Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
Les Salons
1. Peinture décorative, Paul Leprieur.
2. Orfèvrerie et Bijoux, René Binet.
3. Quelques Artistes, Gustave Soulier.
4. Les Industries d'Art, Marius Vachon.
5. Sculpture décorative, H. Fiérens-Gevaert et Gaston Migeon.
6. Tapisseries, Broderies, H. Fiérens-Gevaert.
7. L'Art Moderne, Gustave Soulier.
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AVRIL 1897
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Librairie Centrale des Beaux Arts
13, Rue Lafayette Paris
Prix de la Livraison : 2 fr.
N° 4.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. PUVIS DE CHAVANNES, VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE.
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Directeur : THIÉBAULT-SISSON
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Abonnement Annuel :
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr.
ÉTRANGER, (le port en sus).
Prix de la Livraison : 2 francs
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Concours mensuels
I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers.
II. Chaque concours est annoncé dans la Revue au moins deux mois avant la date fixée pour l’envoi des projets.
III. Ceux-ci devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris, au plus tard, le 25 du mois désigné pour le concours.
IV. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répétés sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent.
V. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité.
VI. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis.
VII. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits.
VIII. Les projets non primés devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais.
IX. Seront exclus les dessins reproduisant des modèles déjà existants. Par contre les idées neuves et originales seront de préférence bien accueillies.
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VENTES IMMOBILIÈRES
5 MAISONS à PARIS, à adj’ sur i enc. ch. not. Paris, le 4 Mai 1897, Rev. br. en. Mise à prix,
Rue de la Verrierie, 2 . . . . . . 16,797 fr. 160,000 fr.
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Cité Trévise, 22 . . . . . . 10,154 fr. 90,000 fr.
S’adresser aux notaires à Paris : Mme ARON, P. GIRARDIN et CHATELAINE, 37, rue Poissonnière, dép. de l’encher.
Ge PROPRIÉTÉ à PARIS, rue de Clichy, 29 et 31 et rue de Milan, 1 et 3. Contenance 1142m Rev. br. 21,490 f. M. à p. 456,800 f. (400 f. le mètre). A adj’ sur i enc. Ch. des Not. de Paris, le 11 Mai 1897. S’ad. aux not. : Me MARC, rue de Bondy, 38, et Me MAHOT DE LA QUÉRANTONNAIS, 14, rue des Pyramides, dép. de l’encher.
MAISON AV. de L’OPÉRA 7, Rev. br. 46,970 fr. à PARIS, M. à px : 500,000 fr. A adj’ sur i enchère. Ch. des Not. de Paris, le 11 Mai 1897. S’ad. aux not. : Me MARC, rue de Bondy, 38, et Me MAHOT DE LA QUÉRANTONNAIS, 14, rue des Pyramides, dép. de l’encher.
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Art et Décoration
LES SALONS DE 1897
QUELQUES PEINTURES DÉCORATIVES
A peinture décorative, qui en notre siècle a été si souvent méconnue et déformée, qui pendant la période la plus lamentable de son histoire, à la suite d'Ingres, hélas!a donné lieu à tant d'œuvres hybrides, à tant de plafonds non plafonnants, à tant de tableaux érigés en fresques, a pris de nos jours une éclatante revanche. Ramenée peu à peu instinct ou logique profonde, retrouva les secrets perdus, elle a repris conscience d'elle-même, de ses moyens, de son but, de ce qu'elle doit dire et faire pour convaincre l'esprit ou le cœur en charmant les yeux. Quels que soient le thème adopté et le motif choisi, histoire ou paysage, beauté plastique ou symbole, il est certaines conditions qui s'imposent, certaines règles immuables, désormais généralement comprises et respectées, qu'une peinture décorative ne saurait violer, sans perdre son nom et renier son essence même. Il lui faut l'accord des tons.
vers les voies anciennes qu'elle n'eût jamais dû quitter, retrempe aux sources de la nature et du style, dirigée et conduite surtout par un enchanteur comme le noble et glorieux Puvis de Chavannes, qui par divination, merveilleux rythme des lignes, la pondération balancée des surfaces, les grands partis pris, les fermes silhouettes. Le réalisme le plus photographique et le plus exact, l'impressionnisme le plus subtil n'y atteindront jamais sans s'être stylisés.
