Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - LES SALONS (Suite) - L'Art décoratif, THIÉBAULT-SISSON. - Mobilier et Décoration intérieure, P. ESQUIÉ. - Les Arts du Feu, ÉMILE MOLINIER. - Alexandre Charpentier, GUSTAVE SOULIER. - Papiers peints, EUGENE GRASSET. - Concours de Lanterne, LUCIEN MAGNE. - Planches hors texte : - Le Poète, de M. FALGUIÈRE. - Les Boulanger's, de A. CHARPENTIER. MAI 1897 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFAVETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. N° 5.

Page 2

Imprimerie de Vaugirard G. DE MALHERBE & CIE 152, rue de Vaugirard (13, impasse Ronsin) PARIS Téléphone N° 707-74 --- Impressions de tous genres en Noir et en Couleurs - Labeurs et Travaux de Luxe - Spécialité d'Impressions en Couleurs, en Typographie et en Lithographie - Taille-Douce en Noir et en Couleurs Affiches artistiques - Tableaux-Annonces - Albums et Catalogues Illustrés Travaux d'art pour l'Industrie et la Publicité Imprimeur de la Revue "ART ET DÉCORATION" Téléphone N° 707-74

Page 3

Art et Décoration L'ART DÉCORATIF AUX SALONS OU EN EST LE NOUVEAU STYLE? A tâche est décidément bien ingrate d'es- sayer, en quoi que ce soit, de faire neuf. Voilà dix ans à peine qu'un groupe d'artis- tes hardis s'est porté, malgré le discrédit qui s'y était attaché jusque-là, vers l'art décoratif, dix ans seule- autre chose, — et déjà des juges trop pressés la condamnent. « Quel style avez-vous enfanté? lui disent-ils. Depuis dix ans que vous nous annoncez l'art nouveau, l'avez-vous seulement esquissé? Vous n'avez produit que dans le bibelot des œuvres acceptables. Vos sculpteurs, vos orfèvres, vos ciseleurs, vos émailleurs, vos potiers ont créé; leur inspiration s'est renouvelée, leur techni- que s'est améliorée, mais dans la décoration Le monument aux Morts; pierre. — (Partie centrale). M. BARTHOLOMÉ. ment que, désabusée du pastiche, la petite bande des novateurs s'évertue à créer enfin intérieure s'est-il révélé une note neuve, s'est-il réalisé un progrès, quel qu'il soit?

Page 4

Art et Décoration « Vous décrétez qu'on n'imitera plus l'art ancien : — à merveille. Dans les salles à manger, le Henri II vous paraît suranné : — je le veux bien. Vous proscrivez bien loin de nos salons, vous écartez de nos chambres à coucher, comme impropres à nos usages modernes, le Louis XIV, le Louis XV, le Louis XVI et l'Empire : — d'accord. « Mais qu'avez-vous à leur substituer qui les vaille? Constate-t-on dans vos inventions la plus quelconque, s'il était tenu seulement par des hommes qui n'ont pas qualité, aux yeux du public, pour juger. Il en est autrement. Ces jugements sans appel sont rendus par des érudits dont le nom seul est une autorité. D'où vient le parti pris qui s'y accuse? Pourquoi, sans entrer en rien dans le détail, déclarent-ils en bloc, mal venus, tous les essais de mobilier exposés au Salon? Un procédé de discussion si sommaire a-t-il M. INJALBERT. superficielle cohérence et trouve-t-on, non pas même un style, mais un embryon de style dans vos meubles? Ici, c'est de l'art anglais qu'on s'inspire, et là du moyen âge. Toute la nouveauté tient ailleurs dans une cheminée exécutée, non plus en bois ou en marbre, mais en grès. Si c'est là tout ce que vous avez à m'offrir, tant pis pour l'art nouveau. Je ne vois pas la nécessité de pasticher l'art ancien, mais je préfère, tout bien pesé, ce pastiche à vos essais impersonnels et sans grâce. » Voilà le langage qu'on tient tous les jours. Il n'y aurait pas lieu d'y attacher une importance sa raison d'être, et qui convaincra-t-il? On ne rend pas d'arrêt, en justice, sans l'appuyer sur un exposé des motifs. De même, en critique, il importe, pour qu'une condamnation soit valable, de se fonder sur l'examen préalable des objets. Il ne suffit pas de dire qu'on n'en goûte ni l'aspect général ni le principe : il est indispensable de se livrer à une étude approfondie du détail, à une critique serrée de l'ensemble. Cette critique et cette étude font défaut dans les travaux dont je parle. C'en est assez pour rendre suspecte l'opinion qui s'y manifeste avec une netteté si tranchante.

