Excerpt
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W. DE TERLIKOWSKI
CL. VIZZAVONA
W. DE TERLIKOWSKI. — RIO DI S. BARNABA.
Un jour, un jeune peintre avait planté son chevalet dans un coin du parvis de l'église Saint-Séverin, petite place demeurée assez pittoresque mais qui l'était bien davantage, alors, ayant encore sa parure de vieilles bicoques sordides à la magnifique patine. Ce peintre, qui était un nerveux à la énième puissance, se donnait tout entier à sa joie. Il ne voyait pas les passants qui passaient ; il n'aurait pas entendu le tonnerre de Dieu. Un vieux petit monsieur, un bourgeois à la mise pauvrette, s'était arrêté derrière lui et le regardait faire. Le jeune homme fut tiré de son emballement par ce silence, beaucoup plus qu'il ne l'eût été par
One day, a young painter had planted his easel in a corner of Saint-Séverin churchyard, a little spot which is still picturesque but was then much more, so decorated with its old and sordid hovels with their magnificent polish. This painter, extremely high strung, was completely engrossed in his pleasure. He did not see the people who passed ; he would not have heard the thunder of Heaven. A little old gentleman, middle class and poorly dressed, stopped behind him and watched him work. The young man was stopped in his flight by this silence much more than he would have been by idle remarks or by an unexpected disturbance.
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des remarques oiseuses ou par un fracas imprévu
Agacé à la longue, il se tourna vers le quidam : « Ça vous intéresse, ce que je fais là ? » — « Ma foi, oui, assez comme ça ». Un nouveau silence, et un peu plus d'éner- vement, puis nouveau regard jeté par-dessus l'épaule. « Ce n'est pas mal du tout, il y a de l'étoffe », dit enfin le vieux monsieur.
« Est-ce que vous êtes peintre ? » — « Mais oui, un peu ». — « Comment vous appelez-vous ? » — « Renoir... » Alors, ce fut bien là le coup de tonnerre en question. Le petit bourgeois s'en alla après avoir répété « Ce n'est pas mal ; il y a de l'étoffe ». Mais ce jour-là, le jeune peintre ne peignit pas plus avant...
Celui qui venait de décrocher cette enviable bannière était Wladimir de Terlikowski. Depuis lors, il a semé ses œuvres un peu dans tous les pays d'Europe et d'ailleurs. Il a des toiles au Luxembourg, à Bordeaux, à Marseille, et jusqu'au Musée de Tanana- rive. Il a remporté d'éclatants succès, en 1900, avec une grande Exposition chez Bernheim jeune, puis, en 1920, à la Galerie La Boétie. Aujourd'hui, en l'hôtel Jean Charpentier, il en a une plus importante encore, depuis la fin d'avril et pendant la durée de ce mois de mai, et qui ne lui vaudra pas une moindre victoire.
Il a conservé toute cette force de réception et d'ex- pansion nerveuses que Renoir appelait « de l'étoffe » et il en a même considérablement augmenté le métrage, — et la maîtrise. Dans la préface, au catalogue de son Exposition de 1920, Guillaume Jeanneau, qui l'appri- ciait disait, avec un rare bonheur d'expression, que Terlikowski « est, devant la nature, absolument neuf ». Devant la peinture aussi, car toujours son émotion se
Finally irritated he turned towards the fellow :
“Does it interest you?” — “Well, yes, a little”. A fresh silence, and a little more irritation, then ano- ther glance thrown over his shoulder. “It isn't at all bad, it's the right stuff,” finally said the old gentleman. “Do you paint”? — “Yes, a little”. — “What's your name?”
“Renoir”. It was then that fell the thunder-bolt above mentioned. The little middle- class gentleman went away, re- peating. “It's not bad; it's the right stuff.” But that day the young pain- ter painted no more.
It was Wladi- mir de Terlikows- ski who won this envied laurel wreath. Since then he has sown his works through- out Europe and elsewhere. He has canvases in the Luxembourg, at Bordeaux, Mar- selles, and even in the Museum of Tananarive. He won brilliant suc- cesses in 1900 with a big Exhi- bition at Ber- nheim Jeune's, and
in 1920 in the Galerie La Boétie. To-day, in the hôtel Jean Charpentier, he has a still more impor- tant one, from the end of April and throughout this month of May, and of which the success will be no less.
