Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
Janvier 1927
LE PRÉROMANTISME FRANÇAIS
FRENCH PRE-ROMANTICISM
HENRI GIRARD.
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Qu'est-ce que le Préromantisme ?What is Pre-Romanticism ?
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5 Illustrations.
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GEORGES BRUNET.
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Les Thèmes littéraires.Literary themes.
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22 Illustrations.
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HENRI MONCEL.
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Les Influences étrangères.Foreign influences.
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7 Illustrations
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Mme BOUCHOT-SAUPIQUE.
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La Peinture.Painting.
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20 Illustrations.
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LUC BENOIT.
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La Sculpture.Sculpture.
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5 Illustrations
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JEAN DE LASSUS.
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La Musique.Music.
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2 Illustrations.
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ARSÈNE ALEXANDRE.
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Claude Monet.
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4 Illustrations.
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LE CURIEUX.
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Le Carnet d'un Curieux.
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24 Illustrations.
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3697
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Jeanne Lanvin
Couture, Mode, Fourrures, Lingerie
22, Faubourg Saint Honoré, Paris.
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QU'EST-CE QUE LE PRÉROMANTISME?
WHAT IS PRE-ROMANTICISM ?
Il y a un roman-
tisme éternel. Il y
eut un romantisme
historique. Faisons
d’abord une remar-
que préalable. Si l’on
a le droit de regarder
le *romantisme de la
sensibilité* comme un
synonyme de lyrisme
et de pessimisme, on
ne doit pas oublier
que le *romantisme de
l’intelligence*, qui a,
pour une très grande
part, renouvelé la ci-
vilisation européenne
au xixe siècle fut, au
contraire, un magni-
fique élan de curio-
sité, de générosité
dans tous les do-
maines de l’art, de
la science et de la
vie et qu’il est, à cet
égard, un acte de foi
dans la puissance
inépuisable de l’es-
prit humain.
Mais, s’il fallait
chercher une expres-
sion à ce romantisme
de la sensibilité que
nous appelons le ro-
mantisme éternel,
nous la trouverions
dans les plus vieux
documents de la littérature universelle, dans l’Inde sans
doute, et chez ces anciens qui sont regardés comme
les modèles et les maîtres de l’art et de la morale clas-
iques. Nous la trouverions dans ces œuvres substan-
tielles et vraiment toniques de la Grèce et de Rome,
chez Pindare et Simonide, chez Euripide et Théognis
aussi bien que chez Horace et Virgile.
Quæ lucis miseris tam dira cupido ?
Personne n’a dit avec plus d’émotion que Virgile la
misère de la destinée mortelle, et l’angoisse que lui ins-
pirait le conflit des passions dans le cœur de l’homme
There is an eternal
romanticism. There
was an historical
romanticism. Let us
make some prelimi-
nary comments. If
we can consider the
romanticism of the
“sensibility” as sy-
nonymous of lyricism
and pessimism, it is
not to be forgotten
that the romanticism
of the “intelligence”,
which has renovated,
to a great extent,
the European civili-
zation of the xixth
century, was, on the
contrary, a splendid
bound of curiosity
and generosity in all
the domains of
art, science and life
and will remain an
act of faith and an
acknowledgement in
the inexhaustible
strength of the hu-
man mind.
Were we to give
an expression to this
romanticism of the
sensibility, which we
call eternal romana-
ticism, we would find
it in the oldest docu-
ments of universal literature, in India no doubt
and with the ancients who are looked upon as mo-
dels and our masters in classics, arts and morals.
We would find it in these substantial and powerful
works of Greece and Rome, with Pindari and Susmo-
nides, Euripides and Theognis as well as with Horace
and Virgil.
Quæ lucis miseris tam dira cupido !
Who with more pathos than Virgil sang the mi-
sery of mortal destiny and expressed the anguish
inspired by the conflict of passions in the heart of
RENÉ SOUS LES FENÊTRES D’AMÉLIE. — GRAVURE DE LE BARBIER POUR
«LE GÉNIE DU CHRISTIANISME» DE CHATEAUBRIAND, ÉDITION DE 1803.
