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LES ARTS N° 59 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Novembre 1906 FRAGMENT D'UN GRAND RETABLE Bois polychromé. — Art franco-flamand. — xve siècle (Collection de M. Albert Maignan)

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HENRI BOUCHOT (1849-1906) Depuis vingt ans, Henri Bouchot a été l'ami de cette maison et l'un de ses collaborateurs les plus dévoués. Il a apporté à pleines mains, dans la Revue Les Lettres et les Arts, dans le Figaro illustré, dans les Arts, les trésors de son érudition, les vives saillies de son humeur, les agréments d'un style très personnel où, au milieu d'une écriture parfois un peu goncourisée, riait tantôt quelque tournure du xvie siècle, qui rappelait l'ancien chartiste, tantôt quelque forme patoisante qui évoquait l'amateur de gaudes, le Comtois ayant gardé du cru, à travers toute une vie de Paris, le bon sens robuste, la gaïeté franche et en même temps l'esprit avisé et subtil. Tout cela, il l'était; et ce serait mal le louer que de vouloir faire en son œuvre des tranches et des catégories. On ne pouvait séparer, dès qu'on l'avait connu, le conteur de l'éрудit, l'écrivain d'art du poète, l'historien du polémiste. Il avait quelque chose, dans sa façon et sa tournure d'esprit, de Charles Nodier, son compatriote. Comme lui, il était prêt sur tous les sujets, il savait tout, il écrivait sur tout. Bibliographe ou iconographe, ce qui est tout un, il découvrait, dans l'appareil de son érudition, un constant appui à l'ingéniosité de ses hypothèses; il aimait à conter, et, en vérité, faut-il faire fi de ces délicieux Contes francs-comtois qui fleurent bon, comme les récits de Max Buchon, et qui apportent, en une langue curieuse et rare, le renouveau d'une littérature provinciale? Il convient d'être Comtois sans doute pour savourer comme il faut les Gaudes, poésies patoisantes que Henri Bouchot publia voici vingt-trois ans, mais c'était bien pour quiconque sait lire en français qu'il prétendait écrire ces Récits vrais de vies fausses: Au plus offrant. Certes, Henri Bouchot était devenu, dans ses dernières années, un personnage officiel fort considérable. Il avait reçu, depuis la retraite de M. Duplessis, la charge de conservateur des Estampes à la Bibliothèque nationale. Dans ce cabinet où s'était faite toute sa carrière, depuis sa sortie de l'Ecole des Chartes, et où il se montrait le plus informé, le plus érudit, le plus complaisant des bibliothécaires, il avait su acquérir à la fois la sympathie et, dirai-je, la tendresse de ses collègues et de ses subordonnés, l'estime et la reconnaissance des habitués, des passants, de quiconque avait envie ou besoin d'un renseignement et d'un avis. Henri Bouchot savait les estampes: il était l'enfant de la balle; il avait remué tous ces volumes, il en avait publié l'Inventaire sommaire, si précieux déjà pour les travailleurs, qui montre comment et par quel travail professionnel le conservateur avait acquis cette compétence qu'il mettait si à propos à la disposition du public. Au Cabinet des Estampes comme au Cabinet des Médailles, le professionnel est indispensable. Il n'y a place ni pour les ratés de la politique, ni pour les arrivistes de la littérature. Le classement traditionnel qui, depuis la fondation, a été rigoureusement suivi et qu'on ne saurait modifier sans danger, exige, pour le courant des recherches modernes, une connaissance des fonds qui ne peut être supplée par aucun artifice. A la vérité, Henri Bouchot avait su introduire dans ce département, un peu clos et retardé, des méthodes nouvelles; il avait provoqué des dons inappréciables; il avait formé des séries iconographiques contemporaines qui, déjà singulièrement curieuses, fourniront à nos neveux des sources merveilleuses d'information. Il avait compris mieux qu'homme au monde que le document graphique est de même valeur que le document imprimé ou manuscrit; qu'il apporte un élément nouveau, le plus représentatif des temps, le plus caractéristique, le plus indispensable, soit pour fournir le caractère des personnages par leur aspect physique, soit pour les situer dans leurs milieux d'art, de vie, de paysage. Aussi, sans délaisser les suites qui, à l'origine, ont motivé la création du Cabinet, — œuvres des