Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Février 1904
Librairie Centrale des Beaux Arts
13, Rue La Fayette Paris
Prix de la Livraison : 2 fr.
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Sommaire
- L'Email et les Emailleurs
M.P.-VERNEUIL
- La Poignée
PIERRE CALMETTES
- Une Villa en Bretagne
GABRIEL MOUREY
- Planches hors-texte :
- Une Villa en Bretagne
SAUVAGE & SARAZIN
- Princesse à la Licorne
ARMAND POINT
- Vases en émail cloisonné
TOURRETTE
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8e Année, N° 2.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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L’Année par...
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L'Émail et les Émailleurs
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vant d'étudier les productions des émaillieurs modernes, quelques indications sur ce que fut l'art de l'émail dans les siècles passés nous semblent nécessaires. Nous serons brefs, cependant, dans cet aperçu rétrospectif.
Émaux cloisonnés. — On peut les considérer à l'origine comme la simplification, à l'aide d'une matière fusible, du travail exécuté par le lapidaire sertissant dans l'or des pierres taillées en table et formant une sorte de mosaïque. Ils peuvent être considérés comme les plus anciens que nous connaissons. Les Égyptiens ont fabriqué des émaux cloisonnés; après de longs siècles d'intervalle, le procédé a été repris par les Byzantins (on en a des exemples dès le vi^e siècle) qui l'ont transmis aux Occidentaux. En France, en Allemagne et en Italie, peut-être en Angleterre, on a fait des émaux cloisonnés du ix^e au xii^e siècle environ. Puis ce procédé coûteux a été à peu près abandonné sauf par les orfèvres fabricants de bijoux. Ces derniers ont encore fait des émaux cloisonnés au xvi^e siècle. Les émaux cloisonnés ont été généralement exécutés sur or ou sur argent,
plus rarement sur cuivre, exceptionnellement sur fer.
On peut considérer les émaux filigranés qui ont été fabriqués du xv^e au xvii^e siècle en Hongrie et dans toute la vallée du Danube, comme une extension du procédé du cloisonnage. Mais dans ce cas, les cloisons sont remplacées par des filigranes, et les émaux ne subissent pas l'opération du polissage.
Émaux champlevés. — Les émaux champlevés, ou en taille d'épargne, ont été connus de l'antiquité classique. On en a retrouvé en Italie, en Gaule, en Germanie, en Grande-Bretagne,
qui paraissent tous être antérieurs au iii^e siècle de l'ère chrétienne. Le procédé semble avoir
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Art et Décoration
été abandonné ensuite pendant plusieurs siècles. Les premiers échantillons qu'on en rencontre en Occident ne sont pas antérieurs au IXe siècle, et exécutés sur or, apparaissent comme une simple modification de la technique de l'émaillerie cloisonnée.
Le métal employé pour la fabrication des émaux champlevés a presque toujours été le cuivre, d'une épaisseur assez considérable.
Ce procédé peut donner des résultats très variés, suivant qu'on réserve les figures pour les faire se détacher sur un fond émaillé ou que, inversement, on émaille les figures qui se détachent alors sur un fond d'or. Les artistes des bords du Rhin et de la Meuse, au XIe et au XIIIe siècle, les artistes de Limoges, aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, ont excellé à tirer un très bon parti décoratif de ces procédés, mariés parfois, même dans les émaux sur cuivre, pour quelques parties peu importantes, avec le procédé du cloisonnage.
Les émaux translucides ou transparents n'ont guère été employés que pour la décoration des métaux précieux, or et argent.
Au point de vue technique, les premiers émaux translucides n'offrent pas de très grandes différences avec les émaux champlevés, car on les a appliqués d'abord à la décoration des fonds, les motifs de décoration ou les personnages étant réservés en métal apparent. Puis l'idée est venue aux émailleurs d'étendre ce système à la surface entière du monument, et ils ont été amenés à fabriquer, pour y appliquer des émaux transparents, de véritables bas-reliefs, dont les saillies peu accentuées sont aperçues par transparence à travers des émaux diversement colorés.
