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MONTE CARLO

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FIGARO ILLUSTRÉ REVUE MENSUELLE ONZIÈME ANNÉE JANVIER 1934 --- SOMMAIRE Où en est la vie intellectuelle à Paris en 1934 I° Les courants littéraires, par RENÉ JOUGLET ..... 5 II° Un trait insigne de la nature française : les salons littéraires, par MAURICE VAUTHIER ..... 7 III° Où en sont les jeunes, par ANDRÉ FRAIGNEAU ..... 8 IV° Les conférences sont à l'ordre du jour, par SYKA MOOR ..... 9 V° Les coulisses du théâtre, par ROBERT DESTEZ ..... 10 VI° La musique et ses publics, par PAUL CALDAGUÉS ..... 11 Deux frères, nouvelle, par ALEXIS REMIZOV ..... 12 Une scène de "Petrus", de MARCEL ACHARD ..... 14 Aventures d'une Française en Afghanistan, par PAULINE HAEMMERLI-MULLER ..... 16 La Suisse, pays des Sports d'hiver ..... 18 La Provence ..... 20 --- ABONNEMENTS D'UN AN FRANCE, COLONIES ET BELGIQUE ..... 60 francs EUROPE Pays à tarif postal élevé ..... 90 , Pays à tarif postal réduit ..... 80 , COMPTES CHÈQUES POSTAUX 242.53 - --- LES LETTRES Maurice NOËL. Des lumières sur Charles de Foucauld ..... 22 AURIANT. Livres oubliés ou ignorés. "Sur le banc", de Maurice Talmeyr ..... 23 Lucienne BLONDEL. Le livre dont personne n'a parlé : "Printemps d'un bleu", de H.J. Gouache ..... 24 Avez-vous lu ? ..... 24 --- LES SPECTACLES Où en est le cinéma parlant ? par J. M. AIMOT ..... 26 Les films qu'il faut avoir vus, par Anne-Marie THAIRÉ ..... 27 Les pièces dont on parle, par Louis GAUTREAU ..... 29 --- LE MONDE ET LES SPORTS Sports d'Hiver à Paris ..... 30 ANDRÉ REICHEL: La coupe de Noël de tennis ..... 31 RENÉ RICHARD: "Par le temps qui court" ..... 32 --- POUR MADAME GENEVIEVE CLARENCE: L'harmonie de la lingerie ..... 33 L. B.: L'élegance française devant les problèmes du jour ..... 37 GENEVIEVE CLARENCE: Les mains, les ongles et leur coloration nouvelle ..... 38 PAULA VAN DER HAGEN: Votre leçon de culture physique ..... 39 MICHEL KAMENKA et HILA DE HANN: Suggestions et modèles pour vos installations d'intérieur ..... 40 --- LES ARTS PAUL HERMANT: Salons, galeries et ateliers ..... 42 Revue des Expositions ..... 44 --- PAGE ENFANTINE --- PAGE DE L'AUTOMOBILE --- Adresser les manuscrits au Rédacteur en chef de FIGARO ILLUSTRÉ qui reçoit le mardi et le vendredi de 5 à 7. Les manuscrits non insérés sont rendus. CHANGEMENT D'ADRESSE. — Pour tout changement d'adresse nous prions nos abonnés d'écrire directement à FIGARO-ILLUSTRÉ en joignant à leur bande d'abonnement 1 fr. 50 en timbres-poste pour les frais. ---

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"DOUCEUR" C'EST EN MONTAGNAC QUE LE GRAND TAILLEUR FERA VOTRE PARDESSUS

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Où en est la VIE INTELLECTUELLE à PARIS en 1934 ? I. — Les Courants littéraires Je crois que l'on peut dire, sans crainte de se tromper beaucoup, que le mouvement littéraire, dans n'importe quel pays du monde, suit le plus généralement le mouvement des mœurs. Il suffirait, pour illustrer cette idée qui n'est pas neuve le moins du monde, de citer quelques noms : Balzac, Zola, Galworthy, les frères Mann, Proust, les romanciers russes de l'heure ; et l'on pourrait remonter plus loin : Molière, Dante, Aristophane... Les mœurs d'une époque réagissent sur les écrivains et les mettent, d'une façon ou de l'autre, à leur service. Les écrivains n'échappent guère à la nécessité d'être de leur temps ; ils sont les miroirs plus ou moins fidèles dans lequel ce temps se regarde. Le mouvement littéraire qui s'est développé en France depuis la guerre n'a été, surtout chez les jeunes hommes, que le reflet d'une époque incertaine de son avenir et fort troublée dans sa conscience. La plupart des œuvres qui sont venues au jour depuis quinze ou vingt ans ne sont pas des produits purs, autonomes ; elles ressortissent à l'angoisse et à la dureté des temps. La génération qui, en France, est venue à la vie littéraire au lendemain de la guerre, et qu'on a précisément appelée «la génération de l'inquiétude», en a donné le