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LES ARTS N° 116 Août 1911 LE PALAIS DAVANZATI A FLORENCE (XIVe SIÈCLE)

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LE PALAIS DAVANZATI On peut encore, aujourd'hui même, revivre les temps passés, on peut encore goûter la poésie d'une vie ancienne, découvrir au fond de soi les souvenirs d'une époque disparue, endormis, cachés sous la platitude de la vie contemporaine. Nous pouvons encore pénétrer au milieu de la Renaissance italienne, remonter à ses origines les plus anciennes, faire vibrer dans le silence de notre âme les souvenirs oubliés, ressusciter autour de nous et en nous-mêmes toute une ferveur de vie, de sentiments, d'émotions depuis longtemps évanouis. Quelle douceur que de pouvoir fuir pendant quelques heures la monotonie et la vulgarité de la vie moderne et, ayant pénétré dans le cercle enchanté de la plus belle Renaissance, de pouvoir écouter le rythme d'une vie lointaine, avec ses joies et ses douleurs, avec la splendeur de ses fêtes et la tristesse de ses peines, avec le faste de ses manifestations publiques et la simplicité de son intimité. La vie privée d'une noble et riche famille du Quattrocento nous attire bien plus que la grandeur d'une cour seigneuriale de la Renaissance. Au lieu d'un tableau aux couleurs étincelantes et toujours changeantes, au lieu du va-et-vient d'un monde fastueux qui se ressemble et se confond toujours, au lieu des fêtes splendides que nous n'arrivons pas à imaginer, nous voilà au milieu d'une famille particulière, une des premières familles de la Renaissance florentine, mais qui est infiniment plus près de nous par son genre de vie, par ses habitudes, par ses goûts. Il s'agit d'une famille comme il y en avait

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SALON AU PREMIER ÉTAGE (Palais Dayançati) Photo Alain

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LES ARTS de nombreuses en Italie pendant la Renaissance : une de ces familles qui ont inscrit leur nom en lettres d'or dans les gloires de notre Quattrocento. Nous pouvons pénétrer dans sa maison, vivre sa vie. Est-ce un rêve ou un miracle? Nous assistons, en Italie, depuis quelques années, à un réveil du sens et du goût artistique et historique que l'on ne saurait suivre avec assez d'attention et d'intérêt, car il a déjà produit les meilleurs fruits, les résultats les plus précieux. Trop longtemps l'on avait été en droit de déplorer l'absence d'initiative du gouvernement et des particuliers pour ne pas être surpris, en s'en réjouissant, des changements survenus en cet ordre de choses. De sorte que tous ceux qui avaient pris l'habitude de blâmer l'inertie des pouvoirs publics et des riches possesseurs d'œuvres d'art ont dû renoncer à leur pessimisme ordinaire et se sont vus forcés de reconnaître que l'on a enfin commencé à travailler sérieusement et méthodiquement pour la défense et la conservation de notre patrimoine artistique. C'est ainsi que, secouant son apathie, le gouvernement italien a entrepris toute une série de travaux, de recherches, de fouilles et de restaurations qu'on ne peut pas assez admirer. Les grandes fouilles du Forum romain et du Palatin, l'achat de la Galerie Borghese, des antiquités précestines des Barberini, la désaffectation du Château Saint-Ange, la restauration récemment commencée des Thermes de Dioclétien et celle du Grand Cirque que l'on va bientôt entreprendre, ont montré sa volonté bien arrêtée de poursuivre avec énergie sa noble tâche et son devoir trop longtemps méconnus et oubliés. Les particuliers n'ont pas manqué de suivre ce bel exemple, et nous avons vu avec autant d'émotion que d'orgueil le baron Baracco faire don à la ville de Rome de son admirable et vraiment unique collection de sculptures anciennes; M. Stibbert laisser à Florence sa collection d'armes et d'armures anciennes, le baron Franchetti sa précieuse collection d'étoffes, et M. Avondo le beau château d'Issogne. Tandis que, d'autre part, presque toutes les Galeries italiennes procédaient à un arrangement plus rationnel et plus digne de leurs trésors, on travaillait avec beaucoup d'intérêt à une transformation du Palazzo Vecchio, à Florence. Les bureaux municipaux, qui occupaient tant de place dans le glorieux et magnifique palais, ont été transportés ailleurs, et peu à peu les superbes salles où ils étaient depuis si longtemps installés ont été reconstituées et rendues à leur ancienne splendeur. C'est dans ces circonstances qu'on a pu découvrir l'admirable studio de François Ier, et c'est grâce à cette initiative qu'on a pu aussi admirer dans leur ensemble les superbes appartements du fameux palais, en chaque salle duquel a été écrite quelque page de l'histoire de Florence. Outre cette restauration grandiose et fastueuse, on a procédé à une autre restauration qui paraît plus modeste et plus facile, mais qui est d'un intérêt bien plus complet, d'une force de suggestion encore plus générale et plus intime et qui CHEMINÉE DANS LE SALON AU PREMIER ÉTAGE, ATTRIBUÉE À MICHELOZZO (Palais Davanzati)