Ce système qui apparaît déjà en Italie à la fin du XIIIe siècle, a été simultanément employé en France et en Allemagne pour la décoration des pièces d'orfèvrerie d'or et d'argent. Il n'a jamais été abandonné, et les joailliers et les fabricants de boîtes du XVIIIe siècle le pratiquaient encore.
Dans les catégories des émaux translucides, il faut classer les émaux cloisonnés à jour, qu'on rencontre en France dès le XIVe siècle, mais qui sont extrêmement rares. Ces émaux une fois terminés ont l'apparence de vitraux dans la masse desquels on aurait noyé des cloisons métalliques. Nous n'avons d'autres renseignements sur leur technique spéciale que ceux que donne Cellini : dans une caisse de fer, de la forme de l'émail qu'on voulait produire, on déposait à l'aide d'un pinceau une mince couche de terre, pour empêcher les adhérences de l'émail. Ensuite on déposait dans la caisse le dessin formé à l'aide de lamelles de métal, comme pour la fabrication des émaux cloisonnés. On chargeait d'émail, comme dans le procédé du cloisonnage, et après un certain nombre de cuissons, on avait une sorte de vitrail très épais, facile à détacher de la caisse de fer qui avait joué le rôle d'un moule, mais d'un moule auquel l'émail n'adhérait point. Ces émaux pouvaient ensuite être sertis comme des pierres sur des bijoux ou des pièces d'orfèvrerie.
Nous n'insisterons pas davantage sur l'histoire des émaux. Nous avons surtout à nous occuper ici des procédés techniques et des artistes modernes. Encore y trouverons-nous suffisamment à dire.
Favorisé entre tous les artistes, l'émailleur a pour traduire sa pensée une matière admirable, l'émail. A la puissance du ton, à la beauté de la matière, l'émail joint cette qualité rare et combien précieuse de pouvoir résister
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L'Email et les Emaillleurs
victorieusement à l'action destructive des ans. Les émaux anciens nous en donnent la preuve.
Cette beauté de matière, cette résistance dont on s'émerveille, un poète, l'auteur d'Emaux et Camées, la chante dans un sonnet dédié à Claudius Popelin, maître émailleur :
> Le temps efface l'Art avec un doigt trop prompt,
>
> Et l'éternité manque à sa forme divine.
>
> Le Vinci sous son crêpe à peine se devine,
>
> Et de Monna Lisa l'ombre envahit le front.
>
> Ce que nos yeux ont vu, bien peu d'yeux le verront.
>
> On cherche au Vatican Raphaël en ruine,
>
> Michel Ange s'éteint aux murs de la Sixtine ;
>
> Comme Appelle et Xeuxis ils s'évanouiront.
>
> Mais toi, mon Claudius, tu fixes ta pensée ;
>
> Tel que l'ambre une fleur, l'immarcessible émail
>
> Contre les ans vaincus abrite ton travail.
>
> Des reflets de l'iris ton œuvre est nuancée,
>
> L'ardente transparence y lui sur le paillon,
>
> Et chez toi l'idéal a toujours son rayon.
Quelle joie pour l'artiste d'exécuter son œuvre en une telle matière ! Quelle joie aussi de triompher du feu, auxiliaire précieux et trop souvent terrible !
Quelques artistes de la bijouterie moderne ont su remettre en honneur cette matière trop délaissée. Mais peut-être le public n'y sait-il pas démêler suffisamment les difficultés que l'artiste a su vaincre, ni les procédés qu'il a dû employer pour faire son œuvre. C'est ce que nous entreprenons de montrer ici, ne bornant pas cette étude à l'unique émaillage des bijoux, mais l'étendant surtout, au contraire, aux artistes tirant de l'émail seul l'intérêt de leur œuvre, complète en elle-même. Tel un beau cloisonné, ou un émail peint.