premier exemple. Les jeunes gens d'alors ont connu un triste destin. Non seulement ils vivaient dans une atmosphère familiale angoissée, mais ils manquaient de guides ; et l'après-guerre, avec son déséquilibre social, ne devait pas leur apporter d'apaisement, et plus exactement de certitudes. Ce fut une génération sans foi d'aucune sorte, glissant au pessimisme et finissant par faire de la négation une sorte d'épouvantable système philosophique. On vit s'épanouir ce mouvement littéraire qu'on avait nommé dadaïsme au temps de ses débuts avec M. Tristan Tzara, qui prit ensuite le nom de surréalisme et dont M. André Breton lança le manifeste. Qu'était-ce que ce mouvement ? Tout simplement le refus d'accorder une valeur authentique au témoignage de l'intelligence. Ces jeunes gens (ils avaient tous moins de trente ans) ne croyaient plus à la vertu du jugement humain. Ils déclaraient que ce jugement est frelaté, adultéré, et ils prétendaient retrouver dans la forme obscure de l'instinct une sorte d'innocence première. Ils écrivaient une dictée instinctive, plongés de préférence dans cet état que les médecins appellent l'état second. Leur mouvement, qui niait la valeur de la plupart des œuvres antérieures, qui détruisait pour reconstruire sur d'autres bases, m'apparaît comme le signe même du désarroi. Mais au moins il a su rapporter dans la littérature le sens poétique du mystère qui demeure attaché aux êtres et aux choses, et il nous a rappelé la valeur du rêve et de la subconscience. Au mouvement surréaliste, mouvement de négation, un mouvement d'affirmation a succédé. Le néothomisme, à cette époque, a marqué sa place dans nos lettres. Le néo-thomisme a eu comme animateur M. Jacques Maritain ; il s'est manifesté dans des revues et particulièrement dans une collection d'ouvrages :

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Le Roseau d'Or. Il fut une tentative de vulgarisation de la Somme de saint Thomas d'Aquin, théologien et philosophe : « Toute la philosophie de Dieu, dit le Père Sertillanges, est ici rassemblée avec un art et une puissance incomparables. » Les écrivains français ne restèrent pas, du moins en partie, indifférents à ce renouveau des idées religieuses. On vit non seulement des œuvres éclore, on vit encore des conversions et quelques-unes autour desquelles on fit un peu de bruit. Mais il ne semble pas que ce mouvement, qui continue d'exister avec moins de retentissement sinon de profondeur, il ne semble pas qu'il ait donné naissance, à part une ou deux, à des œuvres exceptionnelles. Mouvement littéraire à tendances religieuses, il eut une vie par moments éclatante ; l'éclat en fut de peu de durée. Nous arrivons à 1928, à l'époque où l'on vit s'ouvrir dans le monde une crise économique grave, crise qui ne pouvait manquer de toucher la France, et qui la toucha fortement. Les faits sociaux, disais-je au début de cet article, réagissent sur la production littéraire, la plongent dans leur atmosphère et ne manquent pas de finir par la soumettre. Les jeunes écrivains se tournèrent vers le peuple, et l'on vit naître le mouvement que l'on a nommé populiste, mouvement qui trouva auprès de M. André Thérive un puissant soutien. On vit paraître des ouvrages qui peignaient minutieusement la vie des humbles. Non pas dans un esprit de revendication sociale, non pas dans une idée de plaidoyer. Ce n'était pas la classe ouvrière qui passait dans ces livres ; c'était, et bien plus simplement, les ouvriers, ceux de l'usine, ceux de l'atelier, les clochards aussi. On assistait à une mise en place minutieuse de leur existence ; on lisait leurs faiblesses, leurs travers, leurs misères, leurs pauvres joies; et il se dégageait de ces tableaux une émotion réellement forte. On suivait le conseil de Verlaine ; on prenait l'éloquence et on lui tordait le cou. On disait simplement ce qu'on avait vu, on n'inventait pas, on ne faisait pas de lyrisme ; on ne fabriquait pas de grande machine sociale. On refusait la littérature. Et voilà où l'on en était, il y a peu de temps, pour ce qui est des grands