Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Jeanne Simon
JEAN-LOUIS VAUDOYER
- Un Musée de la Médaille au Petit Palais
CHARLES SAUNIER
- L'Architecture aux Salons
M. P.-VERNEUIL
- Nils Kreuger
ÉTIENNE AVENARD
- Planche hors texte:
Portraits
JEANNE SIMON
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AOÛT
1910
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFOYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr. — Etranger : 2 fr. 50
14e Année, No 8
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
ÉTRANGER . . . 25 francs
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L’Année parue ...
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Jeanne SIMON
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n peut croire, sans pour cela faire preuve d'originalité, que certaines époques ont eu, plus que la nôtre, en art et en littérature, le souci de l'unité. Souci? ou résultat d'une harmonie naturelle? Tantôt l'un, tantôt l'autre: ici, aux plus belles époques, une sécurité générale; là, aux moments les plus émouvants, une inquiétude, si l'on peut dire, disciplinée. La rose des vents, d'après laquelle travaillent les girouettes, a trente-deux divisions. A quel nombre s'élèveraient les divisions de la rose idéale et confuse qu'un patient, laborieux héros, consacrerait aux vents innombrables qui tentent et séduisent les peintres contemporains? Tous ces groupes, qui nous apparaissent si contradictoires, ennemis, sembleront peut-être, dans un demi-siècle, plus joints que nous le pouvons voir. Cependant quelle liaison saurait-on découvrir, par exemple, entre les artistes charmants et pleins de goût qui viennent de Whistler, et ceux plus farouches, aux créa-
Chicl Crevane
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L'exposition de la Société Nouvelle est une des mieux élevées de l'année. Si tout y plaît, rien n'y offense, rien n'y trouble. Tout le monde y sait ce qu'il veut dire, le dit, et quelques-uns, parfois, trop souvent le redissent. Presque tous les meilleurs peintres de notre temps font partie de la Société Nouvelle. M. Besnard, en tête, y conte ses rêves de poésie orientale, et y épanche son sentiment si parfumé du luxe féminin; M. Le Sidaner y fait flotter, dans des brumes sentimentales, des paysages en retrait de la vie; M. J.-E. Blanche y fait succéder chaque année quelque beau portrait d'homme, peint avec malice et intelligence, tandis qu'à côté de lui M. de la Gandara y montre des robes magnifiques, décrites avec l'amour scrupuleux que Van Huysum et Kalff apportaient à représenter des fruits ou des bouquets.
Puis, près de ceux-ci, qui sont, en somme, complexes et raffinés, voici les paysagistes sincères et directs, le plus souvent fervents des ciels bretons: MM. Cottet, Dauchez, Prinet, enfin M. Lucien Simon.
C'est par lui que l'artiste dont nous avons à parler sera introduit dans ce petit Salon.
Portrait de Mme A. D...
tions fulgurantes, qui ont cherché chez Cézanne et Van Gogh leur courageux enseignement?
Il faut réduire ses ambitions, et, renonçant sans regret à un regard d'ensemble, se contenter de choisir, dans ce costume d'Arlequin, un, deux ou trois petits losanges.
Aujourd'hui, bien que l'artiste qui nous occupe n'y figure point, nous choisirons la Société Nouvelle. Il serait bien étonnant, d'ailleurs, que Mme Jeanne Simon, n'exposât pas à la Société Nouvelle, d'ici quelques années. Elle a presque toutes les qualités qui séduisent et retiennent chez la plupart des peintres qui sont réunis là.
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Left Panel
1905/4 Simon
Mme Jeanne Simon et M. Lucien Simon [y « feront pendant »], a ce ménage de peintres: M. et Mme Duhem, qui présentent avec conviction et modestie des paysages toujours flamands et toujours amortis. M. Lucien Simon est sans doute le plus sain de nos peintres, à présent. Et nous supplions qu'on ne donne point ici à ce mot santé une insupportable intention morale. Il s'agit beaucoup moins, dans notre pensée, de l'inspiration ou du sujet des œuvres de M. Lucien Simon, que de la façon dont elles sont peintes. Le métier de M. Lucien Simon est
Mes enfants.
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sain à la façon dont est sain le métier de Baudelaire, à la façon aussi dont manque de santé le métier de M. René Bazin. Santé ne veut pas dire vertu. Il va de soi que cette santé de métier sert et enrichit l'émotion que ce métier exprime. Il n'y a pas d'œuvre de M. Simon devant laquelle on se puisse soustraire à l'évidente poésie que décèle tout penchant d'artiste, quand il est naturel et avoué.
Mais peut-être, cette poésie, chez M. Lucien Simon, ne va-t-elle pas beaucoup plus loin. Ses portraits à accessoires ou ses décorations se con-
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ou le bien peindre n'est pas la cause, mais le moyen.
