Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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PIERRES DE FRANCE EN AMÉRIQUE
STONES OF FRANCE IN AMERICA
Courtesy of the Metropolitan Museum of Art
ENTRÉE DES « CLOITRES ».
THE CLOISTERS ENTRANCE.
DÉPENDANCE DU METROPOLITAN MUSEUM OF ART DE NEW-YORK.
Si l'histoire des diverses tendances du goût contemporain tente jamais la plume d'un auteur, on peut supposer, avec raison, que l'un des principaux chapitres de cet exposé sera consacré à la description des collections médiévales qui ont pu être constituées, principalement durant ces dernières années, dans les pays d'Europe encore insuffisamment protégés par leurs lois contre l'évasion des œuvres d'art. On constate actuellement en effet, chez les amateurs de sculpture ancienne, la même fièvre d'acquisition, qui animait
Should the history of the various tendencies of contemporary taste ever allure an author's pen, it seems quite sensible to suppose that one of the main chapters of such a survey will be devoted to the description of the medieval collections which could be formed, particularly in recent years, in European countries still inadequately protected by their own legislation against the evasion of works of art. Indeed we now notice in amateurs of old sculpture the same greed for acquiring, which urged on their xviiith century predecessors, for
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
COURTESY OF THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART
LES CLOITRES. — INTÉRIEUR, CÔTÉ OUEST.
FRAGMENTS DE SAINT-GUILHEM. — LES COLONNETTES DE LA GALERIE SUPÉRIEURE PROVIENNENT DU CLOÎTRE DE TRIE
THE CLOISTERS. — INTERIOR LOOKING WEST.
FRAGMENT OF SAINT-GUILHEM. — THE UPPER GALLERY WITH SMALL COLUMNS OF TRIE CLOISTERS.
COURTESY OF THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART
LES CLOITRES. — L'ESCALIER ET LE CROISILLON NORD.
THE CLOISTERS. — THE STAIRCASE AND THE NORTH CROSS-BAR.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
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COURTESY OF THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART
LES CLOITRES. — INTÉRIEUR, COTÉ DE L’EST.
THE CLOISTERS. — INTERIOR LOOKING EAST.
COURTESY OF THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART
LES CLOITRES. — LE CHEUR.
THE CLOISTERS. — THE CHANCEL ARCH.
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leurs prédécesseurs du XVIIIe siècle, car les procédés demeurent les mêmes, si parfois le goût change, ou plutôt s'élargit. Autrefois, le théâtre d'opérations était en Italie ; aujourd'hui il s'est transporté en France. Il s'agissait jadis, au temps de Winckelmann, d'acquérir, à tout prix, ces belles antiques que des fouilles heureuses faisaient sortir quotidiennement du sol romain. De nos jours, l'intérêt s'est transporté sur ces vestiges d'architecture médiévale, que le marteau de la Révolution a disséminés en France et que l'on retrouve, parfois, au hasard d'un voyage, dans un jardin de province, lorsqu'ils ne font pas le principal ornement d'une maison paysanne, voire d'une gendarmerie comme à Martory (Haute-Garonne) ou d'un établissement de bains comme à Prades (Pyrénées-Orientales). L'achat d'un cloître roman ou gothique est aujourd'hui chose aussi courante que naguère l'acquisition d'un tableau ou d'une statue. De délicates colonnettes provenant d'un cloître authentique ne viennent-elles pas d'être remontées tout récemment dans un jardin particulier à Paris ? Demain, les journaux nous apprendront l'inauguration d'une salle capitulaire, non moins authentique, transportée à grands frais dans le parc d'un riche collectionneur. Cette vogue incroyable, dont il faut chercher l'origine, semble-t-il, dans les « déménagements » de Lenoir, est l'une des tendances particulières du goût contemporain et vient de recevoir sa consécration officielle à New-York. On inaugurait en effet à Fort Washington Avenue, le 4 mai dernier, une nouvelle dépendance du Metropolitan Museum of Art, connue sous le nom de Les Cloîtres. Cette vaste construction, ombragée de beaux arbres, renferme d'importants vestiges de quatre cloîtres français du Moyen-Age, et environ six ou sept cents the methods will remain identical even if taste alters or rather widens. Formerly, the battlefield was Italy; nowadays it is France. Formerly the question was, in the time of Winckelmann, to acquire at any price those beautiful