Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
MARS 1897
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr.
N° 3.
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Sommaire
I. L. O. Roty, par LEONCE BÉNÉDITE.
II. Les Industries d'Art au Salon de la Libre Esthétique, par OCTAVE MAUS.
III. Les Etoffes teintes d'Isaac, par M.-P. VERNEUIL.
IV. Concours Rougevin par LUCIEN MAGNE.
V. Un Intérieur Moderne.
VI. Nos Concours,
VII. Chronique,
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Henry
à la Pensée
Médaille d'or à l'exposition Universelle
do 1889
Travaux à Laiguille
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Style Moderne
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5 Rue du Faubourg S'Honoré.
Paris
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THE MODERN STYLE
RECUEIL
DE
MEUBLES ANGLAIS
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Décorations modernes
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Bibliothèques, Écrans, Étagères
Cheminées, Lits, etc.
Décorations intérieures, Salons, Salles à manger
Window, Cabinets de Toilette, etc.
1 volume grand in-folio, 48 planches, contenant plus de
200 modèles différents
Published by Ch. SCHMID, éditeur, 51, rue des Écoles, Paris
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Art et Décoration
L.-O. ROTY
qui ne connaît les médailles de Roty? Il n'y a pas longtemps, il est vrai, que le public, le grand public anonyme, auquel, quoi qu'on puisse dire, doit toujours s'adresser l'âme des grands artistes, que le public de la foule et des dimanches a eu les moyens de se familiariser avec l'art de la médaille. Qui pensait jadis à déterrer ces petits cadres dans les coins reculés des Salons, au milieu de tous les plâtras épileptiques de jeunes ou de vieilles demoiselles sûres de l'indulgence éternelle des jurys? Pendant bien des années, cette magnifique renaissance de la médaille contemporaine n'a eu pour témoin qu'un milieu — sans doute très enthousiaste — mais aussi très fermé. On ne connaissait guère généralement, en fait de médailles, que les odieuses rondelles de cuivre lisse qu'on distribuait aux solennités artistiques, industrielles ou agricoles, ou, hélas! que les tristes et banales pièces de monnaie courante, avec leurs effigies mornes et découpées, invariablement entourées de leur éternel grénetis réglementaire et de leurs inscriptions typographiques sèches et plates. Ce n'est que depuis six ou sept ans, grâce à la propagande incessante de leurs admirateurs, et surtout grâce à l'exposition du Musée du Luxembourg, que le public a pu se pénétrer du charme de cet art étroit, semblait-il jusqu'alors, et suranné, que l'on croyait avoir contraint de tout dire et qui a été si entièrement renouvelé qu'on n'en trouverait point de plus moderne, de plus propre à exprimer clairement et vivement la complexité extrême de nos aspirations et de nos idées.
Qui donc aujourd'hui ne connaît les exquises merveilles de Roty, ces précieuses petites tablettes de métal si vivantes et si émouvantes,
qui parlent avec tant d'éloquence à nos sentiments les plus hauts et les plus désintéressés les plus profonds et les plus intimes? Qui ne connaît cette médaille commémorative du 25e anniversaire de la fondation de la République « Patria non immemor », cette Patrie, grave, sérieuse, triste, au grand œil creux et réfléchi, toujours en deuil, mais dont le revers réveille le frisson des grands espoirs avec son coq qui chante dans l'aurore, sur la terre inondée de rayons, éventrée par la charrue? Qui ne connaît cette grande et immortelle figure de Jeanne, liée au poteau infâme, levant au ciel, dans les flammes du bûcher, ses yeux pleins de foi, qui semblent répéter les paroles de l'exergue : « Ma mission était de Dieu? » Qui ne connaît toutes ces nobles et touchantes allégories qui font vibrer si discrètement et si
Étude pour la Peinture.
profondément les fibres les plus sensibles de nos cœurs : la Maternité pressant sur son sein, dans un geste de tendresse si chaude et si caressante, le cher petit être qu'elle baise au front,
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la Jeunesse offrant ses hommages au vieux Chevreul, la fiancée de la Médaille de Mariage qui tend sa main pour recevoir l'anneau du d'observation rigoureuse, d'analyse méthodique, subtile et délicate qui ont contribué à former cette magnifique éclosion poétique, si séduisante et si émouvante, cette splendeur d'art et cette profondeur de pensée.