En parlant de l'art de M. Lucien Simon, nous n'avons pas le sentiment de nous écarter de notre sujet, qui est l'art de Mme Jeanne Simon. Ce peintre charmant et sensible ne nous en voudra pas de dire que parler de l'un c'est déjà parler de l'autre, car nul élève, plus que Mme Simon, n'eut un maître aussi permanent.
Dans ses portraits, Mme Simon s'efforce à dépasser la simple constatation. L'une de ses tentent presque toujours d'être lumineux, gais et véridiques. On aimerait que le cœur, plus souvent, vint y pousser la main. De nos jours, les portraitistes ne sont pas assez ambitieux; les paysagistes ne le sont pas non plus, d'ailleurs, et on peut leur adresser le reproche que l'on adressait jadis aux poètes parnassiens. On disait à ceux-ci qu'ils ne se souciaient que de la forme. Ne pourrait-on pas dire aux peintres que le métier seul les occupe? Cette préoccupation du métier n'est pas exagérée si elle va de front avec les préoccupations intérieures. Les beaux portraits ne sont pas seulement beaux parce qu'ils sont bien peints. Nous répétons là un truisme. Le portrait que Holbein a fait de sa femme et de ses enfants; celui de l'Anglais, au Pitti, par Titien; celui de Mme de Calonne, par Ricard, nous remplissent d'émotion et de rêve pour des qualités meilleures œuvres est la grande aquarelle reproduite ici ou, devant une cheminée dont les accessoires comptent plus qu'une nature-morte, deux fillettes posent gentiment devant un peintre, qui, assurément, les connaît fort bien. Ces jeunes modèles, pleins de confiance, ont livré à l'affectueuse sollicitation de l'artiste la petite confidence de cœurs innocents mais déjà caractérisés. S'il est vrai qu'on puisse dire que toute œuvre de femme est une œuvre d'amour, jamais cette vérité ne fut plus évidente qu'ici. Les lingeries des robes et du napperon, les faïences et les peintures claires ajoutent encore à l'impression très pénétrante de fraîcheur, de candeur dont cette œuvre est toute remplie. Nous nous attardons à parler d'elle parce qu'elle nous semble être la meilleure représentation du talent de Mme Simon, moins peut-être, cependant, que le grand panneau
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si baigné d'espace que le peintre exposait naguère à l'exposition de la Peinture à l'eau.
On y voyait de vives adolescentes courir au milieu d'un paysage blanc, tout illuminé de printemps, et auquel cette phrase du Visage émerveillé aurait convenu à merveille : « Aujourd'hui, tout est trop beau dans l'air, et léger, jeune, joyeux, tintant, enivré, comme serait une cloche d'argent, couronnée de roses et reluisante de rosée ».
Dans notre souvenir, la disposition de cette œuvre tout à fait jolie se confond un peu avec la disposition d'un des trois panneaux que M. Lucien Simon montrait cette année au Salon. Rencontre qui tient aux modèles, au décor, qui sont les mêmes pour les deux artistes, mais qui tient aussi à des penchants identiques. Il faut dire — bien que ces derniers temps on ait abusé de ce mot — que le talent de M^ Lucien Simon est de nature essentiellement « française ». Le sentiment, chez elle, est naturel, direct et l'exécution a une probité, une simplicité qui ne cherche ni à duper, ni à éblouir. Enfin, cet art est très français également par son absence à peu près complète de volupté. M^ Simon, lorsqu'elle peint un bouquet, est plus sensible à la grâce de sa couleur qu'à la persuasion toute sensuelle de son parfum. Cette sorte de sang-froid nous est très particulière. Sauf Lorrain et Watteau, quel est le peintre français qui nous fait éprouver cette fèvre confuse,
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Petite Bretonne.
tinctif, et de nul livre le littérateur est plus absent. Nous espérons ne pas froisser M^ Simon bienheureuse, généreuse, que l'on ressent presque aussitôt devant un Titien, un Vermeer ou un Velasquez ? Ricard, peut-être, que les gens compétents méprisent, parce qu'il a été « trop influencé par les vénitiens ». Mais les portraitistes du xvi^ siècle, et Chardin, et Corot sont de meilleurs représentants de notre sensibilité. Leur discrétion est permanente et leurs aveux très mesurés. Ils expriment sans violence et presque sans mensonges ce que la nature leur propose. M^ Lucien Simon, dans son petit domaine, s'applique à cette sagesse et à cette sincérité. Qu'on ne lui demande pas une élégance à la Van Dyck, où la convention mondaine s'élève au style ; qu'on ne lui demande pas les ferveurs tourmentées d'un Greco ; ni non plus le luxe calme et puissant d'un Ingres. Mais on trouvera aisément derrière sa modestie une conviction persuasive, une sorte d'émotion limpide qui a aussi sa noblesse. Nous pensons parfois, devant certaines de ces œuvres, au Manuscrit de ma mère, que Lamartine publia vers la fin de sa vie, et qui était le pur journal d'une belle existence. Involontairement, M^ de Lamartine savait toucher en employant les moyens les plus nus. Jamais elle ne forçait un talent tout ins- en disant que son talent de peintre nous semble également involontaire, également ins-
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Jeanne Simon
Annonciation.
tinctif, et que nous nous la représentons, dans l'atelier familial, peignant sans prétention, sans virtuosité, des toiles qui sont, comme le sont les pages de Mme de Lamartine, le journal de sa vie d'épouse et de mère.
