Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne Sommaire - Les Aménagements de magasins. - Gustave Soulier. - Georges Picard, - Marcel Nicolle. - "L'Art dans Tout" - Jean Vignaud. - Papiers à lettres. - Raymond Bouyer. - Privat Livemont. - Octave Maus. - L'Exposition d'Antoon Van Welie. - G.S. --- FÉVRIER 1900 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison: 2 fr. 4e Année. — N° 2

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, FREMIET, ROTY LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 11.000 exemplaires Le chiffre de 11.000 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. --- L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Les Aménagements de Magasins --- ous n'avons pu, dans l'étude consacrée à MM. Charles Plumet et Tony Selmersheim, que mentionner leurs efforts pour rajeunir les aspects des magasins, qui contribuent pour une si grande part à la physionomie de la rue. Nous nous promettions de revenir sur cette classe spéciale de leurs travaux, et nous le faisons aujourd'hui, en groupant avec les façades qu'ils ont décorées quelques autres spécimens dignes d'attention. On doit se réjouir de voir de plus en plus en faveur ce désir de personnalité, de coquetterie et de nouveauté qui aiguillonne actuellement les industriels, alors que «les maisons sérieuses» se croyaient tenues, hier encore, à une prétendue correction d'apparence, à un uniforme morose de peintures opaques, encadrées de filets tranchants. Ou bien, lorsqu'on voulait être fastueux, on donnait à sa boutique un air de boudoir Louis XV, trop appauvri et frelaté. Tout le monde gagne, il faut en convenir, à ces nouveaux aménagements, et si les commerçants en tirent une réclame de bon aloi, les passants se trouvent plus diversement sollicités dans leur promenade; les regards vagabondent davantage, attirés ici ou là, et rencontrent plus de surprises et de séductions. C'est même un signe intéressant de voir que l'exemple se répand, et que non seulement les maisons importantes, mais encore un grand nombre de petits magasins ou de restaurants modestes aspirent à se moderniser. Ils ne prennent souvent des tendances actuelles que la caricature, et ces tics récents de dessin qu'il est naturellement aisé de s'approprier. C'est là que l'on voit se dérouler des faisceaux de serpents qui nous remettent sans cesse en mémoire le vers tragique: «Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?» en nous exhortant à une coupable parodie. Ou bien, le doigté du décorateur s'exaspère encore et, dans une frénésie de fugue et de contrepoint, on croit voir cavalader des notes de musique folâtres, extra-vaguant en dehors des lignes de portée. Certaines imitations naïves des formules à la mode font sourire, dans des coins où l'on ne les soupçonnerait pas; mais il arrive aussi que plusieurs de ces façades de moindre importance sont l'œuvre d'un jeune artiste ingénieux, et malgré le manque de CH. PLUMET ET T. SELMERSHEIM.

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Art et Décoration modération et de goût parfait, on y observe souvent des idées décoratives originales. Nos rues donnent donc de plus en plus au promeneur l'occasion d'une cueillette d'un nouveau genre, et ces impressions visuelles, glanées et classées au passage, ne manquent pas d'un vrai charme. La vie se manifeste, avec ses aspirations diverses, où nous ne trouvions naguère que la mort, l'ennui et l'indifférence. Ce sont, jusqu'à présent, MM. Plumet et sur la voie publique, des recherches de couleur, et c'est ce qui rend souvent difficiles des reproductions photographiques satisfaisantes de ces façades, que le mouvement de la rue empêche de faire poser avec les précautions nécessaires. C'est ainsi que nous ne pouvons présenter de ces deux architectes tous les ensembles que nous aurions désirés. Leurs productions dans ce genre sont, en effet, relativement nombreuses déjà, et l'on peut CH. PLUNET ET T. SELMERSHEIM. Tony Selmersheim qui ont donné les exemples les plus variés, les plus complets, les plus heureux de cette décoration nouvelle, et il est fort à penser que leurs travaux n'iront qu'en se multipliant dans cet ordre d'idées et en s'achevant toujours plus. Il y a, en effet, dans ce domaine, des expériences particulières à acquérir, des combinaisons nouvelles à tenter, et les unes comme les autres s'enrichissent avec le temps et les efforts répétés. MM. Plumet et Selmersheim se sont spécialement préoccupés, pour ces décorations citer une chemiserie, rue Saint-Dominique, très sobrement décorée et dont l'intérêt réside dans l'ajustement de la menuiserie; le restaurant Auvray, la maison Roddy, la maison Colinval — ce qui prouve que les chemisiers ne sont pas les derniers dans le mouvement— et, tout récemment ouvert, le magasin de chocolats Kohler. Il est bien certain qu'un arrangement de magasin, conçu dans les idées modernes, entraîne avec lui une nécessité de réclame par les yeux, la plus efficace de toutes; la façade

