Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- L'Entrée monumentale de l'Exposition de 1900.
- PAUL VITRY.
- La Marqueterie.
- EDME GOUTY.
- Fernand Khnopff,
- H. FIERENS-GEVAERT.
- Nos Concours,
- E. GRASSET.
- Planche hors texte :
- Porte monumentale de l'Exposition.
- R. BINET.
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OCTOBRE 1898
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2e Année. — N° 10
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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VII. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits.
VIII. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais.
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P. JOUVE.
L'Entrée Monumentale de l'Exposition de 1900
Les chantiers de l'Exposition sont en pleine activité : les palais futurs s'ébauchent déjà, espoir des uns, inquiétude des autres. Il est peut-être un peu prématuré pour juger toutes ces entreprises où tant d'intelligences et de talents s'acharnent avec fièvre en ce moment. Attendons que ces édifices aient pris une forme un peu plus arrêtée pour voir ce qu'ils pourront nous apporter de surprises dans le sens de la nouveauté, ou dans celui, hélas, du retour en arrière.
C'est surtout lorsque l'on a affaire à un chercheur jeune et passionné comme M. Binet, que l'on ne peut prétendre, au point où nous en sommes, à trouver des formes absolument définitives. L'œuvre de sa Porte Monumentale fixée dans ses grandes lignes bouillonne encore dans son cerveau, les idées se succèdent et se complètent, et ce ne sont guère, surtout au point de vue décoratif, que des esquisses et des intentions plus ou moins arrêtées que l'on peut voir dans son atelier. Au moins, avec lui, sommes-nous sûrs de trouver quelque chose d'inédit, de non encore vu, et avons-nous la consolante impression de nous trouver en présence d'un artiste véritablement créateur. C'est pourquoi nous avons cru intéressant pour les lecteurs de la Revue d'être mis au courant des tentatives originales de construction et de décoration que nous présageait cette partie au moins de la future Exposition. Mais nous tenons à insister sur le caractère d'esquisses des documents que nous pouvons donner aujourd'hui, grâce à l'obligance de M. Binet, et sur la part d'imagination nécessaire pour les compléter et se les représenter sous une forme définitive.
On se rappelle sans doute le projet général des Palais des Champs-Élysées qu'avait donné M. Binet en collaboration avec M. Deglane. Le motif central du plus grand de ces palais comprenait une grande niche encadrée d'une énorme arcade brillamment décorée et qui eût produit le plus grand effet. L'idée ne fut pas adoptée ; M. Binet reprit sa liberté (ou plutôt on la lui rendit) et fut chargé de la construction de cette entrée monumentale de l'Exposition où il put reprendre et développer à loisir et pour lui seul son idée d'arc colossal. C'est en effet comme un véritable arc de triomphe qu'il a conçu cette porte principale de l'Exposition, cette entrée monumentale amenée jusqu'au cœur de la ville même et où viendront s'engouffrer les foules conviées à la fête grandiose. Mais aucun modèle convenu, aucun poncif d'école ne s'imposa à lui, il s'occupa uniquement, comme on dit dans les ateliers, de remplir son programme, c'est-à-dire en somme de satisfaire aux exigences de la destination et de la situation de l'œuvre, de faire de l'architecture logique. Il paraît que ce n'est pas toujours ainsi que procèdent nos architectes. Souvent on compose d'abord une façade bien « en proportion » et puis on s'occupe de mettre quelque chose derrière, et nous savons tel édifice récemment construit dans Paris, pour n'en citer qu'un, qui a la prétention d'être un musée et qui comprend surtout beaucoup de portiques
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Art et Décoration
de colonnades et d'exèdres, admirables d'ailleurs et tout à fait selon les règles, autour d'une malheureuse petite salle déjà trop étroite. Rien de tel ici, point de Propylées ni d'arc de Septime Sévère, c'est bien un guichet d'exposition mais un guichet monstre, ou plutôt multiple, auquel nous avons affaire.
Pour donner le plus de développement cette idée du triangle qui s'offrait à lui pour ainsi dire d'elle-même et trois grands arcs égaux, de vingt mètres d'ouverture et de même hauteur, supportèrent sur leurs sommets une coupole ajourée, concentrique au cercle des entrées et formant la partie centrale de l'édifice. On peut se rendre compte de ces combinaisons si simples sur le plan ci-joint. Entre les retombées antérieures des arcs, pour balancer la baie
Façade principale.