Page 5

L'Art décoratif aux Salons Est-ce à dire que je trouve irréprochables tous les ameublements exposés au Champ-de-Mars? Non certes : aucun d'eux, dans son ensemble, n'est parfait. On verra plus loin les critiques, motivées celle-là, et précises, que notre collaborateur M. Esquié leur adresse. Je ne songe point à les adoucir : je renchérirais même volontiers sur les reproches qu'il adresse aux artistes en cause. Mais le critique n'a pas pour unique devoir de relever les défauts. Il lui appartient aussi de mettre en évidence les grand rôle y est joué, en effet, bien plus par l'objet d'art, dont on peut toujours se passer, que par la chose indispensable, — le meuble, — essentielle dans la création d'un style neuf. Mais cette constatation ne comporte pas pour moi la conclusion féroce qu'on en tire, et de ce qu'on ne trouve au Salon que très peu de meubles, et des meubles d'inspirations très diverses, je ne vois nullement qu'il y ait lieu de mettre en doute l'aptitude de nos contemporains à créer. L'objet d'art étant facile- M. ROGER. trouvailles et de signaler tout ce qu'il peut y avoir d'heureusement conçu, d'élégant et de pratique dans un meuble où il aura relevé quelques fautes, soit contre la logique, soit contre la technique du métier. Ce faisant, le rôle qu'il remplira sera utile : — il ne sera utile qu'à ce prix. Dans une période d'enfante-ment comme celle-ci, l'excès de sévérité court le risque d'aboutir aux mêmes résultats que le panégyrique à outrance. Il supprime l'élan : il paralyse ou il annule l'effort. Ceci posé, j'accorderai sans peine qu'aux salons l'art, de demain est surtout représenté par le céramiste, l'orfèvre, l'émailleur. Le ment transportable, il est tout naturel qu'on en expose davantage. Il est rare au contraire que l'artiste, quand il a travaillé, sur commande, à un type nouveau de mobilier, ait la chance de le faire voir au public. L'amateur se dessaisit sans peine, pour un temps, d'un grès, d'un émail ou d'un bronze : il ne se dégarnira pas d'un meuble d'usage. On ne voit donc aux expositions annuelles qu'une partie des meubles exécutés dans l'année. La pauvreté d'inventions est donc moins grande qu'on ne le dit. L'écart n'en existe pas moins, je l'avoue, et je suis ravi qu'il existe. Mon opinion

Page 6

Art et Décoration est fondée sur quelques raisons. Les voici : Nos styles anciens se sont créés sans effort et succédé sans interruption apparente, parce qu'ils ne sont, à y regarder d'un peu près, que les modifications successives d'un même style, étranger d'origine. Le mobilier de la Renaissance française n'est français que de nom : il nous est venu tout fait d'Italie et, jusqu'à l'avènement du Louis XVI, nous nous sommes bornés à le modifier de règne en règne pour l'adapter de plus en plus étroitement à nos mœurs, à nos idées, à nos goûts. Inspiré de l'antique, le Louis XVI n'en dérive pas moins du Louis XV. L'architecture du meuble y est changée, mais un même besoin d'élégance, une conception pareille de la grâce le distinguent et, s'il se refuse à la décoration parasite qui surchargeait nos mobiliers rococo, s'il redresse ses lignes, s'il rectifie avec un soupçon de rigidité ses aplombs, il emprunte quand même aux styles antérieurs plus d'un détail encore de son ornementation. La guirlande, par exemple, dont il a fait usage avec tant de bonheur, lui vient du Louis XIII. Il s'est contenté de rafraîchir, en l'allégeant, le motif. Quant au style de l'Empire, qu'est-ce autre chose, dites-moi, que le Louis XVI refroidi, alourdi, dépouillé de sa grâce et restreint, par la préoccupation exclusive de l'antique, à une majesté pompeuse, massive et maussade. La transition entre tous ces styles s'est donc faite, en quelque sorte, toute seule. Nos ébénistes ont passé de l'un à l'autre sans effort. Les matières employées restant les mêmes, il leur suffisait, le plus souvent, d'un effort d'imagination très léger. Sur le vœu d'une reine, d'une princesse, ou d'une grisette associée à la royauté par caprice, on se mettait au travail, on appelait à son secours l'architecte, le sculpteur en bois, le ciseleur, et, dix-huit mois au plus après la commande, l'œuvre nouvelle éclatait. C'était l'aurore d'un style neuf. En dix ans, la nation avait pris le pli, tout entière. Les temps sont changés quelque peu. La monarchie a disparu. Comme un rouleau sur le macadam, le niveau égalitaire s'est promené, uniformisant tout, sur la France. Il l'a embourgeoisée tout d'abord, démocratisée ensuite. Le mobilier doit se démocratiser comme le reste : il sera utilitaire avant tout. Au temps jadis, on se laissait vivre ; au temps présent, on vit double. A notre activité décuplée, un nervosisme exalté correspond. Il nous faut tout, sur l'heure, sous la main. Nous avons le téléphone à domicile, nous y avons le théâtrophone également ; nous y serons bientôt en relations par l'électricité, comme dans l'Amérique du Nord, avec le poste de pompiers, de commissionnaires, de voitures et de télégraphe le plus proche ; nous y aurons à demeure une machine à écrire. Nos tables de travail n'auront droit à l'élégance, désormais, que toute satisfaction donnée à Reliure. M. MEUNIER. l'utile, et l'utile tiendra la grande place. Nous voudrons à portée du doigt tout le clavier par