RENÉ UNDER AMÉLIE’S WINDOW. — «GENIUS OF CHRISTIANISM» BY
CHATEAUBRIAND, 1803 EDITION. — ENGRAVING BY LE BARBIER.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
et de la femme. Rappellerai-je le cri de Didon furieuse :
Dissimulare etiam sperasti, perfide, tantum.
Posse nefas !
ou sa plainte si tendre et si triste :
Mene fugis ?...
Si bene quid de te merui, fuit aut tibi quidquam
Dulce meum, miserere...
C'est un Grec, Euripide, qui inspire à la Phèdre de Racine ce vers byronien :
La Mort est le seul Dieu que j'osais implorer.
et sa Cléone a dit, en résumant ainsi l'expérience antique :
La faiblesse aux humains n'est que trop naturelle.
En somme, les premiers romantiques, ce sont les héros d'Homer, à moins que ce ne soient nos premiers parents dans la Bible. Le mal romantique, comme l'a très bien dit M. Henri Bremond, après Sainte-Beuve, c'est le mal d'Adam et d'Eve, et tout le christianisme n'est, en un sens, qu'un essai d'explication de ce mal héréditaire, une étiologie et une divine thérapeutique.
Quand Victor Hugo, dans le poème de Dieu, écrit ces vers admirables :
La pâle angoisse humaine a la mélancolie
Du plaintif univers pour explication,
Et les gémissements de la création
Sont pleins de la misère insondable de l'homme,
le grand poète romantique ne fait que reprendre à son compte les propres termes du diagnostic pascalien. Ni Bossuet, ni Montaigne ne l'auraient contredit. Il a pour lui l'expérience des deux antiquités profane et sacrée.
*
Mais il y eut un romantisme historique, et celui-là tout pénétré d'ardeur novatrice et d'intelligente curiosité. Quel dommage que ce puissant jaillissement d'idées, de sentiments et d'images, qui constitue vraiment une grande littérature, égale en intensité, en sincérité à celle de la Renaissance, ait été gâtée par des défauts inhérents d'ailleurs à sa nature et à la passion qui l'enflamme ! Le mauvais classicisme avait été froid, raisonner, solennel et pompeux. Le romantisme dans ce qu'il eut de fâcheux, de caduc, fut effréné, mélo-dramatique et déclamatoire.
On le fait dater en France de 1830 et on l'appelle le mal du siècle. Il a cependant d'assez lointaines origines aussi bien à l'étranger que chez nous. C'est un grand fait européen autant que français, et c'est précisément la période de ses origines qu'on a très heureusement qualifiée d'un mot aujourd'hui à la mode, le Préromanticisme.
Ce mot-là est tout récent. Il n'a pas vingt ans d'existence. Avant la guerre, M. Daniel Mornet, qui a publié en 1912 son beau livre sur le mouvement préromantique,
man and woman. Shall I recall the furious cry of Didon :
Dissimulare etiam sperasti, perfide, tantum
Posse nefas !
or her tender and sad wailing :
Mene fugis ?...
Si bene quid de te merui, fuit aut tibi quidquam
Dulce meum, miserere...
It is a Greek, Euripides, who inspires Racine's Phædra with this Byronian verse :
La Mort est le seul Dieu que j'osais implorer.
and his Cleone has sums up ancient philosophy when she said :
La faiblesse aux humains n'est que trop naturelle.
In short, the early romantics were the heroes of Homer, unless they were our first parents from the Bible. The romantic evil, as Mr. Henri Brémond very justly declared after Sainte-Beuve, is the evil of Adam and Eve, and in this respect, the whole christianism has only tried to find an explanation to this hereditary evil ; it is an etiology and a divine tonic.
When Victor Hugo in his poem "Dieu" writes these admirable verses :
La pâle angoisse humaine a la mélancolie
Du plaintif univers pour explication,
Et les gémissements de la création
Sont pleins de la misère insondable de l'homme,
the great dramatic poet echoes Pascal's diagnosis, and neither Bossuet, nor Montaigne would have contradicted him. He is backed by antiquity, both profane and sacred.
