Page 1
IMAGES de FRANCE PLAISIR de FRANCE NOVEMBRE 1939 LE NUMÉRO : 8 F°50 13, RUE S'GEORGES, PARIS
First pages of the volume, freely accessible.
IMAGES de FRANCE PLAISIR de FRANCE NOVEMBRE 1939 LE NUMÉRO : 8 F°50 13, RUE S'GEORGES, PARIS
NOVEMBRE 1939 — N° 62 "IMAGES de FRANCE", REVUE MENSUELLE 13, RUE SAINT-GEORGES, PARIS-9e Chèques postaux : Paris 178.705 P. C. : Paris 261.513 B (Sene) Téléphone Trudaine 82-54 TARIF DES ABONNEMENTS VALABLE DEPUIS LE 1er JANVIER 1939 A) FRANCE, COLONIES FRANÇAISES et MONACO --- un an --- 6 mois --- B) ÉTRANGER --- F. F. --- 89 » --- 48 » --- I. Suisse --- F. S. --- 15 » --- 8 » --- II. Pays accordant une réduction d'affranchissement --- F. F. --- 120 » --- 65 » --- Afrique du Sud (Union), Albanie, Argentine, Belgique et Colonies belges, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, République Dominicaine, Egypte, Equateur, Espagne et Colonies espagnoles, Estonie, Finlande, Grèce, Guatemala, Haïti, Héritaz, Hollande et Guyane hollandaise, Honduras, Hongrie, Irak, Iran, Italie et Colonies italiennes, Lettonie, Libéria, Lituanie, Luxembourg, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, Portugal et Colonies portugaises, Roumanie, Salvador, Terre-Neuve, Turquie, U. R. S. S., Uruguay, Vatican (Cité du), Venezuela, Yougoslavie. --- III. Pays exigeant le plein tarif d'affranchissement. Tous les pays ne figurant pas ci-dessus. --- F. F. --- 160 » --- 87 » --- ABONNEMENTS-POSTE. — L'administration des postes de certains pays accepte des abonnements aux tarifs français majorés d'une taxe variable dans chaque pays. Tous renseignements complémentaires sont fournis gratuitement par les bureaux de poste. Les abonnements-poste peuvent être également souscrits aux mêmes conditions chez les libraires de ces pays. CHANGEMENT D’ADRESSE. — Les demandes de changement d’adresse doivent être accompagnées d’une bande et de la somme de DEUX francs en timbres-poste. ÉTATS-UNIS. — «Entered as second-class matter November 4, 1936, at the post-office at New York, N.Y., under the Act of March 3, 1879 (Sec. 523 P. L. and R.).»
Une fleur...... des parfums --- - Crêpe de Chine - Bois précieux - Récital - Altitude --- F. MILLOT PARFUMEUR NEW-YORK PARIS LONDON NATIA
Echod et Information RECTIFICATIONS Plusieurs lectrices nous ayant demandé la provenance des deux robes reproduites dans le numéro d'octobre à la page 27, nous sommes heureux de leur donner satisfaction en leur indiquant que la robe noire est de BALENCIAGA, bijoux de BOUCHERON, et la blanche de chez ROBERT PIGUET, bijoux de MAUBOUSSIN, (photographies POTIER). COUTURE ET HAUTE COUTURE ADRIENNE THIELLAY, 51, rue Le Peletier (Tru. : 24-00) reste à la disposition de la clientèle pour l'exécution de tous travaux de couture (transformations, réparations). PRODUITS DU DOCTEUR DYS V. DARSY, 54, Faubourg-Saint-Honoré, rappelle à sa fidèle clientèle l'ancienneté de sa maison. Depuis 1883, il n'a reculé devant aucun effort pour la satisfaire et en a été récompensé en voyant l'emploi des produits du Docteur Dys se répandre de plus en plus. Ses poudres, ses crèmes, ses lotions et surtout ses « sachets de toilette », unique remède à la crudité de l'eau, n'ont cessé de recevoir partout un accueil plus que favorable. Catalogue sur demande. N'hésitez pas à écrire à V. DARSY, qui vous enverra vos commandes franco dans toute la France. --- LOTTERIE NATIONALE --- LIVRES A LIRE En ces heures graves que nous traversons, je sens profondément ce qu'il y a pour moi de sérieux dans le fait de tenir une rubrique dont le titre est : Livres à lire. Car il ne s'agit plus seulement de recommander à ceux qui me font confiance des lectures plus ou moins agréables; je me trouve investi d'une sorte de responsabilité vis-à-vis d'un public nouveau, quoique identique. Nouveau à cause des événements, nouveau à cause d'une « psychologie » générale