Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

ART d'aujourd'hui REVUE D'ART CONTEMPORAIN NUMÉRO 8 SÉRIE 5 DECEMBRE 1954 PRIX 300 FR.

Page 2

SOMMAIRE 1. Revue aujourd'hui. 2. Le respect dû aux œuvres d'art par les pouvoirs officiels. 3. PREMIER SALON DE LA SCULPTURE ABSTRAITE. Présentation de Roger Bordier. 4. Les exposants. 6. Diversité des œuvres, des hommes, des idées, textes de Roger Bordier. 11. Pourquoi un Salon de la sculpture abstraite ? 12. Paule Vezelay, par Michel Seuphor. 13. LA CALLIGRAPHIE JAPONAISE, par Michel Seuphor. 14. Quelques œuvres classiques de la Calligraphie. 18. Classification des tendances des calligraphes contemporains au Japon, par Shiryu Morita. 19. Œuvres de calligraphes et notes biographiques. 24. ART D’AUJOURD'HUI. Sommaire des numéros parus. 29. Les expositions à l'étranger et à Paris. La couverture a été réalisée d'après un collage d'André Bloc. La planche hors texte a été réalisée d'après une gouache de Herbin par les ateliers Renson. La composition et la mise en page de ce numéro sont de Pierre Lacombe. --- ART d'aujourd'hui Directeur : André BLOC Comité : Marguerite BLOC, Léon DEGAND, Pierre GUÉGUEN, Edgard PILLET, Michel SEUPHOR Secrétaire Général de Rédaction : Edgard PILLET. Editions de l'Architecture d'Aujourd'hui : 5, Rue Bartholdi, Boulogne-sur-Seine Téléphone : MOLitor 61-80 — C.C.P. Paris 1519-97- Abonnements (8 numéros) France : 2.000 frs — Etranger : 2.300 frs. DISTRIBUTEURS : Argentine : Editorial Victor Leru, Calle Cangailo, 2233 Buenos-Aires. — Belgique : Érie Lemesre « Formes nouvelles », 6, rue Ravenetein, Bruxelles. — Brésil : Sociedade de Intercambio, Franco Brasileira Ltda, 75, Rue Baroa de Itapetininga Sao Paulo. — Danemark : Borge Boesens Beghandel Raadhusplade, 55, Copenhagen V. — Etats-Unis : Wittenborn and Co 38 East, 57 th Street, New-York 22, Librairie M. Flax, 10846 Linalwok Drive, Los-Angeles 24, Italie : Sattc, 24 Via Monte di Pséta, Torino - Salto, Via Santo Spirito 14, Milan. — Iran : Librairie S. A. S., Avenue Chah, Téhéran. — Japon : Meiji-Shobo 4-2 chome Surugadal Kanda Tokyo. — Suède : Charles Portin, 40, Bastugatan, Stockholm. — Uruguay : S. U. R. D., Maldonado, 86, Montevideo. --- INVITATIONS DE PARIS ET DU MONDE BRUXELLES Gianni BERTINI du 4 au 21 décembre Galerie Aujourd'hui. BUENOS-AIRES Marta BUGNONE du 3 au 16 novembre Galerie Comte. FLORENCE David MALCHIN du 2 au 15 décembre Galerie Numéro. GOTHENBOURG (Suède) Lambert WERNER du 24 novembre au 8 décembre Lorensbergs Konstsalong. MILAN Andrea et Pietro CASCELLA Vernissage le 25 novembre Galerie del Naviglio. Jean LEPIEN du 4 au 17 décembre Galerie Bergomini. PARIS Abel BERTRAM du 26 novembre au 18 décembre Galerie Huguette Berès. BISSIERE Vernissage le 19 novembre Galerie Jeanne Bucher. CALDER Vernissage le 12 novembre Galerie Maeght. CARRENO du 23 novembre au 11 décembre Galerie Suzanne Michel. CHABAGNY du 26 novembre au 4 décembre Galerie Pierre Bouchet. GESTALDER du 2 au 18 décembre Galerie Simone Badinier. FANIEL Stéphane du 26 novembre au 11 décembre Galerie Diderot. HERBIN du 10 décembre au 9 janvier Galerie Simone