mouvements. Maintenant, par quels courants nouveaux nous verrons-nous entraînés dans les années qui vont suivre ? C'est un problème difficile. Cependant, si l'on considère l'état actuel des préoccupations humaines, on est tenté de faire le prophète. On en est d'autant plus tenté que l'on a pour s'y aider une récente enquête que M. André Rousseaux a menée auprès de ses confrères. Il s'inquiétait de savoir si les écrivains doivent prendre un parti public. Il a reçu des réponses diverses et je ne fais argument que de son souci qui semble être celui de l'heure. Mais pour ma part, je ne crois pas que dans l'ensemble les écrivains d'imagination entreront dans la lice à côté de leurs camarades de la politique. Ils n'ont pas le tempérament qu'il faut. Ils continueront vraisemblablement d'écrire des œuvres romanesques, imprégnées, cela va de soi, de leurs idées particulières, moins vouées toutefois à l'analyse des sentiments, qui est affaire pour les temps paisibles, et plus directement tournées du côté des événements sociaux. RENÉ JOUGLET Ray Bret Koch

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2. — Un trait insigne de la nature française : LES SALONS LITTÉRAIRES Dans le printemps d'Anacapri, un professeur allemand tout fraîchement exilé nous interrogeait avec convoitise sur Paris. Il avouait qu'entre toutes les choses dont il était curieux, les salons littéraires étaient la plus alléchante et celle qu'il réussissait le moins à évoquer. Nous n'avons pas tari son admiration, mais elle nous a fort embarrassés et il y eut cet après-midi-là deux Français qui, en gravissant le Monte Solaro, cherchèrent à distinguer une richesse de leur patrie. Les salons littéraires de Paris ? Voilà bien le spectacle le plus disparate... Quel rapport entre les réunions de Mme A. qui prétèrent à la satire mémorable d'un « original » et le salon de la Vicomtesse C., entre les déjeuners de Mme H., et les goûters « poétiques » de Mme V.? Et cependant l'étranger a bon nez en flairant quelque chose de rare et d'heureux. Toutes les capitales de l'Europe ont des salons qui se préoccupent des lettres et les donnent même en spectacle — je veux parler des conférences, des lectures, des récitations — alternativement avec la musique et le bridge. La différence est qu'à l'étranger l'on voit plus facilement les hommes loucher du côté de la salle de billard, des officiers en service commandé, et somnoler le peuple des « raseurs » communs à toutes latitudes. Là où les Françaises réussissent, elles sont incomparables : le bon thé, par exemple, est rare ; il est moins rare de voir offrir au début et à la conversation une terre où, par le jeu complice d'une femme et l'adresse bondissante de sa parole, l'homme politique, l'industriel, le prêtre, le savant, le financier et l'oïsif d'esprit orné, se trouvent très vite des optiques parentes et la même convention pour les valeurs. Pensez alors à un menuet dont la grâce féminine est l'archet. L'art de la société a aussi ses chefs-d'œuvre, seulement ils sont périssables parce qu'ils n'ont pour durer que la mémoire d'un témoin. Si haut que soit pris cet art connu, maintenu, auquel de génération en génération les Parisienne reviennent apporter un effort jamais las, je donne pourtant la palme à Paris pour une autre création, plus significative et éblouissante si l'on y songe bien : celle du salon littéraire « à l'état pur ». J'en ai repéré une douzaine de tout premier ordre ; ils sont peu connus ; ils se sont créés ici et là hors de tout rang social, sans obéir à un train de vie particulier : un atelier de peintre modeste aussi bien que l'appartement cossu de Passy ou l'hôtel particulier d'Auteuil réunit tels écrivains célèbres à des êtres absolument obscurs mais parfois d'une telle dépense d'esprit et même de génie qu'on ne comprend pourquoi ils ont choisi le discours pour expression unique ; en bref, ces salons se sont créés par le jeu infiniment hasardeux d'une préférence spirituelle et il ne faut pas parler de « chapelles » puisque le heurt des idées y est parfois très