Roty, pourtant, a conservé en lui un fort instinct pédagogique. Fils d'instituteur,—il aime à le dire — il rêve complaisamment pour les jours de repos, très éloignés encore heureusement, un enseignement avec lequel il formera des élèves suivant ses principes. Il faut l'avoir entendu s'expliquer sur quelque particularité de son art pour comprendre à quel point ce jugement est exact. Toutes les modifications profondes qu'il a apportées à la médaille sont, en effet, nées d'un examen attentif, d'un raisonnement réfléchi, d'une volonté déterminée. Si l'on considère les différences qui séparent la moindre de ses médailles de celles de l'un de ses devanciers, on peut voir quelles transformations radicales il a opérées. Il semble que, tenant en main une de ces médailles, et frappé de l'oubli dans lequel on était tombé des conditions du symbole et des lois les plus élémentaires du décor, il se soit proposé de renouveler son art sous tous ses aspects en décomposant tous les éléments qui le constituent pour leur appliquer les règles d'une logique plus rigoureuse qui devait y faire pénétrer l'art et la vie.
Il paraît s'être d'abord demandé : « Qu'est-ce qu'une médaille ? Quel est son rôle, sa signification spéciale dans l'ensemble des arts, les caractères distinctifs qui justifient sa raison d'être, à côté d'arts plus importants par leurs dimensions et qui accaparent plus facilement l'attention des sens par des moyens plus actifs et plus immédiats? » Sa matière qui nous donne l'illusion d'images ineffaçables et de souvenirs
fiancé, avec une dignité si modeste, si chaste, un don si pur et si entier de son être? Et toutes ces figures, d'une grâce infinie, ces types enchanteurs de jeunes femmes d'une beauté particulière qui les fait toutes parentes, d'une gravité simple, d'une élégance sérieuse et réservée, ayant toutes, dans leur attitude calme et leurs gestes rythmés, je ne sais quoi de noble, de chaste, de fier et de virginal. Il s'en exhale un parfum très frais de nature, uni à un souvenir lointain et suave des plus beaux exemples de l'antiquité.
Ce charme opère si instantanément, avec une telle puissance, qu'on a l'impression, devant cet ensemble si riche et si varié, si imprévu et si nouveau, d'être en contemplation devant l'œuvre d'un génie ardent et spontané, à l'imagination active et toujours mouvante, produisant sous l'empire de l'inspiration et de l'entrainement. On ne perçoit pas au premier abord toute la science, la réflexion, la logique, l'esprit
qui se perpétueraient à jamais, sa petitesse et sa faculté de se multiplier à l'infini qui semblent la mettre à l'abri des temps, cette exi-
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guité même qui, plaçant sous le regard le sujet tout entier dans ses détails comme dans son ensemble, exige des formes impeccables,
un travail précieux et fini, et la rend compréhensible à travers les variations des sociétés, toutes ces raisons dictaient son rôle à la médaille.
Aussi, la première pensée qui soit venue à son esprit de songeur et de poète, c'est que la médaille a cet avantage sur les autres arts, qu'elle ne peut guère exister par elle-même, qu'elle ne peut guère se passer d'un but, d'une signification. C'est, en effet, un art pratique et symbolique, un art d'enseignement et de sentiment. Elle a pour mission la conservation des souvenirs les plus sacrés, la consécration des plus grandes gloires, des plus hautes ou des plus touchantes récompenses. Il faut donc que, dans un étroit espace, avec des moyens très limités, elle résume et synthétise clairement et fortement les idées qu'elle est chargée d'exprimer. Il faut donc ne rien laisser d'indifférent dans toutes les parties qui la composent.
Stimulé par l'exemple de ses prédécesseurs plus immédiats, des premiers maîtres qui ont eu conscience de la rénovation nécessaire de cet art, Chapu et Degeorge, MM. Ponscarme et Chaplain, Roty a donc analysé tous les éléments constitutifs de la médaille : la forme et la matière, les emblèmes et la lettre, les figures et le fond, accusant la signification précise de chaque partie, le rôle de la face et celui du revers, s'attachant jusqu'à la rédaction de ses légendes.
