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PLAISIR de FRANCE AVRIL-MAI 1947 NUMÉRO MI-SPECIAL 165 FR
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PLAISIR de FRANCE AVRIL-MAI 1947 NUMÉRO MI-SPECIAL 165 FR
A NOS ABONNÉS, A NOS LECTEURS Notre rose traditionnelle — qui reviendra sur notre couverture en juillet — fait place aujourd'hui à un bouquet de printemps : c'est que ce numéro est un mi-spécial contenant 12 pages de texte de plus que nos numéros habituels. Une simple règle de trois eût conduit à en fixer le prix à 180 francs, mais, fidèles à nos principes de modération des tarifs, nous l'avons limité à 165 francs. Nos abonnés recevront ce numéro mi-spécial au titre de leur souscription, sans aucune majoration. Nous leur rappelons que, dès le mois de janvier dernier, nous avons spontanément appliqué à notre tarif la baisse de 5 % ramenant le prix de l'abonnement de six mois à 617 francs. Nous maintenons cette baisse jusqu'à nouvel avis, bien que, d'après le décret 47.495 du 21 mars 1947, la Presse soit autorisée à revenir aux prix en vigueur au 1er janvier 1947. NOTRE NUMÉRO SPÉCIAL DE JUIN Ainsi que nous l'avons annoncé en janvier, notre prochain fascicule (juin) sera notre numéro spécial de Printemps et, à l'occasion du 50e anniversaire de la mort d'Alphonse Daudet, il aura pour thème général les Lettres de mon moulin. Prenant prétexte de cette œuvre si profondément française et d'un charme impérissable, des écrivains réputés traiteront, chacun d'une façon originale et personnelle, un des sujets abordés dans les célèbres Lettres. Nos lecteurs retrouveront dans cet ouvrage les rubriques habituelles de « Plaisir de France » : le tourisme et le folklore, la décoration et l'ameublement, les spectacles, la gastronomie, la mode féminine et masculine, les actualités artistiques. La préface sera signée de M. Emile Henriot, de l'Académie française, les autres articles de MM. Alexandre Arnoux, André Billy et Léo Larguier, de l'Académie Concourt, Jean-Louis Vaudoyer, Georges-Henri Rivière, Marcel Brion, Pierre Frédérix, Marcel Provence, Pierre Descaves, Pierre Chanlaine, Mmes Léon Daudet et Marcelle-Maurette. Cet ouvrage sera plus copieux encore que nos numéros spéciaux de juin 1946 (le XVIIIe siècle) et de Noël 1946 : outre les pages de typographie noire, il comprendra 14 pages en couleurs (dont 5 pages de peintures et dessins en collage), 12 pages en héliogravure, 4 pages en offset et une peinture de Van Gogh en hors-texte. Cependant, toujours pour nous conformer au vœu général de baisse des prix, il ne sera vendu que 200 francs (le prix de notre « Noël 1946 » était de 225 francs). Nous invitons nos lecteurs à retenir sans retard ce numéro spécial chez leur libraire ou dépositaire habituel. NOUVEAUX ABONNEMENTS. — Nous rappelons ici que, grâce à l'augmentation de notre tirage, nous sommes actuellement en mesure d'accepter de nouveaux abonnements aux conditions ci-dessous indiquées. PLAISIR DE FRANCE. --- ADMINISTRATION et BUREAUX 13, rue Saint-Georges, PARIS (9°) Téléphone : Trudaine 82-54 PLAISIR DE FRANCE Revue mensuelle paraissant provisoirement deux fois par trimestre Adresse télégraphique : PLAIFRANCE PARIS Chèques postaux : PARIS 5070-63 R. C. Seine 301.173 R TARIF DES ABONNEMENTS A 4 NUMÉROS (dont un spécial) tenant compte de la baisse. Toute demande de changement d'adresse doit être accompagnée de 10 francs en timbres-poste. A. France et Monaco --- Frs. 617 --- B. Afrique du Nord et Colonies françaises. (par envoi recommandé) --- Frs. 647 --- C. Étranger affranchissement demi-tarif. --- Frs. 700 --- affranchissement plein tarif. --- Frs. 800 --- Belgique : 250 francs belges. M. Ceuppens, 65, rue Picard Bruxelles (c.c.p. 18.34.57). — Suisse : 24 francs suisses Librairie Georg, 5 Corraterie, Genève. — Grande-Bretagne colonies anglaises et îles anglo-normandes : £ 2·0·0 Anglo-French Periodicals & Publicity, 25 Villiers Street London W. C. 2. — U.S.A. : $ 7. Vente : Librairie de France, 610 Fifth Avenue, New York City. Abonnements et publicité: Pema Agency, 24 State Street, New York City. Éditeur : « Les Publications de France », S. A. R. L. au capital de 1.500.000 francs. — Gérant : Olivier Quéant. Associés : Philippe Clément, Yves Marescot, Edouard Marmonier. — Siège social : 162, rue de l'Université, Paris (7°).