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SALON AU PREMIER ETAGE (Palais Davanjati) Photo Almari.

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LES ARTS mérite d'autant plus d'être admirée qu'elle n'est l'œuvre de l'État ni de la commune, mais d'un simple amateur, qui a voulu, par ses propres moyens, et avec autant de goût que d'amour, restituer son ancienne magnificence à un palais historique de Florence, le palais des Davanzati. Le palais Davanzati est situé dans un des quartiers les plus historiques de Florence, via Porta Rossa, où se trouvait un grand nombre des plus anciennes maisons de la ville. La via Porta Rossa était comprise dans la première enceinte des murs médiévaux de Florence, et devint de bonne heure l'une des plus importantes du quartier de Borgo, à cause des belles et grandes maisons qui y avaient été bâties. C'est en effet dans cette rue que demeuraient les Ardinghelli, les Soldanieri, les Davanzati, les Monaldi, les Bostichi, les Cosi, les Bensi, les Foresi, les Davizzi, les Bartolini, les Cocchi, les Cambi del Nero, les Arnoldi et bien d'autres familles qui, avec leurs palais, leurs tours ou leurs maisons, en firent l'une des plus belles et des plus riches de la ville. Aujourd'hui, l'on retrouve avec peine les souvenirs de sa splendeur passée. Malgré les ravages du temps, la rue garda jusqu'à nos jours sa belle physionomie médiévale, mais la transformation du centre de Florence détruisit en peu de mois, par ses nombreuses démolitions, toute la beauté accumulée pendant les siècles et que les siècles nous avaient fidèlement transmise. Nous avons vu ainsi, avec une bien triste émotion et malgré, hélas! de bien inutiles protestations, démolir la tour des Bostichi, vis-à-vis de la Loggia du Marché; la tour des Cosi, le palais des Cocchi-Compagni, le vieux et magnifique palais Davanzati, les tours Adimari, Alamanneschi, Cavicciuli; les palais Bisdomini, Adimari, Bonaccorsi, Macci, Abati; la Loggia dite de la Neghittosa; les églises de Sainte-Marie Nipotecosa et St. Bartolo al Corso, et bien d'autres constructions de la même époque qui conservaient encore, sous le badigeon moderne, les fortes et gracieuses formes du moyen âge et de la Renaissance. Moyennant des restaurations relativement faciles, on aurait pu respecter la beauté de ces palais et de ces maisons, et restituer à la vieille rue son ancienne physionomie faite de beauté, de couleur et de proportions. Malheureusement, il n'en a pas été ainsi, et les démolisseurs ont accompli leur œuvre. Bien peu de bâtiments SALON AU SECOND ÉTAGE (Palais Davanzati)

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CHAMBRE A COUCHER AU SECOND ÉTAGE (Palais Davançai) Pierre Almert.

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LES ARTS se sont vus respectés : la tour des Foresi, celle des Monaldi, au-dessus du beau palais Torrigiani, construit par Baccio d'Agnolo pour la famille Bartolini, et le vieux palais Davizzi, plus connu sous le nom de Davanzati, qui nous révèle aujourd'hui toute son ancienne et superbe beauté. A l'endroit occupé aujourd'hui par le palais Davanzati, se trouvaient, au xiiie siècle, plusieurs maisons de la famille Davizzi. Celle-ci, comme les autres familles nobles de la même époque, possédait tout un groupe de maisons dans lesquelles demeuraient les différentes branches de la famille. Elles formaient dans la ville des sortes d'îles, toutes isolées par des rues et des ruelles, mais qui pouvaient, au moment opportun, devenir comme une seule forteresse. C'est sur l'emplacement de quelques-unes CHAPITEAU DANS LA COUR AVEC LES PORTRAITS DES DAVIZZI de ces maisons qu'a été érigé le palais dont il est ici question. Selon l'usage du temps, il était complètement séparé des autres maisons : du côté de la façade, par la via Porta Rossa, du côté postérieur, par la ruelle de Capascio ou Capaccio, et des deux côtés latéraux par deux petites rues qui le séparaient des maisons des Cambi del Nero et des Del Bene. Le palais, qui était la propriété des différentes branches de la famille, ne resta pas longtemps en possession des Davizzi. Les anciens documents retrouvés par M. Poggi, et publiés dans une intéressante brochure sur le palais Davanzati, suivent très fidèlement l'histoire du palais. D'après ces documents, il résulte que, le 8 décembre 1424, Andrea de Dominique de Gérard Davizzi donnait Photo Almari. SALON AU SECOND ÉTAGE (Detail) (Palais Davanzati)