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Les Amenagements de Magasins doit jouer avec avantage le rôle de l'affiche. Cette entente particulière de la décoration architecturale risquerait de porter à la bizarrerie, aux lignes qui attirent l'attention par leur incohérence même et leur singularité, aux couleurs violentes et heurtées; mais l'intérêt très vif du genre réside précisément dans les qualités combinées de franchise et de sobriété appliquées à la coloration et au dessin. L'aspect d'une maison commerciale — magasin, usine, restaurant — peut naturellement se Selmersheim ont encadré et agrémenté le bois clair de lignes de bois rouge, de coloration plus puissante. Un léger modelage du bois, déterminant un relief dégradé dans les panneaux ainsi divisés, achève de donner plus de préciosité à la matière et au travail. A l'intérieur du magasin, les ressources du bois ont été encore plus minutieusement exploitées, et l'on trouve sur les vitrines des bordures de roses en marqueterie, dont la finesse aurait disparu sous le jour du dehors, mais qui sont ici CH. PLUMET ET T. SELMERSHEIM. permettre plus de libertés que les dehors d'une maison d'habitation, et c'est par là que l'heureuse initiative des industriels ouvre dans le domaine décoratif une voie nouvelle et fertile en résultats. Les effets de tonalité pourront être obtenus, de façon plus ou moins riche, par l'emploi de matières diverses, et l'utilisation de bois variés dans le travail de menuiserie fournit à elle seule d'excellentes ressources. On peut s'en rendre compte, par exemple, sur la façade de la maison Colinval, où MM. Plumet et dans l'aménagement intérieur, très heureusement employées. A l'extérieur, il faut utiliser des partis plus larges de décoration; des panneaux de peinture bien compris peuvent jouer un rôle intéressant, et MM. Plumet et T. Selmersheim s'en sont servi notamment pour encadrer les fenêtres du restaurant Auvray d'un motif de roses trémières. Une variante plus riche a été imaginée par les mêmes artistes pour la maison Roddy, sur laquelle ont été fixées de grandes plaques émaillées, sur cuivre repoussé, exécu-

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Art et Décoration CH. PLUMET ET T. SELMERSHEIM. tées par M. Clément Heaton, et dont les dimensions inusitées font un ouvrage d'une application tout à fait nouvelle et intéressante. La matière reste sobre dans sa richesse, et sa garantie de durée lui donne un prix particulier. Nous avions donc raison de dire que la décoration architecturale, envisagée dans ces conditions, amènerait des vues nouvelles et d'ingénieuses adaptations. Le genre n'en est, d'ailleurs, qu'à ses débuts; la confiance Frise au pochoir. CH. PLUMET ET T. SELMERSHEIM. des intéressés lui donnera plein essor et les novateurs nous réservent encore bien des trouvailles. Le métal est destiné aussi à jouer un rôle important en ces conceptions nouvelles de l'art dans la rue; ses aspects variés, susceptibles de revêtir des patines diverses, ou son poli même, mettent de l'agrément et un joyeux éclat sur les surfaces décorées. MM. Plumet et Tony Selmersheim ont recouru au bronze verdi pour les lampadaires du restaurant Auvray et les jardinières, à léger relief floral, qui s'encastrent dans les fenêtres; et ces détails d'ornementation maintiennent l'ensemble dans une harmonie très discrète. Mais c'est le cuivre découpé qui semble tenter le plus les décorateurs; son emploi est, en effet, extrêmement séduisant, quoique son entretien soit peut-être un peu difficile pour qu'on puisse l'exposer sans crainte aux intempéries. A elles seules, les grilles de clôture des magasins invitent évidemment à utiliser cette matière aux effets riches, légers et souples, et MM. Plumet et T. Selmersheim en ont donné eux-mêmes,