BINET.
possible au front de ses guichets, pour multiplier autant que faire se pouvait ces entrées de forme et de dimension imposées (et nous ne pouvons insister ici sur l'ingénieuse et pratique disposition qu'il a su leur donner), c'est le plan en demi-cercle qui s'imposait à l'esprit de l'architecte; il adopta ce parti. Au milieu, une porte plus importante fut réservée pour les personnages de marque et pour les cortèges officiels. En avant, un grand arc englobant le tout dont les deux bases déterminent avec la porte officielle une sorte de triangle inscrit dans le cercle des guichets. M. Binet saisit du fond, deux petites niches semi-circulaires qui se garniront de statues; deux grands minarets au devant de l'ensemble s'élançant jusqu'à quarante mètres du sol et reliés au corps principal par un soubassement sculpté, et c'est tout. On voit que rien n'est plus simple comme plan, plus logique et plus clair. L'on se figure aisément aussi quelle légèreté pourra donner à l'édifice, avec la hardiesse de ses arcs de fer, cette triple baie par où la lumière entrera à flots sous ce dôme lumineux lui-même. Le visiteur qui du milieu de ce cercle se dirigera à sa fantaisie vers l'un quelconque des
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L'Entrée Monumentale de l'Exposition de 1900
nombreux guichets s'apercevrait à peine qu'il est passé sous cet édifice imposant s'il n'avait été séduit et ébloui tout d'abord par l'éclat de sa décoration.
C'est là en effet qu'il faut attendre M. Binet et qu'il nous promet merveille. Nous pouvons d'ailleurs compter sur lui, il y a longtemps qu'il s'est révélé comme un décorateur et un coloriste de premier ordre. Ses compositions bijoux barbares aux pierres étincelantes, aux orfèvreries compliquées, c'est une architecture de couleur et de lumière qu'il rêve et voudrait réaliser pour cette brillante et éphémère parure qu'il est chargé de dresser. Certes, cette architecture de bijoux, féerique et rare, ces joailleries et ces gemmes éblouissantes ne seraient guère de mise tous les jours, mais ce n'est pas d'une architecture de tous les jours qu'il s'agit
Coupe longitudinale.
BINET.
étaient déjà célèbres jadis parmi ses camarades d'école. Plus qu'aucun autre il s'est attaché à cette étude des couleurs appliquées à l'architecture et il veut cette fois, soutenu par ses travaux antérieurs, frapper un grand coup en l'honneur de la sainte Polychromie.
La magie des architectures orientales l'a séduit depuis longtemps, il a rapporté d'Espagne l'éblouissement des palais mauresques et l'on se rappelle ses intéressantes études exposées jadis chez Durand-Ruel, après sa bourse de voyage utilisée de l'autre côté des Pyrénées. Hanté d'autre part par la vision de ici, c'est d'un feu d'artifice. M. Binet le comprend bien et il le veut étincelant et splendide. Là encore il ne fait que satisfaire au programme. On ne réalise pas souvent de ces rêves-là, pourquoi tenir son imagination en bride quand on est poète et qu'on a l'occasion de la déployer tout à loisir? N'est-ce pas aussi l'occasion par ce coup d'éclat de revendiquer les droits de la couleur dans notre architecture, pour l'y réintroduire ensuite d'une façon assagie, modérée, prudente et non plus à l'aide du staff tapageur jouant l'émeraude ou la porcelaine, mais de la belle et bonne céramique
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Art et Décoration
par exemple? Si elle ne devait rendre que ce service à la cause de l'architecture moderne, l'œuvre de M. Binet ne serait-elle pas encore cent fois préférable à toutes les colonnades du monde qui n'auront jamais, si on cherche à les imiter, que le déplorable effet de nous enfoncer encore un peu plus dans le classicisme et le pédantisme, et de nous obliger éternellement à subir pour notre vie moderne un décor renouvelé des Grecs et des Romains.