*
However, there was an historical romanticism, full of innovations and endowed with intelligent curiosity. What a pity that this powerful spring of ideas, sentiments, images, that really constitutes a great literature, equalizing in intensity that of the Renaissance, had been spoiled by the defects inherent moreover to its nature and passions !
Bad classicism had been cold, arguing, pompous, solemn ; romanticism, to speak of its defects, was unbridled, ranting, melodramatic.
One dates it back in France to 1830, and it is called the "evil of the century". Nevertheless, its origin is far more remote as well abroad as at home. This great event is European as well as French, and it is that very period of its origin that has been justly called "Pre-romanticism", an expression that has to-day become fashionable.
This expression is quite recent. It does not even count twenty years of age. In 1912, before the War, Mr. Daniel Mornet, had entitled his fine book dealing with the pre-romantic movement : "Romanticism in
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
l'avait intitulé : Le Romantisme en France au XVIIIe siècle. Cependant, nous constatons qu'en juillet-septembre 1909, dans la Revue d'histoire littéraire de la France, le même historien avait osé employer ce néologisme si exact dans un article intitulé: Un pré-romantique : Les « Soirées de mélancolie », de Loaisel de Tréogate. Est-lui qui a lancé ce néologisme ? Il n'oserait l'affirmer. Il nous dirait plutôt qu'il l'a trouvé, à cette date, dans la conversation courante, parmi les érudits qui s'occupaient de la question. Ce mot comme tous les mots est de création collective et il n'est peut-être pas plus facile de dire qui a le premier employé le mot préromantisme, que d'éclaircir les origines du mot romantisme lui-même ! En tout cas, nous emprunterons à M. Mornet ces quelques lignes si justes : « Le romantisme plonge assurément dans le xviiie siècle des racines profondes. Avant Chateaubriand, la littérature comme les mœurs s'accoutument clairement aux états d'âme qui nourriront la poésie et le drame en 1830. L'étude de ces tendances précises est encore incomplète parce qu'elles ne se résument pas, après Rousseau, dans une œuvre notoire. Mais elle révélerait avec certitude de quelles forces lointaines les idées qui semblent neuves tirent souvent le plus sûr d'elles-mêmes ».
Si donc le mot est tout récent, historiquement la chose qu'il représente est contemporaine du grand courant de sensibilité qui commence à s'opposer, au milieu du xviiie siècle, aux forces purement intellectuelles, scientifiques et critiques du siècle de l'Encyclopédie. Mlle de Lespinasse, pour ne citer qu'elle, cent ans avant George Sand, est le prototype bien vivant, bien réel, d'Indiana et de Valentine. On trouverait des états
TARDIEU. — RUINES DE PALMYRE.
FRONTISPICE POUR LES ŒUVRES DE VOLNEY, TOME Ier.
TARDIEU. — RUINS OF PALMYRA.
FRONTISPICE FOR VOLNEY'S, WORKS VOL. I
France during the xviiith century we see however, that in July-September 1909 in the Revue d'Histoire littéraire de la France, the same historian had dared to use this useful neologism, in an article “Un Pré-romantique: Les Soirées de Mélancolie, de Loaisel de Tréogate.” Was Mr. Mornet the firts to launch this neologism? He would not be positive on this point. He would rather explain that, about this date, it was already used by scholars dealing with the subject. This word, is the result of a collective creation, and perhaps would it be as difficult to state who the first used the word as to fix an origin to the word “romanticism” itself! In any case, we will not refrain from citing these so adequate lines of Mr. Mornet: “It is obvious that romanticism has deep roots in the xviiith century. Before Chateaubriand, literature and morals are in accordance with the state of mind that will feed 1830 poetry and drama. The study of these tendencies is still incomplete, because they have not been summed up in any notable book after the death of Rousseau. Such a work would enlighten us and establish with certainty the remote sources from which draw often their essence ideas that seem new to us.”
