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FIGARO ILLUSTRÉ REVUE MENSUELLE - FÉVRIER 1934 - PRIX: 6 FRS BELGIQUE : 8 FRS BELGES

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IN FLIGHT · CARON'S SUCCES · PARIS PARFUM "EN AVION" LE SUCCES DE CARON

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FÉVRIER 1934 SOMMAIRE - Les Mœurs d'aujourd'hui par Abel BONNARD de l'Académie française 59 NOTRE GRAND PARIS - Aspects des Champs-Élysées. - Sous l'Ancien Régime par Jacques BOULENGER 61 - Du Second Empire à nos jours par Gabrielle REVAL 65 - Toudoux, Ginette et les parents par Max JACOB 68 - Hubert Robert par Georges GRAPPE 70 - La destruction du Taj-Mahal aux Indes par Alain PETIT 72 VILLES ET PROVINCES FRANÇAISES - Granville par Fernand FLEURET 73 LE MONDE - Par le temps qui court par René RICHARD 77 LES ÉCRIVAINS ET LES LIVRES - Jules Romains, portrait par Maurice NOEL 78 - Vues sur Napoléon par Maurice NOEL 79 - Avez-vous lu? par Maurice NOEL 79 LA MUSIQUE ET LES SPECTACLES - Annabella, portrait par Anne-Marie THAIRÉ 80 - La Musique par Paul CALDAGUÈS 81 - Les Pièces du mois par Louis GAUTREAU 82 - Les Films dont on parle par J.-M. AIMOT 83 LA VIE ARTISTIQUE - Salons, Galeries et Ateliers par Paul HERMANT 87 - Calendrier des Ventes par Paul HERMANT 89 POUR MADAME - Suggestions et Modèles pour vos installations d'intérieur, par Michel KAMENKA et HILA de HANN 90 - Prologue aux chapeaux de printemps par CATELAN 93 - Avoir de belles cuisines par Paulette BERNEGE 96 - Les Soins du Corps par Geneviève CLARENCE 98 - Votre leçon de Culture Physique par Paula Van der HAGEN 100 --- PRIME AUX ABONNÉS D'UN AN Tout abonné d'un an à cette revue a droit, sur présentation de sa bande d'abonnement au siège de FIGARO-ILLUSTRE, à un magnifique portrait photographique 24×30 d'une valeur de 150 francs exécuté par le Studio RODRIGUEZ, 117, Avenue des Champs-Élysées. CHANGEMENT D'ADRESSE Pour tout changement d'adresse nous prions nos abonnés d'écrire directement à FIGARO-ILLUSTRE en joignant à leur bande d'abonnement 1 fr. 50 en timbres-poste pour les frais. ABONNEMENTS D'UN AN FRANCE, COLONIES ET BELGIQUE... 60 francs EUROPE - Pays à tarif postal élevé: 90 » - Pays à tarif postal réduit: 80 » - COMpte CHEQUES POSTAUX 242.53 Adresser les manuscrits au Rédacteur en Chef de FIGARO-ILLUSTRE qui reçoit le mardi et le vendredi de 5 h. à 7 h. ---

