Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Annie French M. P.-VERNEUIL - La Sculpture aux Salons JEAN LARAN - L'Art Décoratif au Salon des Artistes Français M. P.-VERNEUIL - Planche hors texte : Aquarelle ANNIE FRENCH --- JUIN 1907 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LOFOYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr — Etranger : 2 fr. 50 11e Année, N° 6

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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Annie French LORSQUE dans un précédent article nous parlions de l'École d'art de Glasgow, nous nous plaisions à remarquer la très grande originalité de plusieurs des artistes écossais. Miss Annie French, avec Miss Jessie King dont nous aurons à reparler plus tard, nous donne, dans ses dessins, la preuve de cette personnalité évidente. Nous allons examiner quelques-unes de ses œuvres ici. Miss Annie French est, parmi les artistes de Glasgow, l'une des mieux douées, et chez qui cette personnalité acquiert le plus de charme. Charme étrange, sans doute, un peu maladif, peut-être, mais charme certain, cependant. Nous ne sommes pas très sûrs, devant un dessin de cette artiste, d'en bien comprendre toutes les formes ni toutes les intentions. Mais la fantaisie y règne en maîtresse absolue, et cette sorte d'imprécision nous permet de rêver plus longtemps, et de substituer en partie notre compréhension à la sienne. Qu'avons-nous besoin d'en connaître le sujet précis, ni même d'en lire le titre? Ils nous généreraient plutôt, MISS ANNIE FRENCH

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Art et Décoration Dessin à la plume. MISS ANNIE FRENCH car ils seraient naturellement une limite à notre libre esprit, et à la fantaisie de compréhension qui vient interpréter les formes en complétant pour nous l’œuvre de notre artiste. Ses personnages sont des personnages de féerie, un peu, fort irréels, fort loin de la nature, mais n’en ayant que plus de charme pour nous. Y a-t-il des corps sous ces robes ballonnées? Que nous importe? L’art de Miss French ne comporte pas en soi une forte science de dessin; mais une personnalité, un sens artiste d’une acuité extrême, et un sentiment ornemental très développé. C’est un art d’arabesques, un peu calligraphique sans doute; et la facture bizarre de ses dessins rehaussés d’aquarelle, ces pointillés pressés et variés, ajoutent encore à l’intérêt et à l’étrangeté de ses œuvres. Qu’il y ait là une influence certaine d’Aubrey Beardsley, nous n’en pouvons douter. Mais le sentiment propre à notre artiste a su la garder du plagiat; il y a influence, sans doute, mais non imitation. Plus sensible dans certaines compositions, elle l’est moins dans d’autres. Et si nous la trouvons évidente dans le dessin à la plume où une procession de jeunes filles se déroule, portant des tiges fleuries, nous ne la devinons guère dans cet autre, que Dessin à la plume. MISS ANNIE FRENCH EX LIBRIS James Weir French.

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Annie French Aquarelle. MISS ANNIE FRENCH nous montre la dernière page, et où la fantaisie de Miss French s'est donné libre cours. C'est une jeune mariée, sans doute que nous voyons ici. Vêtue et couronnée de blanc, un gros bouquet blanc à la main, un voile très ample et très ouvrage la recouvre, parsemé lui-même de nœuds énormes et de fleurs, semblables à de gros papillons volant autour d'elle. Des fleurs encore jonchent le parquet. La facture, la multiplicité des détails, imprécis cependant, donnent à l'ensemble un grand caractère de préciosité, dont notre reproduction ne donne ici qu'une idée vague. C'est un personnage de légende, mais de légende moderne, cependant. Les personnages de notre artiste sont de notre temps, mais semblent habiter un pays à part, extrêmement raffiné dans ses mœurs, dans ses agissements et dans ses costumes. Tout aussi étrange est l'accoutrement de la cueilleuse de cœurs que nous montre le dessin rehaussé d'aquarelle reproduit ici en couleurs. Une vaste robe noire, qui s'étale en cloche sur le sol, est recouverte en partie par un voile de dentelle. D'autres voiles, une écharpe bleue, des bijoux, complètent le costume. Dessin à la plume.

