Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART d'aujourd'hui Revue d'art contemporain - numéro 6 - série 5 - septembre 1954 - prix 300 fr.

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Sommaire 1. Essai d'intégration des arts au centre culturel de la cité universitaire de Caracas Hommage à la nouvelle université par Léon Degand Les œuvres de Caracas par Roger Bordier 7. Deux pôles de la peinture naïve : France Pellegrin et Aristide Caillaud par Pierre Guéguen 12. L'art et la manière, enquête sur la technique Sonia Delaunay, Schöffer et Dias par Roger Bordier 18. Une démonstration du groupe Espace : l'exposition « architecture, couleur, formes » à Biot (Côte d'Azur) par Pierre Guéguen 22. Il faut lever l'hypothèque des salons par Roger Bordier 23. La Biennale de Venise par Léon Degand 26. Les expositions à l'étranger 28. Le Salon des réalités nouvelles par Michel Seuphor 30. Les expositions à Paris par R. Bordier, L. Degand, M. Seuphor, H. Wescher La couverture a été réalisée d'après une gouache de Cicero Dias La planche hors texte a été exécutée par l'imprimerie Duval d'après une gravure de Hartung La composition et la mise en pages de ce numéro sont de Pierre Lacombe --- Art d'aujourd'hui Directeur : André BLOC Comité : Marguerite BLOC, Léon DEGAND, Pierre GUÉGUEN, Edgard PILLET, Michel SEUPHOR Secrétaire Général de Rédaction : Edgard PILLET Editions de l'Architecture d'Aujourd'hui : 5, Rue Bartholdi, Boulogne-sur-Seine Téléphone : MOLitor 61-80 - C.C.P. Paris 1519-97 Abonnements (8 numéros) France : 2.000 frs — Étranger : 2.300 frs DISTRIBUTEURS : Argentine : Editorial Victor Leru, Calle Cangailo, 2233 Buenos-Aires. — Belgique : Erie Lemesre « Formes nouvelles », 6, rue Ravenetein, Bruxelles. — Brésil : Sociedade de Intercambio, Franco Brasileira Ltda, 75, Rue Baroa de Itapetininga Sao Paulo. — Danemark : Borge Bøssens Boghandel Raadhusplade, 55, Copenhagen V. — Etats-Unis : Wittenborn and Co 38 East, 57 th Street, New-York 22, Librairie M. Flax 10846 Linalwok Drive, Los-Angeles 24. Italie : Sais, 24 Via Monte di Pséta, Torino - Salto, Via Santo Spirito 14, Milan. — Iran : Librairie S. A. S., Avenue Chah, Téhéran. — Japon : Meiji-Shobo 4-2 chome Surugadai Kanda Tokyo.— Suède: Charles Portin, 40, Bastugatan, Stockholm. — Uruguay : S. U. R. D., Maldonado, 86, Montevideo. --- Expositions En raison des vacances, l'activité des Galeries d'Art s'est trouvée sensiblement réduite; nous signalons ci-dessous quelques expositions : - A Paris, durant le mois de juillet, la Galerie la Hune a présenté des gravures de Helen Phillips. - A la Maison de la Pensée française a eu lieu l'exposition : Picasso, deux périodes 1900-1914 et 1950-1954. - A Antibes, au château Grimaldi, du 27 juillet au 15 septembre, ont été exposées des céramiques de Borsi, des peintures de Gastaud, Malauense, Varga. - A Berne, à la Kunsthalle, exposition Le Corbusier « L'Œuvre Plastique », du 24 juillet au 5 septembre. - A Bruxelles, à la Galerie Saint-Laurent, exposition « Les premiers abstraits belges », du 11 au 24 septembre. - A Florence, du 5 août au 15 septembre, à la Galerie Numéro, exposition de peintres italiens contemporains. - A Locarno, à la Galerie La Citadella, peintures de Wilfried Moser, du 1er au 20 septembre. - A Rome, à la Galerie l'Asterisco, peintures de Accardi, Capogrossi, Consagra, Perilli, Sanfilippo, Turcato, en juillet. - A Bienne, du 19 septembre au 19 octobre, est présentée une importante exposition de sculpture suisse en plein air. --- Informations - André Derain †. Nous apprenons avec regret la mort du peintre André Derain, qui fut avec Matisse et Vlaminck un des créateurs du fauvisme. Il laisse une œuvre dont il est difficile de contester l'influence, en son temps, sur l'évolution de l'art moderne. - Dixième Triennale de Milan, Concours « Socota ». Ce concours avait pour objet la présentation de dessins pour tissus imprimés d'ameublement. Le premier prix a été attribué à Enrico Prampolini de Rome; 2e prix : Hélène Cristofaanetti, Paris; 3e prix : Giovanni Dova, Milan. Tous nos compliments aux