qui n'est plus la même. J'espère être digné de ce rôle délicat. Je crois que l'Arc-en-ciel de lune (1), de M. André Armandy, est le type même d'ouvrages que l'on peut conseiller aujourd'hui. Et je suis particulièrement heureux de cette occasion que j'ai de rendre justice à un écrivain dont il ne me semble pas que la critique ait reconnu jusqu'ici les mérites variés. Je n'ai pas lu tous ses livres et il me semble d'après la liste que beaucoup appartiennent à un genre : le roman d'aventures, pour lequel je n'ai qu'un goût mitigé. Mais ceux que je connais : la Cité profonde et le Padrao, m'ont frappé par la justesse sans insistance de l'analyse, par la solidité d'une documentation masquée, par un sens aigu de l'exotisme, par la puissance des descriptions, par la netteté d'un style rapide, éclairé de belles images, bref par un ensemble de qualités qu'on voit très rarement réunies et qui font toujours s'écrier quand on est impartial : « Mais, sapristi ! voilà un monsieur ! » Et ensuite on s'étonne, et même on s'irrite, en songeant à la quantité de gribouilleurs qui ne sont à aucun degré des « messieurs », mais qu'une chance où une réclame également indécentes ont portés au pinacle, que l'on prend au sérieux et dont les critiques les plus graves discutent avec attention les niaceries prétentieuses. C'est même cette attention indûment apportée à de tels personnages qui les détournent longtemps d'hommes de la valeur d'André Armandy. Mais il sonne toujours une heure pour la justice. L'Arc-en-ciel de lune contient six nouvelles qui nous promènent des rives du Zambeze au Maroc, de la Champagne à Gabès, des îles Fidji à la Cordillère. Il est visible que M. Armandy a beaucoup voyagé et surtout qu'il a aimé, parfois avec passion, les aspects si divers de cette planète que des reporters pressés et distraints veulent nous faire croire banalisée et uniformisée à l'extrême. Je vous prie de penser que quand vous aurez lu ces six nouvelles, surtout la première et la dernière, vous aurez perdu ce préjugé. M. André Armandy a un talent tout spécial pour nous montrer ce qu'il y a de différent, de dépaysant, dans les décors des contrées lointaines. Je me souviens surtout du Padrao, dans lequel l'atmosphère de la côte mozambique était rendue avec une force presque angoissante. Il en est de même pour l'Arc-en-ciel de lune, où j'ai quelque peu retrouvé celle de la Cité profonde. Je crois que M. Armandy est particulièrement familier avec l'Afrique du Sud, région très peu connue et où il s'est passé récemment, surtout à cause des mines de diamant, des choses extraordinaires. S'il n'avait fait que puiser dans ce recueil d'anecdotes tragiques, cela ne dépasserait pas le niveau des récits de M. Simenon et autres spécialistes, mais il est allé beaucoup plus loin et j'ai souvent retrouvé dans son œuvre un peu de cet accent, inoubliable et souverain, qu'avait ce maître des maîtres qu'on appelait Rudyard Kipling. A ceux qui veulent plus spécialement se distraire je conseillerai de lire le charmant livre de M. Maurice Sachs : Au temps du Bœuf sur le toit (2), car non seulement cela les amusera beaucoup, mais encore ils garderont l'impression la plus nette et la plus savoureuse de ce que fut le Paris d'après guerre, entre 1919 et 1929. Dix ans de folie et de vertige, bien excusables après tout si l'on pense à ce terrible appétit de vivre auquel était en proie un monde qui venait de subir tant de mois d'épreuves et de misères inouïes. Mais aussi dix ans d'une fermentation intellectuelle comme on n'en avait jamais vu. Il est de mode de juger sévèrement cette période de transition (en isolant avec une certaine mauvaise foi ses excès regrettables), mais il ne serait que juste de considérer l'ardeur avec laquelle la jeunesse se jeta sur toutes les nouveautés de l'art: en littérature, en musique, en peinture, en modes, en cinéma. Ce fut une consommation vertigineuse de valeurs, dont quelques-unes resteront, dont la plupart auront servi de point de départ. Pensons seulement à ce qu'ont donné le jazz ou l'œuvre mystérieuse de Chirico. Je suis reconnaissant à M. Maurice Sachs d'avoir ainsi brossé de cette époque frivole et si riche un tableau pimpant, rapide, savoureux et charmant. FRANCIS DE MIOMANDRE. (1) Plon, édit. — (2) Editions de la Nouvelle Revue critique. IMAGES DE FRANCE