D'intéressantes tentatives de ce genre d'architecture colorée avaient déjà été faites lors de la dernière exposition. Le feu dôme central avait déjà mis au milieu du Champ-de-Mars une note éclatante de luxe et de richesse. M. Binet veut nous donner cette fois quelque chose d'assez différent comme coloration. Plus de lourdes couleurs chocolat, bitume et pain d'épices; c'est une couleur claire et chantante que nous aurons ici. Toute la gamme des blancs,
Plan général.
BINET.
Base d'un minaret (d'après une maquette).
des bleus et des jaunes limpides va s'étaler sur la coupole et sur les grandes arcades, dans des proportions qui ne sont pas encore tout à fait déterminées, et l'œuvre se dressera toute lumineuse comme un dôme d'Orient, éclatant sous le ciel léger des bords de la Seine. De plus partout, dans les voussures (on peut déjà le voir indiqué sur la maquette de l'une d'elles que nous reproduisons ici) le long des pylônes et des mâts, sur la base des minarets au cœur des fleurettes que l'on voit sur notre dessin, comme à leur pointe savamment découpée, et jusque sur les vêtements de la figure allégorique qui couronnera le grand arc toute parée de joyaux étincelants, des cabochons de verre colorés, rouges, violets, opalins, s'iriseront sous le jour ou s'allumeront la nuit de lampes électriques intérieures, tandis que d'autres recevront leur lumière renvoyée par des réflecteurs et brilleront à l'unisson comme des pierreries lumineuses.
Et qu'on ne nous dise pas que c'est une illumination banale avec des cordons de verres de couleurs que nous préparons.
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L'Entrée Monumentale de l'Exposition de 1900
Certes, c'est une illumination et grandiose et chatoyante, mais une main d'artiste, et c'est là le rare, se révèle dans la composition de ces ornements et dans la disposition de ces éléments lumineux. Que l'on examine cette voussure dont nous n'avons encore qu'une maquette en plâtre à peine teinté. Des cabochons de verre y sont comme sertis dans une composition serrée et puissante qui se rehaussera plus tard de colorations vigoureuses. Cela tient à la fois des entrelacs barbares de l'art roman et des feuillages compliqués et fouillés du xve siècle gothique; et cela prouve simplement que l'artiste a connu et étudié toutes les ressources des admirables décorateurs français du haut et bas moyen âge et qu'il s'en est inspiré, prenant son bien où il le trouve, sans jamais s'asservir à copier personne.
Cette voussure est destinée à encadrer le grand arc de la porte principale; on trouvera à l'intérieur, à la base de la coupole, une frise analogue composée des mêmes éléments, qui entourera le dôme comme d'un cercle de couleurs et de lumières. La voûte elle-même sera unie et calme, d'une seule teinte, sans théories d'allégories peintes, plus ou moins décoratives; et quant aux pendentifs, tout ajourés, tout en nervures blanches, rehaussés de blocs de verre mordorés, c'est encore à la lumière seule et à ses jeux féeriques qu'ils devront leur plus belle parure. Il faudra voir celui du fond au-dessus de la porte d'honneur, lorsque le soleil couchant viendra, par-dessus les arbres du Cours-la-Reine, le traverser de ses rayons de feu et remplir tout l'édifice de la gloire de sa lumière mourante!
Plus bas les entrées de guichets s'orneront de cartouches décoratifs aux colorations intenses, d'étoffes imprimées aux dessins chatoyants et de gaies banderolles claquant au vent. A un autre endroit, la décoration imaginée par M. Binet sera encore tout à fait originale et ingénieuse. C'est au bas des minarets qui dressent leur silhouette effilée aux deux côtés de la grande entrée; sur le socle qui précède immédiatement l'aiguille, de grandes plaques de staff aux couleurs éclatantes simuleront une sorte de tapisserie relevée çà et là par des applications de verres lumineux sertis de feuilles d'or.
Tous ces projets sont à l'étude, nous ne pouvons encore les signaler qu'à titre d'indications. On travaille sans cesse chez M. Binet à les perfectionner et à les enrichir. Tout le monde met un peu la main à la pâte, inventant, dessinant, modelant. Mais il faut nommer particulièrement à côté du chef d'atelier qui conçoit et dirige, M. Gentil dont nous avons déjà eu l'occasion de citer le nom ici même à propos du concours Rougevin de l'année dernière où son projet de grand tapis décoratif avait été fort remarqué.