lauréats. - Présentation internationale de Films d'Art. La Fédération internationale du Film d'Art présentera les 7, 8 et 9 octobre, un choix des meilleures réalisations effectuées dans ce domaine. De nombreux critiques venus de l'étranger assisteront à cette manifestation. - Congrès de l'Association Internationale des Critiques d'Art. Le cinquième congrès de l'A.I.C.A. s'est tenu du 8 au 16 septembre au Palais de Yildiz, à Istanbul. Ce congrès qui a réuni 110 délégués représentant 18 pays différents, a permis à ceux-ci de poursuivre d'intéressants échanges de vue sur les principaux problèmes qui se posent actuellement à la Critique d'Art. - Salon 54. Rijeka. Yougoslavie. Organisé par la Galerie des Beaux-Arts, avec l'aide de cinq jeunes critiques yougoslaves, ce Salon a réuni les œuvres de 61 artistes, serbes, croatas et slovènes, contemporains. La catalogue que nous avons reçu nous a permis de juger de la diversité des œuvres exposées, parmi lesquelles certaines faisaient preuve de recherches plastiques avancées. Plus de cinq mille personnes visitèrent cette exposition marquant l'intérêt qu'exerce l'art moderne dans ce pays. --- Bibliographie - La peinture contemporaine en Belgique. Ouvrage de 72 pages consacrant une reproduction et une notice biographique à plus de cinquante peintres belges contemporains. Introduction de Maurits Bilcke, textes de Léon-Louis Sosset, Marc Callewaert et Jean Seaux. Editions « De Merid’aan », Bruxelles. - Exposition de l'Ecole de Darmstadter à Vienne. Dans le catalogue de cette exposition annuelle, est présentée une reproduction d'une œuvre de chacun des 38 exposants. Nous y avons relevé une importante participation du peintre Will Baumeister. - Musée de Sao Paulo N° 4. Brochure de 32 pages, dans laquelle sont relatées les différentes activités du musée, expositions de peintures, théâtre, présentation de films, de ballets, etc... - Arte Madi N° 7-8. Plaquette de 60 pages, comportant de nombreuses illustrations, dans laquelle sont présentées les différentes réalisations de ce mouvement dans tous les domaines : peinture, sculpture, poésie, musique. - Duncan. Numéro 7 d'une série de petites plaquettes éditées par la Galerie Schettini, à Milan. Nombreuses reproductions : poème de W. Sandberg, introduction de Giampiero Giani. - Catalogue N° 118 du Stedelijk Museum d'Amsterdam. Ce catalogue de l'exposition M.-C. Escher présente des dessins assez curieux de cet artiste, inspiré par l'art fantastique. - Magnum 3. Sur le thème « et ensuite ? », cette très belle revue autrichienne présente une série d'articles sur des thèmes les plus divers (peinture, sculpture, architecture, sciences, musique) qui permettent de se rendre compte de l'évolution réalisée dans ces différents domaines. --- - Exposition Robert Delaunay à la Guggenheim-Fondation. La Guggenheim Fondation, dirigée par J. J. Sweeney, prépare pour le 26 octobre 1954 une importante exposition rétrospective de l'œuvre de Robert Delaunay (groupant plus de 60 tableaux), dont nous serons heureux de rendre compte dans notre prochain numéro. - Exposition A. Magnelli. M. Robert Giron, Directeur du « Palais des Beaux-Arts » de Bruxelles, organise une vaste rétrospective de l'œuvre de Alberto Magnelli (plus de cent peintures, collages, dessins, etc., s'échelonnant de 1911 à nos jours), dont l'inauguration est fixée au 6 novembre prochain. Cette exposition ira ensuite à Eindhoven (Hollande) et probablement en Suisse. - Concours de recrutement d'un professeur d'Architecture à l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Strasbourg. Ce concours s'ouvrira le 18 octobre 1954 au siège de l'école, 4, rue Schoch, à Strasbourg. Les candidats sont priés d'envoyer leurs dossiers à cette adresse avant le 1er octobre. - Groupe Espace Anglais. Nous venons d'apprendre la création du Groupe Espace en Grande-Bretagne. Déléguée : Mme Paule Vezeley, Stud'o Flat, 60, Redcliffe Square, London S.W.10. Bureau : Architectes : M. Wells Coates, Miss Jane Drew, F.R.S. Yorke. Peintres et Sculpteurs : Miss Marlow Moss, Victor Pasmore, Kennett Martin, Mme Paule Vezeley.