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LES MOEURS D'AUJOURD'HUI par ABEL BONNARD de l'Académie Française Avant d'essayer de décrire les mœurs d'aujourd'hui, on pourrait se demander s'il y en a encore. En effet les habitudes sociales qu'on désigne ainsi ne peuvent se former que dans une certaine stabilité générale qui n'existe plus. Tout fond, tout s'écoule. Un observateur ne peut pas plus fixer les aspects de la vie présente qu'un artiste ne saurait dessiner les mouvements de l'eau ou les figures des nuages. Pour se rendre compte de cet état, qu'on rapproche de notre société, par exemple, celle à laquelle Balzac appliqua son puissant génie, et qu'il a reproduite et recréée dans ses livres. Les différentes assises en étaient aussi fortement établies que celles d'un terrain. Chaque caractère individuel cheminait dans cette matière qui lui résistait, les uns exprimant en eux les principes et les idées du milieu qui les avait produits, les autres montrant leur force par la façon dont ils luttaient contre ce milieu. Que de types différents une telle société présentait, à tous ses étages, depuis l'artisan et l'employé, jusqu'au ministre ou à la duchesse ! Alors chaque être humain avait dans sa nature les marques profondes de sa classe ou celles de sa profession. Un notaire était notaire de pied en cap ; un boutiquier avait l'esprit de son métier, non pas seulement à son comptoir, mais dans son ménage et jusque dans ses plaisirs. Chacun, les jours ordinaires et même les jours de fête, portait l'habit de sa condition ; chacun porte aujourd'hui l'habit de sa vanité. Il y avait des bourgeois d'une solidité admirable, auxquels on se cognait comme à des murs; ils pouvaient déplaire, mais ils existaient. Tout cela s'est évaporé ; les bourgeois d'à présent vantent tout ce qu'ils n'aiment pas, pour nous prouver qu'ils ne sont plus des bourgeois ; le malheur est qu'ils ne sont pas devenus autre chose. Il en est de même dans toutes les classes ; si variées que soient les différentes occupations humaines, elles cessent d'engendrer et de nourrir une variété correspondante de caractères, quand ceux qui s'acquittent d'une besogne n'y mettent plus ni soin ni amour. Tous retournent alors à la même impersonnalité ; des emplois les plus divers sort le même genre d'hommes incolores, insipides et indifférents, pareils comme des grains de poussière. La maison elle-même devient banale comme ceux qui l'habitent. Elle cesse d'être cette forteresse garnie de mille ressources, ce lieu d'une famille où tout un groupe humain se retrouvait et se re-tremptait ; l'esprit de la rue envahit le logis. Réduite à son rôle primitif, la maison n'est plus aujourd'hui pour beaucoup de gens, en raison de la vie qu'ils mènent de gré ou de force, qu'un abri où l'on vient dormir. Les appartements modernes, alors même qu'ils sont conçus avec recherche, déçoivent par une espèce de froideur et de nullité assorties à l'effacement de ceux qui y vivent. Jamais l'homme n'exista avec moins d'accent. Cependant, dira-t-on, jamais l'individu ne fut plus fan-faron. Et cela est vrai. Mais cette excitation de sa vanité n'annonce nullement de la force dans sa nature. Ce qui caractérise notre époque, c'est précisément qu'un excès du paraître y recouvre un néant de l'être. On pourrait montrer cela par bien des exemples. Nombre de nos contemporains sont contents d'eux-mêmes parce qu'ils se croient prêts à exprimer des idées hardies ; mais ils ne prennent pas garde qu'ils choisissent seulement celle qui passe pour hardie au moment où ils parlent et qui risque d'être applaudie à ce

