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LES ARTS N° 120 Décembre 1911 --- R. LEFÈVRE — LA PRINCESSE BORGHÈSE Musée de Versailles (Exposition des portraits italiens des trois derniers siècles à Florence)
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LES ARTS N° 120 Décembre 1911 --- R. LEFÈVRE — LA PRINCESSE BORGHÈSE Musée de Versailles (Exposition des portraits italiens des trois derniers siècles à Florence)
P.-P. RUBENS. — LE DUC GUILLAUME DE GONZAGUE, SON FILS VINCENT, ÉLÉONORE D'AUTRICHE ET ÉLÉONORE DE MÉDICIS (Accademia Virgilliana. — Mantone) EXPOSITION DES PORTRAITS ITALIENS A FLORENCE FRA VITTORRE GHISLANDI. — UN JEUNE ARTISTE (Galerie Carrara. — Bergame) Parmi les nombreuses expositions d'art organisées en Italie pour célébrer le cinquantenaire de la proclamation de Rome capitale du nouveau royaume, celle qu'a organisée la ville de Florence est certainement l'une des plus intéressantes et des plus belles. Rome a convié à une magnifique et colossale fête de l'Art tous les grands maîtres d'aujourd'hui, et l'on peut dire que, dans l'enceinte de cette exposition d'art moderne vraiment incomparable, toutes les écoles contemporaines se trouvent représentées par ce qu'elles ont de plus significatif et de plus personnel. En regard de cette manifestation solennelle et grandiose, Florence s'est contentée d'un programme qui paraît plus modeste : une exposition de portraits italiens, de la fin du xvie siècle au milieu du siècle passé, c'est-à-dire durant deux siècles d'art presque inconnus, au cours desquels a fleuri un genre de peinture pour quoi l'on n'a eu jusqu'à présent que fort peu d'estime. Parmi plusieurs centaines de portraits italiens, les organisateurs ont admis, fort à propos, quelques douzaines de portraits de maîtres étrangers représentant des personnages italiens, de sorte que cette exposition constitue un organisme complet et vital d'où se dégagent bien des enseignements. Elle révèle, en effet, à côté de certains grands maîtres étrangers, nombre de personnalités italiennes, affirme l'existence à cette époque d'une École italienne, et tire enfin de l'oubli et de l'indifférence plus de deux siècles d'art.
Photo Almari. J. SUSTERMANS. — DON MATHIAS DE MÉDICIS, FILS DE COSME II (Villa Royale. — Poggio a Cajano)
LES ARTS --- Photo Alimari. A. VAN DYCK — ANTOINE PICCOLOMINI (Galerie Corsini. — Florence) L'art italien ne s'est pas terminé avec Michel-Ange et le Titien. La grande floraison du xve et du xviiie siècle a fait perdre de vue tout ce qui l'a suivie. Trop de lumière avait rayonné sur l'Italie pour qu'une grande ombre ne vint pas à son tour envelopper les derniers continuateurs de la glorieuse tradition. xviiie et xviiiie siècles ont été jusqu'aujourd'hui synonymes d'extravagance et de folie, et l'on a eu pour ces deux siècles si peu de considération qu'on les a nécessairement mal jugés. L'exposition florentine aura contribué grandement à leur réhabilitation. En attendant que l'art entier de ces deux époques soit mieux connu et plus apprécié dans toutes ses manifestations, il faut reconnaître la juste valeur de ce qu'il nous révèle aujourd'hui par les portraits qu'il a produits. La tradition italienne du portrait, il faut le remarquer tout d'abord, ne s'est jamais interrompue. A partir des sculptures des tombeaux étrusques jusqu'aux bustes et aux statues romaines, à partir des mosaïques byzantines jusqu'aux sculptures romanes, à partir des peintures et des statues de la première Renaissance jusqu'aux splendeurs du Quattrocento et du Cinquecento, le portrait a fait partie intégrante du patrimoine artistique de l'Italie. De si vivaces et si fortes traditions ne pouvaient se perdre d'un jour à l'autre. Loin de là, l'art du portrait, après le xvie siècle, a continué de vivre d'une vie intense et complète, sans trop se ressentir des influences et des excès de l'art de son époque. --- On peut dire, d'ailleurs, qu'à toutes les époques l'art du portrait a mené une existence à part, conservé sa liberté d'allure, et qu'au lieu de se laisser influencer par les inspirations des autres manifestations artistiques, il a maintes fois prouvé son énergie et maintenu ou ramené les formes de l'art dans l'imitation et l'interprétation de la vérité. Les portraits de Dante et de Boniface VIII par Giotto, et celui de Guidoriccio da Fogliano par Simone Martini, révèlent un aspect tout particulier