Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

LE FIGARO ILLUSTRÉ REVUE MENSUELLE NOVEMBRE 1935 PRIX : 6 FRANCS

Page 2

Le plus beau voyage autour du monde 21 Pays 33 Ports 125 Jours Faites cet incomparable voyage à bord du plus beau paquebot du monde “EMPRESS OF BRITAIN” 42.500 TONNES DÉPART DE MONTE-CARLO LE 22 JANVIER 1936 ITALIE - GRÈCE - PALESTINE - ÉGYPTE - INDES - CEYLAN PENANG - SINGAPOUR - ÉTAT DES DÉTROITS SIAM - JAVA - BALI - PHILIPPINES - CHINE - JAPON ÎLES HAWAÏENNES - CALIFORNIE - PANAMA - CUBA NEW-YORK RETOUR À CHERBOURG LE 26 MAI Dès maintenant, adressez-vous pour tous renseignements et brochures à la CANADIAN PACIFIC, 24, boulev. des Capucines, PARIS LA PLUS GRANDE ORGANISATION TOURISTIQUE DU MONDE --- Femmes hindoues tissant leurs pagnes. A BORD DE CE PALAIS FLOTTANT, VOUS TROUVEREZ TOUS LES AGRÉMENTS ET LES RESSOURCES D’UNE CITÉ DE LUXE ET AUSSI UNE REMARQUABLE CUISINE FRANÇAISE. AUX ESCALES, LES MOYENS DE TRANSPORTS LES PLUS VARIÉS, DEPUIS L’AUTO ET LE TRAIN SPÉCIAL JUSQU’AU CHAMEAU ET AU POUSSE-POUSSE VOUS PERMETTRONT DE MIEUX CONNAÎTRE LES BEAUTÉS DE LA TERRE --- DEMANDER LES CATALOGUES AUX BIJOUTIERS, ORFÈVRES OU 12, RUE ROYALE . PARIS --- ORFÈVRERIE CHRISTOFLE

Page 3

Bar d'appartement en noyer. — Intérieur nitro-émail ivoire et verre noir. — En haut : fermé. — En bas : ouvert. --- THONET FRÈRES 14, boulevard Poissonnière PARIS --- De nuit comme de jour la femme élégante est fidèle à la plus grande marque : Vorlisère Lingerie et sous-vêtements

Page 4

LVMINAIRESANCIENModerne --- LAMPESABAT-JOVROBJETS D'ART --- GALEY FRÈRES242, BOVLEVARD SAINT-GERMAIN - PARIS --- AU PRINTEMPS9èmePETITE FOIREDES ARTS DÉCORATIFS MODERNESORGANISÉE PAR PRIMAVERAATELIER D'ART DU PRINTEMPS•DU 18 AU 30 NOVEMBRELADÉCORATION INTÉRIEURE MODERNEadaptée auxBUDGETS D’AUJOURD’HUI --- MUNITIONSG EVELO TSOCIÉTÉ FRANÇAISE DE MUNITIONSDE CHASSE, DE TIR ET DE GUERRE ---

Page 5

--- l'ai le sourire grâce au "Dentol" dolly Davis Dentol DENTIFRICE ANTISEPTIQUE EAU - PATE - POUDRE - SAVON En vente : Pharmacies et Parfumeries --- CHAMPAGNE Veuve Clicquot-Ponsardin Reims --- CHEMINS DE TER DE L'ÉTAT LE RÊVE à la portée de tous... EN TOUTES CLASSES A PRIX TRÈS RÉDUITS (Hiver 3e classe 20fr) COUCHETTES CONFORTABLES *Rendez-vous dans les gares ---