Heller. HEROLD du 30 novembre au 14 décembre Galerie Furstenberg. RIBITZKI SCHUMANN du 13 novembre au 12 décembre Galerie du Colisée. LACROIX du 9 au 23 décembre Galerie Guénégaud. LEGER « Le Paysage dans l'œuvre de Léger » du 19 novembre au 31 décembre Galerie Louis Carré. LURCAT, tapisseries NOLL, bois sculptés du 27 novembre au 15 décembre Galerie la Demeure. NEMOURS Aurélie du 7 au 28 décembre Galerie de Beaune. RIOPELLE du 10 décembre au 10 janvier Galerie Rive Droite. SCHNEIDER du 26 novembre au 17 décembre Galerie S. Galanis. VAIL Laurence du 19 novembre au 7 décembre Galerie Guénégaud. NEW-YORK Ruth ASAWA du 6 au 31 décembre Peridot Gallery. Ralston CRAWFORD du 8 novembre au 4 décembre Grace Borgenicht Gallery. Léon HARTL du 15 novembre au 4 décembre Peridot Gallery. HOFMANN du 15 novembre au 11 décembre Kootz Gallery. --- BIBLIOGRAPHIE KLEE Les éditions Flinker, quai des Orfèvres, viennent de sortir l'édition française de l'ouvrage que le critique allemand Will Grohmann a consacré à Paul Klee. Dans l'abondante littérature sur Klee déjà existante, ce livre fera l'effet d'une somme. Par l'abondance des reproductions il ne peut se comparer qu'à l'ouvrage que Alfred Barr consacrera, il y a deux ans, à Matisse. Il est aussi fouillé, mais la mise en pages est plus agréable, surtout quant au texte. L'édition allemande est assurée par Kohlhammer, à Stuttgart, l'édition américaine par Abrams. M. S. SOLDATI Ouvrage consacré à l'excellent peintre que fut Soldati. Texte de Lionello Venturi, qu'accompagnent de très nombreuses reproductions en couleurs et en noir, qui permettent de se rendre compte de l'importance et de la variété de cette œuvre. Editions de la Galerie Bergamini, à Milan. THE LOST ART Ouvrage consacré au vitrail : historique technique, solutions contemporaines, texte de Robert Sowers, introduction de Sir Herbert Read. Nombreuses reproductions, dont certaines en couleurs, sous couverture pleine toile noire. Editions George Wittenborn, New-York, série « Problèmes contemporains ». --- NEUF ARTISTES ABSTRAITS Textes de Lawrence Alloway. Travaux et théories de Robert Adams, Terry Frost, Adrian Heath, Anthony Hill, Roger Hilton, Kenneth Martin, Mary Martin, Victor Pasmore, William Scott. Editions Alec Tiranti. --- CATALOGUES DU STEDELIJK MUSEUM 1945-54, histoire du musée pendant ces neuf dernières années, expositions, acquisitions, très beau catalogue illustré de nombreuses reproductions. P. OUBORG, exposition rétrospective des œuvres, peintures et dessins de cet artiste. BEN NICHOLSON, exposition des œuvres de Ben Nicholson, peintures, dessins, reliefs. Oskar SCHLEMMER, exposition des peintures et dessins de cet artiste. --- INFORMATION 3° BIENNALE DE PEINTURE DE MENTON La ville de Menton, poursuivant son but artistique, prépare sa 3° Exposition internationale de peinture contemporaine. Cette manifestation se déroulera pendant la période d'été : juillet, août, septembre 1955. Le Comité d'organisation de la « Biennale » est chargé de présenter, à l'occasion des Fêtes du Citron, du 18 au 24 février 1955, son exposition régionale des jeunes peintres du Sud-Est.