vif. On évoquerait volontiers ces petites sociétés amicales, qui se forment spontanément en Allemagne ou en Autriche. En France c'est la littérature et s'il fallait définir le caractère de ces salons si puissants sur le destin de la pensée et d'une puissance non officielle, j'inventerais ce trait : MM. François Mauriac, Jules Romains et André Gide, par exemple, y soulèveront une attention et une curiosité passionnées, tandis que MM. Tardieu, Herriot et Blum n'y produiraient aucun effet. Non, certes, que ces derniers risquent d'y rencontrer du dédain car ce sont des hommes de grande culture mais la différence atteste que la littérature a bien plus qu'un pouvoir éminent : elle est souveraine. Elle atteste encore que les esprits qui forment ce salon portent une préoccupation fervente et comme exclusive au destin intérieur de l'homme ; ils montrent plus d'ardeur à penser et à renouveler la pensée qu'ils n'attachent de prix à l'action. Il est tout de même extraordinaire de donner à la littérature une place souveraine dans les valeurs d'une nation. La France est seule à le faire. La société d'un salon de Londres se portera avec le plus de sensibilité profonde vers un explorateur ou vers tel personnage qui représente le mieux son idéal dans l'art de vivre ; la ferveur allemande ira plus volontiers à un savant ; la France place l'écrivain au-dessus de tout, elle a pour lui les faveurs, l'amour que l'Orient donne aux conteurs. Un savant français offre-t-il, par la découverte des hiéroglyphes, la clef d'une grande civilisation ancienne ? Il pèsera moins dans la pensée de la nation qu'un auteur qui aura bien dit — voila

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l'important — des sentiments de sûre banalité. De grandes villes ont vainement une rue Champollion : c'est le sonnet d'Arvers qui a la faveur des mémoires. La piapart des Allemands ne savent pas le grec et pourtant à cause de ses fouilles d'Hissarlik et de Mycènes ils tiennent la gloire de Schliemann pour immortelle. Et comment oublier ce trait encore de la puissance des salons : l'Université qui gouverne ailleurs les esprits ne fait que les enrichir chez nous ; un poète de renommée assez peu étendue comme J.-P. Toulet par exemple a eu un temps sur les manières de vivre et de sentir plus d'influence sur la jeunesse que tous les professeurs de Facultés réunis. Notre lecteur l'aura déjà pensé : le salon littéraire tel que nous l'esquissons est chose exclusivement parisienne... C'est encore un mystère pour l'étranger que cette suprématie pesante de la capitale. Seul, Paris a assez de liberté pour rassembler des curiosités, c'est-à-dire des esprits de toutes origines, assez peu de retenue pour mêler le petit bourgeois venu de son bourg au notable parisien, dans l'égalité qu'impose un même amour, assez de confiance en soi-même pour prendre au cosmopolitisme un perpétuel élan et former de justes arbitrages entre les libertés de la recherche et la contrainte des disciplines traditionnelles. La vie de l'esprit est à ce prix. Le salon de province, lui, réunit des « situations » familiales ; il a un rang et la littérature n'a pas le pouvoir de changer les procédures ou les usages de ce rang social ; elle ne détermine rien. L'écrivain a la dernière place dans l'activité des professions libérales ; M. Albert Thibaudet qui est l'homme le plus habile à reconnaître les exigences de la société dans la vie des lettres a proposé, sur cette défaveur provinciale, de fines réflexions. Heureusement l'Académie vient sauver quelques privilégiés ; l'habit vert, pourtant, beaucoup moins éclatant que celui de préfet et même de sous-préfet, fait croire à l'écrivain vivant. Mais ne raillons pas la province : c'est un travers démodé. Elle aime les écrivains beaucoup plus tard que Paris mais elle les aime de façon durable. Un Maître sceptique aime à sourire de l'influence prêtée aux salons littéraires. Elle est réelle du fait même que ces sociétés incarnent un trait insigne de la nature française. Maurice VAUTHIER. 