Page 6

--- “POUR UN HOMME” PARFUM DE LA PLUS HAUTE DISTINCTION CARON PARIS

Page 7

LE FIGARO ILLUSTRÉ • NOVEMBRE 1935 SOMMAIRE - Vendanges en Champagne ... par Henry BIDOU 8 - Sur les coteaux du Médoc ... par James de COQUET 16 - Les salles à manger... par Albert SAGE 24 - A chaque vin son verre... par Robert BURNAND 31 - Pour les grands diners ... 32 - Cocktails et “Short diners”... 34 - Au revoir Joséphine !... par GUERMANTES 38 - Le Titien, portraitiste ... par Victor-Émile MICHELET 40 - Le Salon d'Automne... par Paul HERMANT 44 --- ABONNEMENTS D'UN AN FRANCE, COLONIES ET BELGIQUE.. 60 francs. EUROPE : Pays à tarif postal élevé.. 90 francs. Pays à tarif postal réduit.. 80 francs. COMPTE CHÈQUES POSTAUX : 242-53 CHANGEMENT D'ADRESSE : Pour tout changement d'adresse, nous prions nos abonnés d'écrire directement au FIGARO ILLUSTRÉ, en joignant à leur bande d'abonnement 1 fr. 50 en timbres-poste pour les frais.

Page 8

DEUX SIÈCLES DE PERFECTION KOLLAR Cloître de l'Abbaye d'Hautvillers. Monument de Dom Pérignon. > “Continuant sur le même domaine le travail des moines de l’Abbaye d’Hautvillers, où Dom Pérignon découvrit jadis la mousse du Champagne, la Maison Moët & Chandon récolte toujours les crus célèbres qui, depuis 1745, assurent sa renommée”.

Page 9

LE FIGARO ILLUSTRE NOVEMBRE 1 9 3 5 PORTRAIT DE S. A. R. LA PRINCESSE DES ASTURIES, NÉE PRINCESSE MARIA MERCÉDÈS DE BOURBON-ORLÉANS, PAR LE PEINTRE ESPAGNOL CLÉMENTE DEL CAMINO.