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Art et Décoration Dessin rehaussé d'aquarelle. On ne voit pas de suite où finit la robe ni où commencent le sol, le paysage. Mais l'ensemble nous charme par son étrangeté, par la sensation de non vu que nous éprouvons. Peut-être n'est-ce pas là ce que l'on est convenu d'appeler du grand art. Mais c'est de l'art, cependant, et cet art nous plaît. Que peut-on lui demander de plus. Je ne crois pas que Miss French ait eu déjà le plaisir d'orner un conte, de composer l'illustration d'un livre. Cela serait cependant d'un haut intérêt. Et certains textes de Maeterlinck, par l'imprécision même de leur époque, du lieu où se passe l'action, conviendraient à merveille à son beau talent de décorateur. Elle prêterait à ses personnages l'étrangeté et la grâce de son art, tout en conservant le caractère indécis et flou de leur personnalité physique. Il y aurait là une expérience artistique extrêmement intéressante à tenter, et à laquelle Miss French se prêterait assurément avec le plus grand plaisir. Peut-être nous sera-t-il donné un jour de la voir orner de figurines délicates Aglavaine et Sélysette, Pelléas et Mélisande ou la princesse Maleine. C'est d'ailleurs là, je crois, l'un des secrets désirs de notre artiste. M. P.-VERNEUIL.

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LA SCULPTURE AUX SALONS --- Le visiteur le moins averti, quand il entre au Grand Palais par la porte de l'avenue d'Antin, est traité vers l'Homme qui marche, de Rodin, placé au centre de la rotonde. Un torse magistral planté sur deux jambes robustes comme des piliers est porté en avant d'un mouvement lent et assuré. C'est un de ces motifs qui obsèdent Rodin, qu'il modifie, abandonne et reprend sans cesse. Il a pris forme, il y a près de trente ans, dans le Saint Jean Baptiste ; puis, plus ample et moins contourné, dans cette belle étude en plâtre qui était destinée au Victor Hugo debout du Panthéon. Il reparait avec de nouvelles variantes dans ce fragment aux reliefs magnifiques, qui absorbent ou laissent ruisseler cette lumière dont Rodin semble être le maître tout-puissant. Que l'amplification des formes par lesquelles "Jeunesses". Fontaine. MAX BLONDAT

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Art et Décoration Eve. l'artiste obtient ces effets saisissants n'aboutisse pas parfois à une orographie suspecte, que certaines collines et certains ravins soient indiscutables, c'est ce que l'on n'oserait d'ailleurs affirmer. Les genoux, par exemple, ne paraissent point avoir beaucoup gagné aux épanchements de synovie qui les agrémentent On n'oserait pas soutenir davantage que le public a tort de s'étonner et de sourire devant cet aspect de faux débris archéologique que le sculpteur nous impose une fois de plus. Pourquoi Rodin a-t-il violemment arraché le cou et les épaules, et s'est-il acharné à coups de planches sur le dos? Mais pourquoi aussi cet Homme qui marche ne marche-t-il pas et repose-t-il d'un poids écrasant sur ses deux talons? Se serait-il arrêté entre deux enjambées pour s'offrir à notre admiration ? Rencontre-t-il un obstacle qu'il pousse d'un effort tranquille et irrésistible? Autant de questions auxquelles il ne faut pas trop s'arrêter quand on sait combien Rodin, tout à ses combinaisons de formes sublimes, fait bon marché de ces préoccupations de clarté et de bon sens dont nous ne savons pas toujours nous défendre. Nous ne remarquons pas assez, en effet, que Rodin n'est point entré à sa date logique dans l'histoire de l'art français. En lui se réalise, avec un demi-siècle de retard, ce mouvement romantique qui avait avorté dans la sculpture au temps de Préault et de Jehan du Seigneur. Il lui était réservé d'exprimer dans une langue mouvante et colorée le déchaînement des passions, le goût du grandiose et du colossal, le lyrisme philosophique. S'il n'a pas cru devoir s'abstenir de certaines bizarreries, de provocations tapageuses, nous serions aussi mal venus de lui en demander compte que d'exiger la traduction littérale de certaines épithètes « farouches, fauves et blèmes » de la Légende des siècles ou d'Hernani. La sculpture nous réserve malheureusement pour de longues années encore des anachronismes beaucoup plus irritants. A chaque pas, dans le Salon de 1907, en nombre encore redoutable, les « académies » accoudées sur

