Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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Série 3 • N° 5 • Juin 1952 • Prix : 300 francs ART D'AUJOURD'HUI

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Sommaire Couverture d'Edgard Pillet 1. Lettre à quelques peintres figuratifs que guette l’abstraction par Léon Degand 2. Vasarely par Léon Degand 3. Voyage au pays de Chaissac par Pierre Géguen 4. Le passage de la ligne par R.V. Gindertaël 5. L’exposition Klar-Form 6. Schöffer par Michel Seuphor 7. Les expositions Le Corbusier, Dufy, XXe siècle, Le Salon de Mai par Léon Degand 8. Hasards et intentions par Julien Alvard 9. Les expositions par J. Alvard, L. Degand, R.V.Gindertaël et M.Seuphor 10. Informations Bibliographie Mise en page de Sarisson --- ART D’AUJOURD’HUI Directeur : André BLOC - Comité : M. BLOC, L. DEGAND, DEL MARLE P. FAUCHEUX, E. PILLET Secrét. Gal de la Rédaction : Edgard PILLET Éditions de l’Architecture d’Aujourd’hui 5, Rue Bartholdi - Boulogne-sur-Seine Tél.: MOL. 61-80 - C.C.P. PARIS 1519-97 Abonnement : (8 numéros) FRANCE: 2.000 frs — ÉTRANGER: 2.300 frs DISTRIBUTEURS : Argentine : Editorial Victor Leru, Calle Cangallo, 2233 Buenos Aires. — Belgique : Eric Lemesre « Formes nouvelles », 6, rue Ravenstein Bruxelles. — Brésil : Sociedade de Intercambio, Franco Brasileira Ltda, 75, Rue Barao de Itaperinga Sao Paulo. — Italie : Saise, 24 Via Monte di Pietra, Torino - Salto, Via Santo Spirito 14, Milan. — Suède : Charles Portin, 40, Bastugatan, Stockholm. — Uruguay : S. U. R. D., Maldonado 86, Montevideo. --- Sommaire des deux premières séries d’ART d’aujourd’hui 1ère série N° --- Titre --- Auteur(s) --- Date --- Prix --- Le Mur. Spectacles au Japon. --- Henri Laurens. --- Juin 1949 --- ÉPUISÉ --- Le salon de Mai. --- Les Expositions. --- L’art mural. --- Magnelli. --- Juillet-Août 1949 --- ÉPUISÉ --- Les Réalités nouvelles. --- Les Expositions. --- La gravure. --- Fernand Léger. --- Octobre 1949 --- 100 frs (quelques exemplaires) --- Un nouvel espace en architecture. --- Artistes en vacances. --- Les Expositions. --- Peinture foraine. --- Henry Moore. --- Novembre 1949 --- 100 frs (quelques exemplaires) --- Brutes ou pas brutes. --- Auguste Herbin. --- Les Expositions. --- Rencontres fortuites. --- Piet Mondrian. --- Décembre 1949 --- 100 frs (quelques exemplaires) --- Jacques Villon. --- Les Expositions. --- L’affiche. --- Kandinsky. --- Janvier 1950 --- 100 frs --- Julio Gonzales. --- Les Expositions. --- 7-8 --- Numéro spécial double. --- La Peinture de 1900 à 1950. --- Mars 1950 --- ÉPUISÉ --- Cinquante années de gravure (l’Artiste et l’artisan. Matière et main. Gravure au burin. Ardoise gravée, etc.). --- Avril 1950 --- 125 frs --- 10-11 --- Calder. Jean Arp. --- Sophie Taeuber-Arp. --- Mai-Juin 1950 --- 230 frs (quelques exemplaires) --- Tatouages. --- L’artiste et son modèle. --- Enquête auprès des jeunes artistes. --- Les Expositions. --- 2ème série N° --- Titre --- Auteur(s) --- Date --- Prix --- Numéro spécial sur les Musées d’Art moderne (San Francisco, New-York, Amsterdam, Paris. Leur deuxième métier. --- Octobre 1950 --- 180 frs --- La Biennale de Venise. --- Numéro spécial sur les Dessins d’enfants et de fous. (Enfants. Peintres de Haïti. Architecture de Fous.) Art psychopathologique. Enquête auprès des jeunes peintres. --- Novembre 1950 --- 180 frs (quelques exemplaires) --- Cinquante années de Sculpture (le Cubisme. Dada et le Surréalisme. L’Expressionnisme. Le Néo-Plasticisme. Sculptures naïves, etc.). --- Janvier 1951 --- 200 frs --- Les Néo-Primitifs. Les Imaginateurs. Les Visionnaires. Les Maîtres de la Réalité. Hartung. L’épouvantail de l’Académisme. --- Mars 1951 --- 200 frs --- Numéro spécial consacré à l’Espace. (Vision en mouvement, Espace temps, La Couleur dans l’Espace, etc.). Les Masques diaboliques. Photogrammes. Deyrolle, Lapicque. Le Musée d’Antibes. --- Avril-Mai 1951 --- 225 frs --- La peinture aux Etats-Unis (Vues d’ensemble et tendances diverses, la Peinture abstraite aux U.S.A. Américains de Paris). Schneider. --- Juin 1951 --- 225 frs --- Paris vu par les peintres primitifs modernes (Berteaux, Bombois, Demochy, Greffe, Guérin, Utrillo, Vivin). Les Réalités nouvelles. La Jeune sculpture. Formes et couleurs murales. --- Juillet 1951 --- 280 frs (quelques exemplaires) --- Robert Delaunay. Sculpture en plein air. Les mythes du taureau et du cheval. Moholy-Nagy. Exposition du Stijl. Lanskov. Le film sur l’art. --- Octobre 1951 --- 270 frs ---

