Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Bernard Naudin
- RENÉ JEAN
- Au Salon d'Automne
- ÉMILE SEDEYN
- Planche hors texte:
- Le Tambour
- BERNARD NAUDIN
NOVEMBRE 1912
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
PARIS • 13. RUE LA FAYETTE • Télécopie 139-22
Prix de la Livraison: 2 fr. — Enranger: 2 fr. 50
16e Année, N° 11
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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L’Année parue ...
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Coin d'atelier.
Bernard Naudin
EMANDER à la pointe un procédé de notation plus rapide que la peinture, l'employer a transcrire le côté pittoresque ou idéal des personnes et des choses, enjolivé, transformé par l'œil qui voit les gestes et l'esprit qui compose les scènes, semble avoir été, de tous temps, le désir de nombreux artistes. Les peintres qui, jaloux de donner à leur talent un emploi nouveau, l'essayèrent à creuser le cuivre sont légion; par contre, l'œuvre peint de quelques graveurs se réduit souvent à peu de chose et rares sont, de nos jours au moins,
les artistes qui, conjointement et presque exclusivement, exprimèrent leur pensée par l'eau-forte et le dessin à la plume. De ce nombre, il faudra compter, si de nouvelles fantaisies ne le détournent du sentier où, d'un pas allègre, il s'est engagé pour notre joie, M. Bernard Naudin, dont on pourrait faire suivre le nom des qualificatifs: graveur et illustrateur.
Illustrateur et graveur, il l'est au premier chef, et, chose curieuse, il transcrit, — d'une façon générale, car toute classification est arbitraire qui veut s'enfermer dans des limites étroites, — les deux ordres bien distincts de sujets qui l'attirent, l'un par la gravure, l'autre
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Art et Décoration
Paganini. Appartient à M. Armand Parent.
par la dessin à la plume. A l'aide de la première, il fait surtout vivre un monde fantastique de gueux et d'infirmes; le second est le moyen dont il retrace les élégances qu'il rêve, ou évoque le monde mystérieux de la musique et du songe. D'une part, il décrit les misères et les joies d'habitants de lointaines cours des miracles, de l'autre, il retrace les images qu'éveillent en lui le monde harmonieux des sons et les œuvres littéraires.
Certes, le pittoresque des guenilles, le geste sournois des mains tendues dans l'imploration de l'aumône, la hideur des plaies plus ou moins simulées qui attendrissent le passant, des béquilles qui l'apitoyent, tout ce qu'il y a de mélancolique et de cruel, de pitoyable et
de repoussant dans la foule bigarrée qui grouille aux confins des couches sociales, agitée des mêmes passions qui aiguillonnent les autres hommes, connaissant aussi la haine, la jalousie, l'envie, buvant, mangeant et aimant avec frénésie, tous ces êtres si pareils et si différents ne sembleraient pas devoir attirer d'autres regards que ceux du sociologue effrayé de leurs vices, ou du philanthrope avide de les secourir. Et cependant, la verve attendrie des artistes descendit souvent jusqu'à eux. Les miniaturistes du moyen âge en ont fixé l'aspect sordide, les réalistes flamands ont noté la vulgarité de leurs gestes, Callot a laissé le souvenir de ruffians désinvoltés, gens de corde autant que gens de guerre qui gardent l'ampleur des gestes de la théâtrale Italie jusqu'au pied du gibet où leur corps doit, sinistre, se balancer aux vents d'orage.
Mais ce ne sont pas les bandits, non plus que les mendigots du dessinateur lorrain, factices et agaçants un peu, que M. Bernard Naudin présente. Ce ne sont pas non plus tout à fait les fruits de son imagination que son burin se plaît à évoquer. Ces gueux,
Naudin les a vus dès son enfance, campant auprès de la maison paternelle, apparaissant, implorant, rôdant autour du toit qui abrita ses premières années, non loin de Châteauroux, et sur la grande route qui conduit en Espagne. Cette roulotte, centre d'un groupe pittoresque qu'il a pris plaisir à dessiner: aïeule appuyée sur la porte, nain difforme et débonnaire, grand diable indolent la cigarette aux lèvres, guitariste imberbe assis auprès d'une jeune fille nonchalante, mère éveillée, proche sœur d'une Espagnole de Regnault, tenant un bébé et surveillant du coin de l'œil un autre bambin en chemise qui regarde étonné, cette roulotte, foyer de toute la bande réunie là, s'est arrêtée quelque soir à sa porte. Cet
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Bernard Naudin
orgue de barbarie, accompagné d'un maigre violoniste, suivi du cortège pitoyable du gosse au berceau, de la fillette adorable dans ses guenilles, du bambin chargé d'une besace, en un mot, du cortège de tout ce qui peut attendrir le passant et lui faire ouvrir sa bourse, est venu na- siller quelque air vieillot sous ses fenêtres. Et c'est pourquoi l'allure hypocrite du chemineau, son geste menaçant le bourgeois qui refuse d'accéder à sa demande, son regard fureteur éveillé vers la rapine possible, tout cela est saisi, noté en traits malicieux et sympathiques. Car, certaines impressions des jeunes années, lorsqu'elles frappent l'esprit, s'y gravent et y restent ineffaçables et toujours présentes. Telle, chez M. Bernard Naudin, la hantise de ces êtres qu'il vit de si près autrefois: hommes en haillons sordides, femmes échevelées au regard hardi, mioches dépenaillés et importuns, veillards édentés, dont il s'essayait alors à pénétrer la vie et à connaître les pensées. Aussi, croit-il n'ignorer rien de leurs intimités, et va-t-il jusqu'à décrire les drames familiaux qui les divisent. Il nous montre la Jalousie levant la béquille du mari outragé au-dessus de la tête du cul-de-jatte séduc-teur, dans une de ces planches, exception jusqu'ici dans son œuvre, où une action violente s'introduit.