Le Commerce à Chonneur Sous cette rubrique vous trouverez une liste de maisons ouvertes JEANNE LANVIN --- 22, Faubourg-Saint-Honoré, --- 9 h. à 11 h. et 14 h. à 18 h. --- LUCIEN LELONG --- Couture --- 16, avenue Matignon, --- 9 h. à 18 h. --- MAGGY ROUFF --- Couture-Fourrures --- 136, avenue des Champs-Elysées, --- 11 h. à 12 h. 30 et 14 h. 30 à 17 h. --- O’ROSSEN --- Couture --- 29, Faubourg-Saint-Honoré, --- 11 h. à 12 h. et 15 h. à 17 h. --- JEAN PATOU --- Couture --- 7, rue Saint-Florentin, --- 10 h. à 17 h. --- RAPHAËL --- Couture --- 3, avenue George-V., Paris. — Biarritz, 2, place Clemenceau. --- ROBERT PIGUET --- Couture --- 3, rond-point des Champs-Elysées, --- 10 h. à 17 h. --- SCHIAPARELLI --- Couture --- 21, place Vendôme, --- FOURRURES MAX (A. LEROY, directrice.) --- Fourrures --- 19, avenue Matignon, --- 9 h. à 12 h. 30 et 14 h. à 18 h. --- « A LA REINE D’ANGLETERRE » --- Fourrures --- 249, rue Saint-Honoré, --- 9 h. à 12 h. 30 et 14 h. à 18 h. --- MARIA-GUY --- Modes --- 8, place Vendôme, --- 9 h. à 11 h. et 13 h. à 17 h. 30. --- ROSE VALOIS --- Modes --- 18, rue Royale, --- 10 h. à 18 h. --- BOUCHERON --- Joaillier --- 26, place Vendôme, --- 9 h. 30 à 18 h. (samedi 10 h. à 12 h.). --- CARTIER --- Joaillier --- 13, rue de la Paix, --- 9 h. à 17 h. --- J. CHAUMET --- Joaillier --- 12, place Vendôme, --- 9 h. 30 à 17 h. 30 (samedi 9 h. 30 à 12 h.). --- MAUBOUSSIN --- Joaillier --- 3, rue de Choiseul, --- 9 h. à 17 h. --- VAN CLEEF & ARPELS --- Joaillier --- 22, place Vendôme, --- 9 h. à 17 h. --- GUERLAIN --- Parfumeur --- 68, avenue des Champs-Elysées, --- 9 h. à 18 h. 30. --- LENTHÉRIC --- Parfumeur --- 245, rue Saint-Honoré, --- 9 h. à 12 h. et 13 h. à 17 h. (samedi y compris). --- HOU BIGANT --- Parfumeur --- 19, rue du Faubourg-Saint-Honoré. --- LUBIN --- Parfumeur --- 11, rue Royale, --- 9 h. à 12 h. et 14 h. à 18 h. --- ÉLISABETH ARDEN --- 7, place Vendôme, --- 9 h. à 17 h. --- FERNAND AUBRY --- Visagiste --- 5, rue du Cirque, --- 9 h. 30 à 12 h. 30 et 14 h. 30 à 19 h. (A Bordeaux, 57, rue Georges-Clemenceau.) --- ANTOINE DESFOSSE --- Coiffeur pour dames --- 5, rue Cambon, --- 10 h. à 17 h. sans interruption. --- KRIEGCK --- Coiffeur --- 265, rue Saint-Honoré, --- 9 h. à 17 h. sans interruption. --- LANVIN --- Tailleur --- 23, rue Royale, --- 9 h. à 12 h. et 14 h. à 18 h. 30. --- LARSEN --- Tailleur-Chemisier --- 15, Faubourg-Saint-Honoré, --- 9 h. à 12 h. 30 et 13 h. 30 à 18 h. --- O’ROSSEN --- Tailleur --- 7 et 9, rue La Boétie, --- 9 h. à 12 h. et 14 h. à 18 h. --- HENRY « A LA PENSÉE » --- Tailleur --- 9, avenue Matignon, --- 9 h. à 12 h. et 14 h. à 17 h. --- HERMÈS --- Maroquinerie, voyage, sport --- 5, Faubourg-Saint-Honoré, --- 9 h. 30 à 12 h. 30 et 14 h. à 17 h. 30. --- 24, Faubourg-Saint-Honoré, --- 9 h. à 18 h. --- IMAGES DE FRANCE
Les céramiques et les verreries du mobilier contribuent au charme de la demeure Les industries de la Céramique et de la Verrerie du mobilier tiennent une place importante dans l'économie générale française. Elles font vivre un nombreux personnel. L'adoption des moyens modernes de production a, certes, amélioré le rendement, mais les cristalleries, les faïenceries, les porcelaneries et les verreries resteront longtemps encore des industries de main-d'œuvre en raison de la fragilité des produits pendant le cours de leur fabrication, qui oblige à d'extrêmes précautions pour les opérations