But if the word is quite new, the object it represents is, historically speaking, contemporaneous of this great tide of public opinion for sensibility that, towards the middle of the xviiith century, began to conflict with purely intellectual and scientific forces, such as had been revealed by the century that produced the “Encyclopédie”. Mlle de Lespinasse, to cite only one name, is a hundred years before George Sand, the true, the living prototype of “Indiana” and
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d’âme semblables en Angleterre, où le public s’éprenait de Clarisse Harlowe à la même époque, et c’est ce qui a fait dire, peut-être un peu hâtivement, à ceux qui prennent un parallélisme psychologique, très singulier et très fréquent en sociologie, pour un phénomène d’influence et un rapport de cause à effet, que ce mouvement vient de l’étranger. Quoi qu’il en soit, ce courant de sensibilité paraît très fort et très tôt chez nos voisins d’Outre-Manche. Il semble avoir pris naissance chez eux en réaction contre l’utilitarisme anglais.
“Romantique”, nous dit le dictionnaire de Murray, vient de “roman”.
Ce dernier mot, après avoir désigné la littérature populaire, d’origine bretonne et médiévale, par opposition à la littérature érudite et artiste, est donc chargé d’exprimer, dès le milieu du XVIIIe siècle, en Angleterre, avec une nuance très marquée de retour au goût pour le gothique, la littérature romanesque, les aventures d’amour, les états d’âme tendres et rêveurs; et s’il s’applique à la nature, il désigne des paysages de la nature sauvage et solitaire par opposition à ceux de la nature cultivée et ornée par les hommes. Ce mot a la couleur des poèmes d’Ossian, quand il passe en France non seulement pour s’appliquer à l’art des jardins renouvelé, mais aussi pour traduire les états d’esprit des grands représentants de la littérature romanesque et sensible : Marmontel, Jean-Jacques Rousseau, Chateaubriand et Mme de Staël.
Au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, l’homme sensible, de Saint-Preux à René et à Oswald, est essentiellement préromantique. Il a le goût de la solitude et des nobles tristesses. Le sentiment de la nature, tantôt purement pastorale, idyllique et silvestre, comme dans Rousseau, tantôt agrémenté de ruines et de fabriques gothiques, se mêle, chez lui, à l’inquiétude de la destinée ; et dans cette âme, qu’emplit une religiosité immense et vague, un panthéisme teinté souvent d’hermétisme et d’occultisme, auquel se mêle parfois une curieuse veine de fantastique sombre, un goût singulier du macabre, apparitions, fantômes, obsession de l’idée de la mort, des ruines, des tombeaux, la passion de l’amour occupe une place aussi grande que dans l’âme des précieux du temps d’Honoré d’Urfé et de l’Astrée.
Ainsi, l’on voit comment en France, au milieu et surtout à la fin du XVIIIe siècle, se rejoignent divers courants qui viennent d’Angleterre et du fond même de l’âme française. S’il fallait chercher les origines lointaines de l’état d’âme préromantique, on les trouverait par delà l’époque de différenciation des diverses littératures européennes, en plein moyen-âge ; et l’amour courtois et le mysticisme des romans bretons et chevaleresques, qui provoquent autour de 1760 la vogue du genre troubadour, grâce aux travaux de La Curne de Sainte-Palaye et aux publications de Millot, de Fabre “Valentine”. Similar states of mind might be found in England where public feeling, about the same time, was enraptured with “Clarisse Harlowe”. This was what has prompted people, judging hurriedly and tempted to take a psychological parallelism, — very frequent in sociology, — for a relation from cause to effect, to state that this movement was of foreign origin. Be that as it may, this current of sensibility makes itself felt very soon in England and is very strong. It seems a reaction against their utilitarianism.
“Romantic”, according to Murray’s dictionary comes from “roman” (novel). This word, after having been applied to popular literature, of Breton or mediaeval origin in opposition to erudite and artistic literature, is to interpret in England, from the middle of the xviiith century, a very accentuated tendency for gothic, “romanesque” literature, love adventures, tender and dreamy frames of mind, and if dealing with nature, to depict landscapes of a savage and solitary character in opposition to nature cultivated and ornamented by man. This word has the color of the poems of Ossian when it comes to France, for not only does it apply to the renovated art of gardens, but also interprets the mentality of the great representatives of the “romanesque” literature, such as Marmontel, Jean-Jacques Rousseau, Chateaubriand and Mme de Stael.