M. AMAN JEAN
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Art et Décoration
C'est une musique qui peut varier à l'infini sa chanson, gaie ou triste, tendre ou sévère, mais est astreinte à une modalité à part, à une transposition nécessaire du spectacle de la vie. Trois belles œuvres choisies dans les Salons qui viennent de s'ouvrir, trois modèles originaux, chacun en leur genre, de décoration heureusement combinée et conduite, en diront plus sur ce sujet que toutes nos paroles.
M. Jean-Paul Laurens nous a habitués aux créations robustes et viriles. Pénétré de la grande parole de Michelet, «l'histoire est une résurrection», il a bien des fois évoqué sous nos yeux et fait vivre l'âme des anciens hommes. Même en des tableautins, il sut faire entrer souvent l'austère majesté du passé. Mais combien n'est-il pas plus à son aise et à sa place, quand le cadre élargi, la tâche amplifiée permettent à l'imagination tout son essor! C'est ce que montre au plus haut point l'admirable toile qui sera cette année la joie et l'honneur du Salon des Champs-Élysées. Rattachée au même ensemble que la Muraille, exposée en 1895, et destinée à décorer la même salle du Capitole de Toulouse, elle ne rappelle la composition antérieure, déjà si puissamment conçue, que pour la surpasser en grandeur, en simplicité et en style. On est toujours au xiii° siècle; mais l'envahisseur du sol a disparu, contre lequel il fallait autrefois se défendre et s'emmer solidement. Comme dit la mélancolique complainte de langue d'oc, pittoresquement inscrite en un coin du tableau, «si l'ombre de Montfort passait dans les airs au-dessus des champs qu'il ravagea, il n'y verrait plus que laboureurs (beyro pas que laouray-res) dirigeant les grands bœufs tranquilles sous les rayons du soleil (a la rajo del soulel)». Après la vision du danger et de l'appareil de défense, c'est l'image de la paix revenue, du bonheur retrouvé, du travail fécond et calme. A perte de vue, sur la croupe des coteaux qui par ondulations continues se succèdent, se remplacent, dévalent vers les ravins ou se redressent vers la ligne bleue d'horizon, s'en vont les champs encore en friche ou déjà labourés. Les bandes de terrain grises ou vertes alternent avec les sillons creusés, aux motte de terre brune et grasse fraîchement remuée. Une suite de petits saules bleuâtres et de hauts peupliers indique le contour d'une vallée. D'autres arbres pointent ça et là entre les collines. Partout dans l'immense étendue, où passe l'ombre des nuages flottants, s'épanche une lumière égale et vive, et de nombreuses charrues, que trainent des couples de bœufs au pas grave, continuent patiemment la tâche commencée. L'amour du sol natal a noblement inspiré M. Jean-Paul Laurens en cette page éloquente. Les plans sont soulignés, les contours établis, la structure des êtres et des choses interprétée et comprise, le dessin et la couleur voulus dans une harmonie nettement décorative, avec une audace, une énergie, une décision soutenue d'un bout à l'autre qui mettent l'œuvre absolument hors de pair. Le Lauraguais est ici fixé sous un aspect d'éternité.