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Lettre à quelques peintres figuratifs que guette l'abstraction par Léon Degand J'entends souvent dire, et parfois par vous-mêmes, que l'on perd son temps à chercher une différence entre la peinture abstraite et la peinture figurative, alors qu'il importe seulement de distinguer la bonne peinture de la mauvaise. Je ne doute pas de votre honnêteté de pensée, mais vous conviendrez que c'est là une des mille manières de s'aveugler, de fuir un débat qui s'impose, de ne pas prendre ses responsabilités, d'être poli entre gens qui ne partagent pas les mêmes opinions, bref, de « noyer le poisson ». Nous sommes bien d'accord : la qualité doit compter avant tout, et elle n'est le privilège d'aucune tendance. Pour ma part, je refuse de me priver de certains plaisirs picturaux ou de les goûter avec honte, en cachette, parce qu'ils me seraient dispensés par des œuvres non conformes à quelque « ligne » actuelle. Ni œillères, ni mauvaise conscience. J'espère que telle est aussi votre attitude, en principe et en pratique. Mais là n'est pas la question. Vous savez, comme moi, tout ce que peuvent dissimuler des protestations, un peu trop chaleureuses, d'attachement à l'essence supérieure de l'Art avec majuscule. Surtout depuis que l'Abstraction s'est installée à Paris et y conquiert chaque jour de nouveaux amateurs d'art, phénomène que l'on n'avait pas prévu. En réalité, on s'inquiète du sort de la Figuration. Alors, on manœuvre. Ou l'on essaye de boire l'obstacle. Ou l'on tend des pièges aux nigauds. Ou, tirant argument de ce que l'on ne parvient presque plus à découvrir ce que représentent vos peintures figuratives, on les fait passer pour de l'Abstraction, pour la seule qui vaille, la seule vivante, la seule « humaine ». Et nous avons fort bien compris ce que maints compères affirment à la faveur d'une innocente distinction entre la bonne peinture et la mauvaise : la mauvaise peinture abstraite est celle qui est réellement abstraite, et la bonne peinture abstraite, celle qui est... figurative. Car, je ne vous apprends rien, votre peinture n'est pas abstraite du tout. Je ne vous le reproche pas, je le constate. Par amour de la confusion, on la qualifie parfois de non-figurative. Or, la non-figuration authentique n'appartient qu'à l'Abstraction. Vous transposez, certes, à l'extrême les apparences visibles du monde extérieur, mais n'en demeurez pas moins en pleine Figuration. Votre plastique est une plastique de la représentation du monde extérieur, avec les conséquences ordinaires et inéluctables de cette représentation : construction pesant sur l'horizontale (selon la logique d'arrangement du monde extérieur, régie par la pesanteur) et effets de troisième dimension. D'ailleurs, la traduction de la lumière n'est-elle pas l'un de vos plus constants soucis, soit pour exprimer l'espace, hors de quoi il n'est pas de lumière, soit pour ne conserver de l'espace qu'une de ses suggestions les plus légères et au sein de laquelle les objets se laissent si aisément volatiliser ? Je n'insiste pas davantage, pour l'instant, sur votre parenté spirituelle et, à quelques égards techniques, avec l'Impressionnisme, cette école méprisée par nos mouvements figuratifs d'avant-garde dans le même temps qu'ils en adoptaient l'interprétation du monde extérieur et, en général, l'état d'esprit. Mais l'Abstraction vous séduit, vous attire, vous obsède. Elle abolit, entre le peintre et l'expression picturale, cet intermédiaire de la représentation, qui, malgré de fameux antécédents et une réputation bien entretenue, n'est pas nécessairement la seule source d'émotions du peintre ni le seul moyen de transmission de sa pensée. Et vous rêvez, c'est clair, d'une transcription --- Manessier. Hiver 1950. Musée d'Oslo. Ph. Gal. de France.