During the xviiith century and in the beginning of the xixth century, the sensitive man, from Saint-Preux to René and Oswald, is essentially a pre-romantic. He likes solitude and indulges in a noble sadness. His love for nature is, at times, purely pastoral, idyllic, sylvan, like that of Rousseau ; at other times, it is accompanied by Gothic ruins and mingles with the anguish of his destiny ; in this soul, full of vague and immense religious feelings, of pantheism, occultism, you may notice also a touch for dark phantasy, a quaint taste for what is weird, such as apparitions, phantoms, obsession of death, ruins, tombs and the like, but in spite of it all, the love passion occupies in it as great a place as in the heroes of the days of Honoré d’Urfé and Astrée.
Thus, we realize how in France towards the middle, and especially by the end of the xviiith century, the various tides coming from England, and emanating from the very bottom of the French soul join together Were we to seek the remote origin of the pre-romantic state of mind, it would have to be found beyond the epoch of differentiation of the various European literatures, in full mediaeval times, and that courteous love and mysticism of the breton and chevalrous novels which create around 1760 a vogue for the “troubadour” style — thanks to the books of La Curne de Sainte Palaye and the works of
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
d'Olivet et du comte de Tressan, en seraient une des sources authentiques.
Mais il y eut le bel accident d'Ossian, cette géniale mystification de Mac Pherson, qui va faire dire que le Nord a trouvé son Homère et l'étonnant renouveau de Shakespeare, introduit en France par Voltaire et européenisé par La Place et Le Tourneur ; puis l'éclosion merveilleuse du roman et du lyrisme en Angleterre. Le succès de la Clarisse de Richardson n'a d'égal que celui des Nuits d'Young et des Tombeaux d'Hervey. Les Français, de la fin du règne de Louis XV et pendant le règne de Louis XVI, goûtent les traductions de ces œuvres, en même temps qu'ils acclament Marivaux, Diderot, surtout Rousseau et la foule de leurs imitateurs. Ils accueillent d'ailleurs avec le même enthousiasme dès 1777 le Werther de Goethe.
Les littératures étrangères jouèrent à cette date leur rôle traditionnel qui consiste périodiquement à permettre aux Français de prendre une conscience plus claire des besoins nouveaux qu'ils éprouvent. Elles aidèrent nos pères, d'avant 1789, à secouer le joug du classicisme et à mieux comprendre l'âme de leur temps, telle qu'elle s'était exprimée dans Rousseau et qu'elle allait se montrer encore avec Chateaubriand.. Toutes ces influences combinées expliquent le Préromanticisme et justifient l'importance que les historiens lui accordent, non seulement en littérature, mais dans les arts, en peinture et en musique. Qu'il nous suffise de citer ici des noms aussi charmants qu'illustres, d'une part Greuze, Prud'hon, Hubert Robert, Girodet, d'autre part Grétry, Méhul, Dalayrac, Lesueur, — Lesueur ! un des maîtres de Berlioz ! Ces influences n'ont d'ailleurs si bien réussi en France de 1750 à 1789 sur les âmes, que parce qu'elles y étaient prédisposées par le malaise politique et social, le dégoût d'une littérature intellectualisée à fond et qui allait se desséchant de plus en plus. Les âmes étaient dans un état de désir et le monde en état d'attente, quand commença l'extraordinaire aventure de la Révolution, suivie de l'épopée impériale, qui renversèrent les dernières digues. Et le torrent passa.
HENRI GIRARD.
Millot, Fabre, Olivet and Count of Tressan — might be considered as one of its authentic sources.
Here intervenes that fine mystification due to the genius of Mac-Pherson, which makes one say that the North has found its Homer,—and the astonishing revival of Shakespeare introduced in France by Voltaire and europeanized by La Place and Le Tourneur ; then, the marvelous flight of the novel and lyricism in England. The success of "Clarissa", by Richardson, has only its equal in the "Nuits", of Young and the "Tombeaux", of Hervey. The French, by the end of the reign of Louis the XVth and during that of Louis the XVIth, enjoy the translations of these works at the same time as they applaud Marivaux, Diderot, quite especially Rousseau and their imitators. With the same enthusiasm, they welcome Goethe's Werther in 1777.