Car, une des caractéristiques du talent de M. Naudin, c'est la bonhomie. Aucun des monstres qu'il dessine, aucun des êtres équivoques qu'il fait vivre, n'est vraiment inquiétant. Tous ces deshérités semblent accepter leur sort sans révolte, se
Le Tambour.
Appartient à M. Peignot.
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Art et Décoration
Extrait de "l'Assiette au beurre".
complaire même dans l'existence que le destin leur a assignée; le vieillard chenu qui joue de la vielle, un chien à ses pieds, paraît satisfait de son sort, comme si sa vie s'était toujours écoulée bercée par l'harmonie souveraine du monde des sons que ses doigts éveillent.
Comment s'étonner alors que Naudin, poursuivant la tendresse, la bonne et douce tendresse qui chasse la douleur, ait tenté, lui aussi, de rajeunir et d'interpréter quelque thème divin de la légende évangélique, qu'il ait rêvé d'en retracer des épisodes attendrissants et qu'il nous ait donné cette si curieuse Vierge aux gueux,
allaitant son fils, sous les regards de gueux placides, l'un fumant sa pipe, l'autre puisant dans l'écuelle posée sur ses genoux, tandis qu'une vieille tient un bambin et que deux gosses insupportables se battent et se prennent aux cheveux. Gueux compatissants sans aucun doute, mais que n'étonnent ni n'émeuvent la faiblesse et la nudité de l'Enfant-Dieu.
Celui-ci ne leur apparaît pas différent des fils qui naissent de leurs amours. Ils n'ont pas le pressentiment des grandes choses qu'il vient apporter au monde, des grandes lois qu'il vient lui dicter, des exemples qu'il lui donnera. Ils ignorent qu'ils ont auprès d'eux le foyer sacré qui rayonnera avec une telle intensité que le désespoir des hommes se tournera vers lui au cours des siècles pour y chercher une raison de vivre encore et de lutter. Pourtant, dans cette scène quasi-romantique, la Mère très douce, la Vierge Divine, que les ans dressèrent aussi sur les autels et adoreront, garde un rayonnement infini. Rien n'est plus idéalement pur et doux que l'ovale rêveur et triste de son jeune visage et telle on la retrouve, dans une autre gravure, lorsqu'au pas monotone de l'âne que guide le charpentier Joseph, elle enveloppe, dans les plis larges de son manteau, d'un geste résigné et confiant, le petit être vagissant qui doit, demain, saigner sur le monde et le régénérer.
Et, c'est maintenant l'heure du sacrifice. Parce qu'il s'est donné entier à ceux qui souffrent, parce qu'il a pris sa part des humiliations de tous, l'humiliation et la souffrance de Jésus
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Bernard Naudin
Programme pour une séance de musique du XVIIIe siècle.
Appartient à M. Paul Poiret.
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Art et Décoration
Faire-part de naissance. — Collection de M. Ecorcheville.
seront plus grandes que celles d'aucun autre. L'arbre d'ignominie, qui sera demain l'arbre de gloire, est posé sur le sol, et Naudin, dans une vision de cauchemar, montre le Christ, victime magnanime, s'étendant sur le bois où son sang divin va couler. Bourreaux et soldats, bons et mauvais larons attendant leur heure, entourent Jésus dont le visage, déjà, a revêtu le calme mystérieux de la mort. Les lourds marteaux vont percer les membres, la lance va ouvrir le flanc sacré. Et ce sont des ricanements et des ironies qui président à la scène grandiose qui va changer la mentalité d'une partie du monde !
Tel, a première vue, c'est à l'art de Goya que le talent de Naudin s'apparente; ses fillettes surtout, avec leurs yeux étonnés et leur allure attentive retrouveraient des sœurs très proches parmi celles que burina l'illustre auteur des Caprices, mais ce rapprochement n'est que superficiel. Le crayon de Naudin n'a rien de vindicatif ni de cruel, il n'atteint pas non plus à la grandeur épique de certaines scènes de Goya. L'obstacle sur lequel l'artiste espagnol fonce tête baissée, Naudin le contourne avec un geste élégant: il est fils de cette terre de France, sceptique et railleuse, qui vit éclore l'Embarquement pour
Ex-libris.
FRANÇOIS PONCETTON
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Bernard Naudin
Appartient à M. le Docteur Poncetton.
Musique de Rameau.