Page 3

à partir de janvier 1955 ART d'aujourd'hui s'intégrera dans aujourd'hui art et architecture revue bimestrielle consacrée à l'avant-garde de la création plastique

Page 4

LE RESPECT DU AUX ŒUVRES D'ART PAR LES POUVOIRS OFFICIELS C'est sans plaisir, avec le souci d'accomplir un devoir essentiel, par amour désintéressé de l'art et par affection pour le pays où l'art moderne, malgré les pires entraves, a procédé et procède encore à ses conquêtes les plus admirables, que la Direction, le Comité et les autres collaborateurs d'ART D'AUJOURD'HUI attirent tout spécialement l'attention des autorités compétentes et du public sur la façon pour le moins regrettable dont les pouvoirs officiels, en France, traitent les œuvres d'art dont ils ont définitivement ou temporairement la garde. Aucun besoin de littérature pour exposer de quoi il s'agit. Une simple nomenclature sera suffisamment éloquente. EN GÉNÉRAL : - murs sales et dégradés des locaux, - plafonds sombres ; - salles sans lumière ; - insuffisance et pauvreté inexcusables du matériel d'exposition ; - numéros d'ordre des œuvres, fixés directement sur la matière de l'œuvre, non sur le mur ou le support ; - mauvais goût de la présentation ; - signes trop nombreux d'incompétence et de manque de véritable amour pour les œuvres exposées. AU MUSÉE D'ART MODERNE DE PARIS : - ridicule stand de vente (de reproductions, livres, etc.) à l'entrée ; - dans le hall d'entrée, barrières de champ de foire, portant, pour orienter les visiteurs des inscriptions en lettres minuscules ; - dans certaines salles, lourds rideaux inutilement décoratifs ; - meubles encombrants et laids, inutiles, bien que l'on semble prétendre le contraire, pour la compréhension des peintures qu'ils accompagnent ; - classement désastreux des œuvres : des peintures sans fauvisme dans la salle du Fauvisme, sans cubisme dans la salle du Cubisme, un Miro non surréaliste dans la salle du Sur-réalisme, des Figuratifs dans la salle des Abstraits ; - observations simplistes sur les cartons explicatifs : « REMARQUEZ LA PARENTÉ ENTRE LES COULEURS DE CE VELOURS DU CONGO BELGE ET LES HARMONIES DE CERTAINES PEINTURES CUBISTES » et « CETTE ESTHÉTIQUE (nègre) QUI A FÉCONDÉ L'ŒUVRE (des Cubistes) » ; - cartels fixés directement, par deux punaises, sur la surface peinte du tableau ; - désinvolture : sur une sculpture de Gilili la pancarte DÉFENSE DE TOUCHER est posée sur l'œuvre même et découpée par encoches pour bien s'encastrer dans les angles; - l'accès aux salles de sculpture n'est autorisé qu'entre 14 et 17 heures, c'est-à-dire, pendant trois seulement des sept heures d'ouverture ; - gardiens peu aimables. AU MUSÉE DU LOUVRE : - FAUX MARBRE débordant jusqu'aux radiateurs ; - encadrement des portes, peint en FAUX BOIS sur le mur ; - la Pieta d'Avignon placée devant un FAUX MUR DE PIERRES ; - certains Rembrandt honorés de cadres pseudo-baroques en contreplaqué ; - abus des velours pompeux ; - terribles erreurs dans le choix des couleurs de fond : un bleu trop fort tue les maîtres de l'école de Cologne, des verts variés se heurtent dans le cabinet des portraits français, l'ocre criard écrase les Memling ; - dorures ridicules aux fenêtres ; - fausse richesse, genre nouveau riche. AU MUSÉE DE L'ORANGERIE (IMPRESSIONNISTES) : - les numéros d'ordre posés sur la surface peinte des tableaux. A LA BIENNALE DE VENISE, PAVILLON FRANÇAIS : - locaux vétustes et laids ; - présentation dépourvue de bon sens : peintures de grand format (Léger) dans une petite salle, peintures de petit format (Dufy) dans une grande salle (Biennale de 1952) ; - présentation sans goût : trois sculptures de Germaine Richier déposées, comme en vrac au milieu de la salle centrale ; - bric-à-brac. A LA TRIENNALE DE MILAN, SECTION FRANÇAISE : - les Italiens, en 1954, disent que c'est LA RINASCENTE (magasins à prix unique des villes italiennes) ; - rencontres de goût douteux : Pevsner et Vasarely au milieu des cuisinières électriques, Herbin dans les pots de fleur, Le Corbusier dans le butagaz ; - bric-à-brac. CONCLUSION On dira que les pouvoirs officiels manquent de crédits. Mais ils pourraient se tirer d'affaire avec les moyens du bord sans manquer de goût, d'intelligence et d'amour. La situation est d'autant plus grave que la cause de la France, en l'occurrence et aux yeux de tous, se confond avec la cause de l'art. Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous adresser les informations qu'ils posséderaient sur la question. ART D'AUJOURD'HUI. ---