En regardant les visages purs et gracieux des enfants, des aïeules et des paysannes qui illustrent ces pages, on remarquera le goût que Mme Simon révèle pour les regards où le mystère naît d'une grande transparence. Ces yeux à l'eau si bleue, comme vacillante, où la prunelle semble arriver du fond du ciel, pareille à un oiseau, ce sont les yeux qu'on imagine à Nausicaa, à Melisande. Pureté délicieuse, attachante, efficace à laquelle le sentiment féminin mieux que le nôtre devait être sensible. Ces yeux si aérés que Mme Simon répète d'œuvre en œuvre sont sa meilleure signature: de même certains primitifs italiens répètent de tableau en tableau, une grappe, un pinson ou une tige d'ancolie.
A ces mêmes primitifs, Mme Simon emprunte, moins involontairement peut-être, le sentiment de ses tableaux religieux.
Pour les traiter, Mme Lucien Simon ne s'embarrasse pas de modèles rares, aux types singuliers; elle ne recherche pas non plus les costumes éclatants qui enchantaient Véronèse; elle dédaigne toute la friperie archéologique. Ses anges et ses saintes ont des allures paysannes, et, vêtus de capes de lin, de pauvres tuniques, c'est par le seul recueillement de leur attitude et de leur regard qu'ils nous avertissent de leur pieuse mission. Le décor de ces scènes religieuses est également très quotidien. Ni architectures pompeuses, ni crèches « pittoresques », mais la chambre d'une humble ferme, dont la porte ouverte laisse voir un jardin modeste, où les fleurs ne sont pas glorieuses. On imagine que l'Eglise habillée de feuilles, où prie Francis Jammes, est dédiée au culte ingénument chrétien que célèbre Mme Jeanne Simon.
Ce sont des Nativités familières, de paisibles Annonciations où le Petit Jésus et la Sainte-Vierge sont peints comme on les raconte aux
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Les deux sœurs.
enfants. Mais quelle poésie atteint plus sûrement que celle qui naît d'un berceau qu'une mère balance? Ces grandes images pieuses, de même que les chansons de la nursery, ont leur refrain: des blancs légers, conventuels, qui contraignent toujours à l'impression de pureté. Et c'est ce mot: pureté qu'il faut bien redire en terminant ces quelques appréciations hâtives; pureté parente de celle qui n'est jamais tout à fait absente des toiles de M. Lucien Simon. Mme Simon la désigne peut-être avec plus de légèreté et plus de grâce que son maître, mais avec une assurance moindre, de même que l'eau épure, mais amollit ce qu'elle réfléchit.
JEAN-LOUIS VAUDOYER.
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Médaille de Cecile de Gonzague
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PISANELLO.
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UN MUSÉE DE LA MÉDAILLE
AU PETIT PALAIS DE LA VILLE DE PARIS
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I est des monuments favorisés. Lors de son inauguration, en 1900, le Petit Palais servit d’écrin aux richesses d’art disséminées par la France. Quand ces trésors eurent repris le chemin des cités provinciales, la donation Dutuit vint juste à point pour contrebalancer l’impression produite en ce lieu par les acquisitions critiquables faites, en œuvres modernes, par la Ville de Paris. Du fait de la donation Dutuit, le Petit Palais pouvait, entre autres merveilles, montrer une collection de monnaies antiques de toute beauté et de précieuses médailles de la Renaissance. Mais là s’arrêtaient ses séries numismatiques. Elles vont, depuis quelques jours, jusqu’à la période contemporaine grâce au conservateur du Musée, M. Henry Lepauze, dont l’activité a provoqué des dons importants qui ont permis de constituer au Petit Palais, tant en épreuves anciennes, qu’en frappes modernes de la Monnaie, une collection de médailles françaises, caractéristiques de chaque époque.
Les principaux donateurs ont été, pour la partie ancienne, Mme Jeanne Paquin et M. Piet-Lataudrie, le fin collectionneur dont M. Roty fixa naguère dans le bronze la figure intelligente ; pour la partie moderne, les descendants de Jean-Jacques Barre, graveur général des monnaies sous Louis-Philippe et de ses fils, Auguste et Albert ; l’architecte Oudiné, fils de E.-A. Oudiné ; les héritiers de Depaulis, d’Ernest Dubois et de son fils Alphée, de Daniel Dupuis. En ce qui concerne Ernest Dubois, les Barre et Oudinée, le Petit Palais sera désormais l’unique lieu où ces artistes pourront être étudiés : puisque, exposés conjointement avec des œuvres définitives, des cires, des poinçons, des matrices, révèlent les secrets de leur technique.
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Pisanello par-lui même (?).
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