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CHARLES CARY RUMSEY. — TAUREAU.
CL. RENAISSANCE
CHARLES CARY RUMSEY
La Société Nationale des Beaux-Arts présente, aux visiteurs de son Salon, dès l’entrée, le spectacle d’une œuvre puissante, qui est en même temps une émouvante page d’histoire.
La plus grande partie du rez-de-chaussée de l’édifice est occupée par tout un monde sculptural, statue équestre de dimensions colossales, figures moins grandes, mais non moins vigoureuses, bas-reliefs peuplés de personnages rythmiques, vitrines enfin, toutes fourmil-lantes de gestes humains et surtout de mouvements de la vie animale : chevaux, buffles, taureaux, chiens et lionceaux.
Toutes ces évocations, tous ces instincts, tous ces sports, animés d’une vie intense et généreuse, sont ce qui nous reste d’un mort, l’artiste Américain Charles Cary Rumsey, dont la perte subite eut lieu si peu d’an-nées après qu’il s’était battu en France pendant la guerre.
Ceux qui ont assumé d’honorer et perpétuer sa mé-moire et son œuvre se sont acquittés de cette tâche de la plus noble façon. Alors que, seule, l’exposition de tels travaux aurait suffi pour constituer à la Nationale une
The National Society of Fine Arts presents to the visitors who enter its halls an exhibition of powerful work, which is at the same time a stirring page of history.
A large part of the ground floor of the building is occupied by a whole world done in sculpture : an enormous statue of a horseman, other smaller but not less vigorous figures, bas-reliefs representing rhythmical personnages, and finally, glass cases swarming with human movement and especially with the movements of animal life : horses, buffaloes, bulls, dogs and lion cubs.
All these evocations, all these instincts, all these animated sports of a life intensified and generous, are what remain to us of a dead artist, — Charles Cary Rumsey, the American sculptor — whose sudden death occured so soon after his service in France during the World War.
Those who have taken upon themselves the charge to honour and perpetuate his memory and his work, have fulfilled their task in the noblest way. Although an exposition of these masterpieces alone would have sufficed to form an important attraction for the Beaux-
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importante attraction, ils ont voulu reconnaître ce qu'ils considèrent comme une déférente hospitalité, et qui est pour nous une visite de choix, en fondant libéralement un prix considérable au profit des talents français à venir, en commémoration de ce talent devenu prématurément, et avec quelle perte pour l'art américain ! un souvenir. Mrs. Rumsey, qui s'est vouée à cette mission ainsi qu'à celle de répartir l'œuvre entre les Musées, en doit être spécialement remerciée.
L'œuvre de Charles Cary Rumsey nous frappe, tout d'abord, par un caractère de tradition fortement assimilée ; mais, tout de suite, au second et plus attentif examen, nous nous apercevons que, si le statuaire se réclame courageusement des Maîtres, à qui il doit ses moyens d'expression, c'est lui-même, et avec beaucoup d'énergie et d'originalité qu'il exprime.
Nous disons qu'il faut, à notre époque, un réel courage pour ne pas renier l'héritage des grands « patrons » transmis à travers les siècles. Alors qu'on devrait en être glorieux, on cherche, en quelque sorte, à s'excuser des plus illustres et des plus durables lignées. On s'efforce de s'évader par l'exotisme ou par l'arbitraire. Si pourtant l'art avait connu plus tôt cette étrange maladie, qu'est-ce qui aurait eu lieu, pour ne parler que de la France ? Germain Pilon et Jean Goujon auraient refusé le testament antique. Puget aurait dit d'eux : « Je ne connais pas ces gens-là ». Houdon eût cherché l'impossible au lieu de régner superbement sur le simple visible. Rude Arts, it was desired to offer what might be considered a deferential hospitality and to add, for us, to the interest of this visit, by the generous foundation of a considerable prize — to the profit of future French talent, and in commemoration of this other talent, which has prematurely and at such great loss to American art, become but a memory ! Mrs. Rumsey, who has devoted herself to this mission, and also to that of distributing her husband's works among various museums, must here especially be thanked.
Charles Cary Rumsey's art strikes us at first by its air of tradition forcefully assimilated. But after a more attentive survey we note that even though the sculptor makes use of masters to whom he owes his means of expression, he also expresses himself with a great deal of energy and originality as well.