Sans avoir aussi haute ambition ni pareille visée, M. Ménard, qui depuis des années marche et progresse, élargissant toujours davantage ses formules, amplifiant sa manière, tendant de plus en plus à la vraie grandeur, condense et résume cette fois en un beau décor toutes les tentatives faites jusqu'ici et tous les rêves antérieurs. C'est l'affirmation la plus complète de ce qu'il aime, veut, désire et sent. Après tant d'essais déjà heureux et de menues toiles, baignées de colorations franches autant que de mâle poésie, c'est l'œuvre définitive et forte qu'on attendait de lui. Rien de plus simple que le thème. Deux femmes nues au premier plan, dans l'herbe épaisse et haute, l'une assise et rêvant, l'autre debout, vue de dos, les bras levés distrairement vers une branche d'arbre chargée de fruits, regardant au loin l'horizon. Derrière ces créatures robustes, les entourant comme un cadre approprié à la plénitude de leurs formes, comme le milieu même où elles se sont épanouies, s'ouvre et s'élargit un merveilleux paysage d'automne, où dans l'eau d'un lac éclaboussé de lumière se reflètent les coteaux assombris et les derniers feux rouges du couchant. L'ensemble a une beauté d'accord, une sonorité d'accent qu'on ne saurait assez louer, s'il n'y avait quelques imperfections à signaler dans les nus, quelques réserves à faire sur leur solidité.
Esprit tout différent, talent plus tendre, plus féminin et délicieusement intellectuel, M.Aman-Jean semble avoir voulu tenter également,cette année, un décisif combat. Épris dès longtemps du décor, interprète exquis et profond de la beauté ou du charme des femmes de notre temps, expert à sonder les âmes et à symboliser l'idée, il a comme réuni et groupé en un même cadre l'expression de ses divers amours. A la fois un et multiple, le triptyque qu'il a conçu dénote un sérieux effort et une volonté de plus
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Les Salons de 1897
Automne (panneau décoratif)
M. René Menard
en plus attirée vers les grandes entreprises décoratives. Charmant de forme et de pensée est le rêve qu'il nous soumet. Au centre est assise sur un banc de jardin, appuyée à des coussins roses, une jeune femme de type caressant et pur, en robe vert pâle relevée d'une mince ceinture de velours violet. Alanguie et rêveuse, elle songe doucement. Derrière elle, une pièce d'eau qu'entourent des caisses d'oranger clapote et se ride, tachée de lueurs mauves, et par dessus les grands arbres du parc s'aperçoivent des contours de nuages rosés. C'est un adorable portrait, élargi, synthétisé. A droite et à gauche, à peine séparées d'elle par une baguette d'or, le long de laquelle descendent des guirlandes suspendues, sont ingénieusement figurées et incorporées en deux apparitions féminines, les qualités que cette femme aime par dessus tout ou qu'elle unit elle-même en sa personne. C'est comme le sujet matérialisé de son rêve ou l'expression dédoublée de sa grâce. La Beauté nue, qu'elle ne regarde ni ne voit, caresse deux paons au plumage splendide et diapré. La Poésie mystérieuse et réfléchie, vêtue de longs voiles blancs, vers laquelle elle est tournée, semble lui présenter et lui tendre une pâle fleur d'anémone. On devine et soupçonne jusque dans l'arrangement des intentions délicates, des trouvailles de sentiment ; et, malgré quelques faiblesses, quelque raideur génée, ça et là subsistante, rarement M. Aman-Jean aura essayé de modeler ses figures et de faire chanter ses tons dans une gamme plus fortifiée de colorations harmonieuses et fines.
Telles sont les trois œuvres diversement intéressantes et empreintes des qualités décoratives les plus personnelles et les plus rares, qu'on est heureux de goûter paisiblement, en silence, loin de la cohue banale et du traditionnel coudoiement.
Paul Leprieur.
M. Couty
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ORFÈVRERIE ET BIJOUX
LES BIJOUX DE M. LALIQUE
UN CADRE IVOIRE ET OR DE M. FALIZE]
UN COFFRET DE MM. GARNIER, GRANDHOMME, ET BRATEAU
Toutes les grandes époques eurent des formes de bijoux très caractéristiques; ces formes varièrent avec la destination du bijou et surtout l'emploi des matières précieuses.
A cette heure, nous utilisons les procédés nouveaux d'alliage, de fonte et de taille dus à la science; l'artiste voit de plus près la nature, et le pistil du lis est à ses yeux aussi beau que le lis entier.
Il observe la corolle de la plus petite fleur et reconnaît qu'elle est composée d'une matière admirable, demi-transparente, parsemée de diamants et teinte des couleurs les plus vives.
Notre époque se caractérise par l'analyse en orfèvrerie, comme en psychologie.