Nous étudierons successivement ces procédés divers, les faisant précéder, cependant, de généralités s'appliquant à tous.
Tous les métaux ne s'émaillent pas avec une facilité égale ; tous, même, ne peuvent pas s'émailler. L'or, l'argent et le cuivre, avec des qualités et des défauts variés, nous occuperont seuls ici. Le platine, le bronze, le fer sont d'un emploi plus difficile et moins fréquent.
L'or est le métal par excellence pour l'émailleur. Il lui prête son éclat et sa beauté de matière. En outre, à son contact, les émaux ne subissent aucune transformation fâcheuse, ce qui se produit trop souvent avec le cuivre,
et surtout avec l'argent. Nous le verrons par la suite lorsque nous parlerons de ces métaux.
Quel que soit son titre, c'est-à-dire son degré de pureté, l'or s'émaille avec facilité. Cependant, le titre de 920 parties d'or fin sur 1000 de métal est la proportion la plus courante. Il va sans dire que, pour l'or aussi bien que pour les autres métaux, le degré de fusibilité des émaux doit être sensiblement inférieur à celui du métal qui les supporte. On cuit d'ordinaire à environ 800 degrés.
Mais ce qui fait employer l'or à un titre aussi élevé que possible, c'est que le cuivre qui y est à l'état d'alliage, en se raréfiant de plus en plus, diminue d'autant les chances d'insuccès.
En émaillage, la présence d'un corps oxydable, comme le cuivre ou l'argent, est toujours fâcheuse, car des réactions sont à craindre entre ce corps et les émaux, lors de la fusion de ceux-ci. Deux choses se produisent : ou l'émail dissout l'oxyde métallique que produit l'élévation de température sur le métal, oxyde qui colore l'émail ou modifie sa coloration primitive; ou encore l'émail oxyde le métal même, et l'oxyde ainsi formé agit sur la matière émaillante.
C'est pourquoi l'or s'émaille d'autant mieux qu'il est plus pur et que, par là même, les réactions des émaux sur le cuivre de l'alliage sont moins à craindre.
FEUILLATRE
Vase argent émaillé
Nous venons de voir ce qui se produit lorsque les émaux sont mis en présence de métaux oxydables. C'est le cas de l'argent et du cuivre. Mais cette coloration se borne souvent à la partie touchant le métal même. Les émaux opaques
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Art et Décoration
en sont donc moins influencés que les émaux transparents. Du reste, on peut isoler le métal oxydable de l'émail colorant, et garder à celui-ci toutes ses qualités.
Voici donc quels seront, en général, les métaux que nous aurons à émailler. Il nous reste à voir, avant les procédés d'émaillage, ce que sont les émaux eux-mêmes.
L'émail est une substance vitreuse (dont nous verrons ensuite la constitution même), incolore ou colorée, opaque ou transparente, et qui appliquée sur le métal et chauffée avec celui-ci à température convenable, y adhère d'une façon parfaite.
L'émail se présente à nous sous trois aspects différents : transparent, translucide ou opaque. Lorsqu'il est transparent, il laisse apercevoir sous lui le métal, qui peut être lui-même travaillé. C'est alors que son emploi devient délicat, sur l'argent surtout, les défauts et les teintes provoquées par l'oxydation devenant nettement visibles. L'émail translucide se laisse traverser par la lumière, sans cependant laisser apercevoir sa matière intérieure. L'émail opaque, lui, ne se laisse pas traverser, et sa surface seule est visible. Chacune de ces qualités sera employée au gré de l'artiste et en vue de l'effet à produire.
Mais quelle est la composition même des émaux? L'émail, ou fondant, n'est autre chose qu'un verre incolore; et tous les émaux ont pour base commune ce verre incolore, auquel l'adjonction de certaines matières communique des colorations diverses, ou même l'opacité.