We are accustomed to say, that in these days one must have real courage not to deny the heritage of the " Grands Patrons ", conveyed throughout the centuries.
Instead of being proud of a glorious and lasting tradition, we seek in one way or another to set ourselves free from the most illustrious and enduring lineages. We attempt to escape by being either exotic or arbitrary. If however we had known this strange malady earlier, what would have happened, even in France alone ? Germain Pilon and Jean Goujon would have refused the heritage of antiquity. Puget would have
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n'aurait pas voulu comprendre que la vie la plus impétueuse peut sortir du style le plus soutenu. Carpeaux, enfin, n'aurait pas secoué le monde sculptural en tirant Ugolin de Laocoon, et Rodin n'aurait pas débuté avec une ardente piété sous le patronage de Carpeaux.
Les artistes américains ont un considérable avantage. N'ayant pas à être ingrats envers un passé, que sa longue et successive durée fait paraître lourd et despotique à ceux du vieux monde, c'est eux qui recueillent les legs qui nous semble onéreux. Ils profitent ainsi des acquisitions que nous dédaignons, nous croyant trop riches et fatigués de nos richesses. Ils ont la chance unique d'avoir trouvé, dans leur berceau, la fortune entière amassée par l'art de l'antiquité, du monde moderne, et jusqu'à celle du vieux monde oriental. De cette façon, ils n'ont pas eu à poursuivre la création pièce à pièce d'un langage. C'est pour cela que leur savoir, leur extraordinaire facilité au travail nous déconcertent et nous font commettre une erreur assez courante, mais que nous éviterons si nous voulons bien nous rendre compte que leurs Primitifs ont commencé de vivre au temps de notre plénitude.
Éclairés de ces considérations nous devrons apprécier à sa valeur l'œuvre d'un Rumsey en elle-même et non point par rapport à nos préjugés, à notre contestable criterium, celui de la recherche à tout prix de l'originalité, utile sans doute en ce qu'elle évite de mourir banal,
said of these : "I don't know such people !" Houdon would have looked for the impossible, instead of reigning supreme in the merely obvious. Rude would have refused to understand that the most impetuous life may emerge from the purest of styles. And finally Carpeau would not have shaken the world of sculpture with his Ugolin inspired by Laocoon — while as to Rodin, would he perhaps not have set out with ardent devotion under the patronage of Carpeau ?
American artists enjoy a considerable advantage. Having no duty towards a past whose long and successive continuance seems heavy and despotic to those of the old world, it is they who assume the legacy which seems to us too onerous. We are weary of our research and think little of our acquisitions, considering them too abundant, whereas they profit by them all. They possess the unrivalled good luck of having found in their cradle the entire treasure accumulated by the art of antiquity, by the modern world, and even by the ancient oriental world. They have not been forced to create, bit by bit, their language of expression. This is why their knowledge, their extraordinary quickness of working, disconcert us and lead us into an error which is rather usual, but from which we will abstain if we wish to understand that their Primitives only began to live at the time of our plenitude.
Enlightened by these considerations, we shall be able to appreciate Rumsey's art at its proper value, not-
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mais nuisible en ce qu'elle pousse à vivre anormal. Cette œuvre du statuaire américain, à force de conviction, de santé, d'amour de la vie et de la vérité, mais aussi d'acceptation de l'imaginaire, suggéré par la vie même, nous sommes appelés à en goûter toutes ces belles qualités et comprendre que dans sa patrie Rumsey soit appelé à demeurer une grande figure.
Au surplus, cette patrie n'est-elle pas en second lieu la France elle-même ? La notice de M. René Jean, qui accompagne le catalogue de son œuvre, nous apprend en effet qu'à l'âge de quatorze ans, une fois clairement manifestées et prouvées de belles aptitudes à saisir et à modeler les formes, il vient à Paris et s'y perfectionne tout d'abord à l'atelier de son compatriote, déjà célèbre, Paul Bartlett. Cet apprentissage dure deux ans après lesquels il séjourne encore huit ans à Boston, partagé entre ses études à l'Université d'Howard et ses progrès passionnés en sculpture. En 1902, à l'âge de vingt-six ans, le voici de nouveau parmi nous, assidu aux académies officieuses, mais observateur fervent de trois de nos plus grands imagiers aux génies les plus différents : Frémiet, Dalou et Rodin. Désormais, à partir de 1906, il devait, à New-York, œuvrer et se développer avec autant de force que de succès, autant d'imagination naturelle que de savoir acquis. Il demeurait déjà, en quelque sorte, un des nôtres, tout en n'ayant pas cessé d'être un de sa race, et cette dualité faisait une harmonie qui se prouve, aujourd'hui, si séduisante en l'absence de celui qui s'était voué à en tirer toutes les ressources.