graveurs et œuvres des peintres, — avait-il donné ses soins à enrichir les séries d'histoire, de topographie, de mœurs, de costumes, etc. Le temps lui a manqué pour réaliser tous les projets qu'il avait conçus, de moitié avec son excellent collaborateur M. Raffet, mais il a laissé des élèves, en qui il se flattait de former ses successeurs, qui, en suivant cette tradition libérale et intelligente, en achevant ces catalogues destinés à rendre de si grands services, en multipliant les références d'une série à l'autre, parvien-dront à faire du Cabinet un outil merveilleux de recherche, car les richesses en sont inépuisables, et elles ne restent inutilisées que faute d'être rendues accessibles. Cette formation et cette adaptation professionnelles de Henri Bouchot ont déterminé son œuvre historique. Instruit à bonne école, conscient des origines nationales, ainsi qu'en témoigne sa publication du Livre rouge de l'Hôtel de Ville de Saint-Quentin, érudit dans les sciences qu'on dit mortes, telles que l'héraldique, comme le montre sa participation à l'Armorial de D'Hozier; curieux des épisodes amusants et caractéristiques, Mandrin en Bourgogne, par exemple, il avait, par ses travaux antérieurs à son entrée au Cabinet, affirmé son bon esprit et sa compréhension générale des époques; mais ce qui, depuis lors, le met à part, c'est l'usage simultané qu'il fait du document graphique et du document manuscrit pour étudier, soit un épisode, soit un personnage, soit une époque. Ainsi, ses livres les Femmes de Brantôme et Catherine de Médicis; ses études sur Louis XVI, sur Marie-Antoinette, sur Marie-Louise, sur l'Empire, la Restauration, le Second Empire, ont ce point commun que l'iconographie y joue un rôle souvent majeur, que, par là, l'aspect des événements se trouve renouvelé et que la description, constamment faite d'après nature, prête au récit un intérêt, une vivacité, une vitalité sans égale. Il faudrait bien des pages pour énumérer, seulement par leurs titres, les milliers d'articles, les centaines de volumes que Henri Bouchot a publiés sur la bibliographie et la bibliophilie, sur l'art et les procédés de la gravure, sur les problèmes d'histoire et d'art que suggéraient à tout instant à la curiosité de son esprit le maniement des estampes, des dessins et des manuscrits; mais, en ces dernières années, il s'était, sans rien abandonner du labeur habituel, consacré à produire deux manifestations d'art qui ont eu un immense retentissement et qui exerceront longtemps une influence singulière sur les recherches, les études et les goûts des curieux et des amateurs. La première fut cette Exposition des Primitifs français qui révéla, avec une suite d'incomparables chefs-d'œuvre, une école de peinture française digne, à bien des égards, d'être égalée à l'école de sculpture pour qui, jadis, Courajod a si vaillamment combattu et qu'il a imposée à l'admiration. Sans doute était-il permis de ne point partager, au sujet des attributions, toutes les opinions de Henri Bouchot; mais combien de science, d'intelligence, de finesse, il dépensa dans ces batailles, où il se prodigua avec une activité, une vigueur, une conviction inlassables. La seconde fut cette Exposition de la Miniature française qui en devint l'apothéose. L'admirable livre que lui a suggéré l'étude des chefs-d'œuvre qu'on voyait ainsi sortir pour la première fois de la pénombre des collections particulières, ce livre dont il venait de terminer le dernier feuillet, lorsqu'une mort si cruelle et si préma-turée l'a frappé en pleine activité, en pleine force, en pleine possession de son expérience d'artiste et de ses moyens d'écrivain, ce livre, le premier qu'on ait écrit sur la miniature française, où se trouveront biographiés et identifiés, grâce à des recherches sans nombre, les artistes, la plupart demeurés jusqu'ici presque inconnus, dont les œuvres dès à présent acquièrent une valeur incalculable, ce livre demeurera classique et il attesterà la valeur intellectuelle et scientifique de cet esprit vigoureux et puissant, universellement informé, poussant, à des moments, à la minutie, la précision dans le détail, et à d'autres, généralisant, d'une rapide et brusque envolée, les données d'histoire, d'art et de philosophie qu'une analyse subtile lui avait révélées. FRÉDÉRIC MASSON.