PLAISIR DE FRANCE IMAGES DE FRANCE --- Sommaire Directeur - Rédacteur en chef : Olivier QUÉANT Directrice des services artistiques : Mme de COSTIGLIOLE (Anne Pierry) Secrétaire de rédaction : Jean de HILLERIN. --- N° 125 — 14e ANNÉE AVRIL-MAI 1947 Titre --- Auteur --- Pages --- LES FORCES PURES --- JOLI MOIS DE MAI... --- Roger VAULTIER --- FLORALIES — LA MODE DE PRINTEMPS --- LE STYLE HÉSITE --- M.G.P. --- ÉTUDES PHOTOGRAPHIQUES --- MARRAKECH --- Sébastien --- LE THÉÂTRE --- Jean HERBAULT --- VISAGES D'ENFANTS DANS LA SCULPTURE --- Madeleine OCHSÉ --- REGARDS — UNE EXPOSITION --- CORMERY, BOURG TOURANGEAU --- Roland ENGERAND --- LA LÉGATION DE SUÈDE A PARIS --- Marina PAUL-BOUSQUET --- LA SALLE A MANGER --- Olivier QUÉANT --- LES DISQUES --- G. SAMAZEUILH --- LES LIVRES --- Yves GANDON --- LE CINÉMA --- Marcel LASSEAUX --- Le dessin figurant sur notre couverture et qui est reproduit ici en noir est de Victoria Nat. --- Toutes les photographies, sauf mention spéciale, sont réalisées par « Plaisir de France » — Atelier Sougez. Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright by « Plaisir de France » 1947. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.
Poudres PEAU FRAICHE CARON PEAU FINE CARON CARON 10 PLACE VENDÔME PARIS
LES FORCES PURES L'art est le reflet d'une époque. Il n'est pas surprenant que la confusion des esprits et des mœurs se retrouve dans le décor contemporain. La surcharge et l'artifice sont un signe de décadence, tout comme le recours aux stimulants traduit l'impuissance ou y conduit. Racine ne nous suffit plus : on ajoute à Bérénice des dioramas et des ballets. Et un jeune metteur en scène fait jouer Britannicus avec des maillots noirs de rats d'hôtel. La toile des tableaux, le papier des magazines, la trame des tapisseries, le décor des théâtres et des appartements se hérissement de chardons et d'épines ou s'encombrent de frisures et de franges. D'un réseau de barbelés constellé de pendeloques émerge un fatras de pointes et d'arêtes reliées entre elles par des fils téléphoniques : les couleurs sont souvent belles, les harmonies de tons parfois magnifiques, mais le dessin donne le cauchemar. Nous sommes en plein enchevêtrement. Le style attend d'être épuré. Nos jeunes artistes donnent dans le crochu et le fourchu, dans le cornu et le biscornu et les afféteries tarabiscotées du Second Empire s'en vont rejoindre, par on ne sait quels méandres, le genre gargouille, le gothique flamboyant ou le baroque. Et même sur les cartons de tapisserie les charmantes fleurettes d'autrefois sont remplacées par des tiges d'ortie. Nous aspirons ici à un art frais et sain. Les surréalistes auraient pu y atteindre s'ils n'avaient été déviés par le freudisme. Déjà, quelques peintres, quelques sculpteurs semblent avoir trouvé la bonne formule, qui serait celle d'un art primitif moderne. Puissent-ils opposer aux styles bâtards la force de la pureté ! Car on charge et on surcharge jusqu'aux flacons de parfum, parfois même les robes, les ceintures et les gants. Nous n'avons jamais compris que certains
couturiers fissent des modèles excentriques ou tapageurs pour complaire à des clientes étrangères, pas plus que nous n’admettons cette étiquette apposée sur telles bouteilles de champagne pour appâter une catégorie d’acheteurs. Puisque c’est de « goût » qu’il s’agit, nous pensons que tout ce qui sort de France devrait porter la marque du goût français, et le goût français ne saurait, selon nous, faire aucune concession à celui des autres. Il est temps de revenir à la sobriété, à la fraîcheur, à la pureté. Certes, il nous arrive de montrer ici des créations ou des décors qui caractérisent notre époque et de publier des dessins de certains artistes qui, malgré leur indéniable talent, se laissent contaminer par des exemples ou influencer par des écoles. Il faut qu’une grande revue écrive l’histoire, enregistre les faits, fasse connaître l’expression de l’art moderne, qui doit aller de l’avant et se frayer des chemins nouveaux. Ces chemins ne sont pas toujours ceux que nous choisirions. Peut-être, en d’autres temps, aurait-on eu le droit de trouver « amusant » tout ce que nous venons de blâmer. Mais, après l’épreuve que nous avons subie, nous avons besoin d’une sève forte, dans l’art comme dans la vie. De ces décors confus et poussiéreux se dégage une impression diabolique, et c’est à chasser ces maléfiques broussailles que nous convions le chœur des anges, l’élan des forces pures. PLAISIR DE FRANCE. Maillol. — La Pensée. Phot. Steiner.