Un exemple établira rapidement le chemin parcouru par cet art de l'orfèvre. Choisissons le scarabée:
L'Égyptien le fit d'un seul ton, bien souvent en pâte de verre bleu lapis.
Le Mérovingien qui — un peu par ses croyances, — n'eut pas l'occasion de le représenter, l'aurait interprété différemment; ce scarabée aurait pu être d'or, et les élytres de topazes. Aujourd'hui, le scarabée serait également d'or; mais les élytres de topazes seraient frangés d'émeraudes, sa tête de grenat porterait des antennes d'argent mat et des yeux de rubis. La forme générale serait plus précise, beaucoup moins héraldique; l'œuvre serait telle, qu'un souffle de vie la ferait comparable aux plus beaux scarabées des régions tropicales.
Et ce bijou serait de M. Lalique. Savitrine du salon des Champs-Élysées nous permet de le supposer.
Étudiez cette superbe fleur de pavot qui deviendra diadème: ses quatre pétales souplessont d'orajouré, et les interstices remplis par un émail translucide, opalin vers les bords et plus jaune à la base. De cette corolle sort la tête du pavot, faite d'un émail bleu poussiéreux qu'une crête de diamants maintient dans l'ombre.
Les étamines en grand nombre sont terminées par un point d'émail noir qui réveille cette harmonie rare.
M. LALIQUE
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Orfèvrerie et Bijoux
On croirait que cette fleur va se rider au gré d'un souffle, tant chacune de ses parties semble mobile et vivante.
La même impression se dégage d'un autre frisson de la vie? Les feuilles, faites d'or vert ajouré et d'un émail translucide d'un vert plus diadème formé de deux branches pendantes de fuchsia : les feuilles sont faites d'or vert et sombre, s'harmonisent comme dans la nature et cela est fier et transparent comme une lame de nacre.
Enchantés par ces trois chefs-d'œuvre, nous espérons saisir les moyens et la subtilité de l'artiste ; mais, hélas! cela est impossible, car dans l'œuvre de M. Lalique tout est soumis à la fantaisie, et cette fantaisie est la marque sûre
Bracelet.
M. LALIQUE
Boucle.
M. LALIQUE
d'émail bleuté translucide, le pistil d'or fuselé et les étamines à tête brune semblent des lustres abrités sous la voûte nacrée de la corolle.
Et cette branche de gui n'a-t-elle pas le
Bracelet.
M. LALIQUE
Boucle.
M. LALIQUE
Bracelet.
M. LALIQUE
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Art et Décoration
du chercheur, de l'esprit inquiet en face de la nature, en un mot de l'artiste original.
Peut-on rêver une harmonie plus douce et plus imprévue que celle de ce large bracelet de vieil argent mat, légèrement gravé, parsemé sur les ajours de chardons d'or dont le centre est noir de bronze et rehaussé d'un semis d'opalines.
L'artiste, ensuite, a pensé que la corne était une belle matière; il a donc parsemé un bracelet de corne, de marguerites en vieil argent et de floraisons légères qui, en s'appuyant à lacharnière, s'étalent sur la surface lisse en courbes terminées par des turquoises.
Puis, dans un sentiment également neuf, et avec un égal souci de se varier, il a exécuté la parure désignée sous le nom de « collier de chien ».
Des perles, placées en bandes, réunissent quatre plaquettes d'or ciselées représentant la fleur du lis jusque dans ses moindres détails; les feuilles sont d'un émail vert clair, et chacune de ces petites merveilles est enfermée dans un rectangle de 3 centimètres sur 4!!!
Voulant aborder toutes les pièces de la parure féminine, M. Lalique a exécuté deux peignes d'ivoire de formes à peu près semblables.
Une figure de femme debout, sculptée dans l'ivoire, les bras écartés du corps s'achevant en ailes de papillon, et ces ailes en émaux bruns parsemés de taches bleues; un émail clair forme frange sur les bords. Telle est,
pour le premier peigne, la partie haute triangulaire couronnant trois longues dents.