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La Collection de M. Albert Maignan (*) II Il est bien difficile dans les limites d'une aussi brève étude, et dont le caractère doit être avant tout de vulgari- sation, de donner une idée très complète de l'importance qu'offre au point de vue de l'étude de l'art français la Col- Fig. 16. FRAMMENT DE VERQUIERE Art français, xiiie siècle (Collection de M. Albert Maignan) lection de M. Albert Maignan. Elle est d'une singulière étendue, puisque l'amateur a touché aux limites mêmes de l'histoire de l'art, et qu'on peut juger d'après les beaux mo- numents égyptiens ou grecs qui viennent d'être si bien analysés par M. Edm. Pottier, qu'il n'est pas d'époque archaïque dont il ne se soit épris, et dont il n'ait senti (*) À la page 14 du no 57, article de M. Edm. Pottier sur la Collection de M. Albert Maignan, antiquités égyptiennes et grecques, une interversion s'est produite entre les légendes des figures 7 et 8. Tête de femme, marbre de style grec et Tête d'homme, calcaire égyptien. Cette interversion que nos lecteurs auront rectifiée d'eux-mêmes sera d'ailleurs constatée dans les tables.

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LES ARTS FIGURE DE SAINT JEAN Pierre. — Art français. — xive siècle CHAPITEAU PROVENANT DE L’ANGIEN CLOITRE DE L’ABBAYE DE SAINT-DENIS Pierre. — Art français. — Milieu du xiie siècle (Collection de M. Albert Maignan) tou t le caractère puissant ou charmant. Mais un des grands côtés de la collection, et par quoi elle touche plus particulièrement notre sensibilité, c’est le bel ensemble qui s’y trouve constitué de monuments de sculpture, d’enluminure, d’orfèvrerie et d’émaillerie français. J’ajouterai qu’en artiste fort averti, M. Albert Maignan ne manqua jamais, depuis de longues années, toutes occasions qui se présentèrent à lui d’acquérir ces belles sculptures de pierre françaises, romanes ou gothiques, dont bien peu d’amateurs se souciaient alors. Il reconnaîtra volontiers avec nous que l’influence si bienfaisante de Louis Courajod n’y fut pas étrangère, et que le cours de l’École du Louvre fut, il y a quinze ans, un ardent foyer où quelques auditeurs passionnément attentifs recueillaient de la bouche de l’apôtre des paroles persuasives dont nous pouvons constater aujourd’hui le singulier rayonnement. Que d’idées admises aujourd’hui qui furent à cette heure combativement controversées, et quel sort les enchères publiques firent depuis lors à des monuments de sculpture il y a quarante ans universellement méprisés et déclarés barbares! — La collection Albert Maignan renferme quelques chefs-d’œuvre de la sculpture gothique française, et c’est à cette série si importante que nous devons tout d’abord appliquer notre attention. LES SCULPTURES DE PIERRE ET DE BOIS L’époque romane n’est représentée dans la collection que par un chapiteau, mais il est superbe. Deux oiseaux fantastiques à têtes humaines dont les ailes se prolongent en volutes sont affrontés sous le tailloir du chapiteau. Leurs gros yeux, leur masque d’hébétude caractérisent assez la rudesse d’un art encore un peu sauvage et à peine encore dégagé de sa gangue (fig. 17). Provenant de l’ancien cloître que l’abbé Suger avait fait construire vers 1140 auprès de l’abbaye de Saint-Denis, il est intéressant à rapprocher de certains chapiteaux d’ateliers méridionaux, tels que ceux que le musée lapidaire d’Arles a recueillis de Sainte-Trophyme, et que MM. Vitry et Brière ont reproduits dans leur Recueil de documents de sculpture française (pl. 27). Il tend à prouver le caractère nomade des ouvriers d’alors, que la grande activité des chantiers de Saint-Denis put fort bien en attirer quelques-uns loin de leur Provence. Le xiiie siècle est magistralement représenté par une tête de roi couronné qui provient tout simplement de la cathé- Fig. 18. TÊTE DE ROI COURONNÉ Pierre. — Provenant de la cathédrale de Reims. — xiiie siècle (Collection de M. Albert Maignan)