Tout d'abord, il a senti combien le champ de la médaille était jusqu'alors limité. Restreint conventionnellement, par habitude et par indifférence, à la commémoration des événements importants de la vie publique ou à la consécration des récompenses officielles, cet art ne pouvait-il se prêter parfois à des manifestations moins augustes ; ne pouvait-il se détourner, par instant, de la vie générale et impersonnelle des peuples pour raconter les événements mémorables de l'histoire des hommes et suivre les individus à travers les actes principaux de leur vie privée ?
La réponse à cette question fut bientôt trouvée. Nous voyons l'art de la médaille gagner peu à peu l'existence semi-officielle des corporations et des groupes, des sociétés académiques, littéraires et scientifiques, des associations industrielles, commerciales ou sportives. Les unes le chargent de conserver la date de l'inauguration d'un chemin de fer, d'un canal, d'une usine, les autres de rappeler leur passé en célébrant le centenaire ou le cinquantenaire d'une fondation; d'autres lui réclament des formes de récompense ou des témoignages de gratitude pour des services rendus; d'autres enfin tiennent à imprimer leur caractère sur des jetons personnels. Et nous avons alors ces
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admirables médailles ou plaquettes de la Création des Chemins de fer de l'Est algérien, de la Compagnie du canal de Suez, des Chambres de Commerce de Paris et de Lyon, de l'Ancienne Mutuelle de Rouen; la plaquette de récompense de l'Académie de Lyon; la plaquette commémorative du cinquantenaire de la maison Christofle; les jetons du Jockey-Club qui renforcent les liens qui unissent les générations. Il couronnera une carrière de savant ou d'artiste, honorera une vie de travaux ou de probité et se mêlera désormais si étroitement à tous les actes les plus familiers de la vie, que parfois même on le verra se prêter complaisamment au caprice d'un industriel intelligent, qui l'applique à répandre la renom-
de Buenos-Ayres et de la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire, etc., etc., qui gardent, toutes, dans la solennité de leurs hommages ou dans la gravité de leurs souvenirs, un certain accent plus libre et plus familier.
De l'existence collective des sociétés et des groupes, l'art de Roty pénètre bientôt plus avant dans les manifestations intimes de la vie des individus, il s'installe librement jusque dans le cercle étroit du foyer. Il veut conserver à la piété des enfants, des amis, des admirateurs ou des disciples les traits des parents, des amis ou des maîtres. Il veut que, grâce à lui, soit à jamais fixée la date des événements notables de la famille : naissances et baptèmes, mariages, noces d'argent, noces d'or, constituant comme des sortes d'archives familiales mée de ses produits, ou à la fantaisie de Mécènes éclairés qui désirent conserver dans la mémoire de leurs convives le souvenir éphémère d'une heure passée autour d'une table richement servie.
C'est à ce culte pieux de la famille et de l'amitié que nous devons plusieurs des chefs-d'œuvre les plus illustres du maître; c'est par sa propre famille qu'il a donné l'exemple, fixant en traits inoubliables les images de ses parents, de sa femme, de ses beaux-parents, de son fils, de plusieurs de ses amis. A cette série appartiennent les plaquettes anniversaires des ménages Bigo-Danel, Aynard, Ch. Eug. Simon, la Jeunesse portant ses hommages au centenaire Chevreul, la Médaille offerte à Pasteur pour ses soixante-dix ans; médailles
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offertes à M. Gosselin, à M. Ad. Hirn, etc.; cette exquise Médaille de Mariage et cette touchante Maternité frappée, à l'origine, pour le baptême de son second fils; et le beau menu d'une si grande tournure, la Préfecture de police, pour un diner offert par M. Lozé; et la plaquette de Mariani avec sa nymphe ranimant le jeune Eros, d'une goutte de vin de coca.
