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LES ARTS N° 100 Avril 1910 --- JEAN II PÉNICAUD. — LA TEMPÉRANCE Émail peint. — Grisaille sur fond jaspé. — Limoges. — Milieu du XVIe siècle --- JEAN II PÉNICAUD. — LA FORCE Émail peint. — Grisaille sur champ marron. — Limoges. — Milieu du XVIe siècle --- JEAN II PÉNICAUD. — LA CHARITÉ Émail peint. — Grisaille sur champ brun. — Limoges. — Milieu du XVIe siècle --- JEAN II PÉNICAUD. — LA JUSTICE Émail peint. — Grisaille. — Limoges. — Milieu du XVIe siècle (Collection Cottreau)

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LA COLLECTION COTTREAU Provenant d'une famille où le goût est une tradition, que ses relations rattachaient aux milieux les plus affinés de l'ancienne France, à qui sa curiosité passionnée permit de recueillir l'héritage de collections célèbres, comme celles du cardinal Fesch et de Vivant Denon, lentement enrichie par plusieurs générations d'amoureux d'art, la collection Cottreau ou, plus exactement, la partie qui va passer sous les yeux du public, offre des œuvres également remarquables par la beauté de la matière et par la beauté du travail, et qui peuvent montrer leurs lettres de noblesse. Ce sont des objets d'art décoratif, coupes exquises dignes des trésors épiscopaux et royaux, faïences de Nevers, d'Urbino, de Deruta, de Faenza, terres émaillées de Palissy, ivoires du xive siècle français, petits bronzes antiques et italiens, et surtout une admirable série d'émaux champlevés et d'émaux peints, pièces choisies par un goût très averti, qui nous remettent sous les yeux l'histoire d'un art expressément français et spécialement limousin. En voyant ces objets, si riches, si harmonieux de forme et de coloration, ces précieuses épaves des naufrages du temps et du vandalisme des hommes, on éprouve d'abord de la reconnaissance pour les mains savantes et pieuses qui les ont soustraites à tant de périls et conservées à notre admiration. Puis, en considérant l'évolution de l'art des émailleurs, bien marqué ici par quelques échantillons d'élite, on ne peut se garder de quelques réflexions générales qui seront peut-être de mise en ce moment où l'on s'efforce de retrouver les principes d'un art vraiment ornemental. Du jour où la préoccupation du sujet a primé la beauté de la matière et les heureuses combinaisons de formes et de couleurs, de ce jour-là, un des arts les plus charmants que la France d'autrefois ait, non pas créés, mais appropriés à ses goûts et à ses besoins, a périclité et s'est engagé dans la voie de la décadence. Le didactisme a fait là, comme dans l'art du vitrail, comme partout ailleurs, sa mauvaise besogne, sa desséchante et stérilisante besogne. L'art est d'abord et avant tout un plaisir des yeux, du toucher, et c'est par le charme extérieur qu'il peut seulement porter à l'esprit sa joie grave et silencieuse. L'art fut un jeu avant de vouloir être une leçon, et dès qu'il rompt ses attaches avec ses origines, qu'il coupe ses profondes racines, il se dessèche, il s'étiole en admettant le principe qui lui est le plus contraire, je veux dire le pédantisme et l'ennui qui marche après lui. L'art a d'abord servi à l'homme à se parer lui-même, à parer sa femme, à parer tout ce qui l'entoure : ses ustensiles familiers, sa maison et la maison de ses dieux. Par les colliers, les bracelets, les ceintures, faits de matières brillantes et durables, il a voulu souligner, accentuer, prolonger les courbes tendres et hautaines qui composent la merveille du corps humain : il a voulu retrouver, dans tous les objets que palpaient ses mains, au repas comme au repos, dans la paix ou dans le combat, quelques-unes de ces formes de nature, grâce du végétal, éclat diapré des fleurs, veines et jaspures des marbres, qui avaient émerveillé ses yeux puérils. Avec son instinct d'imitation, grâce à ce don divin d'admirer, de goûter et de capter les beautés innombrables écloses sous le soleil, il a reproduit sous forme d'entre-lacs, de rinceaux, de cannelures, en les simplifiant, en les ramenant à des rythmes clairs, tout ce charme d'élégance et de force qui pénétrait en ses yeux de toutes parts. Comme