de la peinture italienne du Trecento, témoignent d'un sentiment du vrai et du naturel dans l'art florentin et siennois, qui contraste singulièrement avec les habitudes de l'époque et laisse pressentir déjà les meilleures conquêtes du Quattrocento. Malgré cela, c'est incontestablement le xve siècle qui s'affirme le premier dans l'art du portrait. L'amour de la vérité et de la nature fait alors les portraits vivants comme la réalité elle-même, mais une grande tristesse les domine, une mélancolie profonde les pénètre. Sans doute, l'humanisme avait révélé l'homme à l'homme, mais il gisait encore sous l'oppression des tristesses médiévales. Une femme sourit la première : c'est la Monna Lisa, de Léonard ; et la nouveauté parut si imprévue et si hardie que Vasari nous parle de musiciens et de bouffons que le peintre aurait fait venir dans son atelier pour égayer la belle jeune femme pendant qu'elle posait ! Le portrait florentin conserve, durant le Cinquecento, sa gravité habituelle, mais il y ajoute, avec Raphaël, un sentiment de l'idéal qui transforme la réalité, l'exalte et l'ennoblit. Les --- Photo Alimari. GIOVANNI DA SAN GIOVANNI — IL PIOVANO ARLOTTO (Galerie Pitti. — Florence)
EXPOSITION DES PORTRAITS ITALIENS A FLORENCE Vénitiens pratiquent la peinture de portrait avec la même magnificence, le même faste qu'ils déploient dans leurs grandes compositions; le sérieux des Florentins devient, chez Giorgione et ses continuateurs, une espèce de mélancolie obsédante, de souffrance sans espoir de soulagement, de douleur subtile et incessante. La belle joie de vivre, que les Vénitiens avaient toujours chantée avec leur coloris étincelant, a disparu sitôt que l'art s'est attardé à considérer l'homme dans sa réalité et son intimité. Raphaël, de Florence et de Rome, Giorgione et le Titien, de Venise, don- Photo Alinari. ÉCOLE FLORENTINE. — XVIIe SIÈCLE. — JEAN-BAPTISTE DE PHILIPPE STROZZI, DUC DE FORANO ET SA FAMILLE (Collection du prince Strozzi. — Florence)
LES ARTS C. MARATTA — CLÉMENT IX (Collection du prince Rospigliosi. — Rome) nèrent naissance à une longue lignée de portraitistes qui portèrent à travers l'Italie les formes et les formules des grands maîtres et préparèrent la floraison du XVIIe siècle. C'est dans l'art du portrait autant que dans son architecture qu'il faut étudier tout particulièrement ce siècle si méconnu. La grande faveur du public, souverains, aristocrates et bourgeois, a naturellement secondé ce mouvement pour une suite de raisons qui expliquent les caractéristiques de cette époque si profondément nouvelle, si juvénilement moderne. Pendant tout le XVIIe siècle et une bonne partie du XVIIIe, les artistes italiens ont exécuté un très grand nombre de portraits : toutes les collections ita- FRA VITTORE GHISLANDI — PAOLO QUEHINI (Collection de M. Beltrami. — Milan) liennes, publiques ou particulières, en conservent encore beaucoup ; mais ces portraitistes nombreux, au talent fécond et rapide, ne se sont pas bornés à travailler en Italie : leur renommée ayant franchi les frontières, ils ont été appelés dans toute l'Europe. Alors commence, pour le portrait italien, cet internationalisme ou, si l'on préfère, ce cosmopolitisme esthétique d'où sont sortis peu à peu l'art moderne et l'art contemporain. Les procédés, les formules, les manières des grands maîtres étrangers, qui commençaient à surgir au ciel des arts, ne pouvaient pas ne pas influencer les artistes italiens. C'est ainsi que l'œuvre de ceux-ci se confond souvent avec celle des plus grands étrangers; c'est G. RENI — PORTRAIT DE SA MÈRE (Pinacothèque. — Bologne)
Photo Alimieri. J. SUSTERMANS. — FRANÇOIS DE MÉDICIS, FILS DE COSME II (Villa Royale. — Poggio a Cajano)
LES ARTS ainsi que, non seulement dans les collections particulières, mais aussi dans les collections publiques, quantité d'œuvres italiennes sont attribuées aux maîtres étrangers, aux plus grands et aux plus fameux, comme aussi aux plus impersonnels, à maints Flamands inconnus. Van Dyck et Velazquez, ces deux maîtres sublimes du portrait, paraissent ne pas vouloir se contenter de leur gloire. Dans toutes les collections italiennes, il y a des portraits qui portent leurs noms et qui sont tout simplement des œuvres de peintres italiens. Dans les galeries publiques elles-mêmes, qui n'ont cependant pas besoin de la réclame des grands noms, nombreuses sont les œuvres italiennes