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Page 60 Text Content titre ; ainsi dans l'acte même où ils se donnent l'air de braver l'opinion, ils obéissent à la mode : ils n'ont d'audaces que celles qu'il n'est pas audacieux d'avoir. Cette prétention et cette faiblesse, cette irritation de la variété sur la défaillance du caractère, voilà un des traits qui définissent le mieux notre temps. L'homme d'aujourd'hui en arrive souvent à ressembler à ces figures d'affiches qu'on voit gesticuler sur les murs ; il est, comme elles, violent et plat. Pour qu'il y eût vraiment des moeurs, il fallait qu'une vaste société existât, qui en enveloppait une plus petite ; cette société restreinte, comme englobée dans la grande, était celle des deux qui avait le nom le plus ambitieux ; elle s'appelait le monde, et le choix de ce mot prouvait assez quelle haute idée ceux qui la constituaient se faisaient d'elle. Ils se distinguaient surtout par ceci qu'ils suivaient des usages plus complexes que dans les autres classes, et qui ne relevaient pas seulement de la morale, mais de l'élegance; ailleurs, on ne pensait qu'à ce qu'on doit faire ; eux se réglaient surtout sur ce qui se fait. En conséquence ils se permettaient bien des choses qui, dans la bourgeoisie ou dans le peuple, eussent été blâmées, mais ils s'en interdisaient aussi que les autres se fussent permises ; ils étaient tour à tour moins scrupuleux et plus chatouilleux ; ils étaient moins vertueux et plus délicats. Cela aussi est fini. Une pareille société avait besoin de portes et de murailles. Trop close, elle eut dépéri ; trop ouverte, rien ne l'aurait plus distinguée du dehors ; c'est précisément ce qui lui est arrivé dans ces derniers temps. Elle a fini d'exister quand elle n'a plus eu que des portes. L'individu, dans le monde moderne, s'exaspère autant que la personne réelle s'affaiblit. Le relâchement général y est bien plus vrai que toutes les bravades dont il se recouvre. Dans cette désagrégation, cependant, se forment des noyaux de résistance. On dirait que certains groupes s'organisent pour vivre à leur goût et à leurs frais, en dépit de ce qui les entoure. Ce qui disparaît, ce sont les compositions subtiles d'ordre et de désordre qu'on rencontrait autrefois ; en quelque sens que ce soit, on va vers des vies plus simples. Qu'on pense à tout ce qu'il y avait jadis, dans ce qui s'appelait le monde, de ménages où les apparences du meilleur accord recouvraient deux vies absolument distinctes et entièrement séparées. Qu'on observe aujourd'hui, dans la même classe, de jeunes ménages ; ou bien ils vivent dans un désordre avoué, ou bien au contraire, et ce dernier cas est le plus fréquent, ils sont bien plus bourgeoiseusement et bien plus étroitement unis qu'ils ne l'eussent été naguère ; l'homme s'est marié plus tôt : presque toujours, il travaille ; la jeune femme a eu plusieurs enfants, se réjouit de leur nombre et les élève de fort bon cœur. Quand les deux époux veulent se donner quelque divertissement, ils le prennent ensemble : peine et plaisir, ils ont tout mis en commun. De telles vies sont fort saines et, selon la nature de ceux qui s'allient ainsi, elles peuvent être charmantes. Encore faut-il remarquer que des bonheurs de ce genre doivent aussi peu que possible à la société où ils se produisent ; ils sont presque entièrement l'œuvre d'un couple qui s'organise pour se passer d'elle. Ce qui a disparu, ce sont ces plaisirs aux mille nuances qu'une société raffinée offrait jadis aux goûts délicats des individus ; ils sont si loin de nous qu'on ne les regrette même plus ; ils sont oubliés. On pourrait indiquer des formes de vie qui tendent à créer sur certains points des moeurs nouvelles ; on pourrait parler de l'influence des sports. Mais il faut remarquer que ceux de nos contemporains, hommes ou femmes, qui mènent vraiment cette vie-là, de façon à y trouver une hygiène, une discipline et l'occasion de rapports nouveaux avec la nature, sont très rares. Beaucoup ne font qu'en prendre les airs ; ils se déguisent en gens de sport sans le devenir. On pourrait signaler aussi le type nouveau résultant du fait que des femmes qui récemment encore eussent vécu sans rien faire sont forcées maintenant de gagner leur vie. C'est parmi elles, selon moi, qu'on trouve à présent les femmes les plus intéressantes et parfois les plus charmantes. Elles sont, sauf exception, très supérieures aux oisives. Elles ont sur elles l'immense avantage de s'être heurtées au réel ; la dure vie qu'elles mènent force leur sensibilité à se concentrer, mais, pour être plus secrète, elle n'en est souvent que plus vraie. Cependant on peut remarquer que ce type se produit à la rencontre de deux mondes, et qu'il s'agit de femmes formées selon les anciennes moeurs et contraintes de vivre selon les nouvelles. Il n'est pas dit qu'elles vaudront autant, celles qui gagneront leur vie après avoir été élevées pour la gagner. Il faut dire enfin que cette excitation et cet isolement de l'individu que j'ai brièvement décrits plus haut sont déjà, je crois, un fait du passé. L'individu va bientôt cesser de soutenir l'apparence de ce qu'il n'est pas ; cette fatigue lui sera épargnée. Il va retomber dans la masse, vivre en elle, jouir d'émotions collectives. Si je ne me trompe, le temps des individus est fini. Abel Bonnard.

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NOTRE GRAND PARIS NOTRE GRAND PARIS, ses lumières, ses pierres, ses couleurs, ses arbres et ses fleurs, le ruissellement de ses eaux et leurs jeux multicolores, ses nuits et ses ennuis, ses jours et ses plaisirs, le dédale sordide de ses vieilles rues, les vastes perspectives de ses avenues, ses odeurs et ses touffeurs, tout son pittoresque ardent et tumultueux, à travers le temps et dans l'immédiat espace : voilà ce que FIGARO ILLUSTRÉ se propose, au cours d'une large enquête, d'évoquer chaque mois. Notre grand Paris, son visage glorieux et bariolé, son visage fervent et radieux, par les peintres les plus accrédités de sa toujours neuve et mobile beauté.