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La Sculpture aux Salons des écussons, brandissant de sages flambeaux, pinçant la corde absente des lyres, versant le flot figé au col de leurs amphores, répètent leur leçon séculaire de mythologie. Par des équilibres savants et des éians sagement pondérés, elles essaient de justifier des noms divers : La Jeunesse, Le Vainqueur, Le Jour, L’Aurore ; elles s’asseyent ou se couchent, la tête dans les mains, pour s’appeler : Regrets, Désespoir, Réverie, Désillusion. Telle baigneuse aux formes pures qui trébuche sous la chute d’un peignoir trop lourd représente, nous laisse entendre le livret, l’humanité avançant à tâtons sous le voile d’obscurité qui l’enveloppe, et, à côté de ce Chemin de la Vie où s’est égaré, cette année, M. de Saint-Marceaux, nous avons : le Printemps de la Vie, le Soir de la Vie, le Pèlerin de la Vie, la Chanson de la Vie, la Vie nouvelle germant dans les ruines, plus d’étiquettes qu’il n’est nécessaire pour montrer à quel point l’abstraction, avec le pédantisme, embarrassent encore notre sculpture. Nous n’en serons que plus reconnaissants à ceux qui se sont attachés à représenter le réel et le concret, comprenant que la réflexion et le sentiment accompagnent d’eux-mêmes toute figure observée avec amour et reproduite avec respect. À ce titre, les envois de M. Bouchard me paraissent mériter plus que de l’estime. Nous connaissions déjà le plâtre de son beau groupe La Carrière, et le marbre, d’une grande sobriété dramatique et d’un grand effet monumental, en sera prochainement commenté ici-même, Homme qui marche. RODIN

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Art et Décoration PINCHON beaucoup mieux que je ne saurais le faire. Le Laboureur au repos me paraît marquer dans son œuvre un progrès plus significatif encore. Ce paysan de la campagne romaine appuyé sur sa charrue risquait de n'être qu'un modèle d'atelier, mais ce grand corps, ingrat et maigre au premier abord, est celui d'un personnage bien réel, encore tout baigné de l'air des champs. Les formes en sont serrées avec une admirable volonté, mais plus par un amour tenace de la nature que par un exercice de virtuosité vaine. Il y a déjà moins de « morceaux » que dans le Faucheur de l'année dernière. C'est que le vêtement est devenu pour l'artiste un moyen d'expression aussi sûr que le nu. Le maillot, collé sur le dos en

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La Sculpture aux Salons TROUBETZKOY sueur où s'écrase le grand soleil, flotte en plis souples sur la poitrine et se retrousse à peine au milieu des bras minces, qui pèsent avec force sur le manche de la charrue ; le pantalon d'étoffe légère, maintenu à la taille par un ceinturon de cuir est tendu par la robuste carcasse des jambes et s'enfonce dans les souliers lourds de glaise. L'ombre du chapeau de paille, aux bords fatigués, abrite le visage qui regarde au loin dans une expression de lassitude un peu farouche. Par son sérieux, cette œuvre atteint tout naturellement au grand style. Il y aurait encore à citer parmi les artistes qui ont su éviter, dans des sujets analogues, de tomber dans la philanthropie ou la vulgarité :