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Les Aménagements de Magasins L'Argentier Moderne F. DUFAT. chez Roddy, un joli modèle, inspiré de l'iris, de même que les plaques d'émail qui font partie de la décoration. La façade de l'Argentier Moderne, dessinée avec goût par M. F. Dufat, nous présente aussi une importante grille de métal repoussé, composée entièrement de lignes serpentines, s'épanouissant d'un point central, mais leur disposition est modérée et la composition ornementale s'impose sans complication, ce qui est le principal. Le magasin de vente de l'Atelier de Glatigny emprunte toutes ses ressources décoratives aux découpures de cuivre, si l'on met à part l'agrément même du bois sur lequel elles s'appliquent, d'une chaude tonalité rouge. La tentative est intéressante, mais on regrette un peu que le dessin n'accuse pas davantage la volonté ornementale; les lignes restent encore trop hasardeuses et embrouillées. L'auteur, M. Biais, dans ce décor purement graphique, qui n'est sans doute pas essentiellement architectural, réussit cependant à montrer des qualités d'ornemaniste. C'est par le relief que le magasin de Butterick, dû à M. Salagnad, recherche la valeur décorative. Sous la peinture claire, l'ensemble reste un peu froid, mais le motif sculpté du chardon a donné naissance à des chapiteaux personnels, et le même thème réapparaît en BIAIS.

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Art et Décoration bordure, moins interprété et un peu plus grêle d'arrangement. La difficulté, pour les décorateurs chargés de faire à ces maisons un visage nouveau, c'est de n'avoir pas le champ absolument libre et d'avoir à travailler dans un cadre déjà existant, sur une architecture qu'ils n'ont pas nettes et d'un moule suffisamment personnel ; en pareille matière, l'originalité doit s'imposer des limites très étroites. De toute façon, ces aménagements de magasins nouveaux sont une excellente école pour les décorateurs, parce qu'ils les poussent dans une voie essentiellement pratique; et les SALAGNAD. construite et dont il leur faut s'ingénier à modifier, par des courbes et des divisions intérieures, les lignes fondamentales par trop ennuyeuses et rectilignes. Les façades Auvray et Colinval et celle de l'Argentier Moderne sont, à ce point de vue, très intéressantes à considérer. Le décorateur doit aussi attacher de l'importance à l'enseigne qu'il doit inscrire, et quelques-uns des exemples que nous donnons nous montrent de bonnes lettres, pleines, ameublements appropriés aux commerces spéciaux, la construction de meubles d'étalage ou d'emmagasinage, particulièrement destinés à tel ou tel article, amènent des recherches curieuses. Par la suite, l'artiste gardera l'habitude de pousser jusque dans le détail la parfaite adaptation de l'objet à sa destination, et ce sera tout profit. GUSTAVE SOULIER.