Dans le second, la figurine est couverte d'une armure, avec casque d'or; mais ici l'aile est ajourée avec des transparences opalines.
Deux pendants de sautoir s'ajoutent à cet ensemble déjà si riche. Je ne puis que les citer, ainsi que six boucles de ceinture dont deux, tout spécialement méritent d'être retenues.
D'abord, la boucle rectangulaire un peu convexe: des chrysanthèmes d'émail blanc s'enlèvent sur un fond d'or, et le centre est marqué par un brillant; une des fleurs est mobile et attachée à l'autre extrémité de la ceinture. Grâce à cette innovation, les deux plaques ordinaires se réunissent en une seule.
Ensuite la plaque composée de trois yeux de plume de paon, dont le centre est une agate d'un rouge sombre rayé de noir; deux têtes de coqs affrontés tiennent dans leurs becs une barre, sur laquelle s'appuient les deux pointes qui devront retenir la ceinture d'étoffe.
Et d'autres boucles, non moins réussies, d'argent mat incrusté de cuivre, d'or et d'argent patiné plus sombre que le velours noir: harmonies toujours exactes, et rendues fixes par l'emploi de matières impérissables.
Tel est l'art de M. Lalique, basé sur cette qualité très rare, naïve en apparence et capi-
M. FALIZE
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Orfèvrerie et Bijoux
tale chez l'artiste : l'étude de la nature. Alors c'est un émail de M. Grandhomme, enfermé que la foule passe indifférente dans les charmilles, M. Lalique s'arrête auprès d'un pavot que l'Aurore a couvert de pleurs et le prend directement pour modèle.
Un mot maintenant de deux œuvres, parfaites chacune dans leur genre et toutes deux d'une harmonie de couleurs délicieuse.
La première est d'une admirable tenue ;
Côté et partie postérieure du coffret.
Partie antérieure du coffret.
par M. Falize dans un cadre d'ivoire rehaussé d'un semis régulier de boutons d'or et de feuilles et de feuillages d'aubépine.
Laseconde est un coffret d'ivoire orné par MM. Garnier et Grandhomme de panneaux en émail et revêtu par M. Brateau d'une exquise floraison de bronzes dorés qui en font une inoubliable trouvaille.
René Binet
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QUELQUES ARTISTES
M. JEAN DAMPT. — Mme ANTOINETTE VALLGREN.
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EPUIS des années déjà,
M. Dampt nous a habitués aux surprises de son talent sûr et avisé, et, partout où il lui convient de porter son effort, à la maîtrise de technique la plus diverse. Il a ramené parmi nous l'expérience de métiers d'art ardues, que l'on avait désappris depuis des siècles; et ceux qui guettent curieusement les manifestations nouvelles de ses triomphes d'ouvrier, appliqué à assouplir la matière la plus rebelle, ne seront certes pas déçus cette année, car jamais peut-être son exposition n'a comporté d'œuvres si variées et si accomplies.
On se souvient du Portrait de Mlle Worth, cette précieuse statue, faite de bois divers et d'ivoire, que le Salon du Champ-de-Mars nous montrait, il y a deux ans. A la même donnée technique appartient le Buste de Mme la Comtesse de Béarn, qui s'y trouve cette année. Les parties nues, la tête et les mains, sont traitées en ivoire, le vêtement est sculpté en bois de poirier; la main gauche porte la figurine en or d'une femme occupée à sa toilette, et le tout repose sur un socle d'amaraute. Nous reviendrons tout à l'heure sur l'emploi de ces matières différentes et sur le parti que l'artiste en a tiré; mais l'œuvre ne comporte pas seulement un intérêt de facture et un mérite de détails. Ces richesses restent sobres et harmonisées, et la figure s'impose avec un charme simple et intime. Le secret de cette impression réside dans les lignes calmes du buste, dans l'ordonnance sévère de la robe, qui n'accuse aucune mode éphémère, avec les manches à peine amplifiées aux épaules, et l'échancrure du col encadrée d'une étroite bordure de mosaïque discrète, turquoise et or, et d'un fin enroulement d'or portant des trèfles en cuivre verdi et des incrustations d'opales minuscules et de poussière de diamants. Mais cette tranquillité recueillie est due surtout au geste méditatif de la main qui soutient le visage incliné, et que l'artiste affectionne si fort, puisqu'on le retrouve non seulement dans le portrait de Mlle Worth, mais encore dans le buste en bronze d'Aman-Jean, et dans le petit buste en argent de Dagnan-Bouveret. Il est vrai que nulle attitude ne décèlerait mieux la concentration du modèle sur lui-même, et M. Dampt a souci,—et nous l'en louerons,—de donner à ses portraits, faits pour la quiétude intérieure, cette gravité particulière de la réflexion.