Charles Cary Rumsey, tout d'abord, s'impose à notre attention comme statuaire monumental. Son Pizarro qui se réclame vaillamment du Colleone, et c'est un beau titre de noblesse, est loin d'une imitation docile de son modèle. La férocité du conquérant, l'impatience de sa piaffante monture donnent un caractère très neuf à ces traditionnels et puissants volumes. Toutes les autres œuvres où Rumsey a ainsi associé l'homme et sa conquête, par exemple l'Indien et le Centaure, auront, à la fois, la qualité d'une vitalité puissante et s'imposeront comme une création décorative pour la place publique ou pour le Parc. On doit même, en ce sens, les considérer comme une réalisation, si souvent cherchée, si peu souvent atteinte, d'un art essentiellement populaire, c'est-à-dire en accord avec les aspirations les plus élevées et les moins formulées, de l'humanité, trop peu comprise et par suite trop peu satisfaite.
Cette satisfaction nous est, ensuite, également procurée, et avec diversité, par les innombrables études auxquelles s'est livré Rumsey, de la vie de nos frères dits inférieurs. Inférieurs, non pas certes, quant à l'emploi des forces que la nature leur a départies, et quant à la beauté de leurs instincts en action.
Aussi toute cette partie de l'œuvre est-elle, non seulement à l'abri de toute critique, mais encore digne d'ad-
withstanding our prejudices and our debatable criterium — that of originality at any price, which is useful no doubt in that it avoids a common-place death, but harmful in that it encourages an abnormal life. This American sculptor's work, by its force of conviction, of health, of love of life and of truth, and also by its acceptance of the fantastic suggestions of life itself, summons us to appreciate all its fine qualities and to understand that in his country, Rumsey is destined to remain a great figure.
And what is more, is not France herself his second home? Mr. René Jean's note, accompanying the catalogue of Rumsey's works, tells us that at the age of fourteen, when he had already proven his aptitude at understanding and shaping his figures, he came to Paris and at first began to perfect himself in the atelier of his already famous compatriot, Mr. Paul Bartlett. This apprenticeship lasted two years, after which he spent eight years at Boston, divided between his studies at Harvard University and his enthusiastic progress in sculpture. In 1902, at the age of twenty-six, he is again here — assiduous at the semi-official academies, but a fervent student of three of our greatest imagists, all of varying talents: Frémiet, Dalou and Rodin. From 1906 on, in New York, he worked and developed with as much force as success, and acquired as much natural imagination as knowledge. He was already, in a way, one of us, without ceasing to be of his own race, and this dualism produced a harmony which has to-day proved so attractive — in the absence of the artist who devoted himself to drawing so deeply upon its resources. We look upon Charles Cary Rumsey first of all as a monumental sculptor. His Pizarro valiantly claims a resemblance to Colléone, and it is indeed a noble title, far from being a docile imitation of its model. The ferocity of the conqueror, the impatience of his prancing horse, give an entirely new character to this traditional and powerful subject. All the other works in which Rumsey associates man with conquest, as for instance the "Indian" and the "Centaur", have at the same time the quality of vital strength, and are imposing as ornamental statues for public places or for parks. In this respect one must even consider them as the realisation of an art essentially popular — so often sought for and so seldom attained — which is, in accordance with the highest and less formulated human aspirations, too little understood and therefore too seldom satisfied. A similar satisfaction is also derived from the innumerable studies to which Rumsey devoted himself — those of the life of our so-called inferior brothers. Inferior not as to the use of force accorded to them by nature, nor as to the beauty of their instincts and actions!
All this side of his art is not only beyond criticism, but
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BIZON. — BRONZE.