3. — Où en sont les “JEUNES” ? L A jeunesse joue à cache-cache avec ceux qui la cherchent. Où se trouve-t-elle ? Où se réunissent, pour faire sauter le monde ou le rajeunir, les jeunes gens décidés à faire signe ? De temps à autre, une revue paraît, qui groupe certains noms. Plus souvent, un livre désigne par son cri neuf, par son audace ou par sa pudeur, l'existence d'un jeune talent, de quelqu'un qui veut dire son mot. La géographie intellectuelle de Paris devient complexe. Les cafés d'avant-guerre, remplacés par les bars d'après-guerre, tout cela est aboli. La crise sévit partout, et je crois bien que la solitude des chambres pour étudiants pauvres avec leur silencieuse valeur, a remplacé le tumulte charmant des groupements d'après-guerre. Aussi bien, les préoccupations profondes ont changé d'objet. Il s'agit moins de bouleverser la façon de dire que de participer à la désorganisation ou à une nouvelle ordonnance de la société. Barrès disait : « Que m'importent les doctrines? C'est l'élan que je goûte ! » La jeunesse n'a pas perdu son élan et les derniers lancements de nos plus brillants éditeurs en sont la preuve. Il faut bien que les critiques littéraires s'occupent de jeunes inconnus. Le prix Goncourt lui-même ne s'est-il pas rajeuni et honoré cette année en couronnant un auteur qui n'a guère dépassé la trentaine, et qui a déjà atteint la plus complète maîtrise ? L'actualité d'André Malraux apporte un espoir à ceux qui désespéreraient de la jeunesse. Un autre prix singulier est né ce mois de Décembre 1933 : le prix des Deux-Magots. Il vient d'attirer l'attention sur un livre curieux, profond, d'une qualité indéniable : Le Chiendent, de Raymond Queneau. Le café des Deux-Magots serait-il le dernier refuge de la conversation passionnée ? Dans un ordre d'idées tout à fait opposé, la Revue du Siècle réunit une jeunesse où le «conformisme» prétend s'allier à une véritable audace. Les cadences des vieux maîtres s'y retrouvent au service d'un enthousiasme nouveau. Il y a aussi la revue Esprit et son récent Adieu à François Mauriac; L'Ordre Nouveau dont la lettre à Hitler a fait scandale ; plus violente et d'un dessin plus net, l'Association des Artistes et Écrivains Révolutionnaires, et sa revue Commune dont la plupart des signataires sont des nouveaux venus... Voilà de quoi passionner tous ceux qui cherchent où peut s'exercer l'activité intellectuelle de la jeunesse. Ils trouveront ainsi à collectionner les emplois contradictoires de son énergie durement mise à l'épreuve dès sa naissance par la brutalité de la crise actuelle. Personnellement, il m'est impossible de déplorer ce qu'il y a de difficile et comme de confidentiel dans cette nouvelle manière de signifier à laquelle les jeunes gens d'aujourd'hui se trouvent contraints. Ceux-ci dont les ainés immédiats ont connu tant de facilités, retrouvent par force une sévérité d'accueil qui les oblige à un plus ferme contrôle de leurs dons. Parce qu'il faut à un manuscrit beaucoup plus de temps pour se faire imprimer ou pour se faire lire, l'œuvre en fin de compte ne peut qu'y gagner en rigueur et en force de conviction. Mais les jeunes gens, me dira-t-on ? En dehors des possibilités sociales, si nous voulons nous en tenir aux limites de l'art par lequel, après tout, ils ont choisi de se faire entendre, cet art si divers, quelle est son origine commune et la couleur générale

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de son avenir immédiat ? Ceux dont je parle n'ont connu depuis l'enfance que le régime des restrictions, de la duperie et de la mort. Depuis les cartes de pain ou de sucre de l'enfance de guerre la plus choyée jusqu'aux horreurs sanglantes de certaines destinées, oui, c'est bien à un régime de « soustraction » que cette jeunesse a été soumise. Nul doute qu'il faille en attendre un jour très proche quelque grand éclat, quelque libération par une forme insoupçonnée, qui brisera les cadres habituels du style, ou de la tradition. Qui peut prétendre que l'on n'aboutira pas ainsi, non à une destruction définitive, mais à la naissance d'une forme chargée de sang, de