Foreign literatures at that time played their traditional role which consisted in periodically enlightening the French, making them more conscious of their needs and awakening them to new situations. Before 1789, they helped our fathers to shake the yoke of classicism and get a better understanding of the spirit of their time, such as interpreted by Rousseau and such as Chateaubriand was to express it. All these combined influences explain Pre-romanticism and justify the importance given to it by historians, not only in literature but in the arts, in painting and music. Let us cite some names as charming as renowned, on one part, Greuze, Prud'hon, Hubert Robert, Girodet, on the other Grétry, Mehul, Dalayrac, Lesueur — who was one of the masters of Berlioz ! However, if these influences were, from 1760 to 1789, so successful in France, the cause of it is to be found in the fact that the minds were inclined to accept them due to the then prevailing political and social situation and also to the disgust of an intellectualized literature that was more and more drying out. Minds were longing for a change, the world was in a state of expectancy when the great adventure of the Revolution, broke out, followed by the Imperial epic that overthrew all obstacles. And the torrent passed.
HENRI GIRARD.
LE SYLPHE. — GRAVURE DE DEVÉRIA POUR L'ÉDITION DES « ODES » DE VICTOR HUGO, 1824.
THE SYLPH. — ENGRAVING OF DEVÉRIA FOR THE EDITION OF THE « ODES » OF VICTOR HUGO, 1824.
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LES THÈMES LITTÉRAIRES DU PRÉROMANTISME FRANÇAIS
LITERARY THEMES OF FRENCH PRE-ROMANCISM
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Left Panel:
L’Amour maternel.
Dévoûement de Julie.
GRAVURE DE GRAVELOT POUR LA “NOUVELLE HÉLOÏSE”.
ÉDITION DE 1764. — SELF SACRIFICE OF JULIE, ENGRAVING BY GRAVELOT FOR THE “NOUVELLE HELOISE”. — 1764.
L’esprit romantique est bien antérieur à l’École de 1830, s’il est vrai que tous les caractères de cette école — culture du sentiment, recherche des émotions violentes, goût de la nature, de l’exotisme, du moyen âge, de la couleur locale, aspirations religieuses — se retrouvent déjà chez les poètes, les romanciers et les dramaturges du xviiie siècle. Peu importe qu’ils y soient dispersés et mêlés d’autres éléments : on peut dire que, lorsque le romantisme a lié la gerbe, tous les épis étaient coupés.
Du romantisme qui s’ignore au romantisme conscient, les étapes sont parfois faciles à suivre. Montrons-le sur
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Right Panel:
elle se débattait en serrant l’autre entre ses bras
Dévoûement de Julie. — Gravure de Moreau le Jeune pour la “Nouvelle Héloïse”. Édition de 1819.
SELF SACRIFICE OF JULIE, ENGRAVING BY MOREAU LE JEUNE FOR THE “NOUVELLE HELOISE.” — 1819.
The romantic spirit precedes by a long way the School of 1830. It is true to state that the characteristics of this school, such as culture of sentiment, longing for great sensations, taste for nature, for exotism, for mediaeval times, for « local colour », religious aspirations, are all to be found in the poets, novelists and dramaturgists of the xviiith century. No matter that they be scattered and mixed to other elements: when romanticism binds up the sheaf, all the ears are already cut off.
From romanticism that ignores itself to conscious romanticism, the stages are rather easy to follow. Let us
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
DÉVOUEMENT DE JULIE, — GRAVURE DE MOREAU LE JEUNE POUR LA "NOUVELLE HÉLOISE", ÉDITION DE 1774.