--- Le Muguet. Composition de Francoise de la Perrière. --- Joli mois de mai quand reviendras-tu? par ROGER VAULTIER. JOLI mois de mai, quand reviendras-tu ? soupire la chanson datant, au moins, du début du XVIe siècle, puisque Calbain la fredonne dans une farce qui porte son nom. Et le voici de retour avec son charmant cortège de coutumes qui ont pu traverser les guerres et les révolutions sans trop de dommage. A Paris, en ce 1er mai printanier, le muguet est la fleur du jour ; c’est une tradition que d’offrir ce porte-bonheur, c’est un des nombreux petits métiers saisonniers de la capitale que de le vendre. Fleuristes en renom à l’étalage artistique et gavroches mal peignés présentent aux passants les petites clochettes qui semblent tinter une volée argentine en l’honneur de l’Amour et de la Nature... Cette tradition est relativement moderne ; elle paraît remonter aux environs de 1900. Cependant, autrefois, le muguet était la fleur des amoureux et, au temps de Louis XIII, une pièce de vers évoque : > le mois de mai au vert bocage, > écoutant le pinson ramage > et cueillant le gentil muguet!
Dès cette époque cette jolie fleur était déjà à la mode; bien mieux, dans les textes du moyen âge, le mot muguet désigne les jeunes amoureux parfumés et à la mise recherchée. La vogue actuelle de cette gracieuse liliacée aurait donc une vénérable origine et ne serait qu'une survivance. C'est au commencement de ce siècle que les élèves peintres de Paris allaient cueillir, dans les bois des environs, les fines tiges terminées par une petite boule blanche ; puis la mode s'en mêla et les élégantes vouluèrent, elles aussi, fleurir leur corsage tout comme les midinettes. Rambouillet connaît, en ce début de printemps, une activité fébrile : de toutes parts femmes et enfants, sur la route, aux bords de la forêt, tendent vers les touristes les gros bouquets au feuillage vert pâle, au milieu desquels pointent, comme les seins d'une belle fille de la campagne sous un fichu, les fleurettes nacrées. En Mâconnais également, avant 1914, la fête du Muguet attirait une foule énorme dans trois clairières situées sur les communes d'Igé, Verzé et Laizé. Cette coutume de porter sur soi, en ces premiers jours de mai, un rameau vert est très répandue en France. Dans la soirée du 30 avril au 1er mai, dans maintes provinces, les jeunes gens posent à la porte des filles «à marier» une branche d'arbre qui se nomme le «mai». Le plus souvent, comme dans la région de Maintenon, par exemple, chaque jeune personne a droit à son arbuste ; nous avons pu voir encore cette année, à Mévoisins, quatre bouquets de peuplier. Parfois les gars quêtent; chaque jeune fille donne alors un peu d'argent qui sert à organiser un bal. A Is-en-Bassigny, en Haute-Marne, il n'y a pas très longtemps, la nuit précédant le premier dimanche de mai, les «conscrits» accrochaient à la porte ou à la gouttière des maisons une belle ramille bien touffue, mais, si la fille avait une conduite légère, des fleurs accompagnaient les feuilles, à la grande confusion de la coupable. Le soir, garçons et fillettes se réunissaient par groupes de six à dix ; chacun apportait deux œufs, un morceau de lard et un petit flacon de vin. La maîtresse de maison leur confectionnait une belle omelette, une salade de laitue et des crêpes ou des gaufres. C'est en Lorraine principalement que nous trouvons le charmant usage de la reine de Mai, de la «trimouzette». Dans les villages vosgiens, le 1er mai, les fillettes, vêtues de leurs habits de fête, conduites par l'une d'elles, habillée de blanc et couverte de fleurs, nommée Trimaza, allaient quêter par les maisons en chantant de vieux refrains patois : Ça lo ma, lo joli mâ, ça lo ma, lo tri ma ça. A chaque refrain, la Trimaza dansait. Si l'on donnait, on remerciait de La reine de Mai, d'après la Revue des traditions populaires. Autrefois, en Languedoc et en Provence, le premier jour de mai, les enfants promenaient dans les rues une fillette qu'ils appelaient la reine Maïa: on la plaçait à un carrefour et ses compagnes demandaient aux passants des gros sous pour lui constituer une dot.