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Dessin. Georges Picard *** Le nouvel Hôtel de Ville de Paris a vraiment pour décoration intérieure la plus disparate réunion de peintures qui se puisse imaginer; les œuvres les plus opposées de tendances et d'aspect s'y côtoient, les talents les plus divers y voisinent et ne s'avantagent guère; trop de pages ne sont décoratives que de nom; enfin, s'il y a du bon, même de l'excellent, bien souvent on rencontre le médiocre et quelquefois le pire. Ce sont là critiques déjà faites, connues, aisées à reprendre et à développer; il est inutile d'insister. Mais, quand on a déploré comme il convient, le manque complet d'entente générale entre toutes ces décorations, les voisinages étranges dus au lotissement hasardeux des surfaces murales entre des artistes de tempéraments fort éloignés, et le résultat final que l'on était en droit d'attendre meilleur pour une occasion aussi exceptionnelle, il faut rendre justice aux parties bien venues, trop rares d'ailleurs, qui se rencontrent dans le désarroi général, quand un artiste de valeur et vraiment décorateur, ayant une salle ou une galerie à orner à lui seul, a pu ainsi faire une œuvre sienne et donner sa mesure. C'est le cas de la série des coupoles peintes par Georges Picard dans la petite galerie qui flanque l'un des grands côtés de la Salle des Fêtes. Cette suite, — importante, nous le verrons, — n'est pas assez connue, et certes pas encore cotée à sa valeur par Dessin.

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Art et Décoration le gros des visiteurs de l'Hôtel de Ville, attirés plutôt par les grandes machines, déjà vues aux Salons et fréquemment reproduites dans les périodiques illustrés ; par contre il n'est guères d'amateur ni de curieux d'art moderne qui ne connaisse, et ne prise comme il faut, la petite galerie, ses compositions aux tonalités discrètes, sa tenue tranquille et de bonne compagnie, — qui contraste si heureusement avec l'ornementation surabondamment chargée, alourdie à plaisir, de la grande salle sa voisine, la diversité de ses peintures encastrees dans des ors, des figures sculptées, des caissons, des bossages et des reliefs de toutes sortes. Alors que l'œil du vulgaire est attiré par des moyens d'expression plus violents etra- rement en accord avec les nécessités d'une bonne entente décorative, on est heureux de goûter tout le charme des coupoles de la petite galerie; on aime à détailler les qualités d'une œuvre de ce genre; c'est un plaisir délicat, on se félicite de la connaître et de savoir l'apprécier. Cet important ensemble a été peint entièrement sur place ; son auteur n'a, autant vaut dire, jamais exposé; et c'est pourquoi l'ouvrage et l'artiste sont trop ignorés; le public ne connaît guère que les salons et les tableaux à sujets. Pour nous, au contraire, — à une époque où trop de peintres ne deviennent décorateurs que par occasion, et n'aboutissent souvent, malgré un talent incontestable, qu'à des contresens au point de vue décoratif, — félicitons-nous de rencontrer un artiste comme Georges Picard, qui, tout en restant vraiment peintre, ait fait sa carrière dans la peinture décorative sans souci des expositions. Il fut élève de l'atelier Gérôme, comme son frère Louis, dont le talent, également fin et délicat, contraste cependant si curieusement avec le sien; l'un des deux frères détaillant, fouillant précieusement son modèle, un personnage, une simple tête le plus souvent, cherchant à mettre un maximum d'intensité dans de petits cadres, faisant de ses tableauins, des bibelots exquis pour cabinet d'amateur, tandis que l'autre frère, le nôtre, couvre de grandes surfaces murales de sa peinture aisée, abondante, claire et légère comme une aquarelle. Le hasard amena G. Picard, encore élève à l'Ecole des Beaux-Arts, à travailler aux plafonds d'un théâtre de Genève, et voilà le début de son orientation vers le décor, vers une peinture plus large. Puis, encore coupée par quelques retours à l'atelier, notre peintre suivit une existence d'artiste bien particulière. A côté des dessins d'illustrations, de portraits, pastels et autres besognes hâtives et coutumières aux jeunes, pendant des années il ne fut occupé presque uniquement qu'à travailler à des panoramas, et ce fut l'occasion de voyages à l'étranger, à Bruxelles, à Londres, en Amérique où il fit deux séjours assez longs. Même il s'était fait dans l'exécution de ces grandes toiles une spécialité assez curieuse : il peignait les chevaux et les arbres, — qui s'en douterait devant les élégantes figures féminines des coupoles de l'Hôtel de Ville? Enfin ilaida aussi Clairin dans l'exécution des deux plafonds de l'Eden et, en 1889, il fut le collaborateur actif et nécessaire de H. Gervex et A. Stevens dans leur Panorama de l'histoire du Siècle. C'est au sortir de ce dernier travail, et avec aussi peu de préparation, en apparence, pour entreprendre une importante série de (Coupole de l'Hôtel de Ville.)