SELF SACRIFICE OF JULIE. — ENGRAVING BY MOREAU LE JEUNE FOR THE "NOUVELLE HÉLOISE", 1774 EDITION.
un exemple précis, emprunté à l’illustration de la Nouvelle Héloïse. Vers la fin de ce roman fameux, l’héroïne se jette à l’eau pour sauver son fils qui se noie. C’est le thème de l’amour maternel. Rousseau retrace la scène en deux lignes : « Madame se retourne, voit tomber son fils, part comme un trait, et s’élance après lui ». Dans l’édition de 1764, Gravelot interprète cette donnée avec une grâce et une retenue toutes classiques, en s’attaquant à en faire ressortir la signification psychologique : c’est vraiment l’émotion de Julie qu’il dessine. Dix ans plus tard, Moreau le Jeune se montre un peu plus véhément : d’une berge élevée, Julie s’élance, et Fanchon cherche en vain à la retenir. Puis, en 1819, le même Moreau reprend le sujet, et pense en accuser le pathétique en choisissant, cette fois, le moment où Julie émerge du lac, étreignant l’enfant, tandis que les assistants s’affolent sur la berge. Un pas encore, et Devéria (1826) crayonne de verve une Julie hagarde, échevelée, en plein élan, et supprime tous les comparses pour nous laisser devant un plongeon authentiquement romantique. L’interprétation plastique du thème littéraire a évolué de la psychologie à la frénésie.
Le mot « sentiment », au XVIIIe siècle, exprime bien des choses. Il désigne d’abord l’amour du beau, le goût du bien et de la vertu, de tout ce qui, selon le Vicaire take a precise example, taken out of the illustrations of the « Nouvelle Héloïse » Towards the end of this famous novel, the heroine throws herself in the water to save her son who is going to be drown. This will serve to develop the “maternal love” topic. Rousseau depicts the scene very briefly : “ Madame turns round, sees her son fall into the water, goes off like an arrow and rushes after him ”. In the 1764 edition, Gravelot interprets this idea with classical grace and reserve, laying stress on its psychological meaning : he seems to picture the emotion of Julie. Ten years later, Moreau Le-Jeune renders it with more vehemence. Julie dashes from a height, Fanchon in vain tries to keep her back. In 1819, the same Moreau reverts to the subject and accentuate its pathos : he chooses the moment where Julie emerges from the lake grasping her child, while the spectators, horrified, gaze from the shore upon the scene. One step more, and Deveria (1826) will sketch a ghastly and dishevelled Julie, he will suppress all other personages and put us before a quite romantic “plongeon”. So, plastic interpretation of a literary subject has evolved from psychology to frenzy.
The word “sentiment” during the xviiith century serves to express many things. First it designates a taste for beauty, for good, for truth, all that which,
DÉVOUEMENT DE JULIE, — GRAVURE DE DEVÉRIA POUR LA "NOUVELLE HÉLOISE", ÉDITION DE 1826.
SELF SACRIFICE OF JULIE.
ENGRAVING BY DEVÉRIA FOR THE "NOUVELLE HÉLOISE".
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savoyard, « fait le charme de la vie ». A cette conception se rattachent les thèmes de la Bienfaisance et de
according to the Vicaire savoyard “makes the charm of life”. To this conception may be added the topics of
LA BIENFAISANCE. — GRAVURE DE GUÉRIN POUR "L'HOMME DES CHAMPS" DE DELILLE, 1800.
THE BENEFICENCE.— ENGRAVING BY GUÉRIN FOR "L'HOMME DES CHAMPS", BY DELILLE, 1800.
TRAPPISTS. — GRAVURE D'EISEN POUR LA "LETTRE DU COMTE DE COMMINGES A SA MÈRE" DE DORAT, 1764.
TRAPPISTS. — ENGRAVING BY EISEN FOR THE "LETTRE DU COMTE DE COMMINGES A SA MÈRE", BY DORAT, 1764.
l’Humanité, longuement traités par les Baculard d’Arnaud, les Marmontel, les Diderot, les Berquin, les Florian. Ils font verser des larmes délicieuses. On s’attendrit sur les amants fidèles et les époux constants, sur les accordées de villages, les honnêtes laboureurs, les bons fils, les bons pères, les bonnes mères, les bons seigneurs philanthropes. On s’attendrit sur les poupons au maillot, sur l’éducation d’Emile, sur les pauvres orphelins. Le thème de l’Enfant sera exploité, sous l’Empire, par Millevoye et Mme Babois, en attendant les effusions des Desbordes-Valmore et des Victor Hugo.