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miration. L'artiste y fait preuve d'une faculté d'assi- milation exceptionnelle, et il y a trouvé le style dans la seule acceptation de la nature. Si l'on ne craignait pas de donner à sourire, on dirait que Rumsey s'est fait, tout en travaillant, l'âme du cheval qui va prendre le galop, du taureau qui se rue et se secoue, du lourd bison inconscient de son effrayante masse. Ici, nul recours aux essais de synthèse ni de symbole ; nulle invocation, qui serait d'ailleurs, nous l'avons assez dit, légitime, aux Assyriens, nul rappel de Barye, de Frémiet, ni de Gardet, avec qui aussi il travailla pendant son séjour en France. Ne provoquant la curiosité par aucune exagération, il obtient l'émotion par la seule, l'humble, la magnifique vérité. Aussi, lorsqu'il pétrit et achève ce Taureau colossal, brute souveraine, il crée vraiment une œuvre sans analogue, que nous connaissions du moins. J'imagine que ce fut une surprise et une émotion du genre de la nôtre que durent éprouver les Grecs lorsque fut produite au jour la légendaire Vache de Miron, dont on ne peut certainement pas dire qu'elle a inspiré Rumsey.
Du reste, ces Grecs, que les plus réfractaires ne peuvent renier, Rumsey n'a pas craint de leur emprunter cette forme si saisissante du défilé en bas-reliefs. Ses frises si curieuses, si expressives, en ciment coloré, autre forme de la statuaire décorative, où nous voyons rassemblés les différents sports en pleine activité, nous offrent une très originale différence avec celles auxquelles les spectateurs hâtifs et superficiels seraient tentés de les assi-
deserving of great admiration. The artist proves his exceptional faculty for assimilation, and has found his style simply by following nature. Were it not for fear of causing a smile, one might even say that Rumsey has expressed by his work the soul of a horse about to gallop, of a bull tossing and shaking itself, of a heavy bison unconscious of its awful mass. In all this there is neither synthesis nor symbol. No invocation, which as we have said before would be legitimate, of the Assyrian; no reminder of Barye, of Frémiet, nor of Gardet, with whom he also worked during his stay in France. Never provoking curiosity by any exaggeration, he calls upon emotion only through truth — humble and magnificent. Also when he moulds and finishes this enormous bull—a supreme animal— he really creates a thing unprecedented. An emotion similar to ours, I imagine, must have been felt by the Greeks at the appearance of the legendary Cow of Miron, which certainly could not have inspired Rumsey.
Rumsey did not hesitate to borrow this striking form of défilé in bas-reliefs from the Greeks, whom the most refractory cannot deny. His friezes in coloured cement, so curious and so expressive — another form of ornamental statuary where we may see assembled different sports in full activity — show a striking difference from those to which hasty and superficial spectators might be tempted to compare them. The muscle, the general anatomy, with a suitable aspect for such
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miler. Les musculatures en effet, l’anatomie générale, l’allure propre à chaque personnage, sont essentiellement d’une race déterminée, et, en l’espèce, de la race américaine. Ici rien des inflexions helléniques, ni de leur parenté avec les souplesses asiatiques. Et c’est en cela que nous devons de nouveau constater que tout en ayant fait, comme il en avait le droit et le devoir, son profit des traditions, un tel artiste se montre réellement un Primitif en son genre. Il y aurait bien d’autres choses à dire sur l’inventeur de maquettes et projets de monuments, sur le dramatique narrateur, par exemple, de ces combats de chevaux, ou de ce groupe de la Vague qui se précipite avec furie contre trois cavaliers, ou bien encore le grand Archer lancé au galop, ébauche puissante entre toutes. Du moins je voudrais encore dire en peu de mots une prédilection pour un buste, une Tête de païenne, et du charme étrange qu’elle dégage. Que ne pouvait-on attendre encore d’un homme de qui s’échappait un pareil morceau? Puisqu’il nous faut finir une revue trop incomplète pourtant, cela sera sur le monument « funèbre et triomphal » ou la transposition de la Niké antique devait commémorer tous ceux qui, comme Rumsey, avaient bravé la mort au service de la justice, donc de la beauté.
ARSÈNE ALEXANDRE.
personnages, is essentially that of a determined race. There are no Hellenic inflections here, nor any relationship to Asiatic suppleness. We must repeat that although he profited as was his right and his duty by traditions, an artist such as this proves himself indeed a Primitive in his own way.