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LA COLLECTION DE M. ALBERT MAIGNAN Fig. 19. VIERGE Pierre. — Provenant de l'abbaye de Maubuisson. — xive siècle (Collection de M. Albert Maignan) drale de Reims (fig. 18). Dans ce monde de statues qui la peuplent du parvis au faite, il faudrait chercher celles qui lui sont parentes, et sur lesquelles d'acharnés réparateurs ont posé des têtes de fantaisie. Les échafaudages des travaux qui, depuis tant d'années, n'ont pour ainsi dire jamais cessé d'être dressés de façon permanente contre les murailles du monument, ont du moins permis à d'habiles photographes de tirer des clichés de statues qu'on n'aurait jamais connues, tellement elles sont loin de la portée de la vue. Peut-être pourrait-on chercher la sœur de celle-ci autour de la rose du grand portail. Modelée avec infiniment de souplesse, encadrée de cheveux ondés qui encadrent joliment le visage, non dépourvue d'un certain caractère individuel par où l'artiste cherchait alors déjà à s'évader de la fixité du type roman pour saisir dans sa fuyante diversité la vie, cette tête annonce l'aube d'un léger réalisme que le xive siècle affirmera avec plus de précision. Quelle charmante sculpture, et quel rare document que cette jolie figure d'angelot agenouillé, vêtue d'une ample chape retenue par un fermoir d'orfèvrerie, et déroulant devant lui un phylactère! (fig. 20) Sans doute partie d'un monument plus important, où il jouait peut-être le rôle de veilleur éternel d'un gisant aux pieds duquel il pouvait être fixé. Cette jolie figure du xive siècle provient de Bourges, et rien ne s'oppose à ce qu'on puisse le considérer comme originaire de la région. Fig. 20. ANGELOT Marbre. — Atelier de Bourges. — xive siècle (Collection de M. Albert Maignan)

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Tout à fait exquise en sa simple attitude, le corps assez droit, sans ce mol hanchement qui va devenir la manière de tant de sculpteurs du xive siècle, et qui finit par fatiguer par son absence de sincérité et le pli d'une formule, une petite vierge debout portant son enfant, apparaît un bijou qui aurait été bien digne de la précieuse exécution en ivoire (fig. 19). Son large front, ses joues pleines, son nez court, sa bouche volontaire sont d'une paysanne, et c'est charmant d'humilité. Les plis de la tunique ample retombent sur son côté en chutes simples. Très remarquable monument, et dont l'origine de Maubuisson près de Pontoise rappelle assez la splendide abbaye si célèbre du moyen âge. Une très noble statue de bois polychromé de la première moitié du xive siècle, d'une vierge assise tenant l'Enfant-Jésus debout sur son genou gauche, évoque, par l'amplitude de ses draperies, et la noble attitude de tout son corps, le souvenir de la belle figure de vierge que notre ami regretté Albert Bossy léguait, il y a quelques années, au musée du Louvre et que M. Paul Leprieur étudiait alors ici même (fig. 22). D'une plus élégante distinction, mais confinant plutôt au xve siècle, est une très grande vierge en bois encore revêtue de son admirable polychromie (fig. 21). On ne peut se faire une idée du charme indicible de ces ors usés par le frottement qui leur a donné de si beaux tons rouges, et de cette intime union de tous les tons dont la richesse assourdie jette encore des éclairs. Ce sont là des joies toutes matérielles, mais elles ne sont pas superflues pour goûter Fig. 21. VIERGE Bois polychromé. — Art français. — xve siècle (Collection de M. Albert Maignan) Fig. 22. VIERGE Bois point. — Art français. — xive siècle (Collection de M. Albert Maignan)

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LA COLLECTION DE M. ALBERT MAIGNAN plus pleinement le rythme de ces beaux plis dont les chutes successives font décrire au grand manteau des mouvements superbes. Cette vierge qui provient d'une église d'Amiens devra être rapprochée de la charmante vierge de la chapelle du château de Châteaudun (Album Vitry et Brière, pl. 117). Une jeune figure de saint Michel, la main appuyée sur son bouclier, d'un caractère un peu banal, inaugure le xve siècle, en ses manifestations plus pittoresques (fig. 25). Toutefois très supérieure est une délicieuse figure d'a-pôtre en pierre peinte, très jeune, imberbe, pieds nus, la main gauche levée pour bénir, tenant de la main droite le sac où se devine le livre enfermé (fig. 26). Le caractère un peu trapu, la recherche de la vie et du vrai, inclineraient assez à le croire d'école bourguignonne, bien qu'il ait été trouvé à Rouen, si certains détails comme les orfrois soigneusement traités de la dalmatique ne rappelaient pas le faire et les recherches des artistes normands dans la deuxième moitié du