de façonnage et de manutention. Certes, le vieux tour du potier, dont l'image a bien souvent reproduit le geste, a été remplacé par des tours mécaniques, mais il faut malgré tout l'ouvrier sur le tour pour façonner la pâte. Il en est de même pour le verre. Si dans la plupart des cas le souffleur à la bouche devient de plus en plus rare, remplacé par des souffleries automatiques, il est cependant indispensable d'avoir à côté de la machine le verrier spécialiste. Aussi bien, pour cuire les produits les appareils de chargement de combustible ont souvent remplacé la main de l'homme; mais il n'en faut pas moins, en plus des appareils de contrôle de température et d'atmosphère, l'œil habitué du cuiseur qui surveille. Et puis il y a les modelleurs qui créent les formes, les peintres qui les décorent, que les machines ne remplaceront jamais. Tous ces spécialistes ont contribué à répandre dans le monde la réputation de la qualité et du goût français, puisque nos céramiques et nos verreries ont été expédiées dans tous les coins du globe. Les industries céramiques forment deux groupes importants : les faïences, d'une part, les porcelaines, de l'autre. Les industries du verre peuvent aussi se diviser en deux catégories : les cristalleries et les verreries. Elles ont chacune leur qualité distincte et répondent toutes deux à un besoin. Les unes et les autres fabriquent tout ce qui est nécessaire à l'habitation et à la table ; depuis le service particulier jusqu'au service de restaurant et d'hôtel, depuis l'article culinaire jusqu'aux flacons à parfum et à l'objet d'art. Elles fabriquent aussi des objets destinés à l'industrie et aux laboratoires. Ce sont assurément les articles à usage de la table qui sont la base de leur production. Il est certain que ces dernières années la difficulté de la vie a ralenti la marche de nos usines françaises. La vogue de la vie au grand air, si utile à la santé, a peut-être entraîné les familles à négliger un peu l'élégance de leur home. Et pourtant, quoi de plus agréable que le confort, le charme d'une demeure ! N'est-il pas plaisant de recevoir, dans l'intimité, les bons amis avec qui l'on passera des heures charmantes ? N'est-on pas heureux de leur faire apprécier une cuisine savoureuse et des vieux crus français sur une table élégante où la porcelaine ou la faïence, les verres ou les cristaux feront la joie des yeux ? Le désir de chacun n'est-il pas d'avoir un service courant pour soi, petit service au goût du jour que l'on remplace facilement, et puis d'avoir à côté les beaux services pour les repas plus cérémonieux ? Je ne pense pas, certes, que l'on pourrait revenir aux immenses services d'antan, nécessaires à cette époque en raison des innombrables plats des diners de ce temps, mais il semble possible de revenir à la coutume des réceptions chez soi et de ne plus se contenter de quelques assiettes et de quelques verres pour usage personnel, mais bien de retrouver la joie de sa maison, de sa table, de ses services. Cela donnera à tous un agrément personnel et procurera un essor nouveau aux industries françaises, particulièrement à nos industries de céramiques et de verreries du mobilier. ROBERT PILLIVUYT, délégué général de la Fédération nationale de la Céramique et de la Verrerie. ---
IMAGES de FRANCE PLAISIR de FRANCE N° 62 6e ANNÉE — 1939 SOMMAIRE DE NOVEMBRE Olivier QUÉANT, Directeur; Roger BASCHET, Rédacteur en Chef; Anne PIERRY, Secrétaire de la Rédaction. | Pages | |-------| | LE MORAL FRANÇAIS, par L.-P. FARGUE, de l'Académie Mallarmé.. | 2 | | INFIRMIÈRES DE L'AIR, par D. HENRY .. | 4 | | RÉQUISITION : LES CHEVAUX QUITTENT LEUR VILLAGE, par J. DE MONTALAIS.. | 10 | | PIPES, par ROGER BASCHET .. | 14 | | UNE COLLECTION DE PIPES, par PAULE HUTZLER. | 17 | | COMMENT ON MODERNISE UNE VILLA .. | 20 | | UNE MAISON PROVINCIALE .. | 22 | | LE CHATEAU D'EFFIAT .. | 27 | | ANGERS, par GEORGES BELLUOT .. | 31 | | LA MODE : SIMPLIFIONS .. | 38 | Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by « Images de France », 1939. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne peuvent en aucun cas faire l'objet d'une réclamation. --- PHOT. LE BOYER