Ne pouvait-on craindre, cependant, que la médaille ne perdit un peu de son prestige à descendre de son rôle exclusif d'organisatrice des apothéoses dans lequel elle s'était primitivement cantonnée, pour accepter de se mettre au service d'intérêts si étroits et si particuliers? N'y avait-il pas lieu de se demander en même temps si cette forme traditionnelle des grandes consécration n'était point faite pour donner à la commémoration d'événements souvent très intimes un caractère de solennité exagérée? Frappé de ces considérations, Roty avait essayé déjà par une certaine liberté de composition, une certaine fantaisie du décor, d'atténuer la sévérité de la médaille. Il rompait les symétries traditionnelles des groupes ou des figures, ou bien disposait sa lettre et ses emblèmes avec un aspect plus imprévu et plus familier; mais cette forme même de la circonférence qui est la régularité parfaite, la symétrie idéale, a par soi-même un caractère de majesté et de solennité qui s'impose au sujet. C'est cette réflexion qui porta Roty à chercher des formes plus familières et à retrouver, on dirait presque à créer, la plaquette. C'est alors qu'apparaissent ces petits rectangles allongés, en largeur ou en hauteur, parfois même de forme presque carrée, et cintrés, dans ce cas, à la partie supérieure, qu'ont rendus célèbres les portraits de ses parents et de ses beaux-parents, de Duplessis, de Hirn, de Gosselin et de Pasteur, du cinquantenaire de la Maison Christofle, de l'Étude, etc., etc.; ou bien cette médaille de la Vierge, de forme ellipsoïde ou bien ces jetons de forme polygonale, qu'il frappe pour le Jockey-Club de Buenos-Ayres et pour la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire.
La médaille prenait ainsi une variété d'expression qui correspondait à la variété de ses nécessités nouvelles.
Il fallait, en même temps, accroître encore ces moyens d'expression, accusés déjà par la forme, en donnant un rôle déterminé aux deux faces de la médaille.
Avait-on oublié, dans la décadence si complète de cet art, le rôle distinctif de l'avers et du revers et l'importance qu'avaient su donner à cette face postérieure les grands artistes florentins de la Renaissance ou nos beaux médailleurs français du xvi^e et du xvii^e siècles et même de la fin du xviii^e siècle? Depuis le commencement du nôtre, le sujet s'expliquait comme il pouvait, sur la face, tandis que sur le revers, entièrement sacrifié, s'étalait plus ou moins gauchement et symétriquement tout un vieux bazar d'emblèmes surannés. Le « revers de la médaille » justifiait tristement
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le sens défavorable de la locution populaire.
Poussant toujours plus loin la logique de son analyse rigoureuse, Roty ne veut pas laisser cette partie essentielle muette ou effacée. Si le revers doit rester discrètement au second plan, laissant à l'avers le soin d'exposer le sujet dans sa force, dans son unité et dans sa simplicité, il a, quant à lui, pour devoir d'intervenir pour développer ce thème en insistant sur le sujet, soit en le commentant, soit en le précisant sur un point spécial.
Aussi Roty a-t-il pu trouver des rivaux dans le portrait; il n'a point rencontré d'égaux dans la composition des revers. C'est là qu'il a donné libre essor à toute cette imagination si originale, à la fois si poétique et si précise, si suggestive et pourtant si concrète. Examinez tous ces revers, vous verrez avec quelle éloquence nouvelle, avec quel tact parfait, avec quel esprit ou quel sentiment, quelle simplicité et quelle clarté, il reprend le sujet de la face en de merveilleux petits tableaux caractéristiques, intéressants, touchants et parfois même pathétiques, ou simplement au moyen d'emblèmes rajeunis qui parlent un langage symbolique ingénieux et limpide.
Voyez ses portraits; ils vont transmettre à la postérité, par ces images ineffaçables, répandues à profusion, les traits de grands hommes, de savants ou d'artistes, ou simplement d'amateurs, d'amis ou de parents, caractérisés avec précision par leurs revers significatifs, qui portent, avec les dates instructives de leur biographie, l'indication concrète et précise de leur profession ou de leurs goûts, de leurs talents ou de leurs vertus. Tantôt c'est la Chirurgie qui refléchit dans le silence de l'étude au pied d'un cadavre couché, sur le revers du professeur Gosselin; tantôt c'est la Gravure, feuilletant des estampes, pour accompagner la figure de M. Duplessis. La Générosité vide sa corne d'abondance en mémoire de Mme Boucicaut; la Jeunesse française vient porter, dans sa fraîcheur et son ingénuité, son hommage respectueux et touchant au doyen des étudiants, à Chevreul, dont le visage tout ridé de centenaire s'épanouit avec bonhomie et malice sur la face.
