Page 1
LES ARTS N° 99 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Mars 1910 ALBERT BESNARD. — JEUX DE NYMPHES 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau
First pages of the volume, freely accessible.
LES ARTS N° 99 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Mars 1910 ALBERT BESNARD. — JEUX DE NYMPHES 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau
F. AUBURTIN. — FEMME AU CYONE 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau Nous vivons dans un temps d'évolution rapide: les inventions nouvelles se succèdent sans discontinuer, les formes politiques se modifient à vue d'œil, le bagage d'idées d'un homme moyen n'a presque plus rien de commun avec l'éducation d'il y a trente ans. Il n'est pas jusqu'au domaine de l'art où les « genres » consacrés ne tendent soit à se classer autrement, soit à se confondre. L'Exposition de la Société dite de la Peinture à l'eau, dans les galeries Chaine et Simonson, en fournit une preuve nouvelle. Sous l'inspiration et à l'exemple de ses fondateurs, MM. Besnard et Gaston La Touche, ce groupe d'artistes tend à appliquer la largeur expéditive, les effets simplifiés de la peinture à l'huile au genre de l'aquarelle, qui si longtemps parut s'obstiner dans une minutie précieuse, un fini léché, et dont la sympathie des vrais amateurs tendait par suite à se détacher complètement. C'est peut-être le salut pour cette forme d'art qu'apporte la phalange hardie dont nous avons à parler, et elle mérite, à ce titre, l'attention la plus sérieuse. On a cru longtemps qu'à raison de son peu de consistance, de la transparence du papier sous le lavis coloré, l'aquarelle ne comportait que des effets de brillant, mais ne permettait aucune largeur, aucun ramassé synthétique dans le rendu. L'exemple du contraire, donné par un Jacquemart, n'avait guère porté de fruits. Mais la démonstration en ressort avec évidence de l'ensemble des ouvrages exposés rue Caumartin. À leur ordinaire, les associés ont invité plusieurs artistes étrangers, entre autres MM. Israels, Blommers, Willem Maris, pour la Hollande; Fernand Khnopff, Marcette, Frantz Charlet, pour la Belgique. Les ouvrages des trois premiers, arrivés au faîte de leur carrière, disent, une fois de plus, l'égal ampleur de facture appliquée par
J. ISRAELS. — SUR LA PLAGE 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau
LES ARTS --- Israels à des intérieurs pauvres, à un mariage juif avec son cérémonial singulier, à deux scènes familiales où l'artiste octogénaire s'attendrit sur la sécurité des petits, dont la mère surveille les jeux au verger, dont le grand-père serre la menotte en cheminant le long des blés; la gentillesse un peu menue des idylles rustiques de Blommers (la Baignade), l'aspect gras et nourricier des berges feuillues où Maris promène l'ahurissement des veaux, l'avidité des canards. Je goûte peu, je l'avoue, le symbolisme laborieux et sans profondeur de M. Khnopff. M. Marcette peint excellemment la nature saturée, les grèves luisantes (le Goudronnage des bargues), les cieux lourds chargés d'ondées, de son pays. M. Charlet, très divers dans ses recherches, a traité avec une vigueur un peu trop maçonnée par l'abus de la gouache, mais un sens puissant de l'effet, le panorama célèbre de Dordrecht, écrasée sous sa tour géante, au bord de la Meuse gonflée. Mais l'effort intéressant et nouveau est de notre côté. Passons sur les envois de M. LaTouche, qui nous montre la double face de son talent avec une scène d'intérieur largement traitée : le Baise-main, et une oaristys, la Source, où gaminent dans l'eau, sous la pluie d'or des rayons, ses faunes et naiades accoutumés. M. Besnard a envoyé des Jeux de nymphes qui, sur un talus léché par l'immense volute scintillante d'une vague, se groupent pour regarder une des leurs esquissant un pas : cela a la magie d'effet habituelle du peintre; quelques glacis seraient encore nécessaires dans les nus, pour raccorder les touches de gouache des lumières. M. Auburtin, dans le même ordre de sujets, fait s'étirer au-dessus de l'eau bleue, ou jouer avec des cygnes, des baigneuses traitées avec le sobre parti pris de la fresque. M. Luigini continue à montrer les dons rares de pittoresque qui l'ont déjà signalé. Nul n'exprime mieux la décrépitude des petites villes, la moiteur suintante des ciels du Nord, les flaques en facettes des sentiers et des rues détrempees. Il a une technique bien à lui, écrasant ses touches de gouache sur du gros carton gris dont la rugosité traduit à merveille l'effritement des vieilles pierres. Néanmoins, la multiplicité des points où ce support apparaît à nu, donne à plusieurs de ses compositions: le Marché de Moret et la Rue de l'Eglise, entre autres, et cela jusque dans les ciels, un aspect dartreux qui n'est point plaisant. L'Abreuvoir, où un cheval blanc boit sous des feuillages roux, offre une certaine confusion dans les plans. Le succès même de M. Luigini devrait l'inciter à varier sa manière, suivant les thèmes traités, et à se défendre d'une exécution parfois hâtive. C'est, au contraire, la précision dans la largeur B.-J. BLOMMERS. — PETITS BAIGNEURS 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau