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Essai d'intégration des arts au centre culturel de la Cité Universitaire de Caracas Architecte : Carlos Raul Villanueva. Peintres et sculpteurs : Jean Arp, Armando Barrios, André Bloc, Gonzalez Bogen, Alexandre Calder, Pedron Léon Castro, Francis Conarvaez, Henri Laurens, Fernand Léger, Balthazar Lobo, Matéo Manaure, Pascual Navarro, Alirio Oramas, Antoine Pevsner, Hector Poléo, Victor Vasarely, Oswaldo Vigas. --- Hommage à la nouvelle université de Caracas Ces photos, qui nous sont envoyées du Venezuela et représentent divers aspects de la nouvelle université de Caracas, construite par l'architecte Carlos Raul Villanueva, sont avant tout le témoignage d'une belle générosité. Car il existe donc un endroit au monde où des autorités, chargées de très importantes responsabilités, n'ont pas eu peur, cependant, de l'art d'aujourd'hui, de l'art pratiqué par l'élite des artistes contemporains. Ils ont même fait à cet art la plus large confiance. Ils lui ont permis de s'épanouir dans un lieu, notons-le bien, où l'on forme la jeunesse. Ils l'ont donné en exemple aux futurs cadres de la nation. Ils ont donné en exemple, aussi, leur attachement aux forces les plus vives et les plus actuelles de l'art. Et c'est à quoi l'on ne saurait assez applaudir du fond de notre vieille Europe, où la plupart des autorités semblent avoir à cœur de se signaler, en matière d'art, par une singulière avarice du cœur et de l'esprit, par un repli permanent, non seulement sur les valeurs du passé, mais sur les plus molles et les plus dénaturées de ces valeurs. Il est vrai, les photos ne remplaceront jamais le contact direct avec l'original. Quel est ici, exactement, l'accord des éléments plastiques entre eux, d'une part, et avec tous les éléments du paysage, d'autre part ? Laissons agir notre imagination. Ce qui est certain, en tout cas, et nettement visible, c'est qu'une disposition d'esprit de très haute qualité, partagée par tous les artistes autant que par l'architecte, a présidé à toute l'entreprise. Il faut souhaiter que ce splendide effort suscite dans le monde et, en particulier dans notre vieille Europe, les plus saines rivalités. Léon Degand. « Amphion ». Sculpture de Laurens.