Le Mai aux jeunes filles, d'après un dessin de Gustave Doré publié dans le Musée franco-anglais. La scène se passe sous le Second Empire, en Franche-Comté. l’offrande en quelques vers; si les pauvres enfants repartaient sans que rien fût tombé dans leur panier, elles se vengeaient par un couplet railleur, puis, en signe de réprobation, reculaient de quelques pas et continuaient leur ronde... Autrefois, à Dommartin, près de Remiremont, le 1er mai était une véritable fête de l’amour et de la verdure. Le premier dimanche de ce mois, les jeunes filles s’égaillaient sur les chemins conduisant à l’église et chantaient à tous les jeunes gens qu’elles rencontraient le naïf et charmant poème suivant : Un beau monsieur nous avons trouvé, Dieu lui donne joie et santé. Ayez le mai, le joli mai! Que Dieu lui donne joie et santé, et une année à son gré. Ayez le mai, le joli mai!
 *Note: The image contains a detailed botanical illustration featuring purple, white, and pink flowers with green leaves. There is also a small handwritten signature "Manghi" near the bottom center of the illustration.*
Donnez-moi votre chapeau, un petit bouquet nous y mettrons. Ayez le mai, le joli mai! Mon beau monsieur à votre gré aujourd'hui vous nous donnerez. Ayez le mai, le joli mai! Ce sera pour la Vierge Marie, si bonne, si chérie. Ayez le mai, le joli mai! Puis, le don reçu, elles fixaient au chapeau du jeune homme un brin de laurier ou de romarin. Le soir, filles et garçons se réunissaient pour banqueter et danser aux frais des jeunes gens. Soit après le repas, soit au milieu du bal, les jeunes filles mettaient aux enchères les œufs recueillis, le plus offrant devenait le roi de mai; il avait le droit, à la procession de la Fête-Dieu, de porter un gros cierge que l'on achetait avec le produit des enchères. Ce monarque éphémère choisissait des filles d'honneur; la première désignée était celle qu'il aimait. Toutes, lors de la fête du Sacre, devaient l'accompagner avec des cierges. Le soir, il offrait un banquet et un bal, dont il faisait les honneurs avec celle qu'il préférait. Beaucoup d'autres usages marquaient le retour du mois de mai: farces faites par les jeunes gens aux cultivateurs qui laissaient imprudemment leur outillage dehors, rosée dans laquelle on se roulait afin d'être belle, lait que l'on dégustait, pièce de 20 francs dont on se frottait les lèvres en Poitou afin d'avoir de l'argent toute l'année; il y avait aussi le vin de mai, à base de reine-des-bois, et maintes coutumes dont certaines existent encore, marquant de leurs notes piquantes et gaies le calendrier des fêtes françaises. ROGER VAULTIER. Phot. Jahan. Composition en fleurs naturelles de Marglis.

Ce numéro spécial de "Plaisir de France" d'avril-mai 1947 explore divers aspects de la culture et des traditions françaises. Il présente des articles sur la mode printanière, le style contemporain, des études photographiques, le théâtre, la sculpture, le tourisme, la décoration intérieure, la musique et le cinéma. Le numéro met également en avant des coutumes liées au mois de mai, comme la tradition du muguet et la fête de la reine de Mai dans différentes régions.