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LA COLLECTION COTTREAU tous les barbares, il adora la couleur. Dès qu'il put, grâce aux progrès de l'industrie, modifier les matières par la cuisson, et leur conférer une consistance ferme, un éclat durable, il voulut retrouver, sur les objets faits à son usage, les beaux tons simples et francs, l'azur du ciel, le vert des feuillages, le pourpre et le safran des fleurs; combinant de mille façons des éléments simples, il éternisa les enchantements passagers de la nature. Cet être passager, amoureux d'éternel, apprit ainsi à perpétuer l'éclat d'un beau jour et le foisonnement joyeux du printemps. C'est là ce qui nous émeut d'abord. Devant les produits de ces techniques vénérables par leur antiquité, devant ces premiers essais de l'ingéniosité humaine, il semble que nous participions à la joie jeune et fraîche de ces êtres primitifs qui réinventaient le monde et fixaient son charme épars en quelques symboles naïvement synthétiques. Ce désir instinctif de beauté, ce besoin de parure a dominé tout l'art du moyen âge. S'il est bien entendu que l'art de cette grande époque fut une leçon pour le peuple ignorant et que la pensée des doctes par lui traduite sur les façades et les porches de nos cathédrales s'ouvrit comme un grand livre à tous les illettrés; si les clercs ont fourni les sujets, ordonné les motifs et tracé ces plans grandioses où toute la doctrine trouvait son expression figurée, on peut se demander ce que seraient devenus ces grands schémas traités par des mains inexpertes, interprétés par des cœurs froids. La pensée des théologiens ne donna que l'armature. Le principe vivant de cet art, ce fut la sensibilité ingénue, la sensation forte et naive des artisans qui mirent toute leur humanité dans les conceptions dogmatiques. C'est l'âme du peuple qui anima, réchauffa, naturalisa les données abstraites et rapprocha de la vérité familière les thèmes les plus étranges. Il faut bien le dire, nous n'avons sous les yeux que le squelette de l'art gothique, et c'est par un effort d'esprit que nous pouvons le reconstituer dans sa splendeur première. Les façades de nos cathédrales, avec leurs pierres mangées, déchiquetées par le temps, pis encore, avec leurs lignes appauvries et desséchées par les restaurations, ne sont plus que de magnifiques ossuaires. Le modelé d'ensemble a perdu ses hardiesses et ses douceurs exquises, ses jeux d'ombre et de lumière. A l'intérieur, les verrières, fondues par les incendies, brisées par les accidents ou la stupide fureur des iconoclastes, remplacées par de froides grisailles, ne versent plus dans les nef's la magie mystérieuse des couleurs. Les métaux précieux, les vives et harmonieuses colorations des statues, les nimbes, les couronnes, les pierreries, les ors et les outremers des fresques se sont éteints, et si la majesté des vastes architectures demeure inchangée, nous n'avons plus cette joie de la polychromie, cette somptuosité DEUX MINIATURES D'UN LIVRE D'HEURES MANUSCRIT IN-8° SUR VÉLIN DE 108 II Travail français. — xve siècle (Collection Cottreau)