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Détail de la place couverte. Sculpture de Jean Arp. Mural de Mateo Manaure. Les œuvres de Caracas par Roger Bordier Bibliothèque. Sculpture de Lobo. Mural de Mateo Manaure. Place couverte. Sculpture d'Henri Laurens. Mural de Fernand Léger. Que dire, au fond, sur Caracas, qui n'aile de soi ? Et puis, il faudrait pouvoir juger sur place, et non seulement sur pièces. Pour intéressante que soit une documentation, elle ne suffit certes pas à témoigner d'un effort et d'une intention qui répondent — sur un tel plan — à cette grande vue contemporaine de la synthèse des arts que nous avons déjà tenté de définir ici-même. Enfin, elle ne laisse, pour ainsi dire, aucune place au jugement personnel. C'est pourquoi nous nous efforcerons surtout, à l'appui des documents photographiques que nous reproduisons dans ces pages et grâce à quelques renseignements que, malheureusement, ces périodes de vacances ne nous ont pas permis de parfaire, de préciser objectivement le caractère des œuvres appelées à vivre en harmonie avec la construction de M. Villanueva. Un des grands mérites de la Cité Universitaire de Caracas est déjà de réunir quelques-uns des principaux artistes de ce temps, et compte tenu des différences de génération, de formation et de goûts. Certes, l'intérêt, en art, de la diversité, et c'est là un truisme, justifie à lui seul ce choix, mais au-delà de ce qu'il représente, la confrontation ainsi décidée constitue une expérience dont, plus tard, et du strict point de vue de la synthèse des arts modernes, nous pourrons, sûrement, tirer un enseignement positif. Que, pour prendre un exemple, des sculpteurs aussi différents que Pevsner, Laurens et Arp soient présents à Caracas, est, à ce sujet, assez significatif. C'est le Arp, si je puis dire le plus habituel, le plus proche d'une esthétique qui a fait un peu — et déjà sa légende, que nous retrouvons dans une œuvre à l'équilibre si souple, aux proportions, dans leur simplicité, si diversement expressives.

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Sculpture de Pevsner. Mural de Vasarely sur la tour de service. Patio et hall d'entrée de la salle de concert. Deux aspects opposés des éléments de rupture spatio-dynamique de Vasarely. Une fois de plus, Pevsner affirme une force qu'il est bel et bien le seul à posséder. Sa sculpture, d'une très belle envolée, vire sur elle-même comme pour se définir spirituellement, en sa propre matérialité. Elle participe à la fois du sol et de l'air. C'est de cette sobriété particulièrement éloquente, de la densité des volumes, du dessin puissant des lignes d'armature que devait, avec d'autres facteurs naturellement, tenir compte Vasarely pour décorer les murs extérieurs du bâtiment situé à quelques mètres de la sculpture. L'harmonie est ici tellement évidente qu'il n'importe pas de la souligner davantage. Vasarely a voulu encore tenir compte, m'a-t-il signalé, « de l'état d'âme supposé des auditeurs » sortant de la salle des concerts qui se trouve juste en face. « La première impression visuelle qui leur est imposée doit alors prolonger l'émotion musicale », dit-il. Dans ce graphisme, le calcul géométrique n'exclut pas, bien au contraire, une intensité poétique à la fois directe et mesurée, et c'est là une des caractéristiques profondes de Vasarely et que nous retrouvons d'ailleurs dans ses autres recherches plastiques adaptées à la cité de Caracas, comme, notamment, cet intéressant panneau en aluminium qu'anime une composition, naturellement variable puisqu'elle se trouve modifiée et recréée par le mouvement optique. Au milieu d'un grand hall garni de mosaïques, Vasarely a, comme on peut le voir sur nos clichés, placé un dispositif en lames d'aluminium laissant passer le jour et composant des formes, et qui, enfin, s'anime grâce au déplacement du champ visuel du spectateur. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur cette réalisation d'un très grand intérêt. Quant au panneau mural de Vasarely, intitulé « Hommage à Malevitch », il se trouve situé à l'intérieur et à l'extérieur, c'est-à-dire au milieu d'une place à demi couverte. Il comprend, à l'une de ses extrémités, une ouverture carrée dans laquelle tourne, à la diagonale, un autre carré de même dimension et ce mouvement, encore, permet toute une combinaison de couleurs : jaune sur fond noir, noir sur fond noir, etc... Non loin de ce panneau, se dresse l'Amphion de Laurens, au lyrisme un peu trop appuyé peut-être, mais toujours émouvant. Le choix du sujet en indique assez le caractère symbolique. Il est à constater, d'autre part, que cette œuvre élancée et fine se rencontre bien, grâce aux courbes qui lui donnent tout son sens, avec les panneaux en mosaïque de Fernand Léger, toujours si fidèle à lui-même et dont il n'est plus besoin de commenter la manière. Mural de Vasarely. « Hommage à Malevitch ».