xve siècle. Qu'on en rap- proche des figures de saints de Notre-Dame de Verneuil. Tous les caractères du xve siècle s'affirment peut-être encore plus dans un bas-relief tout à fait amusant, tel qu'on en faisait souvent alors pour servir d'enseignes à des établissements de charité (fig. 23). Celui-ci en pierre blanche, représentant saint Martin se retournant tout en chevauchant vers le pauvre qui le suit, proviendrait de Caen. Tout pittoresque qu'il est, ce bas-relief n'a pas assez de caractère spécial pour qu'on puisse utilement en discuter l'origine. Il rappelle assez le bas-relief de l'Ecole tourangelle qui se trouve à Amboise, au lieu dit « le Saut des ponts ». Le réalisme fortement accentué dans la diversité des visages d'un fragment de grand retable, nous entraîne plus sûrement au Nord, et cette mise au tombeau en bois polychromé dut faire partie d'un grand monument d'une église sinon française, du moins franco-flamande (fig. 15). Il se rattacherait ainsi à la série considérable des grands retables par lesquels s'illustrèrent les sculpteurs brabançons, et dont la renommée s'étendit

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LES ARTS --- bien au delà des frontières, puisqu'on a pu en retrouver des exemplaires fameux dans des régions aussi éloignées de ce centre que nos provinces cévenoles. Extraordinaire enfin de travail est un grand fragment d'encadrement de porte en pierre, refouillée avec une surprenante énergie et une rare hardiesse d'outil de vigoureux sarments entremêlés de pampres. Sur le bord même du linteau est fixé un écussan aux fleurs de lis. Beau document d'art décoratif où toute la force de l'art gothique à son déclin s'affirme encore, et où sensible est la vitalité d'un art plein Fig. 25. SAINT MICHEL. Pierre. — Art français. — XV° siècle (Collection de M. Albert Maiguan) Fig. 26. APOTRE Pierre peinte. — Art français. — 2e moitié du XV° siècle (Collection de M. Albert Maiguan)

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LA COLLECTION DE M. ALBERT MAIGNAN de sève qui puise ses motifs d'inspiration en pleine nature, et interprète avec tant de bonheur les éléments de la flore ou de la faune si familiers aux yeux de ses artisans. LES IVOIRES Parmi les objets de petite sculpture en ivoire, nous en détacherons quelques-uns, les plus caractéristiques. Et tout d'abord, un objet unique, par cela même assez difficile à classer et à situer dans une série et à une époque bien précises. C'est un cavalier, à l'état fragmentaire (reproduit ici en grandeur nature) sculpté dans un os de baleine (fig. 24). Il est représenté droit en selle, une lance à la main droite, tenant de la main gauche un long bouclier décoré de trois rosettes bordées de disques ponctués, gravés. Cette technique de gravure sur os, et les disques ponctués se retrouvent sur des objets d'époques assez diverses du vint au xie siècle qui virent jour dans toutes les régions septentrionales de l'Europe. C'est ainsi qu'il est bien difficile en une semblable question d'origine d'être précis. Que représente un semblable objet, dans lequel on a voulu reconnaître un pion d'échiquier? C'est ainsi qu'il fut désigné à l'Exposition rétrospective de 1900, où il attira vivement l'attention. Il est vraisemblable que nous nous trouvons là devant un objet d'époque préromane, dont on ne saurait fixer l'origine d'une façon très précise. Tout à fait intéressante est une plaque, peut-être arrachée d'un coffret, où la Vierge est représentée étendue sur un lit, et tenant emmailloté contre elle l'Enfant-Jésus, sur lequel sa main est posée; au pied de la couche sont allongés l'âne et le bœuf (fig. 28). Cette représentation de la Nativité, dans son humilité et sa simplicité, est d'un intérêt archéologique assez rare pour qu'il importe de le signaler. Il est peu commun que dans les Nativités de l'époque gothique (et celle-ci est de la deuxième moitié du xiiiie siècle) l'enfant soit représenté couché aux côtés de sa mère, et non pas dans un berceau plus ou moins éloigné d'elle. D'une sculpture très fine est une petite plaque, divisée en quatre compartiments, dans lesquels sont inclus des sujets civils souvent empruntés aux romans de chevalerie du moyen âge, comme on en rencontre si fréquemment sur les boîtes à miroir; mais ici les personnages sont d'une élégance tout à fait particulière (fig. 28). Excellent aussi est un petit diptyque d'ivoire renfermant Bronze. — xiiie siècle Ivoire. — Art français. — xive siècle (Collection de M. Albert Maiguan) Plaque d'ivoire. — Art français. — Fin du xiiiie siècle Ivoire. — Art français. — xive siècle (Collection de M. Albert Maiguan) Ivoire. — Art français. — xive siècle

