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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne 1908 1er Semestre --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne 1908 1er Semestre --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
Art et Décoration
Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne Publiée sous la direction de: - MM. VAUDREMER, GRASSET, - J.-P. LAURENS, FREMIET, ROTY, L. MAGNE, L. BÉNÉDITE, - ROGER MARX, DAMPT --- Janvier - Juin 1908 Tome XXIII Emile Levy, Éditeur Librairie Centrale des Beaux-Arts 13, Rue Lafayette, 13 Paris
Le Procédé de Gravure en trois Couleurs L'art de l'illustration en couleurs, qui a pris depuis quelques années un développement si considérable, est un art tout récent dans ses applications pratiques. Déjà, il y a une trentaine d'années à peine, la photogravure au trait, puis la similigravure permettant de graver mécaniquement des dessins au lavis, avaient révolutionné l'art du livre. La gravure sur bois, seule usitée jusque-là pour traduire les compositions des artistes illustrateurs, se voyait peu à peu délaissée pour un procédé moins artistique, cela est certain, mais aussi infiniment moins coûteux tout en étant plus rapide. Les livres illustrés se multiplièrent dès que ces procédés nouveaux permirent d'y répandre, avec
LE DESSINATEUR une profusion économique, les illustrations qui leur donnaient un charme jusqu'alors inconnu. La couleur, peu à peu, se fit timidement jour. Et aux environs de 1880, nous en voyons les premiers essais. Gillot, le graveur à qui la photogravure doit tant, nous montre, à cette date, plusieurs livres illustrés et gravés en couleurs; deux furent ornés par Grasset de compositions d'un aspect tout nouveau, et leur apparition doit faire époque, un peu, dans l'histoire du livre. Le petit Nab nous présente des débuts encore maladroits quoique intéressants; ensuite, la belle édition des Quatre fils Aymon, qui est restée célèbre, nous montre le procédé qui prend peu à peu confiance en ses forces, et découvre les ressources nouvelles qu'il renferme en lui. Mais en l'état de la photogravure, et quoique ce procédé nouveau reçut rapidement des améliorations, les limites qui lui étaient assignées furent en peu de temps atteintes. Ce n'était d'ailleurs pas encore un procédé direct de gravure en couleurs. Pour celle-ci, l'idéal non encore atteint, était de pouvoir arriver, par une succession d'opérations photographiques et mécaniques, à reproduire tout dessin rehaussé, toute aquarelle, toute peinture présentée, avec le moins d'intervention possible de la main du photograveur. Or, le procédé employé alors était bien loin de ce résultat. Il consistait en ceci : L'artiste faisait de sa composition un dessin au trait, à la plume, sur papier blanc. Le photograveur en faisait un cliché au trait ordinaire, et en tirait des épreuves, qu'il donnait à l'artiste ; celui-ci, sur ces épreuves, faisait son aquarelle, laquelle devait être de toute nécessité simple, et présenter surtout des à plats. D après cette aquarelle, mais non plus photographiquement, le graveur gravait des planches de grains et d'à plats, chaque planche comportant une des couleurs du dessin. Il y avait ainsi le cliché de bleu, celui de jaune, de gris, etc., dans lesquels le graveur, avec ses moyens bien primitifs et de peu de ressources, en somme, s'efforçait de renfermer la quantité de bleu, de jaune, de gris indiquée par l'artiste. Il le faisait au moyen de grains plus ou moins serrés, plus ou moins denses, grains de résine lui permettant ainsi quelques valeurs différentes. Des superpositions de grains ou d'à plats formaient des teintes composées : le bleu et le jaune, en quantités variables, faisaient des verts, etc. Mais avec ces moyens très primitifs, les ressources, encore une fois, étaient précaires, et restaient bien loin des résultats que l'on obtient si aisément aujourd'hui. Ceux-ci ne purent être atteints que grâce à une méthode scientifique reposant sur des données entièrement nouvelles. C'est de celle-ci que nous allons nous occuper aujourd'hui. Pour exposer cette méthode, il faut que nous parlions, très rapidement d'ailleurs, de
LE PHOTOGRAPHE la lumière et de sa composition optique. Nous tâcherons de le faire simplement. On se souvient de l'expérience de Newton, qui montre cette composition, et analyse la lumière solaire, ou lumière blanche. Dans une chambre obscure, on fait tomber sur un prisme de cristal un rayon lumineux. Celui-ci sort dévié du prisme et va se projeter sur un écran blanc. Mais en déviant, le rayon lumineux se disperse, en quelque sorte, et se divise en rayons diversement colorés, reproduisant les colorations de l'arc-en-ciel. Ces colorations, immuables, présentent six groupes principaux de rayons colorés : les rayons violets, bleus, verts, jaunes, orangés, rouges, qui sont les composants de la lumière blanche. On peut s'en assurer en faisant l'expérience contraire ; et, après avoir fait l'analyse, on peut procéder à la synthèse. On recueille pour cela chacun des six rayons principaux sur un petit miroir distinct, et ces six miroirs sont inclinés de façon à réfléchir leurs six rayons colorés au même point d'un écran blanc. On y observe alors la reconstitution de la lumière blanche, obtenue par la fusion des six rayons colorés. Donc, cette lumière blanche est formée par la réunion de rayons violets, bleus, verts, jaunes, orangés et rouges. Parmi ces six couleurs, l'expérience nous montre que trois ne peuvent en aucun cas être recomposées par le mélange d'autres tons, quels qu'ils soient. Ces trois couleurs pures ou primaires, sont : le bleu, le jaune et le rouge. Par contre, l'expérience nous montre que les trois autres couleurs du spectre peuvent être recomposées par le mélange deux à deux des trois primaires. C'est ainsi que le mélange du bleu et du jaune donne le vert ; que le mélange du jaune et du rouge donne l'orangé, et qu'enfin le mélange du rouge et du bleu donne le violet. Ces trois couleurs, le vert, l'orangé et le violet, produites par le mélange deux à deux des trois primaires, sont appelées des couleurs binaires. Ces trois couleurs binaires, d'ailleurs, n'existent pas seules dans le spectre. Celui-ci contient toutes les nuances intermédiaires des tons francs se fondant peu à peu l'un dans l'autre. Ainsi, partant du rouge et allant vers le bleu, nous trouvons successivement : le rouge, le carmin, le pourpre, le violet, l'outremer et enfin le bleu, sans compter aussi leurs intermédiaires. Ces tons sont tous formés par les deux primaires, le rouge et le bleu, se mélangant en proportions variables ; le rouge dominant dans le pourpre, alors que c'est le bleu qui domine dans l'outremer. Revenons à ce que nous disions plus haut, à savoir que le mélange en proportions convenables des six couleurs du spectre, c'est-à-dire des trois primaires et des trois binaires, reconstitue la lumière blanche. Nous avons vu que les binaires sont intermédiaires entre les primaires, et formées par le mélange de celles-ci. On comprendra donc facilement que, supprimant les binaires et ne laissant subsister que les primaires qui les composent, on puisse dire

Art et Décoration est une revue mensuelle d'art moderne. Ce volume couvre le premier semestre de l'année 1908, de janvier à juin. La publication est dirigée par plusieurs personnalités artistiques renommées.