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Georges Picard compositions et l'exécuter dans une gamme aussi délicate et personnelle, que G. Picard tentait, en 1890, le concours pour la décoration de la galerie aux coupoles de l'Hôtel de Ville. Ce concours avait été ouvert une première fois et n'avait pas donné de résultats, sans que notre artiste y prit part; cette fois un certain nombre de concurrents, choisis d'après leurs esquisses de l'ensemble de la décoration, eurent à exécuter, comme seconde épreuve, leur projet pour une seule coupole mais dans les dimensions définitives, et après ce dernier jugement, en 1891, Picard reçut la commande de l'important travail. La même année, sur la demande de quelques amis, il exposait au Salon du Champ de Mars cette coupole décorée qui lui avait valu le succès, et il devenait sociétaire de la Société Nationale des Beaux-Arts ; avec l'envoi d'un petit portrait d'enfant à un salon suivant, c'est toute la participation de l'artiste aux expositions. L'exécution des peintures de la petite galerie de l'Hôtel de Ville devait occuper Picard de 1891 à 1898, année où fut achevée et reçue cette œuvre, la plus considérable de son auteur, et, à notre avis, un des ensembles de peinture décorative les mieux réussis de notre époque; aussi nous tiendra-t-elle particulièrement. La galerie de l'Hôtel de Ville que G. Picard eût à décorer, offre comme surfaces destinées à recevoir des peintures, d'abord une série de quinze coupoles, chacune soutenue par quatre pendentifs, dans la galerie proprement dite ; et aux deux extrémités de celle-ci, dans l'un et l'autre des vestibules qui la prolongent, encore une coupole, mais de diamètre plus restreint, Bienfaisance. (Coupole de l'Hôtel de Ville.) s'appuyant sur deux surfaces courbes (1). Aucun programme n'était imposé à l'artiste. N'employant pas, comme fit Galland dans une galerie analogue du même édifice, un système d'ornements reliant des sujets en camaiu, emplissant au contraire chacune des coupoles entièrement par une seule composition à personnages, il avait dès la disposition générale à lutter contre un premier écueil, à éviter cette monotonie qui s'attache le plus souvent à toute suite de peintures. Si les motifs ne doivent pas être pris arbitrairement, s'il faut un trait d'union entre eux, par contre le charme de la décoration s'évanouit rapidement si les sujets se suivent avec trop de logique, comme dans une série d'images instructives ; on trouve encore quelque intérêt à les passer en revue, mais l'œuvre ne touche plus autant par son côté d'art. Le lien doit donc être léger et subtil, et savoir se faire oublier, quoique réel, devant chaque composition, ne l'attachant pas avec rigueur à la précédente ni à la suivante. Et c'est ici le cas. Il semble d'abord que la fantaisie plus que la raison ait choisi les sujets décorant les coupoles, et cependant il y a une idée générale vite aperçue, cheminant sous le gracieux décor ou, se lisent les progrès, les étapes de la vie et de la raison humaine, entre ces (1) Les quatre panneaux qui se trouvent en outre dans cette galerie n'ont aucun rapport, il est à peine besoin de le dire, avec l'œuvre de Picard. Exécutés par divers artistes, et placés là on ne sait pourquoi, ils offrent un exemple de ces voisinages birarres dont nous parlions plus haut. Ils sont peints sur toile marouflée; au contraire, les décorations qui nous occupent ont été exécutées directement à l'essence sur l'enduit de plâtre préparé à la colle, la forme des coupoles rendant tout marouflage impossible et obligeant à des modifications continues des esquisses au cours du travail définitif.