LE MORAL FRANÇAIS par LÉON-PAUL FARGUE, de l'Académie Mallarmé. Le scout porteur d'ordres. L e moral est une arme, et sans doute la meilleure. Le moral est une coalition des âmes contre les perfidies et les horreurs des éléments. Plus que les autres, les âmes françaises s'entendent à ces groupements clandestins, à ces conciliabules ineffables qui préparent des jours meilleurs, des redressements et des victoires. Le moral est encore l'art de supporter, avec toutes les forces de la poésie intérieure et toutes les ressources de la gaieté profonde, l'ennui de vivre et les ennuis d'être civilisé. C'est, parallèlement à la mobilisation réelle, la collaboration bénévole des énergies discrètes. Pourtant, il est utile de remarquer ceci : le moral n'est véritablement bon que lorsque le pays est en état de guerre. En temps de paix, l'homme discute et s'abandonne aux songeries. Il se croit le maître du monde et « fait des blagues ». Mais que la barbarie conquérante donne des coups de pied dans la frontière, aussitôt le moral surgit comme une saison ! Car le moral est la forme militaire de l'optimisme et il a sa part dans les triomphes carillonnés. Mieux que jamais on voit aujourd'hui qu'il faut en revenir aux grandes forces morales si l'on veut quitter rapidement, et la fleur au fusil, les sentiers d'enfer. C'est l'allégresse des cœurs purs qui tirera le monde du guêpier. Avoir un moral à toute épreuve, c'est posséder le sens de Dieu, et l'on peut cavalièrement poser en principe que les voies de la Providence demeurent impénétrables aussi longtemps qu'on n'est pas optimiste. Les animaux sont optimistes. Le chien qui frétille et gambade et vous pousse dans la paume un joyeux sandwich ne croit pas que son maître le privera de dessert ni que des guerres de chiens sont imminentes ou que l'univers canin va sombrer soudain. A sa manière, il croit à la suprématie du Bien et n'est pas insensible aux liaisons de causes à effets. Le malheur, avant cette guerre, est que nos âmes aient été longtemps, trop longtemps, noires et paresseuses. Le désespoir, on ne le remarque pas assez, est un locataire suspect et lâche, alors que l'optimisme est un héros, une sorte de champion qu'il faut soigner à chaque instant. Or, nous prenons l'habitude de préférer le désespoir parce qu'il agit de lui-même au dedans de nous et qu'il fait son ménage comme il l'entend, sans notre intervention : aussitôt le monde se couvre de nappes funèbres. Que ne nous apprend-on à cultiver nos dons d'espoirance ! Que ne placarde-t-on par toute l'étendue Défense passive. du pays de grandes affiches proclamant que l'optimisme est un produit humain et qu'il faut apprendre à voir tout au mieux comme on apprend, avec un peu de courage, l'anglais ou la sténodactylo ! C'est encore la seule façon d'éloigner ce que nous redoutons. Aux partis de voracité asiatico- IMAGES DE FRANCE
teutonnes ou aux organisations de haine opposons des croisières d'optimisme. Faisons du moral une vertu obligatoire et visible. Créons une croix de guerre de la Bonne Humeur et des costumes de Cran. Répétons-nous chaque matin, jusqu'au jour doré où nous aurons rétabli le cours normal des choses, que le moral est un état de confiance efficace et que les obus font un meilleur travail s'ils partent d'un canon rieur et dispos... Nous avions été assez intelligents, ne l'oublions quand même pas, pour mettre au point la téléphonie sans fil, la question des hormones, pour reconstituer des civilisations monstres par la seule contemplation de leurs ossements retrouvés, et nous n'avions pas assez