Many other things could be said about Rumsey as the inventor of maquettes and projects for monuments, as the dramatic narrator of these horse-battles, for instance — or about that group of his: the “Wave”, rushing furiously upon three horsemen; we must also note the great galloping archer, the most powerful sketch of all. I would also like to mention my predilection for a certain bust, the Head of a Pagan Woman, and the strange charm which she gives out from her wild eyes, her rebellious hair, of whose very perfume one is conscious. This is like nothing ever seen before. What might not be expected from a man who could produce such a masterpiece? Since we must close this summary, though incomplete, we shall pause before that « funeral and triumphal » monument where the Nike of antiquity, transposed, commemorates all those who, like Rumsy himself, faced death in the service of justice which is likewise the service of beauty.
ARSÈNE ALEXANDRE.
LE CONQUÉRANT ESPAGNOL PIZZARO. — BRONZE.
CL. H. THIRAUD
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VINGT SIÈCLES D'ART CHINOIS
JADES ET PIERRES DURES
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FIG. 1. — PI, SYMBOLE DU CIEL. — JADE VERDATRE. — 2° MILLENAIRE, AVANT J.C.
PI. — SYMBOL OF THE HEAVENS. — GREENISH JADE. — 2000 YEARS B.C.
COLL. DU D° GIESELER.
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« L'art chinois, capitale : Paris ! » Cette flatteuse parole — deux fois flatteuse puisqu'elle émanait d'un collègue américain —, nous la vérifions d'année en année. A côté de leurs Collections publiques, le Japon, l'Angleterre ont des collections particulières, comme celle du Baron Sumitomo et de M. Eumorfopoulos, l'Amérique, s'enorgueillit de ses Musées de New-York, Boston, Philadelphie, Chicago, Détroit, l'Allemagne a Berlin, Cologne, Hambourg, — mais invinciblement, c'est vers Paris que les regards se tournent.
A Paris affluent les chefs-d'œuvre chinois ; si Paris ne les retient pas tous, c'est sous son signe qu'ils viennent recevoir leur première consécration. Oui, les amateurs d'outre-Manche et d'outre-Atlantique s'approvisionnent largement chez nous. L'art chinois, est tellement entré
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“Chinese Art, whose capital is Paris!” This flattering phrase — doubly flattering because uttered by an American colleague — is confirmed year by year. Beside their public collections, Japan and England have their private collections such as those of Baron Sumitomo and Mr. Eumorfopoulos, while America prides herself upon the museums of New-York, Boston, Philadelphia, Chicago — Germany upon those in Berlin, Cologne and Hamburg; but it is toward Paris that all eyes are inevitably turned.
All the masterpieces of Chinese Art come to Paris; if Paris does not retain every one, it is beneath her ægis that they receive their first consecration. Yes, collectors from across the Channel and from America provision themselves from us — for Chinese Art has
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FIG. 2. — TSONG, SYMBOLE DE LA TERRE. JADE JAUNE. — ÉPOQUE TCHEOU. — SYMBOL OF THE EARTH. YELLOW JADE. — TCHEOU PERIOD. COLL. DU D° GIESELER.
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FIG. 3.
COUTEAU RITUEL EN FORME DE CAR- QUOIS. — JADE GRIS. — ÉPOQUE TCHEOU.
RITUAL QUIVER-SHAPED KNIFE. GREY JADE. — TCHEOU PERIOD. COLL. DE M. EUMORFOPOULOS.
dans notre goût que Paris foisonne de collections, connues ou cachées. Lorsque, annuellement, le Musée Cernuschi fait appel, pour ses Expositions, aux concours privés, c'est un émerveillement de découvrir tant de trésors, mais jamais l'afflux des richesses n'avait été tel qu'à l'occasion de l'Exposition actuelle de jades et de pierres dures. Moïse a frappé le rocher, et dix, vingt, cent sources en ont jailli; leur éclat brille, étincelle, chatoie ; l'œil en reste ébloui.