Le sentiment nourrit, d’autre part, les états d’âme rêveurs et
GRAVURE DE DEVÉRIA POUR LES "MÉDITATIONS POÉTIQUES" DE LAMARTINE, 1825.
ENGRAVING BY DEVÉRIA FOR THE "MÉDITATIONS POÉTIQUES", 1825.
Beneficence and Humanity, developed at length by Baculard d’Arnaud, Marmontel, Diderot, Berquin, Florian, they make the readers shed delicious tears. Faithful lovers and spouses, betrothed country-girls, honest tillers, good fathers, mothers and sons, philanthropic noblemen, move to tears. One was moved when hearing of babies still in their swaddling clothes, of the education of Emile, of poor orphans. The topic of the « maternal love » shall be used by Millevoye and Mme Babois before the effusions of Desbordes-Valmore and Victor Hugo.
The « sentiment », on the other part, feeds thoughtful states of mind and solitary melancholy that were celebrated
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
les mélancolies solitaires, célébrés par Léonard, Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, André Chénier by Leonard, Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, André Chénier and many others ; Mme Roland, as a girl,
GRAVURE ILLUSTRANT LA " LETTRE D'HÉLOISE A ABÉLARD" DE FOPE.
TRADUCTION COLARDEAU, 1766.
ENGRAVING TO ILLUSTRATE THE "LETTRE D'HÉLOISE A ABÉLARD" BY POPE.
TRANSLATED BY COLARDEAU, 1766.
et vingt autres. Mme Roland, dans ses lettres de jeune fille, parle à chaque instant de sa « chère solitude » : Obermann ira respirer sur les sommets « l'air sauvage loin des émanations sociales », et Chateaubriand poursuivra ses chimères des landes de Combourg aux forêts du Nouveau-Monde, où il aura l'illusion d'être admis à quelque secret de la Divinité. »
De là le thème de l'Ermite, l'utilisation littéraire des chartreux, des trappistes et des religieuses, depuis le drame du Comte de Comminges et la Lettre d'Héloïse jusqu'à la Chartreuse de Paris de Fontanes (1783) et le portrait du père Aubry dans Atala. Au début de la Restauration, l'Ermite de Saint-Avelle, romance de Géraud, sera sur toutes les lèvres. Une Méditation de Lamartine aura pour titre : La solitude, et une de ses Harmonies : Le solitaire.
Mais les âmes repliées sur elles-mêmes connaissent vite le désenchantement. Jean-Jacques se plaint de sentir en lui « un vide inexprimable », d'avoir un cœur « accablé d'ennuis et surchargé de lui-même ». Ces accents, qu'on retrouve chez Léonard, Loaisel de recalls at any moment « her dear solitude », Obermann wants to breath a « savage air far from social emanations », Chateaubriand goes hunting after his fancies, from the heaths of Combourg to the forests of the New World and imagines “ being admitted to the secrets of the Divinity ”.
Then comes the theme of the Hermit, the literary use of the Carthusians and Trappists and nuns, starting with the drame of Comte de Comminges and the Lettre d'Héloïse to the Chartreuse de Paris, by Fontanes (1783) and the portrait of Father Aubry in Atala. In the beginning of the Restauration period, the Ermite de Saint-Avelle (romance of Géraud) will be sung by everybody. A Meditation by Lamartine will be entitled La Solitude and one of his Harmonies : Le solitaire.
But these souls retired within themselves rapidly experience despondency. Jean-Jacques complains of feeling “ an inexpressible sense of emptiness”, of his heart “ being overwhelmed with sorrow and overloaded with himself”. The same accents are echoed by Leonard,
LE SOUVENIR.
GRAVURE DE GRAVELOT.
POUR LA " NOUVELLE HÉLOISE ", 1764.
REMEMBRANCE.
ENGRAVING BY GRAVELOT.
FOR THE " NOUVELLE HELOISE ", 1764.