Page 5

PREMIER SALON DE LA SCULPTURE ABSTRAITE GALERIE DENISE RENÉ DU 10 DÉCEMBRE AU 15 JANVIER 1955 Nous le savons déjà, si nous l'oublions trop : l'histoire de l'art, donc des artistes, est, comme toute grande histoire humaine, une longue suite libératrice, j'entends : une longue suite, patiente, d'actes libérateurs. Bien sûr, il y eut des périodes hésitantes, trop d'intentions rétrogrades, des temps d'orgueil et de pesantes résignations, pour tout dire quelques nuits de la pensée, mais enfin, c'est vers cette seule lumière de la poésie en tant que telle, acte de liberté, expression de l'homme, que l'art s'est toujours dirigé. Et nous voyons bien de quelle exaltante lucidité il a su nourrir le combat contre les forces multiples qui tendaient à sa soumission. En bref, l'artiste est du côté de Prométhée : il se révolte toujours contre les dieux. Cette grandeur est aujourd'hui plus que jamais évidente, car le terrible dieu de la Figuration a fini par vaciller dans son ciel. Qu'il s'y perde ! Sur cette terre, les artistes éprouvent leur présence, la vérité de leur art et connaissent enfin cette joie réelle ,sans extérieur prétexte, qui naît d'une certitude de s'accomplir. Mais pourquoi faut-il que cette face prométhéenne de la grande aventure ne soit pas éclairée d'un jour égal ? Et peut-on admettre que restent ainsi dans l'ombre ces constructions de formes et d'espace, ces jeux de masses et de lumière qui la représentent si bien ? Le moment est venu de rendre au moins hommage à la sculpture abstraite. Mais il faut faire plus, il faut, nous le disons plus loin, créer tout un mouvement en sa faveur. Ce n'est faire injure à personne que de dire qu'il faut aujourd'hui un courage presque insensé pour se faire sculpteur, et qui pis est, sculpteur abstrait. Or, nous entendons venir une jeunesse que l'art à trois dimensions a séduit et qui, à quelques rares — oh ! très rares exceptions près — se résout à l'abandonner. C'est cette jeunesse que nous voudrions aider à prendre en mains, le ciseau, le burin, le marteau, ...le chalumeau, car la sculpture moderne a considérablement élargi ses techniques. En nous efforçant, déjà, de faire mieux connaître, d'imposer la sculpture abstraite par les œuvres de ses ainés, nullement à l'abri, eux-mêmes, de bien des injustices, peut-être lui préparons-nous une voie. Certes, nous ne sommes pas à même de faire poser des sculptures abstraites, donc des sculptures proprement dites, à la place des cadavres qui pétrifient nos places publiques. Il a déjà fallu beaucoup de temps pour détrôner du Louvre ce Gambetta stupide qu'il est pourtant question de remonter ailleurs, et le Musset du Théâtre-Français est toujours en place. Mais quoi, le monde de demain peut entraîner à des modifications que le monde d'aujourd'hui se refuse à prévoir. Alors, il faudra être prêt, il faut l'être déjà. On aura besoin des sculpteurs, et il importe que, dès maintenant, les sculpteurs y songent. Ce salon, qui débute modestement, voudrait aussi voir loin... Roger Bordier.