antiques which lucky excavations daily dug out of Roman soil. Nowadays attention is given to such remains of medieval architecture as the Revolutionary hammer scattered all over France and as are sometimes found, in the course of some random journey,in a provincial garden, when they do not constitute the chief ornament of a peasant's cottage, even of gendarmes'barracks as at Martory (HauteGaronne), or of a bathing establishment as at Prades (PyrénéesOrientales). To buy a Romanesque or Gothic cloister is to-day as frequent as it was formerly buy a picture or a statue. Have not some delicate little columns from an authentic cloister just been put up again in a Paris private garden? Soon the newspapers will tell us of the inauguration of a no less genuine capitulary room conveyed at great expense to a wealthy collector's park. This incredible vogue whose origin must be traced back, it seems' to Lenoir's « removals », is one of the characteristic tendencies of contemporary taste and has just been officially recognized in New-York. On the 4th. of May was indeed inaugurated in Fort Washington Avenue, a new outbuilding of the Metropolitan Museum of art, known by the name of Les Cloîtres. That large edifice overshaded by fine trees, contains important remains of four French medieval cloisters and about six or seven hundred sculptural works of the same time, mostly French, statues and low-reliefs, as a rule of considerable value.
No doubt it is at present one of the most
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LE CLOITRE DE SAINT-MICHEL DE CUXA.
REMONTÉ A NEW-YORK.
SAINT-MICHÆL OF CUXA'S CLOISTER.
REBUILDING AT NEW-YORK.
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œuvres de sculpture de la même époque, en majeure partie françaises, statues et bas-reliefs d'une valeur artistique le plus souvent considérable.
C'est sans aucun doute, à l'heure actuelle, l'une des plus importantes collections d'art français médiéval à l'étranger. Elle a été rassemblée par les soins du sculpteur américain George Grey Barnard, dont l'idée première était de réunir seulement quelques beaux spécimens de sculpture gothique française destinés à l'éducation artistique des jeunes gens qui fréquentaient son atelier. Cette initiative, modeste à l'origine, prit, avec le temps, les proportions que l'on sait et c'est en réalité un véritable musée d'art médiéval que M. Barnard a cédé l'année dernière, au Metropolitan Museum of Art. L'histoire de cette collection unique enrichit la chronique de la curiosité d'un de ses chapitres les plus pittoresques. M. Barnard, qui tenait surtout à rassembler des œuvres d'art françaises, choisissait comme « centre d'opérations » les environs d'une abbaye ruinée par la Révolution et c'est ainsi qu'il a pu acquérir, dans notre pays, depuis une vingtaine d'années environ, de remarquables fragments d'architecture ou de sculpture, parfois des ensembles entiers disséminés dans des propriétés particulières depuis 1793.
Nous n'avons pas l'intention d'énumérer les centaines de pièces dont se compose la collection Barnard. Notre but est seulement de nous attacher aux grands ensembles qui ont donné leur nom au Musée. Nous essaierons donc de tracer à grands traits l'histoire des quatre cloîtres dont une partie seulement a émigré aux Etats-Unis et nous nous efforcerons aussi de rechercher dans quelles régions de France sont actuellement conservés les autres morceaux de ce gigantesque jeu de puzzle ainsi dispersé des deux côtés de l'Atlantique.
important collections of French medieval art abroad. It was made up thanks to the American sculptor, George Grey Barnard, whose original intention was to gather only a few fine samples of French Gothic sculpture for the artistic training of his young students. That modest initiative, in course of time, grew up into a veritable museum of medieval art which Mr. Barnard gave over last year to the Metropolitan Museum of art. The story of that unique collection adds to the chronicle of curiosity one of its most picturesque chapters. Mr. Barnard who made it a point to collect French works of art, selected as his centre of operations the neighbourhood of some abbey ruined by the Revolution; and thus he could acquire in our country during the last twenty years or so, remarkable fragments of architecture or sculpture, sometimes whole ensembles scattered in private properties since 1793.