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Pignon. Les oliviers, 1950. Ph. Gal. de France. directe de vos sentiments en termes picturaux. Or, pendant que ce rêve vous trouble et vous pousse à l'aventure, votre éducation vous ramène tendrement au souvenir des émotions passées, aux chers objets visibles qui les ont provoquées, à cette Figuration, à cette Tradition qu'illustrent tant de maîtres prestigieux. Vous n'osez pas compromettre la réussite de votre expression picturale en vous privant de cette coutumière béquille, la Figuration. Je dis : béquille, parce que pour vous, au point où vous en êtes, la Figuration n'en est qu'une. Je le reconnais très volontiers, vous avez eu des façons très intéressantes, gracieuses, émouvantes même, de vous asseoir entre ces deux chaises, quelquefois, trop souvent, à la manière de Klee. Je manquerai à mes devoirs de critique qui aime la peinture si je tenais pour rien les jouissances picturales que vous m'avez ainsi procurées. Mais je manquerai à d'autres devoirs, non moins impérieux, si je ne signalais aussi que votre position vous crée à présent d'assez grosses difficultés et une gêne, dont vos dernières œuvres témoignent. Qu'on le déplore ou que l'on s'en réjouisse, l'évolution picturale, de nos jours, dans l'ensemble de la peinture d'avant-garde comme dans la carrière personnelle de chaque peintre, ne s'accommode guère de ce qui pourrait ressembler à du statisme. Pour un artiste d'aujourd'hui, l'art s'approfondit bien moins en consolidant l'acquis qu'en allant toujours de l'avant, en procédant à de continuelles investigations au cœur de régions inexplo-rées, tant psychologiques que picturales. De telle sorte, que pour vous, peintres, tout repos, même légitime, paraît stagnation, et que nous, spectateurs, chaque fois que nous avons pris connaissance de vos œuvres les plus récentes, nous nous demandons (comme vous-mêmes, j'imagine) quelle sera la suite. N'accusons pas trop vite, ici, la manie d'agitation et de changement de notre époque. Au fond, votre ambition — et de nombreux amateurs d'art en éprouvent l'impatience avec vous, — est de progresser, degré par degré, vers une nouvelle conception de la peinture. Depuis quelque temps, cependant, le caractère progressif de chacune des étapes de votre peinture se change en incertitude, en hésitation. Vos tableaux vous confessent. En principe, dites-vous, la Figuration est encore loin d'avoir épuisé toutes ses possibilités ; mais nous sommes las de la Figuration. Elle ne nous excite plus ; mais, avouons-le, elle nous retient par d'attendrissantes habitudes. Et, pourtant, nous sentons bien que nous sommes appelés ailleurs, qu'il nous faut abandonner la Figuration, sous peine de perdre tout vrai désir de peindre. Sollicités par la fidélité à nous-mêmes et la fidélité à la Figuration, vivrons-nous notre vie ou celle de la Figuration ? Mais comment nous justifierions-nous, aux yeux de nos amis, à nos propres yeux, surtout, d'être passés chez l'Autre, cette Abstraction dont il nous plaît de prononcer le nom avec une feinte indifférence ? Et, comme tant d'hommes devenus insensibles aux charmes de leur femme, mais qui redoutent de ne plus jamais retrouver le confort et la douceur d'un foyer en la quittant, vous parez mentalement votre compagne des attraits de l'Autre, et vous vous donnez l'illusion de coucher avec l'Abstraction — dans les bras de la peinture figurative. A ce petit jeu de dupes vous n'êtes pas tous et toujours également audacieux, heureux et habiles. D'abord, parce que votre idée de l'Autre n'est pas très nette ni, dès lors, très efficace. Ensuite, parce que votre épouse sait parfois se défendre, et c'est à ce dernier point que je m'arrêterai ici. Nul, même parmi les Abstraits les plus intransigeants, ne songe à nier le véritable tempérament de peintre de Pignon. Ses séjours à Ostende nous ont valu quelques belles toiles, denses et lumineuses. La transposition picturale des bateaux, des voiles, du ciel, de la mer y était très poussée. Membre du Parti Communiste, Pignon se crut tenu, cependant, de sacrifier à la « ligne », artis-