Les maquettes de la voussure que nous publions ont été modelées par M. Guillot, un sculpteur de grand talent qui n'a pas cru s'abaisser en accomplissant cet ouvrage qui, pour d'autres, ne serait pas du « grand art ». Et pourtant du grand art, mais du vrai, du sincère, M. Guillot a prouvé qu'il en était capable aussi bien et mieux que personne en concevant et en modelant la maquette de cette Frise du Travail dont nous donnons ici une partie avec quelques études préparatoires.
L'idée en est très grande; c'est la glorification de tous ceux qui ont apporté leur pierre, leur effort, à la construction de l'Exposition. L'œuvre est toute imprégnée d'esprit moderne et démocratique. En théorie pressée, l'un portant sa poutre, l'autre ses briques, quelques-uns, figures exotiques, représentant l'apport des coloniaux, tous ces humbles ouvriers de la grande œuvre se dirigent vers le but fixé par l'artiste leur chef de file. C'est comme le symbole du travail de toute une na-
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Art et Décoration
tion s'acheminant vers l'œuvre commune, et un hommage en même temps rendu par l'architecte à ses collaborateurs obscurs. Les attitudes sont d'une vérité saisissante; le geste, l'allure lasse, fatiguée, ardente cependant, sont saisis sur le vif, et certaines de ces petites figures isolées nous feraient songer aux artisans si vrais et si vivants de Constantin Meunier. Mais ce qui est encore plus remarquable, c'est la façon dont l'artiste a su, en les groupant, donner à cette marche à rangs pressés l'allure monumentale qui convenait. On s'en rend compte à voir la simple maquette, et l'œuvre dont tive! Ce ne sera pas ici un hors-d'œuvre que cette double frise sculptée et peinte, s'enlevant sur un fond de mosaïque dorée et venant mettre dans le soubassement chaudement coloré, entre la base des minarets et les retombées du grand arc, la note légère de ses tons clairs.
Cette collaboration de l'architecte et du sculpteur, elle est peut-être encore plus marquée dans la frise inférieure qui courra tout autour du soubassement, à environ deux mètres du sol, et qui figurera une série de fauves marchant au milieu de rinceaux décoratifs ou
GUILLOT.
l'Administration vient de commander définitivement l'exécution à l'artiste ne démentira pas, nous en avons la conviction, ce qu'elle présage dès aujourd'hui.
C'est qu'ici heureusement il y a collaboration intime entre l'architecte et le sculpteur, subordination du second aux nécessités nettement indiquées par le premier. La ligne générale, le parti pris, les simplifications obligées, tout cela, c'est le maître de l'œuvre qui doit en être juge et le sculpteur grandit en se pliant à ses exigences. Combien rare d'ailleurs est cette préoccupation chez nos artistes, presque tous individuels et isolés, et combien avons-nous vu et verrons-nous encore malheureusement de morceaux sortir de l'atelier, comme Minerve de la tête de Jupiter, sans presque qu'on ait songé d'avance à leur emplacement futur et à leur fonction décorative de feuillages extrêmement simplifiés. C'est un très jeune artiste, M Paul Jouve, à qui M. Binet s'est adressé, qu'il a su découvrir, pourrait-on dire, et révéler à lui-même. Sur ses indications, M. Jouve a dessiné, puis modelé ces animaux, un lion, un ours, un tigre, etc., avec d'une part un sens de la vie et du réel, un naturalisme précis et puissant qui est on ne peut plus saisissant, d'autre part avec un parti pris de simplifier, de tout ramener à l'essentiel qui en fait une œuvre éminemment décorative. Le relief en a été voulu très plat. Ils sortent à peine de la masse, on les dirait taillés dans une matière rebelle, dans quelque dur granit égyptien dont la paroi ménagée les enserre encore et les sertit comme d'un large trait d'ombre qui en accentue la forme. Ils paraîtront une fois en place faire corps avec le monument même où ils seront comme
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L'Entrée Monumentale de l'Exposition de 1900
gravés avec leur modelé énergique et simple.