Il va sans dire que nous ne pouvons ici entrer dans tous les détails de la fabrication des émaux. Cependant, nous l'indiquerons par quelques généralités.
L'émail en lui-même, ou fondant, verre incolore, peut être produit de façons différentes, les proportions des matières constitutives variant. En voici quelques-unes : silice : 3 parties; minium : 2 parties ; azotate de potasse : 2 parties 1/2; — ou encore : silice : 3 parties; minium : 5 parties; azotate de potasse : 1 partie; — ou encore : silice : 2 parties; minium : 3 parties; azotate de potasse : 10 parties; — ou enfin : silice : 2 parties; minium : 2 parties; carbonate de soude ou de potasse : 1 partie. Ceci pour le cuivre et l'or. Pour l'argent, la fusibilité doit être augmentée.
On le voit, les proportions diffèrent suivant le résultat à obtenir par la suite. Mais, on ne saurait assez le répéter, c'est de la bonne constitution d'un émail que dépend la beauté d'une pièce émaillée.
Suivant sa constitution, un émail est dur ou tendre, c'est-à-dire qu'il fond à une tempéra-
Collier, émail translucide sur or
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L'Email et les Emaillleurs
Feuillatre
Peigne, corne et émail translucide
Cloisonné sur or
d’oxyde est forte, plus la coloration de l’émail est intense.
Nous donnons ici très brièvement un aperçu des combinaisons des divers oxydes et du fondant, ainsi que les couleurs qu’ils produisent.
Jaune. — Fondant : 10 parties ; chlorure d’argent : 1 à 2 parties. — Fondant : 4 parties ; oxyde d’antimoine : 1 partie. — L’oxyde d’urane donne aussi un beau jaune doré.
- Rouge pourpre. — Fondant : 12 parties ; pourpre de Cassius : 1 à 2 parties. L’oxyde de cuivre, le chlorure d’or donnent encore de beaux rouges.
Bleu. — Fondant : 10 parties ; protoxyde de cobalt : 1 à 2 parties. Un mélange d’oxydes de cuivre et de cobalt en proportions convenables donne un bleu turquoise.
Vert. — Fondant : 10 parties ; sexquioxyde de chrome : de 1 à 2 parties. — Ou encore : Fondant : 30 parties ; oxyde noir de cuivre : 1 à 2 parties. — L’oxyde de fer donne lui aussi un vert bouteille.
Violet. — Fondant : 30 parties ; peroxyde de manganèse : 1 à 2 parties.
Un mélange d’oxydes de fer et de manganèse donne un noir ou un brun, suivant les proportions. D’autres corps, d’autres oxydes, sont aussi employés dont nous ne nous occuperons pas ici.
Feuillatre
Drageoir, argent et émail translucide
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Cloisonné préparé avant la pose de l'émail
Il convient de noter que l'opacité des émaux est souvent désirable. Elle s'obtient facilement en y ajoutant une quantité convenable d'acide stannique sous forme de calcine. Cette calcine est obtenue en calcinant un mélange de 100 parties de plomb pur avec 20 parties d'étain également pur.
Le mélange est agité sans cesse jusqu'à ce que le tout soit transformé en oxyde d'un jaune sale, ou stannate de plomb. On pulvérise celui-ci, on le lave, on le sépare des parties métalliques non oxydées. Il est prêt à l'emploi.
Pour rendre opaque le fondant, il suffit de remplacer le minium par une quantité appropriée de calcine. Ainsi, par exemple, pour 3 parties de silice, on ajoutera 5 parties de la calcine obtenue ainsi que nous venons de le dire, et 2 parties d'azotate de potasse. Le fondant opaque ainsi obtenu est ensuite coloré par addition d'oxydes métalliques.
Voici en quelques mots quelle est, dans ses grandes lignes, la fabrication des émaux. Mais nous ne pouvons nous étendre ici sur cette chimie spéciale. C'est l'art d'employer l'émail que nous étudions ici, et non pas l'art de le fabriquer.