He has kept all that power of receptibility and of energetic expansion that Renoir called the right stuff and he has even considerably increased the amount — and the skill. In the preface to the catalogue of his 1920 Exhibition, Guillaume Jeanneau, who apprecia- ted him with a rare gift of language, said that Terli- kowski "is absolutely new in front of Nature". Before painting also, for his learning is constantly renewed.
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SACCA DELLA MISERICORDIA
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SAN PIETRO DI CASTELLO.
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renouvelle. On le constatera en regardant les vues de Venise qui constituent la partie la plus importante de l'Exposition actuelle, mais non sans un nombre important et divers de paysages de Provence et de Paris, de fleurs, de fougueux portraits, et de caprices décoratifs.
Être et demeurer « neuf devant la nature », et devant la peinture, et tout particulièrement devant Venise, est un peu commun tour de force ; mais Terlikowski l'accomplit naturellement, parce que, comme du temps où il peignait à Saint-Séverin, il n'en- tend rien autour de lui, sinon le silence d'un Renoir, et il ne risque plus guère d'en entendre un pareil.
C'est là ce qui donne à ses œuvres récentes leur attrait. Il ne peut se rattacher ni à l'impressionnisme, ni à aucun genre de peinture en « isme ». Son émotion est à lui, sa façon de procéder n'est à personne. Rarement, pour notre part, nous avons rencontré organisation nerveuse aussi intense, agitation aussi féconde, trépidation aussi nuancée, joie de peindre aussi communicative.
Dans un livre qui paraît en ce moment, ce phénomène, (dans le sens artistique du terme), nous a paru de nature à être étudié dans le détail, et, autant qu'il est explicable, expliqué. La vie est aussi captivante que l'œuvre, à laquelle elle est d'ailleurs étroitement mêlée. L'œuvre, en effet, se forme, varie, s'enrichit, à mesure que les aventures se succèdent en une série ininterrompue de surprises. Depuis le départ, dès l'enfance, d'une noble maison polonaise, jusqu'aux plus récentes années où, si l'on nous permet de parler ainsi, il se saoule, à Venise, d'air et de lumière, il dépense sans compter ses émotions et ses joies, et l'on se demande comment ce diable d'homme peut en retrouver sans cesse pour
This may be proved in looking at the views of Venice which constitute the major part of the present Exhibition, but not without a quantity of various landscapes in Provence, in Paris, flowers, hasty portraits, and decorative caprices.
To be and to remain “new in front of Nature” and in front of painting, and particularly in front of Venice, is something like a feat of strength; but Terlikowski accomplishes this naturally because, as in the time when he painted at Saint-Séverin, he hears nothing around him, unless it is the silence of a Renoir and he no longer risks to hear his like.
That it is which gives to his present works their attraction. He cannot be attached either to Impressionism nor to any kind of painting in “ism”. His emotion is his own and his way of working belongs to no one. Ourselves we have rarely met such an intense organisation of nerves, such a fruitful agitation, such a shaded trepidation, so contagious a joy of painting.
In a book now appearing, we have thought fit to study this phenomenon, in the artistic sense of the term, in detail and so far as it is possible, to explain it. His life is as enchanting as his work, with which besides it is entangled. So that the work develops, changes, enrichens, as adventure succeeds adventure in an uninterrupted series of surprises. Since leaving as a child the house of a Polish nobleman up to recent years when, if he allows us to speak thus, he intoxicates himself, in Venice, with air and light, he spends his emotions without counting and one wonders how this extraordinary man manages to keep on finding much more than the ever renewed dollar of the Wandering-Jew.
RIO BERNARDO.
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PIAZZA SAN MARCO.
SAN GIORGIO MAGGIORE.
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beaucoup plus des cent sous toujours renouvelables du Juif errant.
La raison, peut-être, réside en ce qu'il dégage autant qu'il absorbe les puissances de sympathie qui sont dans la nature et dans sa nature. Venise, avec lui, nous en offre un caractéristique exemple.