qui ont été attribuées jusqu'à aujourd'hui à ces grands maîtres étrangers. C'est ainsi qu'à la Pinacothèque de Brera, à Milan, se trouvait attribué à Velazquez un portrait de moine où l'on s'accorde à présent universellement à reconnaître une œuvre de Daniele Crespi, de même que, dans la Galerie Corsini, à Rome, on attribuait à Van Dyck un fort beau portrait de Carbone. A Van Dyck encore on donnait, dans la Pinacothèque du Capitole, un double portrait de Tiberio Tinelli, et le Kaiser Friedrichs Museum de Berlin se glorifiait de pos- séder un Velazquez dans le superbe portrait d'Alexandre del Borro, qui est, sans aucun doute, une œuvre italienne, peut-être d'Andrea Sacchi, peut-être de Pietro da Cortona. Velazquez et Van Dyck, ainsi que Rubens, apportèrent quelques nouvelles paroles au langage du portrait italien, qui, cependant, sut ne pas perdre et oublier les caractéristiques qu'il avait lentement acquises à travers tant de siècles de travail continu et patient. Avec le xviie siècle, il atteint son apogée, il touche à son apothéose. Pendant les siècles antérieurs, même dans les écoles les plus puissantes, même chez les maîtres les plus habiles à pénétrer le caractère et à l'exprimer avec force, on chercherait en vain le mouvement et l'intensité de vie que l'on voit à certains portraits du xviiie siècle. Peu à peu, en effet, le portrait, qui était demeuré pendant si longtemps sobre et correct, devenait presque une vaste composition. Non seulement les costumes, somptueux et surchargés d'ornements, transformaient le portrait, mais, par derrière la figure du personnage représenté, les fonds s'animaient de paysages allégoriques, de vues significatives : une mer en tempête, J.-F. DOUWEN. — LE GRAND ÉLECTEUR ET ANNE DE MÉDICIS (Palais Pitti. — Florence)
EXPOSITION DES PORTRAITS ITALIENS A FLORENCE Photo Hanfstaempl. A. SACCHI (ou P. DA CORTONA). — LE CAPITAINE DEL BORRO (Kaiser Friedrichs Museum. — Berlin)
LES ARTS --- CARAVAGGIO. — LE CONCERT (Collection du Professeur Mariano Rocchi. — Rome) un champ de bataille, un coin de bibliothèque, une église étincelante de lumière. C'est une des gloires de l'art italien d'avoir su résister aux différentes influences des maîtres étrangers, qui arrivaient chez nous en triomphateurs, et d'être demeuré fidèle, comme l'ont fait surtout les Vénitiens, à la vraie tradition italienne qui, d'ailleurs, était toujours restée vivante, et qui s'est continuée vaillamment et brillamment avec Tiepolo, Longhi et Rosalba Carriera. Peu à peu, aux influences flamandes et espagnoles, s'ajoute l'influence française, représentée par Lefèvre, Lar-gillière et Rigaud. Leur élégance raffinée, leur sens de la décoration riche et sobre, leur charme de lumière et de couleur ne pouvaient pas ne pas séduire --- A. CARACCI. — ANNA PAROLINI GUICCIARDINI (Kaiser Friedrichs Museum. — Berlin) les artistes, après les grands efforts des siècles passés. Peu à peu, d'ailleurs, l'art perd son caractère régional ; il n'existe plus une école flo- rentine et une école sien-noise, une école bolonaise et une école lombarde : toutes les différentes caractéristiques se confondent, les styles se mêlent, les influences étran-gères deviennent de jour en jour plus puissantes. L'histoire politique agit de son côté dans le même sens. Avec la Révolution française et l'Empire, l'art, chez nous comme ailleurs, devient clas-sique : puis, chez nous sur-tout, romantique, tandis que se prépare notre libération à travers les luttes et les souf-frances. Après les élégances froides et voulues des clas-siques, voici les tristesses sen-timentales des romantiques : celles-là parlent, à notre mé- --- P. BATONI. — L'ARCHÉVÈQUE MANSI (Pinacothèque. — Lucques)
EXPOSITION DES PORTRAITS ITALIENS A FLORENCE CARAVAGGIO. — UNE MUSICIENNE (Collection du prince Lichtenstein. — Vienne)

Cet ouvrage, numéro 120 de la collection « Les Arts », présente une exposition de portraits italiens tenue à Florence. L'exposition couvre la période de la fin du XVIe siècle au milieu du XVIIIe siècle, mettant en lumière des maîtres italiens et étrangers ayant représenté des personnages italiens. L'article explore l'évolution de l'art du portrait en Italie à travers les siècles, soulignant sa continuité et son importance dans le patrimoine artistique italien, et comment il a atteint son apogée au XVIIe siècle avant de se confondre avec d'autres écoles artistiques.