We do not mean to enumerate the hundreds of pieces which make up Mr. Barnard's collection. Our purpose is only to dwell at some length on the vast ensembles which gave their name to the Museum. We shall therefore attempt to sketch the history of the four cloisters part of which only emigrated to the United States, and also endeavour to seek in what French regions are now preserved the other pieces of that gigantic puzzle thus scattered on either side of the Atlantic ocean.
The finest cloister preserved at Fort Washington is no doubt Saint-Michael of Cuxa's ; it is the one, too, to which the greatest honour is paid since it stands in a separate place whereas the others were rather unfortunately « inlaid » in a modern building as we shall see further on.
Saint-Michael of Cuxa's cloister was formerly that of the monastery of the same name which stood not
EMPLACEMENT PRIMITIF DU CLOITRE DE ST-MICHEL DE CUXA, D'APRÈS UNE LITHOGRAPHIE DE 1834.
PRIMITIVE EMPLACEMENT OF ST-MICHAEL OF CUXA'S CLOISTER, LITHOGRAPHY OF 1834.
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Le plus beau des cloîtres conservés à Fort Washington est, sans contredit, celui de Saint-Michel de Cuxa ; c'est également celui auquel on a fait le plus d'honneur, puisqu'il occupe un emplacement distinct, alors que les autres ont été assez fâcheusement « incrustés », comme nous le verrons plus loin, dans une construction moderne.
Le cloître de Saint-Michel-de-Cuxa était jadis celui du monastère du même nom qui s'élevait non loin de Prades, dans les Pyrénées-Orientales et qui fut détruit pendant la Révolution. La fondation de cet établissement remonte au IXe siècle ; mais le cloître lui-même, tout entier de marbre rose, avec ses courtes colonnettes trapues et ses remarquables chapiteaux sculptés est une œuvre du XIIIe siècle.
Une partie de cet important ensemble, dont un côté seulement est remonté actuellement, sera reconstitué de manière à former un quadrilatère complet de 21 mètres sur 12 mètres environ, comprenant 33 fûts et 33 chapiteaux « originaux », sans compter les piles d'angle. Un détail rendra compte du souci qui préside à cette reconstruction : le marbre nécessaire aux raccords, habilement exécutés par M. Gouvert, est extrait des carrières de Ria (Pyrénées-Orientales), d'où le cloître tout entier est sorti au Moyen-Age.
Ce deuxième état, si l'on peut dire, du cloître de SaintMichel-de-Cuxa, sera légèrement réduit, car une importante partie de cet élégant monument est restée en France. Longtemps ses arcs, ses chapiteaux, ses colonnettes firent le principal ornement d'un établissement de bains de Prades. Tous ces fragments ont été remontés récemment contre la façade de l'église de la même ville. Etrange destinée que celle de tous ces membres épars d'un même corps !
L'aspect du cloître à son emplacement primitif a été conservé par une pittoresque lithographie, qui a fixé pour jamais le charme mélancolique de ses colonnades en ruines sous leur manteau de verdure, à l'ombre de la haute tour lombarde de l'église (1). Le romantique prestige de ce décor évocateur fera quelque tort, — on le concèdera, — au cadre actuel du cloître voyageur, tant qu'un rideau de verdure n'aura pas masqué les maisons de Saint-Nicholas Avenue, qui constituent pour le moment le fond du tableau.
Au sortir du cloître, lorsqu'on aperçoit les salles d'exposition, l'impression première causée précédemment par la vue du monacal promenoir se complète et se précise. L'ambiance reste la même. Il semble, au premier abord, que l'essai de reconstitution d'un cadre, en parfait accord avec les objets exposés, ait été couronné d'un plein succès. Ne sommes-nous pas mainte-
(1) Ce précieux document, daté de 1834, est extrait des Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne France, par Taylor, Nodier et Cailleux, 1835 (Languedoc, 2e vol., 1re partie, pl. 161). Viollet-le-Duc a également dessiné un détail du cloître. Le chapiteau qu'il a reproduit est aujourd'hui à New-York. (Dictionnaire d'architecture III, p. 432).
far from Prades, in the Pyrénées-Orientales, and which was pulled down during the Revolution. The foundation of that establishment dates from the ixth. century ; but the cloister itself, wholly made of marble with its short, dumpy columns and remarkable sculptured capitals is a xith. century work.