Page 7

L'Art décoratif aux Salons lequel nous communiquerons avec l'extérieur, et le meuble se ressentira dans sa forme de toutes ces additions, et cette forme sera égalitaire forcément. Financier, médecin, avocat, homme de lettres ou industriel, nous recourrons tous aux mêmes moyens rapides de communication et nous concentrons autour de nos ces moyens. Le meuble riche ne différera guère du moins cher que par la matière employée. Identiques d'agencement, l'un et l'autre seront identiques aussi dans leurs lignes, identiques aussi dans le décor en ce sens qu'ils se passeront de décor. Sur la table-bureau de l'avenir les superfluités charmantes d'autrefois seraient un véritable non-sens et je ne la vois pas ornée, comme au siècle passé, d'une garniture de bronze ciselée par un moderne Gouthière. Et partout, dans l'appartement, même complexité d'un côté, même simplification utilitaire de l'autre. L'homme n'a pas été le seul, en ce temps-ci, à se créer des besoins nouveaux : la femme, dans la même voie, l'a suivi. Comparez, je vous prie, le trousseau, non pas d'une élégante, mais d'une simple petite bourgeoise de nos jours avec le trousseau de sa grand-mère; à la garde-robe de l'une oppose celle de l'autre, et en regard du bagage intellectuel et moral de celle-ci, dououreusement étirqué, placez l'éducation libérale que nous donnons, dans cette fin de siècle, à nos filles : — vous comprendre sans peine qu'il y ait lieu, pour la femme d'à présent, de prévoir dans la chambre à coucher ou dans le cabinet de toilette tout un monde de complications dont la femme du temps de Louis-Philippe eût frémi. Pour parer à ces besoins nouveaux, créera-t-on des formes nouvelles? A coup sûr. Dans quel sentiment seront-elles conçues? Je l'ignore, mais j'ai peine à croire qu'on ne s'inspirera pas dans une certaine mesure, comme l'ont fait les Anglais dans leurs encadrements de cheminées, des ingénieuses combinaisons japonaises. Dans l'amèublement de M.M. Selmersheim et Plumet, que nous avons récemment reproduit, l'influence en était sensible: elle avait abouti à un résultat des plus satisfaisants, si j'en juge moins d'après mon sentiment personnel que d'après celui de nos lecteurs. Undesprincipes, par suite, sur lesquels on se règlera sans nul doute, sera celui de la dissymétrie, seul capable de répondre, par la multiplicité des combinaisons qu'il engendre, à la multiplicité de nos besoins. Mais cette dissymétrie sera tempérée par un goût beaucoup plus épuré que celui des Japonais, par un souci plus marqué de l'équilibre des masses et par ce don de sobriété qui est inné dans une race pondérée, amoureuse M. MEUNIER.