Ici, la vaccine des moutons et des poules précise les travaux du professeur Bouley, président de l'Académie des Sciences; là, la Préfecture de police « regarde, écoute, veille » derrière l'aimable figure de M. Lozé, remplacée plus tard par l'énoncé d'un menu d'empereur de la décadence.
Là, pour la plaquette commémorative d'un anniversaire de mariage, où les deux époux sont accotés sur la face, le revers ingénieux présente soit deux troncs de hêtres réunis par les embrassements du lierre, soit un arbre généalogique qui, de ses deux branches noueuses et fortes, crée toute une active
Médaille commémorative de la création de l'Enseignement secondaire des jeunes filles.
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L. O. Roty
végétation de nombreux et robustes rameaux.
Pour le chemin de fer d'Alger à Constantine, c'est la Fortune qui répand ses trésors sur cette nouvelle voie; pour la maison pénitentiaire d'Auberive, un tableau exquis d'intimité nous montre dans un gai paysage le travail des
Étude d'après nature.
jeunes filles placées sous la protection de la Loi, offrant, pour le personnel destiné à la porter, comme un enseignement moralisateur. Voici le Club Alpin: sur la face, au-dessous de la devise per ardua, un alpiniste contemple le but que devront atteindre sa persévérance et son courage; sur le revers, le Génie charmant des sommets, assis sur les neiges encore vierges, tend au hardi et triomphant, explorateur la fleur des montagnes, l'edelweiss symbolique.
Voici encore le revers si intelligent et si expressif de la médaille commémorative de la création de l'Enseignement secondaire des jeunes filles, qui caractérise si simplement et si clairement l'enseignement que la République distribue, sur la face, aux vierges, « futures mères des hommes »: un livre ouvert dans une corbeille de laine où sont piquées des aiguilles à tricoter.
Par une délicate flatterie, il dissimule sous un buisson de roses l'âge de Pasteur, et il accompagne avec une ingéniosité charmante celui de son jeune fils Maurice d'une branche fleurie dont les premiers boutons commencent à s'ouvrir.
Car il adore les fleurs. Au milieu de tous ses emblèmes, cette langue hiéroglyphique qu'il a entièrement rajeunie en remplaçant tous les termes usés et surannés par des locutions nouvelles, compréhensibles de tous, où vous ne trouvez plus de glaives, de balances, de ballots ficelés, de caducées, de roues à engrenage, de foudres, ni d'enclumes, etc., etc.; mais des épées, des téléphones, des lampes qui ont un abat-jour, etc., etc., la fleur joue un rôle très grand dans les médailles de Roty, soit en palmes élégamment jetées en travers des cartouches, soit en touffes de roses, en rameaux de lauriers, en couronnes d'églantines, de primevères ou de coca (pour le vin Mariani), soit en violettes négligemment jetées (portrait de Mademoiselle Taine).
C'est que la médaille n'est point, comme on pourrait croire, un art de sculpteur; c'est bien plutôt un art de peintre. Ce sont des peintres en Toscane au xvesiècle, d'après des principespittoresques. Roty est un peintre et il le reconnaît; aussi cette force expressive qu'il veut faire donner à la signification des accessoires, il se sert d'éléments pittoresques pour l'obtenir. S'il aime les fleurs, il adore aussi les paysages; il met partout des arbres; les grands panoramas de montagnes ou de fleuves ne l'ef-
La Préfecture de Police.
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fraient point. Il se plaît également à ce qu'on pourrait appeler les paysages d'intérieur, à l'emploi de tout notre décor de mobilier moderne qui, sous sa main de grand artiste généralisateur, perd son caractère particulier, son aspect qui date ; car il ne se sert plus, de même, de tofle, etc.,) ou ces beaux panoramas des Chambres de Commerce de Paris, de Rouen ou de Lyon, ces paysages de montagnes ou de prairies boisées de l'Etude, du Club Alpin, ces architectures en perspective, etc., etc., que Roty relie ses figures à ses fonds, qui désormais jouent aussi leur rôle harmonieux dans cette orchestration de tous les éléments constitutifs de la médaille.