Part of that important ensemble, one side of which only is now standing, is to be reconstituted so as to form a complete quadrilateral measuring 21 metres by 12 about, including 33 shafts and 33 original capitals not to mention corner pillars. One circumstance will show how careful the rebuilding can be : the marble necessary to M. Gouvert's skilful joining, is dug out of the Ria guarries (Pyrénées-Orientales) whence the whole cloister came in the Middle-Ages.
This latter condition of Saint-Michael of Cuxa's cloister will be slightly reduced, for an important part of this elegant monument has remained in France. For a long time its arches, capitals, little columns were the chief ornament of a bathing establishment at Prades. All those fragments were lately reconstituted against the front of the church of the same town. How strange the fate of all the scattered limbs of one and the same body !
The aspect of the cloister in its original place has been preserved by a picturesque lithograph which for ever fixed the melancholy charm of its decaying ivymantled columns, in the shadow of the lofty Lombard tower of the church (1). The romantic prestige of that evocative scenery will prove somewhat disparaging, no doubt, to the present setting of the itinerant cloister as long as a screen of foliage fails to shut out the houses of Saint-Nicholas avenue which at present make up the background of the picture.
On stepping out of the cloister and perceiving the exhibition rooms, the first impression caused by the sight of the monastic promenade gets more complete and precise. The circumambient air remains identical. At first, the attempt to reconstitute a setting in harmony with the objects on show seems to have been perfectly successful. Are we not in a true church with its nave choir and even its vestry ?
Here a music-desk, there funeral marble works, a lying figure, engraved flag stones complete the illusion. A highly picturesque setting indeed, yet one whose very picturesque reminds you of the arrangement of stage scenery or a studio rather than of a museum ! Indeed, among the objects on show, some have become part of the building, in particular columns with their bases and capitals.
(1) This valuable document dated 1834 is from Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne France, by Taylor, Nodier and Cailleux 1835 (Languedoc, 2 nd vol. 1st part, pl. 161. Viollet-le-Duc also drew a detail of the cloister. The capital he reproduced is now in New-York (Dictionnaire d'architecture, III, p. 432).
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nant dans une véritable église dont voici la nef, le chœur et même la sacristie ?
Ici un lutrin, là des marbres funéraires, un gisant, des dalles gravées complètent l'illusion. Cadre infiniment pittoresque, mais qui par son pittoresque même rappelle plutôt l'agencement d'un décor de théâtre ou d'un atelier d'artiste que celui d'un Musée ! En effet, parmi les objets exposés, quelques-uns ont été incorporés à la construction, notamment des colonnettes avec leurs bases et leurs chapiteaux.
La galerie du rez-de-chaussée de la « nef » est ainsi constituée en majeure partie de fragments provenant du cloître de Saint-Guilhem-du-Désert. Les colonnettes du cloître de Trie ont été réservées pour la galerie supérieure. Il faut le répéter, cette disposition est plus pittoresque que logique, car il sera nécessaire d'avoir d'excellents yeux pour étudier, du rez-de-chaussée, la face des chapiteaux du premier étage tournée vers la nef! De ces deux galeries, seules, les colonnettes avec leurs bases et leurs chapiteaux sont anciennes. Tout le reste est moderne, arcs et parement de brique, dont la froideur contraste étrangement avec l'éclat des marbres et le luxueux décor des chapiteaux et des sculptures. Nous laisserons les archéologues américains, familiarisés avec les proportions et les profils de notre architecture médiévale, formuler les réserves qu'il convient de faire sur la maigreur et le tracé défectueux des arcs, sur la hauteur exagérée des dés servant de support aux colonnettes du premier étage, car l'échelle de la délicate architecture transportée ici s'en trouve absolument faussée. Les mêmes juges se demanderont aussi sans doute pour quelle raison les arcades du rez-de-chaussée retombent sur des supports qui ne sont ni du même âge, ni de la même hauteur et pourquoi des colonnettes, qui n'ont jamais été jumelles, se trouvent fortuitement accouplées sous le même tailloir.