On doit regretter que souvent certains émailleurs se contentent trop facilement des seuls émaux se trouvant dans le commerce. Certes, ils sont une ressource indispensable, mais combien leur unique emploi restreint les richesses de la palette de l'artiste, que quelques recherches et de la persévérance enrichiraient rapidement. C'est ce que certains ont compris, et les résultats obtenus les ont largement récompensés des peines qu'ils se sont données.
Ayant vu rapidement la composition des émaux, nous allons maintenant voir la façon de les utiliser.
Au sortir du creuset, les émaux sont coulés en galettes, et c'est en cet état que se les procure l'émailleur. Il lui faut maintenant les amener à l'état convenable pour pouvoir les employer, les broyer, en un mot.
On se sert pour cela d'un mortier en agate ou en porcelaine, dans lequel on met l'émail recouvert d'eau. Le mortier reposant sur un morceau de cuir épais, on broie l'émail au moyen du pilon d'agate, frappé d'un maillet.
L'émail doit être amené à l'état de poudre très fine, mais non impalpable, et doit présenter l'aspect d'un sable fin. On doit même éviter de pousser trop loin le broyage, car alors se produit le phénomène de dévitrification. L'émail dévitrifié ne peut être employé, pour la bonne raison qu'il ne glace pas au feu.
HOUILLON
Cloisonné terminé
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L'Email et les Emaillleurs
Dans le champlevé, le procédé consiste à creuser dans une plaque de métal des cuvettes qui, remplies d'émaux de couleurs convenables, formeront le dessin; les parties métalliques restantes, or, argent ou cuivre, formeront les traits et les détails de la composition.
Voici comment on procède. Le dessin étant décalqué sur le métal et l'épaisseur des parties à respecter étant nettement déterminée, l'artiste, au moyen d'un burin, cerne ces parties d'un trait fin creusé dans le métal. Puis, à l'aide de l'échoppe, ou du burin pour les parties plus vastes, il creuse à profondeur convenable les
Donc, l'email amené à l'état convenable de broyage est lavé abondamment. On décante, on relave à l'eau additionnée d'acide azotique. On relave encore, et on redécante jusqu'à ce que l'eau soit rejetée absolument pure. Un dernier lavage à l'eau distillée ne peut qu'être favorable. L'email prêt ainsi à l'emploi est conservé dans des flacons remplis d'eau. Nous allons maintenant passer en revue les différentes manières de l'employer.
Suivant l'effet à produire et le but à atteindre, l'emailleur a plusieurs procédés bien différents à sa disposition. Ce sont le champlevé, le cloisonné, les émaux cloisonnés à jour, la basse taille et les émaux peints. Nous ne nous occupons aujourd'hui que des trois premières méthodes, réservant les deux dernières pour un prochain article.
Coupe des Arts Décoratifs
L.-O. MERSON ET FALIZE, DESSINATEURS. — TOURRETTE, ÉMAILLEUR
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cavités qui recevront les émaux. Il va sans dire que plus les cavités seront profondes, plus les émaux qui y seront déposés seront foncés en couleur étant donnée leur épaisseur plus grande. Ceci dans le cas d'émaux transparents.
Souvent, pour dégrossir le travail, l'artiste a recours à des morsures faites à l'acide azotique étendu. Pour cela, les parties métalliques à réserver sont recouvertes d'un vernis protecteur, ainsi que l'envers et les tranches de la plaque.
L'acide ronge le métal, cuivre ou argent; la pièce lavée à grande eau et dévernie est achevée au burin ou à l'échoppe.
Les fonds peuvent être travaillés et présenter ainsi des parties intéressantes, vues par transparence sous l'email, lorsque la nature de celui-ci le permet. Les fonds peuvent ainsi ou être guillochés au tour, ou flinqués à l'outil. Dans ce dernier cas, des coups de burin sont donnés pour former des ornements diverses.