L'écueil d'une telle Exposition était double. Ou bien l'on risquait de n'atteindre qu'un public restreint et déjà averti, si l'on se tenait aux séries archaïques. Ou bien, ne recherchant que les pièces aimables, on sacrifiait les droits de l'esprit au plaisir des yeux. Dans le premier cas, une exposition sévère, étroite ; dans le second, un vain déploiement de couleurs.
become so essential a part of our taste that Paris swarms with collections, whether known or concealed. When the Cernuschi Museum appeals annually to private sources for its expositions, it is astounding to note what treasures are brought forth ; never has there been such an influx of rare objects as for the present Exposition of jade and hard stone. Moses struck the rock, and ten, twenty or a hundred springs gushed forth ; their splendor sparkles, glistens, and plays, so that the eye is dazzled.
A double peril lay in wait for such an Exposition. There was the risk of a limited attendance of cognoscenti if only archaic specimens were to be shown — or that of sacrificing intellectual demands to visual delight by only seeking out the more pleasing examples. In the former case, an Exhibition restricted and severe ; in the latter, a futile display of colour.
The city of Paris has attempted to reconcile these two tendencies.
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FIG. 5. — PI, SYMBOLE DU CIEL, DÉCORÉ DU DRAGON. — JADE JAUNE. — ÉPOQUE HAN. IIe SIÈCLE AVANT J.-C. IIe SIÈCLE APRÈS J.-C. PI. — SYMBOL OF THE HEAVENS DECORATED WITH DRAGON. — YELLOW JADE. — HAN PERIOD. IIIND CENTURY B. C. — IIIND CENTURY A. D. COLL. DE M. LARCADE.
La Ville de Paris a tenté de concilier ces deux tendances. La part essentielle de son Exposition, c'est la réunion des jades de fouilles qui occupent la grande salle. Il y a là quelques centaines de pièces, présentées pour la première fois, et qui tiennent un langage d'une signification profonde. L'attention des visiteurs montre qu'elles sont comprises. L'histoire des croyances originelles de la Chine tient en une dizaine de vitrines ; on y saisit la naissance et les premières transformations de l'art chinois.
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FIG. 6. — DRAGON ENROULÉ. — JADE GRIS. — ÉPOQUE SONG. — XIIe-XIVe SIÈCLE APRÈS J.-C. CURLED DRAGON. — GREY JADE. — SONG PERIOD. XIITH, XIVTH CENTURY A. D. COLL. DE Mme LANGWEIL.
The essential part of its Exposition is the collection of excavated jades which fill the large hall. There are assembled several hundred pieces, shown for the first time, and which speak with a profound significance. The attention bestowed upon them by visitors proves them to be understood. The history of primitive Chinese cults fills a dozen vitrines; here one grasps the origin and the earliest transformations of Chinese Art.
The Fairy imagination did not preside at these beginnings. There was no question whatever of giving form to the vague, profound desire for beauty which stirs primitive humanity and leads the hand of some hesitating artist across the wall of a grotto or the surface
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FIG. 7. — TIGRE, SYMBOLE DE L'OUEST. — ÉPOQUE TCHÉOU. COLL. DU D° GIESELER
TIGER, SYMBOL OF THE WEST.
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FIG. 10. — OISEAU. — JADE DE FOUILLES, BLANC.
BIRD. — EXCAVATED WHITE JADE.
COLL. DE M. C. T. LOO.
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FIG. 9. — DRAGON. — JADE DE FOUILLES, GRIS.
DRAGON. — EXCAVATED GREY JADE.
La fée de l'imagination ne présida point à cette naissance. Il ne s'est nullement agi de donner forme à ce vague et profond désir de beauté qui agite l'humanité primitive et guide la main de sculpteur hésitant sur la paroi d'une grotte ou la surface d'un os poli. Le Chinois des temps reculés ne voulut que traduire des symboles cosmiques, ici ce disque perforé qui signifie le Ciel (fig. 1), là ce tube à quadruple arête représentant la Terre et les quatre directions de l'espace (fig. 2), plus loin ce couteau rituel (fig. 3). La matière employée est le jade, substance pure et noble par excellence. Aucune invention décorative : des surfaces nues, comme la pensée. Si l'on choisit le vert bleuté pour l'appliquer au Ciel, le jaune pour la Terre, c'est par simple concordance des couleurs naturelles. Et of a polished bone. The Chinamen of ancient times had no other desire then to translate cosmic symbols : here the perforated disc which indicates the Heavens (fig. 1), there the four cornered tube representing the Earth with the four directions of space (fig. 2), and beyond, that ritual-knife (fig. 3). The substance used is jade — a substance pure and noble among all others. No decorative invention whatever : surfaces as bare as thought itself. If a blueish green has been chosen for and applied to the Heavens, or yellow for the Earth, it has merely been from the simple concordance of natural colours And it was only in the course of time that the first motifs of ornament made their appearance : chiselled clouds (fig. 4), geometrical designs, a dragon represen-
FIG. 12.