Le voici sur la place Saint-Marc, ou sur le quai des Esclavons, ou sur l'étroite bordure de quelque humble «rio». Il campe là sa grande toile, et depuis le matin jusqu'à l'approche du soir, sans songer à autre chose, dédaignant l'interruption importante du boire et du manger, il cherche à incorporer la lumière à la couleur qu'il écrase et triture. Il épuise sa palette, et il s'épuise lui-même; il est, à la fin de la séance, pour employer son mot, «complètement claqué». Mais il retrouvera, la prochaine fois, et sans déperdition, toute la sympathie des choses qui l'auront fait vibrer, et tout l'entrain nécessaire pour leur rendre la pareille.
Nous avons dit que ses procédés ne sont qu'à lui, ou plus exactement leur emploi. Il vaut la peine de les résumer en quelques mots. Impossible d'avoir une palette plus élémentaire et un outillage plus simplifié. Trois tons seulement: le vert émeraude, le rubis et l'ocre, sans compter, naturellement, le blanc qui tantôt modifie les mélanges, tantôt modère ou corse les valeurs. Pour instrument, le couteau à palette, pas autre chose; mais cette lame flexible, agile qui triture, étale, cisèle tour à tour, la couleur, vaut, par la dextérité avec laquelle Terlikowski la manie, tout l'arsenal des pinceaux et des brosses.
Certes beaucoup de peintres se sont servi du couteau et ont limité leurs éléments au nombre ternaire.
The reason is perhaps that he gives out as much as he absorbs of the powers of sympathy which are in Nature and in his nature. Venice, with himself, affords us a characteristic example.
See him in St. Mark's Square, on the Esclavons quays, or on the narrow edge of some humble rio. He plants there his great canvas and from the morning on to twilight, without thinking of anything else, disdaining importunate interruptions for drinking and eating, he seeks to embody the light in the colours which he crushes and grinds. He exhausts his palette and he exhausts himself; he is, at the end of the sitting, to use his own expression, "completely done in". But he will soon refind, and without loss, all the sympathy of the things which have made him vibrate, and all the necessary energy with which to respond to them.
We have said that his processes are his alone, or rather their use. It is worth resuming in a few words. Impossible to have a more elementary palette or a more simplified outfit. Three tones only: emerald green, ruby and ochre, without counting naturally the white which sometimes modifies the mixtures, sometimes moderates or strengthens the values. For tool, the palette knife, nothing else; but this flexible, agile blade, which grinds, spreads out, chisels, alternately, the colours, is worth by the dexterity with which Terlikowski handles it, the whole arsenal of brushes large and small.
Certainly many painters have used the knife and have limited their elements to three. But so many differences can result from the choice of the constituent tones, as well as from the knife stroke. In any case,
PIAZZETTA-SALUTE.
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PIAZZA SAN-MARCO.
SALUTE.
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CL. VIZZAVONA
LIBRERIA VECCHIA.
CL. VIZZAVONA
CANNAREGIO.
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Mais tant de différences peuvent résulter du choix des tons constitutifs de l’harmonie, ainsi que de la façon de donner le « coup de couteau ! » Toujours est-il que, libéré de toute hésitation par un entrainement des plus rares, notre artiste peut s’abandonner entièrement à son émotion du moment, et vivre le spectacle qu’il peint. Il en arrive parfois à opérer ses mélanges sur la palette sans presque la regarder. Cela ne saurait étonner ceux qui ont vu chez Rodin un phénomène analogue lorsqu’il dessinait, les yeux fixés sur le modèle, sans regarder son papier. Cette liberté exceptionnelle, correspondant à la nature si nerveuse de Terlikowski, le sert, au point qu’il a parfois l’illusion, ou la conviction, qu’il n’est pas seul quand il est en train de peindre.
Le travail d’art est tellement mystérieux qu’il vaut mieux ne douter de rien que de douter d’une seule chose. De toute façon c’est cette sorte d’hyperesthésie picturale qui fait qu’une œuvre de Terlikowski produit dès l’abord un effet saisissant. L’on croit que ce premier choc est dû à la grande simplification de sa construction et à la vive clarté de ses accords ; mais plus on regarde cette œuvre, plus on voit que cette unité d’harmonie est pleine de nuances les plus délicates, que ces constructions aériennes, des îles vénitiennes par exemple, reposent sur l’essentiel; enfin, que cette première impression d’espace se transforme en impression de profondeur.