Voici donc notre métal prêt à recevoir l'email, tout le dessin réservé en relief. Il nous faut d'abord faire subir à la pièce un nettoyage minutieux ayant pour but de la débarrasser complètement de toute matière étrangère ou graisseuse. Voici comment on procède. On commence par chauffer au four le métal, mais en se gardant bien de le porter au rouge, ce qui détruirait le vif du travail, le rendrait mou. Vient ensuite le dérochage dans l'acide azotique étendu; enfin, un savonnage, des rinçages et un séchage au four. A partir de ce moment, l'email peut être appliqué en toute sécurité, à condition que la pièce n'ait pas eu à subir le moindre contact des doigts.
L'émailleur a auparavant essayé ses émaux et combiné ses tons, préparé sa gamme. Il marche donc sûrement, et non à l'aventure.
Au moyen de petites spatules, il charge les cavités d'émaux humides et des couleurs choisies. Il procède par couches minces et successives, afin d'éviter les bulles qui pourraient se produire. Chaque couche, bien séchée, est passée au four avant l'application de la suivante. Nous verrons par la suite comment ont lieu ces cuissons. Les couches de surface un peu étendue doivent être pressées et égalisées avec soin au moyen de la spatule. Trois ou quatre couches suffisent en général, et on charge un peu la dernière, de façon qu'après la dernière cuisson, l'email bombe et déborde légèrement. Ceci afin d'éviter les concavités qui pourraient se produire après le polissage de la pièce.
Lorsqu'une pièce doit demander un long temps pour l'application des émaux, plusieurs jours, par exemple, il est préférable de leur mélanger une légère dissolution de gomme adragante. Car, les poudres séchant se pourraient forcément mélanger, malgré tous les soins. Au contraire, la gomme les faisant légè-
TOURRETTE
Coupe émail cloisonné
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Reliure avec émail cloisonné
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Le fourneau de l'émailleur est en terre réfractaire, et pourvu d'un moufle de même matière. Pour les moufles devant servir à la cuisson de grandes pièces, des fours en briques sont construits. Les moufles sont ouverts ou fermés, suivant les préférences. Dans les fours chauffés au charbon ou au coke, ils sont ouverts, le plus souvent, destinés simplement à soutenir le combustible qui les recouvre et à former ainsi une chambre dans laquelle la pièce à cuire est introduite. Au contraire, dans les fours chauffés au pétrole ou au gaz, les moufles sont forcément fermés pour protéger les pièces contre l'action directe des longues flammes.
Enfin, quel que soit son mode de chauffage, le four est en état de servir lorsque le moufle est entièrement rouge vif.
La pièce à cuire est d'abord bien séchée au moyen d'un vieux linge absorbant l'eau, puis
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Vase, émail cloisonné
rement prendre corps évite cet accident qui détruirait le travail. A la cuisson, la gomme est brûlée sans laisser de résidu.
Mais une autre précaution est à prendre quand on émaille une plaque mince et de quelque étendue. En effet, la dilatabilité du métal est plus grande que celle de l'émail. Or, au refroidissement, que se produit-il? Le métal se contracte beaucoup plus que l'émail, se déforme et celui-ci éclate, se fend, cédant à l'action du métal. C'est pourquoi, afin de remédier à ce grave inconvénient, on prend la précaution de contre-émailler la pièce, c'est-à-dire de l'émailler à l'envers en même temps qu'à l'endroit, et de cuire en même temps ces deux couches émaillantes, dont les effets se détruisent mutuellement.
Nous devons nous occuper ici de la cuisson, partie principale, et trop souvent source de déboires pour l'émailleur le plus habile et le plus consciencieux.
Les méthodes de cuisson, où plutôt les combustibles employés sont divers, pour arriver au même résultat : charbon de bois, coke, pétrole ou gaz ont leurs partisans convaincus. Mais toujours la méthode de cuisson en elle-même reste la même. Nous allons la décrire ici.
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Vase émail cloisonné