remarqué, pendant ce temps, que la confiance en l'avenir, l'espérance et l'optimisme étaient des faits aussi et presque la moitié de l'avenir. Il est puéril de répéter avec les philosophes et les bonnes femmes que nous faisons la pluie et le beau temps. Et pourtant nous sommes maîtres des rayons et des ombres... Ainsi, nous pouvons nous faufiler dans le labyrinthe du destin et choisir des alliés jusque dans le cantonnement des démons. L'optimisme est créateur, le moral est ingénieux, la confiance donne des muscles, le rayonnement d'un cœur heureux aplanit les difficultés. C'est pourquoi il est bon d'envoyer aux soldats, le plus souvent possible, de la radio joyeuse, du saucisson soigné, des cartes postales humoristiques et des tonnes de « pinard ». Les gens de l'avant se nourrissent du moral de l'arrière et savent qu'ils ne se battent pas pour des haricots ! C'est le moral qui donne le ton d'une guerre, et si les cœurs chantent faux les guerres sont perdues Chef d'abris et chef d'ilot. Territoriaux affectés à la défense passive. Un chef d'ilot. A la Comédie-Française. d'avance. Il y a plus de mitrailleuses dans une belle âme que dans les immenses arsenaux des terres de soudards. N'oublions jamais, avant d'aborder les jours inconnus d'automne et d'hiver qui viennent à nous, que le bouillonnement d'une cause juste au fond d'un cœur robuste et frais provoque l'état d'esprit le plus rassurant. — Pourquoi êtes-vous si sûre que nous gagnerons cette guerre haut la main? ai-je demandé il y a quelques jours à une belle marchande de quatre saisons dont la voix semblait annoncer la victoire des salades sur les carottes. — Parce que, me répondit-elle, je crois à mes hommes de France et à la valeur militaire de nos chefs! Simplement... Elle ne savait pas bien, la brave bonne femme, ce que c'est que la valeur, ce que c'est que le génie, elle n'avait jamais vu de sa vie un chef, mais elle éclatait de vrai moral. Et, à sa façon, elle appelait les sourires de la Victoire... LÉON-PAUL FARGUE, de l'Académie Mallarmé. Dessins de Clauss Clay
Infirmières de l'Air Infirmière de l'air, au Bourget. Il y a longtemps que les femmes ont montré qu'elles valaient bien les hommes dans ce domaine essentiellement moderne de la hardiesse et du courage : l'aviation. On a beaucoup parlé de leurs exploits. On connaît moins, je crois, le rôle qu'elles jouent dans l'aviation sanitaire. Il fallait s'y attendre pourtant. Les risques et les gloires du raid ont tenté des jeunes femmes exemplaires. Les mêmes risques au service des malades et des blessés, n'étaient-ce pas encore plus féminin ? Des centaines de jeunes femmes l'ont pensé en tout cas. Et dans ces conditions les trois grandes associations de Croix-Rouge — la Société de Secours aux Blessés Militaires, l'Union des Promotion des infirmières de Lille. Transpo d'un blesse IMAGES DE FRANCE
Femmes de France et l'Association des Dames Françaises — n'ont pas attendu des encouragements officiels pour entreprendre et pour réussir. Tout était à faire dans cette voie nouvelle. Qu'im- porte! c'était une raison de plus pour agir. Et petit à petit, avec acharnement, par les seuls moyens dont elles disposaient, les trois sociétés ont réussi à organiser pendant les dernières années des équipes d'infirmières de l'air dont le réseau, à l'ouver- ture des hosti- lités, s'é- tendait Premier pansement. Exercice de transport sur terrain gaze.

La revue "Images de France", numéro 62 de novembre 1939, présente des articles sur le moral français en temps de guerre, les infirmières de l'air, la réquisition des chevaux, et des collections de pipes. Elle aborde également des sujets liés à la mode, à l'architecture de villas et de châteaux, ainsi qu'une présentation de la ville d'Angers. Des publicités pour des maisons de couture, joailliers, parfumeurs et autres commerces parisiens sont également incluses.