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LES ARTS triomphale et barbare qui fut l'enchantement de nos ancêtres. L'art gothique, nous le sentons gris; or il était éclatant de parure, un chant exalté, une fanfare joyeuse, un hosanna de couleurs. Lorsque le peuple se pressait dans ces nefs fleuries de l'azur du firmament, diaprées des tons de l'arc-en-ciel, et telles que le Jardin de délices, cher aux Primitifs, il était pris par tous les sens, il oubliait un instant soucis et misère pour s'épanouir l'âme en cette cité céleste, descendue par miracle sur la terre. C'est par le ravissement des yeux et des oreilles, par toute la sensibilité attendrie, exaltée, que la pensée chrétienne de miséricorde et d'amour s'insinuait en ces rudes cœurs. Quelle salle de spectacle, aujourd'hui, avec ses lourdes dorures, son décor pauvre et sans mystère, pourrait se comparer à l'épouvante féerie de la cathédrale, en un jour de fête? C'est dans ce clair-obscur traversé de tous les rayons du prisme, des reflets de l'or étincelant sur les dalmatiques brochées d'or, chargées de gemmes et de cabochons, des ciboires, des chasses de vermeil et de bleu lapis, qu'il faut se représenter pour en comprendre le sens et la beauté propre, tous ces objets qui servaient au culte en le parant, ces autels portatifs, ces couvertures d'évangéliaires, ces crosses, ces mitres émaillées, ces pyxides, ces agrafes, toute cette splendide livrée de la maison du Seigneur. Rien qui ne reçut alors sa parure éclatante, délicate et fleurie; nulle matière trop belle ou trop précieuse pour parer le temple et ses ministres. Car c'était à la joie qu'étaient conviés tous les fidèles, à toutes les joies que la nature et l'art peuvent verser au pauvre cœur des hommes. La cérémonie était une fête, avant-goût du paradis, où tous les sens étaient caressés par les parfums de l'encens, par les douces musiques, par toute l'harmonie des couleurs chantantes. Cet art qui, par le haut, est pénétré de pensée, qui s'organise suivant la beauté majestueuse et sévère du nombre, est, par en bas, nourri de nature, frissonnant et foisonnant d'impressions, de sensations empruntées à la beauté visible des choses; et, de même que ces bons artisans faisaient passer dans le dogme la chaleur de la vie en prêtant à la haute mère de Dieu toutes les tendresses, tous les doux enfantillages des mères humaines, de même, sur les canevas établis par les doctes, les simples brodaient toute la vivante et chaleureuse fantaisie de l'humanité et de la nature. L'unité, l'harmonie de cet art sont admirables. Tout se plie à la loi architecturale; tout en reproduit les nobles proportions et l'élégante hardiesse. L'exemple, donné de haut, descend des grandes figures monumentales aux plus menus objets. Une même discipline se fait sentir du haut en bas de l'échelle; l'esprit décoratif est partout. On sait distribuer les pleins et les vides, les mouvements et les repos, les sonorités et les silences. Les sujets traditionnels ont reçu des maîtres leur ordonnance, mais le sentiment individuel se marque par de fines inflexions, et, dans les motifs consacrés, chacun sait insinuer les nuances de sa sensibilité et de son caractère. L'ivoire tient une grande place dans le décor, du culte d'abord, puis de la vie privée. L'ivoire, qui se prête si bien au travail de la main, dont la brillante matité, qui va du blanc pur au tauve, la pâte riche et comme onctueuse, offre des surfaces douces au regard comme au toucher, dont la substantielle densité permet le plus fin détail, cette belle et riche matière invite aux travaux délicats. Elle fut surtout utilisée pour les couvertures des livres sacrés ou profanes, pour ces diptyques ou triptyques qui se posaient sur l'autel ou que la GRAND DIPTYQUE. — LA FLAGELLATION, LE PORTEMENT DE CROIX, CRUCIFINION, LA DESCENTE DE CROIX, LA MISE AU TOMBEAU Ivoire sculpté avec traces de peinture et dorure. — Travail français. — XIVe siècle (Collection Cottreau)

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LA COLLECTION COTTREAU POLYPTIQUE. — LA VIERGE ET SCÈNES DE SA VIE. Ivoire sculpté avec traces de peinture. — Travail français. — xiv° siècle. DIPTYQUE. — LA VIERGE ET LE CRUCIFIEMENT Ivoire sculpté. — Travail français. — xiv° siècle. (Collection Cottreau) FEUILLET DE TABLETTES A ÉCRIRE (Sujets tirés du roman de Huon de Bordeaux) Ivoire sculpté. — Travail français. — xiv° siècle. LA VIERGE ET L'ENFANT Groupe en ivoire sculpté. — Travail français Début du xiv° siècle LA DESCENTE DE CHOIX Plaque ivoire sculpté. — Travail français. — xvi° siècle (Collection Cottreau)

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SAINT MOIRE DÉBOUT BESISSANT ET TENANT UN LIVREFiguine en or partiellement ornée. — XVIe siècleOran de graville buste du frame et d'adolescentIvorie sculpté haut relief. — Travail français — XVIe siècle --- MODERNO (d’après) — RAISSE DE PAIX EN ARGENT PARTIELLEMENT ORNÉE.Travail italien — XVIe siècle --- (Collection Cottreau) --- LE GALVAIREPlaque rectangulaire en cinnat transécule sur argent. — XIVe siècleLE ROI DAVIDPlaque rectangulaire en cuivre emblée. — Travail himosin. — XIIIe siècle ---

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--- PYXIDE RONDE À COUVERCLE CONIQUEGuivre champlève et emballé. — Linoges, xiiie siècleGRASSE EN FORME DE MAISON — LE MATURITÉ DE SAINTE VALERIEGuivre champlève et emballé. — Les têtes en relief. — Linoges, xiiie siècle(Collection Cottreau) --- PYXIDE RONDE À COUVERCLE CONIQUEGuivre champlève et emballé. — Linoges, xiiie siècleVIDRECOMÉtain. — Travail allemand. — Fin du xvie siècle ---