L'artiste est jeune, sans influence d'école, formé par la seule vision de la nature. On sent derrière lui cependant tous nos grands animaliers, les Barye, les Cain, les Frémiet, dont il est digne de continuer les traditions. Seulement il a consenti à plier docilement lui aussi son talent à la loi de l'architecte; et son œuvre, pour rentrer dans l'œuvre commune à laquelle elle s'adapte parfaitement, n'en est que plus saine et plus exemplaire. M. Bigot doit exécuter en grès mordorés, les cinq ou six modèles d'animaux composés par M. Jouve. Souhaitons que rien ne vienne entraver cette partie de l'œuvre de M. Binet qui n'en sera pas certainement l'une des moins bien réussies.
Ces deux motifs, la frise du travail et celle des animaux, constitueront au point de vue de la sculpture les deux éléments décoratifs essentiels de la porte de M. Binet, au moins dans sa partie basse. Rien de plus moderne, comme l'on voit. D'un côté c'est la nature directement consultée et largement interprétée, de l'autre le spectacle de la vie contemporaine étalé sans tricherie ni mensonge, avec les adaptations nécessaires, mais sans cette répugnance absurde, qui tend à disparaître heureusement, pour le costume moderne soi-disant contraire aux conceptions esthétiques et surtout monumentales.
Assez de Victoires et de Pégases factices nous obsèderont ailleurs encore, sans compter les Mercures et les Cérès, pour que nous nous réjouissions de trouver au moins ici quelques échantillons d'un art sincère et robuste qui sait, tout en se privant du secours de cette friperie mythologique, trouver de belles formes pour réjouir nos yeux, et qui n'est pas impuisant non plus pour cela à traduire de grandes et nobles idées.
Que sera la figure qui couronnera l'ensemble du monument? Nous n'en pouvons encore trop rien dire, M Binet n'ayant encore à peu près rien arrêté pour le choix de la maquette. Souhaitons que cette inévitable Renommée-girouette ou paratonnerre échappe un peu aux formules presque fatales et que, luttant jusqu'au bout contre la convention, M. Binet et le collaborateur qu'il choisira réussissent à nous donner une Renommée originale. L'heureuse combinaison du socle qui la supportera avec l'ingéniosité de ses profils et de ses emmanchements fait déjà la joie des connaisseurs, et le motif de l'avant du bateau s'enlevant au milieu d'un cartouche circulaire au front de l'édifice est traité avec une vigueur peu commune. Il faut espérer que la figure du sommet sera digne de cet ensemble triomphal.
Telle est ou plutôt tel- le sera, car rien n'existe encore sur le terrain, la porte monumentale de M. Binet. Quel en sera l'effet une fois dressée à l'entrée du Cours - la - Reine? L'a- venir nous le le dira. Nous avons vu toutes les espérances que pouvait nous faire concevoir cette œuvre si personnelle dans son invention, si moderne dans ses tendances décoratives.
Etudes pour la Frise du travail.
GUILLOT.
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Art et Décoration
Peut-être aurait-elle mieux convenu sur le juste entre les architectures raisonnables de Gabriel et celles de M. Girault, entre le Garde-Meuble et les palais des Champs-Élysées ses arrière-petits-fils. Nous sommes voués à l'individualisme et l'unité chère à Lebrun et à Louis XIV nous est de plus en plus inconnue. Il faut en prendre notre parti. Devons-nous dire toutefois en présence de telles disparates : « Ceci tuera cela. » Mais qu'entendre par ceci, qu'entendre par cela? Certes, cette architecture de M. Binet, toute brillante et toute fleurie, à peine éclosse disparaîtra et les lourds palais resteront. Mais ne pouvons-nous pas espérer cependant qu'un jour viendra où ce sera l'architecture rationnelle, logique, vraiment moderne, appuyée, comme aux temps très lointains, sur la subordination de tous les ouvriers quels qu'ils soient au maître de l'œuvre, qui triomphera enfin, et que ce jour-là la vieille architecture classique imposée par la Renaissance et propagée par les académies aura vécu pour toujours?