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LES ARTS sous des gables gothiques très fleuris, d'un côté une Adoration des Mages, de l'autre la Crucifixion (fig. 28). Cette petite série d'ivoires du xive siècle français se complète par une charmante petite vierge assise légèrement penchée en arrière et présentant à l'Enfant-Jésus, assis sur son genou gauche, une fleur vers laquelle il tend en jouant la main (fig. 27). LES MINIATURES ET LES VITRAUX La collection de M. Maignan ne comprend aucune peinture très importante du moyen âge, mais une série de miniatures isolées que les hasards ont arrachées aux beaux livres auxquelles elles appartenaient, et que M. Maignan a recueillies avec piété. Parmi les plus anciennes est une suite remarquable de lettres ornées, d'en-têtes et de bandeaux d'un manuscrit du commencement du xiie siècle, contemporain sans doute de Guillaume le Conquérant et qui dut être enluminé dans un atelier monastique de l'époque (fig. 30). On ne saurait se lasser d'en admirer les ingénieuses combinaisons décoratives qui se jouent des difficultés dans ces lettres ornées, chargées de motifs qui cependant s'ordonnent clairement, tout comme les ornements polygonaux dans l'enluminure des Corans musulmans. Et de quel somptueux éclat brillent les ors qui leur servent de fond! Les calligraphes apportaient alors une extrême ingéniosité à varier la forme et l'ornementation de leurs lettres initiales, empruntant les éléments de leur décoration au règne végétal ou au règne animal. Parfois aussi, comme nous le rencontrons ici, ils recouraient à la figure humaine, insérant même des scènes entières dans l'étroit champ de la lettre. Admirablement composées sont ces scènes multiples où les personnages sont encore pleins des traditions byzantines. Il nous faut sauter plusieurs siècles pour savourer longuement le charme et la beauté d'une merveilleuse minia- ture où, dans un paysage familier tel que nous y habitua à plusieurs reprises Fouquet, saint Joseph, très digne, conduisant un âne et suivi de la Vierge, se rend à Bethléem pour obéir à l'édit de l'Empereur; à l'arrière-plan se dressent les tours et les murailles d'une ville vers laquelle se dirigent des cavaliers. Tout autour, dans la bordure, sont inscrits des hommes d'armes debout soutenant des écrous sous forme de bannières avec les armes de Charles de France, frère de Louis XI. Cette feuille d'une couleur merveilleuse, d'un art consommé, est aujourd'hui absente (pour un temps qui ne sera sans doute pas éternel), d'un splendide manuscrit n° 473 de la Bibliothèque Mazarine, les Heures de Charles de France, due de Normandie (1465-1469). Jadis M. Léo-pold Delisle s'en était déjà occupé dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartres, 1894, Tome LV, p. 337), et avait indiqué, sans affirmer qu'ils en fussent les auteurs, les noms de deux peintres qui travaillèrent pour Charles, due de Normandie; c'étaient Jean Gillemer et Jean de Laval. Nous dirons enfin un mot à cette place (parce qu'à vrai dire l'art en est intimement lié à celui de la peinture) d'un superbe vitrail du xiiie siècle, où, au milieu de splendides rinceaux enroulés, un évêque assis, la crosse à la main, trône au milieu de fulgurantes lueurs bleues et rouges (fig. 16). L'étude des vitraux a été jusqu'ici assez négligée, à cause des difficultés de les examiner commodément en place; il est bon de signaler des fragments de verrières aussi importants que celui que le musée du Louvre acquit l'an dernier, à l'attention de ceux qu'une étude aussi malaisée avait pu jusqu'alors rebuter. LES OBJETS D'ART ORFÈVRERIE ET ÉMAILLERIE L'époque mérovingienne nous a laissé un grand nombre d'objets d'orfèvrerie et de bijouterie dont le caractère est très généralisé, qu'ils aient été trouvés dans les pays scandinaves, en Allemagne, en Angleterre ou en

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--- Fig. 39. LETTRES ORNÉES ENLUMINÉES EXTRAITES D'UN MANUSCRIT xie siècle (Collection de M. Albert Maignan)