sous toutes ses formes. Tous ces voyages étaient pour lui des voyages d'études, où tout l'intéressait. Nombre de notes dans les volumes qu'il publiait l'attestent. Il séjournait quelque temps à Kioto, puis retourna dans sa ville natale, Yedo et il continua à travailler avec une inlassable ardeur. En 1828, — il était alors âgé de 68 ans — il eut une attaque suivie d'une paralysie qui ne dura heureusement que peu de temps. Nous ne retrouvons ensuite de date précise que pour un séjour, en 1831 ou 1832, à Shinano, chez l'un de ses élèves, Sankuro, riche fabricant de saké, très lettré et qui aurait été séduit par le prodigieux génie d'Hokusai, lors du passage de celui-ci à Kioto. Hokusai resta chez lui une année entière. Il revint ensuite à Yedo; c'est alors qu'il prit le nom de Manji (le vieillard de dix mille ans) dont il signa plusieurs ouvrages. En 1834 ou 1835, il quitte brusquement la capitale et se réfugie à Uraga, dans la province de Sagami. On ne sait ce qui a pu motiver cette fuite; mais il est certain qu'il se cachait sous un faux nom, venant en secret à Yedo quand il y était obligé. Son retour à Yedo à l'automne de 1838, coïncide avec une famine, restée célèbre dans les annales du Japon, Hokusai ne trouva plus ni éditeur ni libraire; il se mit au travail avec une ardeur incroyable et qui peut confondre, si l'on songe qu'à cette époque il était âgé de soixante-dix-huit ans. Mais il lui fallait de l'argent pour se nourrir et il arriva ainsi, en vendant ses œuvres à des prix dérisoires, à ne pas périr de faim. A peine sorti de cette pénible épreuve, il fut à nouveau frappé à l'âge de soixante-dix-neuf ans par un autre fléau, le feu. Sa maison brûla dans un des innombrables incendies qui dévastaient Yedo perpétuellement et contre

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Hokusai Le Passeur. HOKKAI, ÉLÈVE D'HOKUSAI.

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Art et Décoration Le Martin-Pêcheur. lesquels on n'avait trouvé d'autre moyen de protection que des murs en pierre, séparant en quartier les amoncellements de vieilles maisons en bois et papier, proie facile pour les flammes. Il s'enfuit en toute hâte avec sa fille Oyei, n'emportant que ses pinceaux et perdant dans l'incendie des monceaux d'études qu'il conservait depuis sa jeunesse. D'après un témoin oculaire dont le récit nous est rapporté par M. Revon, « Comme il n'avait plus d'instruments de travail, il cassa une bouteille trouvée dans les décombres, se servant du fond avec nous dans son atelier. Au milieu de sa chambre, un brasier carré qui s'enfonçe dans l'intérieur du plancher et où rougissent quelques pauvres boules de charbon; le vieillard adossé à ce foyer misérable, une couverture de lit sur les épaules, reste penché sur la petite table où il dessine. (Dans sa jeunesse il ne possédait même pas de table et travaillait sur une caisse de riz renversée.) Tout autour, des sacs à charbon vides, des cages de bambous qui ont contenu des gâteaux, de larges feuilles sèches qui ont servi à envelopper des comme tasse à laver ses pinceaux, des tessons comme soucoupe à couleurs, loua une maison à crédit et se consola bien vite de sa misère en se rejetant avec furie dans son art. » Nous empruntons encore à M. Revon cette description de l'atelier de Hokusai faite d'après un dessin vu au Japon et les témoignages de divers contemporains. « Si vous voulez vous rendre compte de ce qu'était alors son existence, cette laborieuse vie d'artiste qu'il avait menée dans sa jeunesse et que sa vieillesse ne faisait que rendre plus ardente chaque jour, pénétrez HOKUSAI

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Hokusai portions de riz et de poisson apportées du restaurant le plus proche, bref, de l'avis de ses contemporains l'aspect d'un cabinet de réserve ou d'un coin aux ordures... Sa fille Oyei travaille avec lui, elle est assise près d'une colonne où vous apercevez dans une boîte à oranges suspendue une statuette de Nchiren, le saint patron de la grande secte bouddhiste à laquelle appartiennent le père et la fille. Ailleurs contre une porte un écriteau vous informe que « Miuraga Hachiemon (nom que Hokusai portait pendant sa retraite à Uraga) refuse de dessiner des éventails aussi bien que les modèles d'élèves. » Son extrême pauvreté provenait certes d'une part du faible prix dont étaient payés ses ouvrages par les éditeurs japonais. Il tirait une certaine vanité de cette pauvreté et c'est aussi à ce dédain des riches et des puissants que peut être attribuée la grande misère dans laquelle il finit sa vie. Une pancarte accrochée dans son atelier prévenait les visiteurs. « Inutile de me faire des courbettes, inutile de m'apporter des présents ». Quand un ouvrage qu'on lui commandait ne lui plaisait pas, pour une raison où pour une autre, aucune puissance au monde, pas plus celle de l'or que celle du Shogun, n'eût pu le contraindre à l'exécuter. Il continua à vivre à Yedo jusqu'à sa mort. Une dernière fois en 1848 il déménage; car c'est encore un trait de caractère à noter chez HOKUSAÏ.