sens, de chair et de flamme, et dans son absolue nouveauté, traductrice la plus fidèle des battements du cœur humain. ANDRÉ FRAIGNEAU 4. Les CONFÉRENCES sont à l'ordre du jour L A conférence... C'est à la fois un cours quand elle enseigne, un spectacle quand elle s'adjoint une partie récréative, la Tribune quand elle discute des sujets politiques, la barre quand'elle défend... des idées et même la réunion publique quand elle devient contradictoire. Elle est très vaste ou plus restreinte, s'adresse à des spécialistes ou à des ensembliers et draine toujours un public plus nombreux, plus fidèle et plus convaincu. Cela tient de la magie, les salles se multiplient, leurs dimensions croissent. Dans un parallélisme parfait, le public augmente journellement et l'on ne sait plus si le public est né pour la conférence ou la conférence pour le public. La conférence est à l'ordre du jour. Nous vivons une époque troublée, les problèmes sont nombreux, divers. Nous ne pouvons tout lire, tout suivre. Quoi de plus naturel alors de consacrer de temps à autre une heure à certaines causeries. Ainsi nous nous ferons une idée plus nette des problèmes qui secouent l'atmosphère où nous nous débattons. Nous suivons l'orateur dans tous les méandres du sujet qu'il traite. Nous nous fions à sa documentation serrée, étayée de nombreuses lectures et nous faisons confiance à son esprit, souvent, avouons-le, plus avisé que le nôtre. Comme une religion nouvelle, les conférences ont leurs grands temples et leurs petites églises. Elles ont aussi leurs mairies pour ceux qui préfèrent aux grands orchestres la simple musique de chambre. Pour les grandes orgues, nous avons « les Annales » dont le maître de chapelle, l'admirable animatrice, est Madame Brisson. C'est elle qui a su répandre le goût de la Conférence et grouper la première un auditoire fidèle. C'est un public fervent, élégant, en majorité féminin ; les petites jeunes filles y viennent voir toutes les célébrités, et les dames un peu moins jeunes entendre celles qu'elles ont déjà vues. Le conférencier est plus attrayant encore que le sujet. Panama s'efface devant Henri-Robert, le Cercle de famille devant Maurois, Liszt et Madame d'Agoult devant Guy de Pourtalès, et nous sommes décidés à suivre Edouard Herriot de Stamboul à Moscou. Etre sacré conférencier aux « Annales » est un brevet de la plus brillante et complète réussite. C'est déjà un culte plus dissident qu'on célèbre aux « Ambassadeurs ». Toute la gamme des grands orateurs parlementaires, l'arpège des idées ou des causes qui s'y traitent, nous rapprochent du Forum. Et comme les femmes ne possèdent pas encore le privilège de tous les droits civiques, leur troupe est moins serrée, qu'aux Annales et les toques claires et les grands cols de renard se ponctuent de cheveux gommés, de crânes reluisants, de lunettes d'écaillle, de tout un public masculin qui échappe à ses études ou à ses occupations pour entendre proposer par Henry Bérenger, Pierre Etienne Flandin, le docteur Gillet, de grands remèdes aux grands maux. Les ouvreuses ont l'agitation des grandes cérémonies, les salles sont combles... au point de refuser même un journaliste ! Avec la « Nouvelle Ecole de la Paix », nous nous rapprochons des grands problèmes diplomatiques. Nous avons l'impression d'entendre une conversation de chancellerie à chancellerie et d'être admis dans la « Carrière », à la suite de Henry de Jouvenel ou de Stephen Osusky ! Ce sont souvent des séances de nuit ou, libéré de la notion du temps, on peut s'abandonner sans restrictions à ces questions vastes et brûlantes. Comme le cinéma, la Conférence est devenue une nécessité. Comme lui, elle a sa place maintenant dans notre vie. A toute heure, en tous lieux, sur les lettres, sur les sciences, sur les arts, sur les problèmes économiques, sur les questions politiques, sur la cuisine, sur les matières textiles, sur maints sujets attendus, sur beaucoup plus de sujets inattendus, un conférencier parle. Comme le cinéma, la Conférence est devenue... un permanent en permanence ! SYKA MOOR