Chicanes d'archéologues, dira-t-on peut-être ! Mais, précisément, ne s'agit-il pas ici tout d'abord et avant tout d'archéologie ?
Une chanson de geste célèbre, un pèlerinage non moins fameux avaient rendu populaire jadis le nom de Saint-Guilhem-du-Désert, que connaissent seuls aujourd'hui quelques médiévistes. C'est le nom d'un monastère méridional fondé sur les confins des anciens small columns alone with their bases and capitals are old. All the rest is modern, arches and brick front whose coldness seems in strange contrast with the
DÉTAIL DU CLOITRE DE St-MICHEL DE CUXA, D'APRÈS UN DESSIN DE VIOLLET-LE-DUC.
FRAGMENTS OF ST-MICHEL OF THE CUXA'S CLOISTER, DRAWING BY VIOLLET-LE-DUC.
The ground floor gallery of the nave is thus mostly made up of fragments from the cloister of Saint-Guilhem-du-Désert. The small columns from the cloister of Trie were reserved for the upper gallery. We must repeat that this disposition looks more picturesque than logical for you must be very keen-sighted indeed to study from the ground floor, the front of the first floor capitals facing the nave ! In those two galleries, the
PARTIE DU CLOITRE DE St-MICHEL DE CUXA, REMONTÉE DANS L'ÉTABLISSEMENT DE BAINS DE PRADES. A PART OF St-MICHEL OF THE CUXA'S CLOISTER, REBUILDING IN THE BATH ESTABLISHMENT OF PRADES.
PARTIE DU CLOITRE DE St-MICHEL DE CUXA, REMONTÉE DANS LA FAÇADE DE L'ÉGLISE DE PRADES. A PART OF St-MICHEL OF THE CUXA'S CLOISTER, REBUILDING ON THE FRONT OF CHURCH PRADES.
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diocèses de Lodève et de Maguelonne, dans une gorge étroite, par Guillaume au Court-Nez, le compagnon de Charlemagne, le célèbre Guillaume d’Orange des cycles épiques. Il ne reste plus aujourd’hui du monastère déchu que l’église et des vestiges du cloître, mais nul visiteur ne peut oublier, après en avoir reçu la forte impression, la vision de cette rude architecture, importée de la Haute-Italie, en accord intime avec l’apreté du site, qu’éclaire une lumière crue, déjà presque africaine.
Suivant un usage courant dans cette région de la France et qu’on retrouve notamment à Elne ainsi qu’à Ripoll en Catalogne, le cloître de Saint-Guilhem du Désert comportait deux galeries superposées. La galerie inférieure, de l’époque romane, est encore en place ; la galerie supérieure de la fin du xiiie siècle est celle qui a été transportée en Amérique.
Après la Révolution, qui avait épargné le monastère, le cloître échut à un maçon qui l’exploita comme une carrière pendant de longues années. L’abbé Vinas rapporte qu’il se souvenait du temps où, lorsqu’on avait dans la contrée une voûte à construire, on allait au cloître de Saint-Guilhem chercher du tuf au rabais, en emportant une statue par-dessus le marché (1). C’est ainsi que de magnifiques débris de sculpture se trouvaient encore disséminés dans les environs de Saint-Guilhem au temps de l’abbé Vinas et qu’ils étaient employés bien souvent à l’usage le plus profane. Deux statues retournées servaient de marches d’escaier à la maison d’un serrurier de Montpeyroux ; sur une statue de Saint-Pierre merveilleusement drapée, un saleur d’olives du même village avait longtemps pilé du salicor. Ailleurs, un magnifique chapiteau, sur lequel étaient sculptés les douze apôtres, servait de contre-poids à un tourne-broche. Mais la plus grande partie des sculptures et des colonnettes du cloître supérieur de Saint-Guilhem avait trouvé un asile très pittoresque dans le jardin Vernière à Aniane. On admirait notamment une pergola dont les supports n’étaient autres que les colonnettes du cloître en question.