PAUL VITRY.
front de quelque vaste esplanade d'où ses guichets divergents auraient déversé la foule en tous sens; l'espace entre la Seine et la palissade des Champs-Élysées lui paraîtra peut-être un peu resserré. Il faut songer toutefois que c'est bien d'une entrée colossale qu'il s'agissait. Ce sera comme un trait d'union entre Paris et l'Exposition : il le fallait éclatant et magnifique. C'est ainsi que M. Binet l'a conçu et qu'il l'exécutera.
Quelques délicats pourront peut-être se trouver choqués de ce débordement de couleurs crues, de ce luxe de vousures et de pylônes chamarrés; qu'ils se consolent en pensant que c'est là un monument tout à fait transitoire, et qu'ils réfléchissent surtout qu'il s'agissait essentiellement de faire ce que l'on commence à appeler de l'architecture d'exposition, c'est-à-dire quelque chose de brillant, d'éclatant et de saisissant pour la foule aussi bien que pour une élite. Nous estimons que M. Binet y réussira parfaitement, et éblouira les uns tout en charmant les autres s'ils n'ont pas trop de parti pris.
Ce ne sera pas en tous cas un des moindres étonnements de la fête qui se prépare que cette fanfare de couleurs éclatant tout
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La Marqueterie
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La marqueterie consiste en l'application par assemblage et contre-collage sur de la menuiserie de découpages de bois, de métaux, denacre, d'écaillle, de corne, d'ivoire ou autres matières plus ou moins précieuses disposées de façon à former des dessins décoratifs.
Elle constitue avec la sculpture sur bois un des principaux procédés de l'art du décor pour les meubles et son application s'étend jusqu'aux parquets, aux panneaux de lambris, aux caissons de plafond et en général à toutes les surfaces menuisées qui peuvent contribuer à la décoration fixe de l'habitation.
On confond souvent à tort la marqueterie avec la mosaïque et l'incrustation, car, à vrai dire, s'il y a certaine analogie d'origine entre ces trois procédés, ils diffèrent cependant assez sensiblement au point de vue industriel, et le mot de mosaïque donné à une variété de marqueterie qui consiste à assembler des petits morceaux de bois découpés en figures géométriques pour en former ensuite des combinaisons ornementales linéaires, est à notre avis impropre, puisque dans la véritable mosaïque, c'est-à-dire la mosaïque lapidaire et céramique, qui est — on le sait — l'art d'assembler de petites pierres dures ou de petits morceaux d'émail de toutes couleurs, liés par un mastic de manière à former des sujets décoratifs, les parties unies d'une étendue plus grande que le calibre de matière adopté — toujours de dimension très restreinte, quelques millimètres au plus — sont rendues par un groupement de petits cubes de même matière et de même couleur, tandis qu'il ne viendrait jamais à la pensée d'un mosaïste-marqueteur — ce serait en tous cas inutile et enfantin — d'exécuter cette même partie unie autrement que par un seul morceau de bois, ce qui, on le comprendra facilement, constitue déjà une assez grande différence de qualité d'expression entre les deux procédés, qualité résultant — sans qu'il soit question de matière — de la simple division des parties.
Il est donc utile pour être clairs dans l'étude que nous entreprenons de réserver d'abord à chaque procédé le titre qui lui est logiquement dévolu et de n'appliquer celui de mosaïque qu'au travail spécial des pierres et des émaux, car en comprenant exclusivement sous celui de marqueterie tout ce qui est du domaine de l'ébénisterie, nous resterons fidèles à l'origine de ces deux mots autrefois intimement liés puisque — et sans vouloir donner ici des étymologies plus ou moins rigoureuses — nous pouvons rappeler cependant que l'ébéniste a de tous temps offert avec le menuisier cette différence, qu'une fois le meuble construit en son bois de fond, et alors que le second se borne à le polir, il en recouvre la surface de plaques minces de bois précieux qui, dans l'origine, n'était autre que l'ébène, d'où ce nom d'ébéniste dont la fonction spéciale était alors le placage d'un bois sur un autre, autrement dit la marqueterie qui n'est que le procédé plus développé et compliqué de l'ébénisterie.
Quant à l'incrustation, si son aspect prête plus encore que la mosaïque à la confusion avec celui de la marqueterie pour des yeux peu exercés, son procédé de mise en œuvre diffère cependant davantage, car pour la mosaïque comme pour la marqueterie le fond du décor se compose, s'assemble et se superpose