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tique actuellement en honneur. Et ce furent les mineurs et les femmes dans la cuisine, d'une orthodoxie d'intention (car la facture n'était pas aussi photographique que le désirent les augures) vraiment incontestable. Cette façon de faire deux parts de son activité de peintre était-elle trop évidente ? Ou est-ce pour quelque autre raison ? Toujours est-il que les peintures récentes de Pignon, sur le thème des oliviers, présentent de curieux effets de « synthèse », au sein d'un même tableau : sur un fond d'oliviers, très transposés, selon le goût du peintre, se détache un personnage, traité dans un style beaucoup plus réaliste, selon les commandements du Parti. La « synthèse », certes, ne s'est pas réalisée tout à fait ; il ne s'agit que d'une confrontation de deux éléments. J'anticipais, sans doute, me laissant entraîner d'avance par un raisonnement « dialectique », de circonstance. Mais, en vérité, les oliviers transposés sont-ils la « thèse » ou l'« antithèse » ? Et le personnage réaliste ? Et la « synthèse » consisterait-elle, pour un marxiste comme Pignon, dans une simple addition de deux éléments, capable de contenter à la fois le peintre et le Parti ? Ou s'accroche-t-il au personnage réaliste pour ne pas glisser, à la suite de ses oliviers transposés, sur la pente de l'Abstraction ? Qui trompe-t-il ? Son épouse figurative ? Ou sa maîtresse abstractisante ? Le Parti ? Ou la peinture ? Ou lui-même ? Autre drame conjugal, celui de Tal Coat. Ce peintre doué, ne sachant à quoi employer ses dons, n'en est que plus sensible à un problème où ses inconstances picturales peuvent se donner libre cours. Il a découvert jusqu'ici, dans son épouse figurative, deux aspects assez ambigus pour suggérer les séductions de l'Autre. Le premier, c'est l'eau. Par la paroi vitrée d'un aquarium, Tal Coat a observé des poissons et des plantes vivant dans l'eau. Cela, c'est l'épouse figurative telle qu'elle est. Par bonheur, l'eau déforme les apparences réelles de ce qui s'y trouve, et d'autant plus, en l'occurrence, que ce qui s'y trouve y bouge et crée des remous. Avec un peu de persuasion, on verra bientôt ces apparences perdre leurs caractères distinctifs et, après de radicales simplifications sur la toile, il deviendra impossible d'identifier les objets auxquelles elles appartiennent. Et si, en outre, le peintre a pris soin de ne pas représenter l'aquarium, qui constituerait une référence, la représentation n'évoquera plus de l'eau, mais un milieu indéfinissable où l'on ne saura plus quels sont les objets qui s'y manifestent et, par conséquent, s'ils sont près ou loin du spectateur. Cette merveille d'équivoques, le peintre la juge délicieuse puisqu'elle lui permet de goûter, avec l'épouse figurative, les plaisirs supposés de l'Abstraction. Deuxième aspect séduisant de l'épouse : la représentation elliptique. Imaginez une aquarelle de Cézanne (une montagne Sainte-Victoire, comme par hasard) après élimination de tous les détails grâce auxquels on pourrait reconnaître les objets représentés, et vous aurez un tableau de la dernière manière de Tal Coat. La cohérence picturale d'une peinture figurative étant nécessairement solidaire de l'arrangement des objets qu'elle représente, car c'est en fonction de ces objets que les plans picturaux se situent dans l'espace suggéré de cette peinture, la cohérence picturale s'évanouit dès que les objets représentés ne peuvent plus être identifiés. Le faux mystère, qui résulte de l'élimination des détails trop explicites, ravit le peintre et, davantage encore, certains littéraires, tous convaincus d'avoir faussé compagnie à cette sorte de Figuration ! J'aime beaucoup Le Moal, peintre loyal. A sa dernière exposition personnelle (chez Caputo, encore rue La Boétie), trois peintures refusaient de me livrer leur signification picturale. Le catalogue m'instruisit : elles représentaient de l'eau, avec quelques vagues objets (flottants, ou entre deux eaux ?) ou taches de lumière. Les bords de l'étang, du bassin, du seau, que sais-je, n'ayant pas été représentés — et pour cause, car ils auraient fourni des éléments de compréhension —, la représentation de l'eau étant très transposée, les formes et les couleurs étant ordon- Lapicque. Régates à Basse-Mer, 1951.