Ce sont tous les fragments jadis entreposés dans le jardin d’Aniane qui ont été embarqués vers 1905 pour l’Amérique. Nous les retrouvons dans la galerie inférieure de la « nef » du Musée. Parmi ces très beaux spécimens de la sculpture provençale de la fin du xiiie siècle, on citera surtout des feuilles d’acanthe très librement interprétées, des chapiteaux historiés, des fûts dont les cannelures sont traitées en forme de chevrons. Ces fragments, autrefois conservés dans le jardin Vernière, n’étaient peut-être pas tous intégralement originaires du cloître de Saint-Guilhem. Quelques-uns pouvaient également provenir du cloître d’Aniane. Revoil,
(1) Abbé Vinas. Visite rétrospective à Saint-Guilhem du Désert, 1875.
bright marbles and rich setting of the capitals and sculptures. We leave it to American archeologists familiarised with the proportions and profiles of our medieval architecture, to take exception to the thin, ill-drawn arches, excessively high blocks supporting the first floor columns, for the scale of the dainty architecture conveyed here becomes warped altogether. No doubt the same judges will also inquire why the ground floor arcades fall down on supports which have neither the same age nor the same height, and why columns, never twin before, are fortuitously yoked under the same abacus.
Archeologists’ quibbles, you will say ! Precisely have we not here to deal above all with archeology ?
A famous heroic song, a no less famous pilgrimage formerly popularized the name of Saint-Guilhem-du-Désert, only known nowadays to a few mediaevalists. It is the name of a southern monastery founded on the boundaries of the former dioceses of Lodève and Maguelonne, in a narrow gorge, by Short-Nosed William, Charlemagne’s companion, the celebrated William of Orange of epic cycles. To-day there is nothing left of the fallen monastery but the church and remains of the cloister ; yet no visitor can ever forget, once he has felt the deep impression, the vision of that uncouth architecture from Higher Italy, in close accordance with the rough site under crude, almost African light.
According to a custom frequent in that part of France and particularly to be met with at Elne as well as at Ripoll in Catalonia, the cloister of Saint-Guilhem-du-Désert included two superposed galleries. The lower gallery, belonging to the Romanesque period, is still in its place ; the higher gallery of the end of the xiiith. century was shipped over to America.
After the Revolution which had spared the monastery, the cloister fell to a mason who turned it into a profitable quarry for a good many years. Abbé Vinas relates he could remember the time when people of the neighbourhood who had a vault to build, would come to the cloister of Saint-Guilhem for cheap stuff and carrying away a statue into the bargain.
Thus beautiful fragments of sculpture were still found scattered in the vicinity of Saint-Guilhem in the time of abbé Vinas, being very often used most profanely. Two overturned statues served as stairs in the house of a Montpeyroux locksmith; on a wonderfully draped statue of Saint Peter, an olive salter of the same village had long pounded saltwort. Elsewhere, a magnificent capital on which the twelve apostles were sculptured, was used as a counterpoise to a kitchen-jack. But the greater part of the sculptures and columns of the upper cloister of Saint-Guilhem had taken a very picturesque refuge in Vernière garden at Aniane. One could particularly admire a pergola whose support was nothing
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CL. ARCHIVES PHOTOGRAPHIQUES.
LE CLOITRE DE St-GUILHEM DU DÉSERT.
CLOISTER OF St-GUILHEM OF THE DESERT.
qui en a dessiné et publié quelques-uns en 1873, dans son Architecture romane du Midi de la France, établit une distinction entre les sculptures d'Aniane et de Saint Guilhem. C'est ainsi qu'il donne comme provenant d'Aniane le beau chapiteau historié du xiiie siècle, représentant les supplices de l'enfer et un tailloir élégamment décoré de feuilles de vigne (i), tous deux aujourd'hui à New-York. L'opinion de cet auteur mérite d'être prise en considération. Dans une charte datée de 1206, du Cartulaire de Gellone, il est question du cloître neuf de
(i) Revoll. Op. cit. T. III, p. 28 et pl. LVII.