Page 8

Art et Décoration de logique, éprise de clarté comme la nôtre. Vase. M. GALLÉ. Dans le style du meuble nouveau, la matière été précédé de l'introduction dans l'usage courant de matières nouvelles. Voyez, à la fin du siècle dernier, la révolution causée dans l'industrie du meuble par la vulgarisation de l'acajou. Plus encore que l'anticomanie, la matière nouvelle a hâté la transformation du Louis XVI. On n'avait employé jusque-là, dans l'industrie du meuble, que les bois de nos forêts d'Europe. Or, nos bois sont à fibres courtes; on les ornemente et on les sculpte sans peine; je dirais volontiers qu'ils appellent de toute nécessité la sculpture. L'acajou au contraire, comme la plupart des bois exotiques, bois dont la fibre est longue, et la matière très dense, ne se prête qu'à une ornementation modérée; il exclut par là même la sculpture. Qu'en est-il résulté? On a remplacé la sculpture dans la matière même du meuble par des sculptures exécutées dans une matière étrangère, et l'acajou s'est revêtu de bronzes d'applique dont l'usage s'est d'autant mieux répandu que le ton chaud du bois s'y prêtait. On ne me contestera pas cet exemple; — on ne contestera pas non plus qu'au temps où nous vivons, sous la formidable poussée qui pousse l'Europe vieillie à sortir d'elle-même pour se jeter sur les pays neufs, l'Afrique, l'Indo-Chine, l'Australie, les Indes néerlandaises, l'ébénisterie ne s'enrichisse tous les jours de matières insoupçonnées, et très belles. De Panneau décoratif. M. JOANNY RECULON. jouera nécessairement un grand rôle. Tout changement radical dans les styles a toujours toutes parts des bois inconnus nous arrivent, qui vont lutter d'ici peu, par le nombre et par

Page 9

L'Art décoratif aux Salons la qualité, avec nos bois d'Europe. A prix égal, la nouveauté de leurs tons, la richesse et la variété de leurs aspects les feront certainement préférer. Pour peu que la mode s'en mêle et qu'on en adopte l'usage, leur contexture imposera une technique, des profils et des méthodes de travail qui seront autres. Du jour où l'on aura déterminé cette technique, inventé ces profils, mis tout le monde à même de se régler sur ces méthodes de travail, le style nouveau sera créé, pour le meuble. Mais, nous n'en sommes pas là. Les matières nouvelles que nous avons commencé à recevoir, du Congo surtout, nous les expérimentons peu à peu. Nous y mettons quelque hésitation, il est vrai, car l'inconnu que nous y sentons caché nous tourmente. Le vent, d'ailleurs, n'a tourné encore qu'à moitié à l'emploi des bois exotiques, et ce qu'on nous a mis sous les yeux en fait de nouveauté ne représente qu'une infime partie des richesses que le continent noir nous tient en réserve. Il faut donc encore patienter, il faut attendre, avant de multiplier les essais de décoration intérieure, que nous connaissions à fond toutes les ressources des bois qui constitueront la matière du mobilier nouveau. D'autres raisons, non moins bonnes, suffiraient pour nous conseiller la patience. La décoration intérieure ne comporte pas que le meuble, et les créateurs du style nouveau devront se préoccuper de renouveler, en même temps que ce dernier, le cadre où ce dernier sera placé. On renonce de plus en plus, pour les salles à manger, au papier, aux imitations de tapisserie, aux imitations de cuir de Cordoue en carton. Le règne de l'odieux simili est passé. On revient à la décoration peinte, aux panneaux et aux frises en faïence décorée ou en grès. De ces deux matières céramiques, c'est le grès qu'on tend à employer de plus en plus. On est dans le vrai. Les effets auxquels il se prête sont plus larges, plus francs, plus robustes. Les usages auxquels il s'adapte sont aussi plus variés. Nous avons vu, au Champ-de-Mars, des essais de cheminée en grès. Des critiques ont trouvé l'idée biscornue. Ils n'ont pas dit pourquoi. Ils auraient été bien en peine. La sévérité de leur jugement s'expliquerait s'ils avaient condamné seulement les modèles, médiocrement heureux de conception, et d'une logique douteuse: — ils ont condamné sans raison la matière. Au même titre que la pierre, et bien plus légitimement que le bois, le grès a une destination toute trouvée comme encadrement de foyer. Le bois appelle la flamme; c'est une perpétuelle menace d'incendie : le grès, au contraire, l'isole. Il sera donc employé logiquement. Au point de vue décoratif, on n'aura pas plus de raisons de l'écart er. Il revêtira, au gré du potier, les colorations les plus ternes ou les plus chatoyantes, et le moule lui donnera à volonté toutes les formes. Je le verrais avec plaisir détrôner, tout au moins dans la salle à manger ou dans M. BOTKINE.