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LES ARTS --- PIERRE REYMOND. — LE CHRIST CRUCIFIÉ Email point. — Grisaille avec tons de chair Limoges. — Milieu du xvie siècle art délicat : une Vierge assise, à figure large de type champenois, portant sur le genou gauche l'Enfant qui s'amuse d'une pomme. Plus remarquable, ce diptyque d'ivoire sculpté en haut relief avec traces de peinture et de dorure. Dans ses quatre compartiments, disposés sur deux rangs, le Portement de croix, la Crucifixion, la Descente de croix, la Mise au tombeau sont figurés avec une grande force dramatique. On remarque l'énergie farouche des bourreaux, et dans la Crucifixion, l'attitude expressive de Jean, penché en avant, la noblesse de sa tête imberbe ; dans la Descente de croix, le geste touchant de la Mère baissant la main pendante de son Fils; dans la Mise au tombeau, la main du disciple posée sur la poitrine du Maître, comme pour épier un suprême battement du cœur. Une exquise délicatesse respire dans un ivoire sculpté en bas-relief qui montre, sur un des volets, la Vierge portant l'Enfant Jésus, et, debout entre saint Jean-Baptiste et un autre martyr, au-dessus d'eux, deux anges qui encensent, dont les corps volants remplissent si bien les tympans latéraux, leurs encensoirs meublant heureusement l'arcade centrale. Douce et riante figure, que cette Vierge dont le hanchement --- PIERRE REYMOND. — LA FLAGELLATION Email point. — Grisaille avec tons de chair Limoges. — Milieu du xvie siècle léger à gauche varie si bien la pose; beau sinus de son voile ramené sous le bras droit; particulière noblesse du jeune Saint imberbe qui porte la palme du martyre. La Crucifixion du volet gauche est encore supérieure. L'affaissement soudain de la Vierge, soutenue par les Saintes Femmes, détermine dans la robe et le manteau un jeu de draperies d'une souplesse admirable, et Jean, la main droite levée, la gauche soutenant une belle masse retombante de plis, n'est pas d'un style moins pur. Dans un petit polyptyque en ivoire, avec traces de peinture et de dorure, on goûte le geste et la pose si vraiment puérile du petit Jésus debout sur le genou gauche de sa Mère. Très intéressant par le sujet profane, ce feuillet de tablettes à écrire sculpté en bas-relief et qui représente des scènes d'amour courtois telles que Chrestien de Troyes en narrait aux Ysecult de son temps. Un jeune chevalier imberbe, aux traits nobles et fins, encadrés par les boucles flottantes de ses cheveux, prend à la taille une jeune femme qui le repousse faiblement. Assis à ses côtés, la jambe droite repliée sur le genou gauche, il lui caresse le menton, le bras gauche passé au cou de la dame qui ne --- NARDON PÉNICAUD. — PLAQUE OBLONGUE AVEC 12 MÉDAILLONS Email point. — Émaux polychromes avec points d'email en relief et rehauts de dorure. — Limoges. — Fin du xve siècle (Collection Cottreau) --- dévotion des rois et des grands transportait avec elle. Quelques-unes des plus fines, nobles et aimables Vierges que nous aient laissées les xiiie, xive et xve siècles français, furent taillées dans cette précieuse matière. La collection Cottreau nous offre un spécimen de cet

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LA COLLECTION COTTREAU PIERRE REYMOND. — COFFRET ORNE DE CINQ PLAQUES RECTANGULAIRES Émaux peints. — Grisailles avec tons de terrain. — Limoges (1540) (Collection Cottreau)

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LES ARTS --- résiste pas et tient sur ses genoux un caniche à tête frisée, au corps tondu. Puis tous deux, assis côte à côte, jouent aux échecs sur un escabeau. Enfin l'amant, à genoux, tend des mains suppliante vers l'aimée, qui le rassure en posant doucement sa main droite sur son épaule, ce qui donne à penser PIERRE REYMOND (Atelier de). — Scène de chasse Plaque oblongue. — Émail peint. — Limoges. — Milieu du XVIe siècle que les affaires de Huon ou de Lancelot sont en bonne voie : tout est dit avec une grâce et une tendresse exquises. Enfin, une petite plaque rectangulaire, ivoire sculpté en bas-relief du xvie siècle, annonce à la fois l'intrusion de la virtuosité et la décadence du sentiment religieux. C'est une chose étrange que cette descente de croix, toute pittoresque et profane d'allure, où le corps du Christ pend si lamentablement, la masse des cheveux déroulée, entre les bras de deux serviteurs qui, montés sur des échelles, se maintiennent en des équilibres difficiles, l'un surtout s'accrochant au bras de la croix et cambré en de savants raccourcis, tandis qu'en bas un troisième, vu de dos, lève les bras pour recevoir le corps sacré; sculpture d'acte qui fait montre de sa science et, dans le plus pathétique des sujets, ne songe qu'à piquer la curiosité. Mais j'ai hâte d'arriver à la série des émaux qui fait l'intérêt capital de cette collection : émaux champlévés du XIIIe siècle, émaux peints des xve et xvie, ils appartiennent tous authentiquement à l'art français et plus spécialement à l'école limousine. On sait la place éminente que Limoges prit dans l'art de l'émaillerie depuis le haut Moyen Age jusque vers 1625. Les émailleurs limousins eurent depuis le xiie siècle et gardèrent pendant six cents ans une renommée universelle et, de même que l'on disait opus francigenum pour désigner l'architecture si improprement appelée gothique, on disait NARDON PENICAUD. — L'ADORATION DES ROIS MAGES Émail peint. — Émaux polychromes et rehauts d'or. — Limoges. — Fin du xve siècle (Collection Cottreau)