VASE BLANC PUR.
PURE WHITE VASE.
FIG. 11.
OISEAU ET POISSON.
JADE DE FOUILLES DÉCOMPOSÉ.
BIRD AND FISH.
DECOMPOSED EXCAVATED JADE.
COLL. DE M. EUMORFOPOULOS.
FIG. 13.
VASE BLANC VEINÉ D'ÉMERAUDE.
WHITE VASE VEINED WITH EMERALD GREEN.
ÉPOQUE K'IEN-LONG. — XVIIIe SIÈCLE. — COLLECTION DE Mme POBEREJSKY.
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seulement dans la suite des temps apparaissent les premiers motifs d'ornement, nuages ciselés à la pointe (fig. 4), ornements géométriques, dragon signifiant l'élément humide (fig. 5 et 6) etc...
Si l'on veut comprendre la haute valeur des jades chinois les plus archaïques, il faut les tenir pour ce qu'ils sont, des objets rituels. Mais dès que les formes animales commencent à paraître, elles se multiplient avec une rapidité et une fécondité inouïe : emblèmes des points cardinaux et des saisons, tels le tigre de l'Ouest et de l'automne (fig. 7), le dragon de l'Est et du printemps (fig. 8), la cigale placée sur la langue des morts, et tous ces innombrables jades funéraires, tantôt pièces d'obturation du corps, tantôt figuration de poissons, d'oiseaux, d'éléphants, de lièvres, etc... que l'on découvre dans les tombes et dont la signification est mal connue (fig. 9, 10, 11). Les jades de fouilles, révélés depuis très peu d'années, sont représentés au musée Cernuschi par la collection du Dr Gieseler, certainement la plus complète et la plus sérieusement choisie d'Europe, par la sélection qu'a envoyée de Londres M. Eumorfopoulos, et par les séries qu'ont réunies MM. C. T. Loo (celle-ci publiée par M. Paul Pelliot), David Weill, Culty, Michon, Jean Sauphar etc... Le Musée d'Art d'Extrême-Orient de Cologne est aussi repré-
ting the element of humidity (figs. 5 and 6), etc...
If one seeks to understand the great value of the most archaic among Chinese jades, it is necessary to regard them as what in reality they are — objects of ritual. But when once the forms of animals have appeared, they multiply with amazing swiftness and fertility : emblems of the points of the compass, as well as of the seasons, such as the tiger for the West and the autumn (fig. 7), the dragon for the East and the spring ; the grasshopper placed upon the tongue of the dead and all those other memorable funeral jades, some of them intended for obturating the body, some figurative in the form of fishes, birds, elephants, rabbits, etc..., all of them to be found in tombs, and the significance of which remains obscure. These excavated jades, which have only recently become known, are represented in the Cernuschi Museum by the collection belonging to Dr. Gieseler which is certainly the most complete and the most carefully selected in Europe, also by the pieces sent from London by Mr. Eumorfopoulos as well as the series assembled by M. M. C. T. Los (published by Mr. Paul Pelliot), David Weill, Culty, Michon, Jean Sauphar, etc... The Far-Eastern Museum of Cologne is also represented by a fine vitrine.
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FIG. 14. — STATUETTE, JADE ÉMERAUDE.
STATUETTE, EMERALD GREEN JADE.
COLL. ARMAND ESDERS.
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FIG. 15. — COUPE AGATE. — ÉPOQUE K'IEN-LONG.
AGATE GOBLET. — K'IEN-LONG PERIOD.
COLL. DE M. ET Mme GEORGES AUBERT.
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FIG. 16. — AMÉTHYSTE. — ÉPOQUE K'IEN-LONG.
AMETHYST. — K'IEN-LONG PERIOD.
COLL. DE M. ERNEST COGNACQ.