Depuis le portrait de Naudin par Ponscarme, les fonds commençaient déjà à perdre cet aspect de chocolat glacé sur lequel se découpaient les figures. Mais tous ces spectacles pitto-
trépieds ni de chaises curules, ni de tout ce mobilier conventionnel de théâtre antique qui donne à tous les ouvrages de l'époque antérieure un air de douloureuse parenté, mais du mobilier de notre temps, traité avec simplicité et élégance, et présenté dans des illusions de perspective d'une incroyable habileté.
C'est avec ces vues d'intérieurs (la Préfecture de police, Chevreul, plaquette de Chris- tofle, etc.,) ou ces beaux panoramas des Chambres de Commerce de Paris, de Rouen ou de Lyon, ces paysages de montagnes ou de prairies boisées de l'Etude, du Club Alpin, ces architectures en perspective, etc., etc., que Roty relie ses figures à ses fonds, qui désormais jouent aussi leur rôle harmonieux dans cette orchestration de tous les éléments constitutifs de la médaille.
Depuis le portrait de Naudin par Ponscarme, les fonds commençaient déjà à perdre cet aspect de chocolat glacé sur lequel se découpaient les figures. Mais tous ces spectacles pitto-
Pasteur.
Plaquette offerte à Pasteur pour l'anniversaire de ses 70 ans.
resques, cette vie ardente et active dans son calme et dans sa sérénité viennent animer la médaille, la rendent instructive, attrayante, pleine de découvertes pour le regard et pour la pensée.
Les progrès de la réduction à la machine et de la frappe ont évidemment conduit Roty à prendre dans son travail une liberté et une aisance que l'exécution directe du coin ne permettait pas jadis. La médaille y a peut-être perdu certaines qualités de simplicité synthétique et il y a peut-être quelque danger, entre des mains moins sûres et moins constamment préoccupées des conditions de cet art, dans ces représentations pittoresques qui peuvent le faire tomber dans le maniérisme gracieux des petits effets, qu'il ne peut supporter par nature. Mais il faut
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L. O. Roty.
savoir profiter de tous les progrès en sachant éviter d'être entraîné trop loin, et Roty s'est prudemment gardé d'encourir ce reproche.
Il n'est donc pas un seul des éléments de forme ou de décor qui entrent dans la composition de la médaille, dont Roty ne se soit servi pour augmenter et renforcer ses moyens d'expression. Il n'est pas jusqu'à la lettre, autrefois abandonnée par le graveur et obtenue, on peut dire, typographiquement, qu'il n'aît employée avec ingéniosité et intelligence dans un sens décoratif ou expressif. Il est inutile de rappeler l'aspect solennel ou familier, sévère ou fantaisiste qu'elle prend dans ses médailles de l'Est Algérien, de Mme Boucicaut, de l'Enseignement secondaire des Jeunes Filles, où elle empiète sur tous les coins de libre, de la Maternité où elle s'étale en auréole, fournissant par sa forme même, son accumulation, sa disposition symétrique ou capricieuse, les effets les plus originaux et les plus imprévus.
Il n'est pas jusqu'aux draperies auxquelles Roty n'aît donné une grâce exquise ou une suprême éloquence. Constatant que le nu ne pouvait être d'une application facile dans la médaille, parce qu'il y paraît maigre, qu'il garnit insuffisamment les fonds, il a senti que la draperie, devenue indispensable, pourrait ajouter de la gravité, du charme ou du pathétique. Au début, comme dans la médaille de l'Est Algérien, elle hésite encore; son caractère est encore incertain, mal défini. Mais bientôt, depuis la Gravure jusqu'à la Maternité, à la médaille de Mariage, au projet de la médaille commémorative de la mort de Carnot, dont nous donnons un dessin ici, la draperie de Roty se reconnaît à première vue, par son élégance fière, son aisance et son naturel, et en particulier par son sens expressif qui vient ajouter à la signification des figures.
Nous ne disons rien de ses légendes qu'il s'est appliqué à rendre concises, claires et suggestives (plusieurs, en latin, ont été traduites par des amis; les meilleures sont de lui), ni de
Étude d'après nature.