5e EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE LA PEINTURE A L'EAU Mme LUCIEN SIMON. — FILLETTES AVEC LAPINS 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau
L. SIMON - LA BATTEUSE 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau Photo: Crenoz
J.-E.-S. JEANES — SORAPIS 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau
LES ARTS qui recommande les charmants petits intérieurs de M. Walter Gay, pleins de pastels ovales sur des lambris vert d'eau, de groupes précieux reflétés au miroitement des carrelages, de meubles anciens se chauffant aux cheminées encore tièdes. Madame Lucien Simon a adopté depuis deux ans, un genre bien à elle, grandes aquarelles non gouachées, presque sans ombres, où, seul, le lavis transparent donne les tons, les lumières étant dues au blanc du papier non couvert. Les trois scènes de cette année sont prises dans le jardin qui entoure le vieux sémaphore, transformé par son mari en habitation et en atelier, et que borde l'anse de Benodet. Les deux fillettes des artistes y sont tour à tour montrées jouant avec un jeune chien folâtre, ou donnant à des lapins blancs une abondante provende de choux. Les figures sont traitées avec une sobriété précise, dans la pleine lumière, parmi l'éclatante bigarrure des massifs. Le même décor encadre A. MARCETTE. — QUAI MOUILLÉ 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau une vierge mystique, en long manteau bleu, le bambino nu aux bras, et suivie de deux petites filles. Ces compositions respirent un calme, une ingénuité de tableau primitif. Jamais, par contre, M. Lucien Simon n'a exprimé avec plus d'énergie et de véhémence que dans la Batteuse la bourdonnante agitation du travail des champs. Les bigouden ratellent en hâte les javelles que des hommes portent à la batteuse, que d'autres mettent ensuite en gerbes. Un ciel lourd de chaleur vibre au-dessus de la scène. Parmi les chevaux qui actionnent la machine, il en est un qui semble un peu en bois. Trois nus féminins, deux crânes études d'une sûreté rapide, pour un arlequin et une colombine en galant manège, complètent l'exposition du peintre. Un nouveau venu, M. Raymond Bigot, a peint divers oiseaux : faisans, hiboux, tiercelet, busard, stylisés dans une sorte de raideur byzantine, qui rappelle certains ouvrages en cloisonné, mais où des colorations assoupies, de qualité très fine, expriment à souhait les chatoyements irisés du
5e EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE LA PEINTURE A L'EAU GASTON LA TOUCHE — LE RAISE-MAIN Appartient à M. Tessier 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau
LES ARTS plumage. J'ai gardé pour la fin M. Jeanès, dont les paysages de montagne, pris dans les Alpes dolomitiques, offrent une grandeur saisissante. L'artiste plante son chevalet très haut, sur quelque plateau intermédiaire de cette chaîne étrange, pour rapprocher et isoler les formidables massifs des Marma-role ou du Sorapis, dont les arêtes prismatiques découpent sur l'horizon leurs gigantesques cristaux tour à tour, selon l'inclinaison du soleil, opalescents, rouge sanguine, violet foncé, puis, dans l'obscurité commençante, d'une lividité transparente de spectres. Ces thèmes extraordinaires sont traités avec une sobriété, une largeur dignes d'eux; les plus délicates dégradations lumineuses s'y superposent aux après RAYMOND BIGOT. — JEUNES HIBOUX 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau vigueurs des premiers plans, et des bancs colorés de nuages mettent leur mobilité vivante dans l'ensemble. Un vieux pont moussu, encadrant de ses piles aux noires jointures une nappe lumineuse d'eau frissonnante, complète cet ensemble d'œuvres d'une tenue d'art vraiment rare. Tel est, dans ses éléments dominants, l'apport de la cinquième Exposition de la Peinture à l'eau. Il offre, on le voit, de quoi justifier les pronostics les plus favorables touchant le renouvellement des pratiques et, par là même, du domaine jusqu'ici trop circonscrit de l'aquarelle. HENRY MARCEL.
5e EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE LA PEINTURE A L'EAU F. CHARLET. — DORDRECHT (aquarelle) Achetée par l'État 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau

Ce numéro de la collection "Les Arts" présente la 5e Exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau. L'article discute de l'évolution de l'aquarelle, des œuvres d'artistes français comme Besnard et Auburtin, ainsi que d'artistes étrangers tels que Israels et Blommers. Il aborde également des sujets variés comme la sculpture antique et les ventes d'art.