CL. ARCHIVES PHOTOGRAPHIQUES.
LE JARDIN VERNIÈRE A ANIANE, FRAGMENTS DU CLOITRE DE St-GUILHEM DU DÉSERT.
GARDEN VERNIÈRE AT ANIANE, FRAGMENT OF THE St-GUILHEM OF THE DESERT CLOISTER.
else than the columns of the cloister above mentioned.
All those fragments formerly stored up in the garden at Aniane were about 1905 shipped over to America. We see them in the lower gallery of the "nave" in the Museum among those very fine samples of Provence sculpture towards the close of the xiith. century, we must name acanthus leaves very freely interpreted, adorned capitals, whose fleeting is shaped like-zigzag moulding. Such fragments formerly kept in Vernière garden, may not have all come from the cloister of Saint-Guilhem. Some might likewise come
CL. ARCHIVES PHOTOGRAPHIQUES.
JARDIN VERNIÈRE A ANIANE, FRAGMENTS DU CLOITRE DE SAINT-GUILHEM DU DÉSERT.
GARDEN VERNIÈRE AT ANIANE, FRAGMENTS OF THE St-GUILHEM OF THE DESERT CLOISTER.
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Saint-Guilhem. Cette expression pourrait bien s'appliquer aux galeries du cloître supérieur, aujourd'hui si dispersé et en donnerait en même temps la date.
L'odyssée du cloître de Saint-Guilhem du Désert, toute aventureuse qu'elle soit, paraîtra presque banale à côté de l'étrange destinée du cloître de Trie (Haute-Garonne), dont de nombreux fragments forment actuellement le promenoir de la galerie supérieure du Musée américain. On n'apprendra pas sans étonnement en effet, que l'autre partie du même ensemble a été remontée dans le jardin Massey à Tarbes. Voici la clef de cette apparente énigme.
Le couvent des Carmes de Trie ayant été complètement dévasté par les Huguenots en 1571, les religieux, désireux de se créer des subsides pour la restauration de leurs bâtiments, vendirent contre argent comptant la moitié de leur cloître aux Bénédictins de Saint-Sever de Rustan, qui avaient eu à souffrir de pareils dommages de la part des protestants (1). Suivons d'abord l'histoire de ce demi-cloître ainsi transporté à Saint-Sever. Il y fut remonté sur le plan d'un quadrilatère de proportions restreintes et demeura en place jusqu'en 1890 (2), époque à laquelle il fut vendu pour 4.000 francs à la ville de Tarbes, qui en fit rétablir les galeries au jardin Massey, dans le courant de la même année.
Quant à l'autre partie du cloître restée aux Carmes de Trie, elle dut être démolie à la Révolution et les fragments durent en être dispersés suivant l'habitude.
Le lot principal était conservé à Trie même dans la maison Curie-Seimbres, qui ne comptait pas moins de 26 chapiteaux, provenant de cet ensemble, frères de ceux transportés au jardin Massey de Tarbes, et comme eux taillés dans le même marbre blanc de Saint-Béat. Il suffit de lire la description de ces chapiteaux de la collection Curie-Seimbres, par MM. Louis Caddau et l'abbé Joseph Dulac (3), pour se rendre compte que ce sont eux qui ont fait les frais de la galerie du deuxième étage du Musée de New-York. Il n'est que juste de rappeler que la découverte de la véritable date du cloître (fin du xve siècle) est due à ces deux auteurs.
La façade du Musée de New-York est ornée de chaque côté de la porte centrale de trois petits arcs sur colonnettes à chapiteaux de marbre ayant appartenu, suivant le « brief guide » à un cloître détruit des environs de Saint-Gaudens. Nous avons eu la curiosité de rechercher quelle pouvait être la provenance exacte de ces intéressants vestiges. Il est infiniment probable qu'ils sont originaires de la célèbre abbaye cistercienne de Bonnefont-en-Comminges, détruite à la Révolution, et dont l'on retrouve des débris un peu partout dans le
(1) D. Brugèles. Chroniques ecclésiastiques du diocèse d'Auch, p. 481.