Page 10

Vers les vendangeoirs... KOLLAR

Page 11

VENDANGES EN CHAMPAGNE PAR HENRY BIDOU Nous étions assis sur la terrasse d'Hautvillers. Au bout de la balustrade s'ouvrait en bleuissant la large vallée de la Marne. A droite le parc étendait ses futaies profondes. A gauche la façade isolée de l'ancienne abbaye ouvrait sa rose vide. Je songeais à ces pieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, hommes de foi et d'œuvres auxquels nous devons le champagne. Car ce vin de renom léger est une œuvre ecclésiastique, selon la règle de saint Benoît. Sa mousse est pleine de vertus. Son origine purifie les abus qu'on en fait. Et quand à la fin d'un banquet anticlérical, elle pétille dans des verres levés en l'honneur de la défense laïque, c'est l'Église qui la donne à ses ennemis, pour qu'ils la voient s'élever et s'éteindre. J'imagine le bon cellier dom Pérignon, qui dort encore ici. Il gouverna quarante-sept ans les caves de l'abbaye. C'est lui qui, au XVIIIe siècle, inventa de mélanger les crus et d'accroître leur vertu par cette harmonie. C'est lui qui détermina le moment le plus favorable à la mise en bouteilles. Devenu vieux, le ciel lui retira la vue ; mais son palais demeura exquis ; on lui apportait les raisins, et, les ayant goûtés, il composait les cuvées. Enfin à 77 ans, il ferma les yeux et s'en alla goûter à la vigne éternelle. Je ne doute pas qu'il ait trouvé dans l'autre monde l'emploi de ses talents, et qu'il fabrique pour les siècles des siècles du Noé blanc de blanc et du Naboth mousseux. Il est venu, dans les belles années de sa maturité, s'assoir où nous sommes, et il voyait, comme nous les voyons, ces vignes champenoises. Elles ne formaient pas alors ces files minces et espacées : on les plantait en foule, pour que rien de la bonne chaleur du soleil ne fût perdu. Le moine regardait ces coteaux abîmés dans le soir, et il méditait sur les œuvres de Dieu. « O vigne, disait-il, fleuron de la terre, quel n'est pas le mystère de votre perfection ! Pourquoi ce coteau de pierre blanche, ce coin de sable, ce vallon d'argile vous donnent-ils, choisis entre tous, ce bouquet qui ne ressemble à aucun autre, ce parfum unique, ce corps et cet épanouissement ? » La Création, qui surabonde en matériaux rebutants, a par endroits de charmant es fantaisies. La distribution de la vigne en est une. Ici, sur une trentaine de kilomètres, de Reims au nord à Vertus au sud, il a plu au ciel que les grains de raisin fussent précieux entre tous. Ce gracieux caprice lui est d'ailleurs venu assez tard. Il n'y eut pas, je crois, de vignes en France avant que les Romains n'y aient pénétré. Encore le méchant empereur Domitian fit-il arracher tous les cepes de Champagne. Était-ce déjà la rivalité des vins de France et des vins d'Italie ? Que son nom soit honni d'Ay à Verzenay ! Par bonheur, l'excellent empereur Probus les fit replanter. Le vignoble champenois est une région extraordinairement précise. On sait que l'Ile-de-France s'étend de toutes parts autour de Paris comme un plateau, et que ce plateau tombe par des falaises à pic sur les plaines environnantes. Du côté de l'Est, cette plaine basse, qui entoure l'Ile-de-France comme une mer, s'appelle la Champagne. Or le vignoble n'est ni dans l'Ile-de-France, pays de forêts et de champs, ni dans la Champagne, lande stérile : il est sur le talus par lequel la première descend sur la seconde. Il est entre les deux comme une ceinture et un ourlet ; leur liaison est cachée sous ce feston de pampres. Sans doute depuis toute l'époque historique en est-il ainsi. M. Robbe, qui vers la fin du XVIIe siècle, composa une méthode pour apprendre facilement la géographie, écrit au sujet du gouvernement de Champagne : « Si ce pays n'a pas de quoi emplir les meilleurs greniers de Paris, l'on scâta du moins qu'il garnit assez bien ses plus précieuses caves. » — Cette renommée était déjà bien plus que séculaire. François Ier, au début du XVIe siècle, et après lui son fils Henri II, avaient un commissaire résidant à Ay pour assurer le meilleur vin à la table royale ; et ce commissaire rencontrait celui que le roi d'Angleterre entretenra aussi à Ay dans le même dessin. Henri IV ne méprisait point le titre de sire d'Ay. Mais on s'accorde à faire dater du XVIIe siècle et de dom Pérignon la grande époque du vignoble. Qu'elle serait charmante à écrire, l'histoire des côtes champenoises en ce temps-là ! Elle est moitié pieuse et moitié galante. Il y avait tout près de là l'abbaye d'Avenai, dont parle Bossuet, car elle eut pour abbesse Benedicte de Gonzague, la sœur d'Anne. Reims avait des archevêques aimables. C'était le Reims de La Fontaine, abondant en « gentilles Galloises », le Reims de son ami Mauroix, qui vécut le plus tendre roman pour finir chanoine. Quels voyages dans ces collines d'un vert gris, mille fois ondulées et pourtant si tranquilles ! Et ces joyeuses histoires des Contes, comment n'y pas retrouver le pétillement du vin d'Ay ? C'était par ce nom qu'on désignait encore les crus de Champagne au temps de Louis XVI, qui en buvaît, dit-on, trois bouteilles en un repas. Il faut pour avoir un pareil estomac, se sentir roi par la grâce de Dieu. Un capitaine de fortune, comme Napoléon, ne saurait « installer », comme dit le peuple, avec cette autorité. En fait l'Empereur ne buva que du Chambertin, et il le coupait d'eau. C'est sans doute ce qui lui a donné une maladie d'estomac. C'est dans les malheurs de la fin du règne que la Champagne a eu une page glorieuse. Nous avons vu que le vignoble forme l'abrupt d'un palier qu'il faut franchir pour atteindre l'Ile-de-France. C'est au moment où les Alliés gravissaient ce degré que Napoléon, en 1814, essaya de les surprendre, une première fois plus au sud, à Montmirail, où il les coupa en deux (mais il y a aussi des vignes à Montmirail), une seconde fois plus au nord, où il essaya de les écraser sous Soissons. Au milieu de mars, il était à Reims, où il bousculait les Russes. De là il se porta sur Épernay, dont les habitants avaient eux-mêmes chassé l'ennemi. Constant, le valet de chambre de l'Empe- reur, écrit dans ses Mémoires : « De Reims, nous nous dirigeâmes sur Épernay, dont la garnison et les habitants venaient de repousser l'ennemi qui, la veille même, s'était présenté pour s'en emparer... Sa Majesté, pour témoigner aux habitants d'Épernay sa satisfaction pour leur belle conduite, les récompensa dans la personne de leur maire