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LA COLLECTION COTTREAU pour désigner les émaux : opus lemovicense. Depuis l'ab- baye de Conques, qui pro- duisit les coffrets et bustes fameux de sainte Foy et de saint Baudime, la Vierge de Beaulieu, jusqu'à la manu- facture d'émaux fondée par François Ier pour son peintre et valet de chambre Léonard Limosin, par leur habileté technique, par leur probité professionnelle, par leurs ta- lents hérités et renouvelés de père en fils, ces excellents artisans dont plusieurs furent de grands artistes, maintinrent la gloire de l'école et, malgré leur sage lenteur et leur ténacité paysanne, surent l'adapter étroitement aux goûts, aux sentiments, aux idées changeantes des siècles. Si Dinant, Hildesheim, Nuremberg furent les patries privilégiées des fondeurs qui expédierent leurs chefs-d'œuvre jusqu'en Po- logne et en Russie, Limoges fut la capitale de l'émaillerie et l'on vit les émaux limousins émi- grer jusqu'en Arménie, jusqu'en Chine. L'émail qui, avec beaucoup d'autres tech- niques, fut importé en Europe par Byzance, conservatrice des an- tiques disciplines, médiatrice entre l'Orient et l'Occident, l'émail qui remonte aux âges les plus lointains de l'humanité et peut se glorifier à plus juste titre qu'un poète contemporain de ses origines touraniennes, est un de ces procédés immémoriaux qui permirent à l'homme de fixer en une matière résistante, douée de l'indestructible éclat que donne la collaboration du feu, la splendeur de la na- ture. Analogue au verre par sa composition première, il se prête admirablement, par sa ductilité d'abord, puis par la densité solide que lui confère la cuisson, par la douceur de ses tons mats ou par l'éclat de ses couches translucides, à la décoration des objets du culte ou des ustensiles familiers. Aussi le vit-on poser sur les boîtes et reliures d'évangéliaires, la calme richesse de ses bleus lapis, la douceur charmante de ses bleus turquoises, les jaspures de verts noirs, de verts clairs, de rouges pourpres et de rouges bruns. Il allia ses teintes profondes et douces à la richesse barbare des cabo-chons, serti par les affleurements de l'or et du cuivre doré sur le champ desquels on prélevait les creux destinés à recevoir son éclatante et solide parure. Il fut surtout employé pour les coffrets, les châsses, les reliquaires; il orna les pyxides, les aigles, les colombes destinées à re-cevoir les hosties ou les saintes huiles, les ci-boires, tels que le chef-d'œuvre du Limousin Alpais, si sobre de formes, si harmonieux de décor, une des merveilles de la galerie d'Apollon. Partout, sur l'or des châsses, aux enroulements des crosses, il mit la caresse de son profond azur, strié de rinceaux, de niellures, de beaux iris retombant, aux pétales aigus, moucheté de fleurettes, de quatrefeuilles, de disques polychromes, qui réveillent les surfaces calmes: décor discret où toujours domine un suave accord de bleu et d'or. Et ce qui frappe PIERRE REYMOND. — PLAQUE DE BAISER DE PAIX LA VIERGE ET DES SAINTS Émail point. — Grisaille. — Limoges 1538 (Collection Cottreau) L'ANONYME M. I. (MARTIN DIDIER DIT PAPÉ). — LA NATIVITÉ Plaque, émail point, grisaille avec rehauts d'or. — Limoges. — Milieu du XVIe siècle (Collection Cottreau)