(2) Nous signalons une vue du cloître de Saint-Sever de Rustan, avant son transport à Tarbes, dans le livre de Cénac Moncault, intitulé Voyage archéologique et historique dans l'ancien comté de Bigorre (1856), p. 35.
(3) Les monuments de la Bigorre. Le cloître de Trie, Tarbes, 1899.
from the cloister of Aniane. Revoil, who drew and published a few in 1873 in his Architecture romane du Midi de la France, makes a discrimination between the sculptures of Aniane and of Saint-Guilhem. Thus as he mentions, as from Aniane the fine adorned capital of the xiiith. century representing the tortures in hell and an abacus elegantly decorated with wine leaves, both now in New-York. Such an author's opinion deserved to be seriously considered. In a charter dated 1206, of the Gellone cartulary, there is mentioned a New-cloister of Saint-Guilhem. That phrase might very well apply to the galleries of the upper cloister today so widely scattered while it would at the same time indicate its date.
The wanderings of the cloister of Saint-Guilhem du Désert, adventurous as they may be, will look almost common place beside the strange fate of the cloister of Trie (Haute-Garonne) numerous fragments of which at present constitute the promenade of the upper gallery in the American museum. It will certainly be heard with astonishment that the other part of the same ensemble was reconstituted in the Massey garden at Tarbes. This is the key to the seeming enigma.
The convent of the Carmelites of Trie having been totally ruined by the Huguenots in 1571, the monks, eager to find out resources for the restoration of their buildings, sold for cash half their cloister to the Benedictines of Saint-Sever de Rustan who had had to suffer similar damages from the Protestants. (1). Let us first follow the history of that half-cloister thus removed to Saint-Sever. There it was built up again according to the plan of a quadrilateral of reduced proportions and remained in the same place till 1890 (2) when it was sold for 4.000 francs to the town of Tarbes and the galleries were set up in the Massey garden in the course of the same year.
As to the other part of the cloister left in the possession of the Carmelites of Trie, it must have been pulled down during the Revolution and the fragments were very likely scattered away according to the then prevalent practice.
The chief portion was preserved at Trie itself in the Curie-Seimbres' house which numbered no fewer than 26 capitals from that ensemble, closely akin to those removed to Massey garden at Tarbes, and just like them carved out of the same Saint-Béat white marble. It is enough to read the description of such capitals in the Curie-Seimbres collection, by MM. Louis Caddau and abbé Joseph Dulac, to realize that they account for the second floor gallery of the New York Museum. It
(1) D. Brugèles : Chroniques ecclésiastiques du diocèse d'Auch, p. 481.
(2) We call attention to a view of the cloister of Saint-Sever-de-Rustan before its removal to Tarbes, in Cenac Montault's book entitled Voyage archéologique et historique dans l'ancien comté de Bigorre, 1856, p. 35.
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LE JARDIN VERNIÈRE A ANIANE, FRAGMENTS DU CLOITRE DE SAINT-GUILHEM DU DÉSERT.
GARDEN VERNIÈRE AT ANIANE, FRAGMENT OF SAINT-GUILHEM OF THE DESERT'S CLOISTER.
CHAPITEAU ET TAILLOIR D'ANIANE XIIIe SIÈCLE.
CAPITAL AND ABACUS OF ANIANE Xliith. CENTURY.
FRAGMENT DE SCULPTURE PROVENANT DE SAINT-GUILHEM DU DÉSERT. — MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE MONTPPELLIER.
FRAGMENT OF SCULPTURE DEPENDANT OF SAINT-GUILHEM OF THE DESERT. ARCHEOLOGIC MUSEUM OF MONTPPELLIER.
CHAPITEAU DE SAINT-GUILHEM DU DÉSERT.
CAPITAL OF SAINT-GUILHEM OF THE DESERT.