Ces explications et ces détails, que des commentaires critiques alourdiraient, suffisent, sans vous dicter vos choix, parmi tant d’échappées lumineuses, d’aspects vibrants et somptueux, pour goûter toute l’originalité de cet homme et de cet art.
ARSÈNE ALEXANDRE.
freed from all hesitation by a hard and uncommon training, our artist is able to abandon himself entirely to his emotion of the moment and to live the spectacle which he is painting. It even happens that he makes his mixtures on the palette almost without looking. This is not astonishing for those who have seen a similar phenomenon when Rodin drew, his eyes fixed on the model, without looking at the paper.
*
This exceptional liberty, corresponding with the very highly-strung nature of Terlikowski, serves him so well that he becomes a sort of day-dreamer, and that sometimes he has the illusion, or the conviction that he is not alone when he is painting. The work of an artist is so mysterious that it is better to believe everything rather than to doubt a single thing. In any case, it is this sort of pictorial hypersensitiveness which gives to a Terlikowski picture first a striking effect, for one believes this first shock to be due to the great simplicity of its construction and to the bright clarity of its harmony, but the more one looks at the picture, the more one sees that this unity of harmony is full of the most delicate and most complex shades, that the aerial constructions, Venetian islands, for instance, are resting on a material base, finally, the first impression of space is transformed into an impression of depth.
These explanations and these details, which critical comments would befog, are sufficient, without laying down your choice, to enjoy all the originality of the man and his art.
ARSÈNE ALEXANDRE.
SAN ELENA.
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LA RESTAURATION DE LA CATHÉDRALE DE REIMS
CATHÉDRALE DE REIMS.
N. D. PHOTO
FAÇADE LATÉRALE NORD. NORTH SIDE.
Au début de septembre 1914, la Cathédrale est telle que l'a aimée le petit Thierry Seneuse de M. Pol Neveux : « Notre-Dame selon le cours des heures, distribue successivement aux maisons les plus proches sa belle ombre mystérieuse, tandis qu'à travers les baies étirées de ses tours aériennes apparaît le ciel blanc et délicat de la Champagne. Elle règne et elle protège ; elle bénit et elle absout... »
Nul ne songe que la guerre puisse l'atteindre, car très loin de la pensée est la malédiction lancée, par le polémiste Goerres sur « cette basilique de Reims, où fut sacré Klodovig, où prit naissance cet Empire des
Early in September 1914, the Cathedral is just as it was loved by the little Thierry Seneuse of Pol Neveux : "According to the hour, Notre Dame distributes to the nearest houses her beautiful and mysterious shadow, while through the drawn-out bays of her aerial pinnacles appears the white and delicate sky of Champagne. She rules and she protects; she blesses and she absolves..."
— No one dreams that the war can touch it for long forgotten is the curse flung by the polemist Goerres at "this basilisk of Rheims, where Klodovig was consecrated, where took birth this Frankish Empire," those
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Francs, faux frères des nobles Germains. » — Par son affectation, les souvenirs qu'elle rappelle, Notre-Dame de Reims semble mieux protégée encore que par les textes de La Haye.
Dans l'esprit de ses fervents, elle est au-dessus de la mêlée, quand, brutale, éclate la nouvelle de sa ruine. —
false brothers of the German nobles ». By its sacred usage, the memories that it recalls, Notre Dame de Rheims seems still better protected than by the Hague treaties. In the mind of its lovers, it is above the fray, when, brutally, bursts the news of its ruin. Four years running, to the scorn of all justice, it suffers uncoun-
LA GRANDE NEF, 1917.
THE GREAT NAVE, 1917.
Quatre ans de suite, au mépris de tout droit, elle souffre d'innombrables blessures, tandis que les consciences accueillent les protestations du vieux Cardinal, dénonçant les atrocités commises sur la ville archi-épiscopale. En 1917, l'on croit un instant qu'elle va périr, par suite de l'ébranlement d'une pile à la croisée sud-est du transept et en 1918, l'ardeur du feu qu'elle essuie con-
table wounds, while on every one's consciences weigh the protests of the old cardinal, denouncing the atrocities committed on the archiepiscopal city. In 1917 it is believed for a while that it will perish, following the crash of a block in the south-east arm of the transept and in 1918, it has to be abandoned owing to the intensity of the fire directed on it. The batteries at Fresnes.