Quant aux difficultés de main-d'œuvre, elles étaient certes considérables et d'ordres multiples, dans un travail qui comporte une part de sculpture sur bois, de sculpture éléphantine et
Buste de Mme la comtesse de Béarn.
M. DAMPT
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Quelques Artistes
d'orfèvrerie. Le travail de l'ivoire était particulièrement pénible et délicat, si l'on songe que l'artiste est parvenu à modeler le visage et les mains de touches infiniment sensibles, comme il eût fait le marbre, et que la tête et la main droite sont sculptées d'un seul morceau, ce qui obligeait à une tâche longue et malaisée pour dégager le dessous de la figure et des doigts.
De cet effort opiniâtre, il n'est qu'une impression d'aisance souple et d'heureux accord : la pâleur chaude de l'ivoire se trouve soutenue par le ton du poirier, de couleur légèrement rougeâtre, auquel le bois d'amarante fournit une base plus puissante, tandis que sur ce socle des plaques de nacre inscrustées assurent l'unité de l'harmonie, en rappelant la valeur de l'ivoire.
D'un tout autre caractère est le buste de Duguesclin enfant taillé en pierre : le Portrait de Madame la Comtesse de Béarn est une œuvre toute de grâce et de préciosité distinguée ; nous voici maintenant en présence d'un morceau d'énergie, et, par un certain côté, de rudesse voulue. Sous son haubert de mailles et sa côte à ses armes, avec l'épée à pommeau massif où son poing se referme, ce n'est pourtant pas un nfeant qui essaye en jouant une armure : ce front qui se bombe, déjà batailleur et volontaire, ce nez bizarre et bosselé, ces lèvres obstinées qui s'abaissent dans une moue farouche, mettent sur ce visage enfantin la vigueur têtue et assurée du Breton et du conquérant. Et l'on ne peut trop remarquer le discernement avec lequel M. Dampt a choisi l'admirable matière de cette pierre grise, qui prend sur les parties lisses une patine douce et onctueuse, et se colore de telle sorte qu'un sang vivace semble monter au visage et teinter les lèvres, tandis que les rugosités du vêtement et de l'armure s'accusent dans une note plus froide, qui met en valeur les curiosités de détail. En vérité, cette franchise de métier et d'observation, et cette fermeté de style, éveillent immédiatement en nous le souvenir des vieilles statues de chevaliers qui se dressent aux porches de nos cathédrales ou s'allongent sur les tombeaux; le Duguesclin enfant fait revivre toutes les traditions de nos vieux maîtres.
Mais le sculpteur nerveux ou élégant ne doit pas faire oublier en M. Dampt l'artiste ingénieux, dont on connaît le lit exposé l'an dernier. L'ébéniste se rappelle à nous cette fois-ci par une Chaise d'enfant, toute charmante avec ses lignes délicieusement assouplies du dossier aux bras, et la simplicité raisonnée et confortable de sa construction. Au centre du dossier, une tablette en mosaïque de bois porte le mot AMA, traversé d'une branche de gui, avec des incrustations de nacre pour simuler les baies blanches ; et le sculpteur reprend ses droits dans ce joli groupe de deux bébés, taillé dans un seul bloc de cormier, qui domine les montants et les unit, sans pour cela surcharger les tiges fragiles du meuble.
L'idée de cette consolation enfantine, qui commente la devise inscrite plus bas, est tout à
M. DAMPT