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LE PALAIS DAVANZATI Photo Alivari. SALON AU SECOND ÉTAGE (Détail) (Palais Davanzati) the memento the memento the memento the memento the memento the memento the memento the memento

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LES ARTS SALON AU SECOND ÉTAGE (Palais Davanzati) à son oncle Jean de feu Gérard « la moitié du palais des Davizzi avec obligation de ne pas le vendre ». Peu de temps après, en 1427, le palais est partagé également entre Antoine de Dominique et Palla Davizzi, tandis que, en 1469, il est tout entier la propriété de Laurent de Jean Davizzi, qui en est encore propriétaire en 1498. Mais la richesse et la grandeur des Davizzi ne durèrent pas longtemps. En 1516, Pierre de François Davizzi vendit le vieux palais de la famille à Messer Onufre de Léonard de Zanobi Bartolini. Le palais resta bien peu de temps en possession des nouveaux propriétaires, car, en 1576, il devint propriété de Bernardó Davanzati. Depuis cette date, le palais appar- tint pendant plusieurs siècles à la famille Davanzati, qui lui légua son nom. On perdit bien vite la mémoire de ceux qui l'avaient construit; il est vrai aussi que la famille Davizzi s'étei- gnit bientôt, car, en 1623, mourait Ludovic de Pierre-François, dernier héritier de la famille historique. D'ailleurs, les Davanzati méritaient bien de léguer leur nom au beau palais. Avec eux commence pour le vieil édifice une véritable époque de gloire. Les Davanzati étaient une des plus nobles et des plus dignes familles de Florence, et l'histoire de la ville est intimement liée à celle de cette famille, qui donna à la République grand nombre de hauts magistrats : onze gonfaloniers, quarante-quatre prieurs, etc. Le premier propriétaire du palais, Bernard Davanzati, est d'ailleurs, à lui seul, l'un des plus illustres et des CHAPITEAU D'UNE COLONNE DANS LA COUR

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LE PALAIS DAVANZATI plus considérables citoyens de Florence. Historien fameux, auteur de la grande histoire du schisme d'Angleterre, traducteur de Tacite, il laissa un nom glorieux dans l'histoire de la littérature italienne. Ses descendants illustrèrent encore ce nom dans la politique et pour l'amour de la patrie, jusqu'en 1838, où la famille s'éteignit avec Charles de Joseph, qui se précipita d'une fenêtre du palais. Ainsi, possédée tour à tour par les Davizzi, les Bartolini et les Davanzati, la vieille demeure seigneuriale a été mêlée pendant plus de quatre siècles à la vie de Florence; son histoire n'est certes pas celle de la ville, mais entre ses murs on peut dire que survit comme un commentaire de l'histoire florentine. Elle ne parle pas de grands événements, mais, plus modestement, de la vie intime, de la vie familière durant une glorieuse époque. Il faut la laisser parler, savoir l'interroger et écouter attentivement ce qu'elle sait dire à tous ceux qui lui demandent une heure d'évocation. Dans la vieille via di Porta Rossa, transformée par la modernité triomphante, la belle façade du palais Davanzati évoquait déjà, à elle seule, tout un temps héroïque et somptueux, si lointain de nous en réalité et si proche de nous dans notre esprit. Mais ceux qui, oubliant un peu le mouvement et le bruit modernes de la rue, après avoir admiré la façade magnifique, voulaient avoir à l'intérieur du palais la confirmation des belles émotions artistiques de l'extérieur, restaient, à peine y avaient-ils pénétré, très tristement déçus.