Page 10

Art et Décoration le cabinet de travail, l'odieux assemblage de couleurs par lequel les trois quarts de nos cheminées, toutes en marbre, déshonorent nos appartements. Il y créerait par la belle chaleur de ses tons, par des formes susceptibles à l'infini de se varier, un centre d'intérêt qui remplacerait avantageusement les motifs dont nos yeux seront longtemps encore affligés. L'industrie du grès, par malheur, est encore dans l'enfance de l'art. Nos fabricants n'ont visé jusqu'ici qu'un bibelot : ils commencent à peine à se douter du grand rôle que cette admirable matière est appelée à jouer dans l'architecture de l'avenir. Quelques rares céramistes se sont essayés, depuis peu, à créer les types variés et pratiques auxquels le grès peut se plier dans la décoration architecturale. Il nous reste à voir s'engager dans le même sens tous les artistes qui se sont voués à l'étude des émaux de grand feu. Des résultats obtenus dépendra, dans une forte mesure, la réussite des essais de nouveau style. J'ajouterai que dans cette réussite entreront aussi, pour leur part, et pour une part notable, les perfectionnements du travail mécanique du bois. Si nombreux qu'ils soient dès maintenant, ils sont loin d'être définitifs. Une invention récente permet à la machine d'exécuter à elle seule des travaux déjà très compliqués de sculpture. Quels résultats pratiques cette invention récente donnera-t-elle? Encore une question à résoudre. L'introduction des bois exotiques dans l'usage courant aura son contre-coup dans la marqueterie. La renouvellera-t-elle? Il y a tout lieu de le croire. On a vu, par les remarquables travaux de M. Emile Gallé, dans quel sens le renouvellement est possible. M. Chevrel a fait, de son côté, des combinaisons de mosaïque de bois et d'incrustation de métal qui ont donné des résultats excellents. Le parti qu'on en peut tirer n'est pas mince. Attendons-nous aussi de ce côté à des révélations très prochaines, et très neuves. Mais encore une fois, pour tout cela, nous sommes dans la période d'essai. Il faut à nos chercheurs le temps d'expérimenter, de synthétiser, de rendre définitives leurs recherches. Quand elles auront revêtu ce caractère, le style demandé surgira. Nos artistes le créeront sans effort, parce qu'ils trouveront réunis dans leurs mains tous les éléments nécessaires pour faire neuf. D'ici là, ne pressons point les choses. Laissons les idées se mûrir et les inventions venir à point. L'éducation du public n'est pas faite : elle n'est qu'en bonne voie; achevons-la. Les artistes qui se sont confinés dans le bibelot nous y aideront. Les modèles achevés qu'ils nous montrent, modèles dont l'inspiration est si personnelle, si fraîche, si dégagée de toute imitation d'art ancien, nous dégagent insensiblement, nous aussi, des impressions gardées malgré nous de l'art classique. En nous apprenant à regarder directement la nature, sans qu'aucun souvenir entre elle et nous s'interpose, sans intermédiaire aucun que notre œil, ils éveillent en nous, pour tout ce qui touche à l'art, des sensations et des idées moins banales. Des émotions nouvelles nous pénètrent, des appétits ignorés nous gagnent. En même temps que le réveil des âmes, le réveil des industries artistiques a sonné. THIÉBAULT-SISSON M. DE SAINT-MARCEAUX.

Page 11

Les Essais de Mobilier et de Décoration Intérieure Une des preuves de l'importance du mouvement que cette revue a pris à tâche de suivre, c'est l'intervention de l'architecte. Lui aussi s'en mêle et, pour intéresser le public à ses travaux, il recourt au moyen le plus pratique, à l'exposition de modèles en nature. On comprend toute la difficulté d'exposer une œuvre architecturale en nature. En général, les dimensions même s'y opposent; aussi, ne s'agit-il ici que de fragments, mais de fragments qui nous font juger nettement de la tendance à laquelle l'artiste obéit et de la qualité personnelle de l'effort. M. LEON BENOUVILLE. Dans ces conditions, les sections d'architecture et d'objets d'art en arrivent peu à peu à se confondre. Du moment que, dans les ensembles exposés, le rôle prépondérant est joué par l'exécution, il n'y a plus de raison de séparer