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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
MAI 1925
SOMMAIRE
80 ILLUSTRATIONS DANS LE TEXTE
- ARSÈNE ALEXANDRE
- De Poussin à Corot.
- 24 Illustrations.
- HENRI CLOUZOT
- L'Exposition des Arts Décoratifs à Vol d'Oiseau.
- 27 Illustrations.
- GUILLAUME JANNEAU
- La Maîtrise.
- 15 Illustrations.
- ALBERT FLAMENT
- Salle de Bains moderne.
- 6 Illustrations.
- POL DIRION
- Le Peintre de Montmartre. Maurice Utrillo.
- 7 Illustrations.
- LE CURIEUX
- Le Carnet d'un Curieux.
- 1 Illustration.
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Jeanne Lanvin
Couture, Mode, Fourrures, Lingerie
22, Faubourg Saint Honoré, Paris.
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1867-1925
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HENRY LAPAUZE
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HENRY LAPAUZE
J'APORTE à HENRY LAPAUZE, au seuil de cette revue, héritière de sa pensée et gardienne de sa mémoire, l'hommage de tous les artistes qu'il a servis et honorés. Frappé dans la force de l'âge, il nous semblait en pleine jeunesse et nos regrets se mesurent à toutes les espérances qui reposaient encore en lui.
Si réelle que fût l'unité de son œuvre et de sa vie, il serait certes malaisé d'en fixer tous les aspects ou d'en tracer les limites. Profondément attaché aux principes de l'art classique, épris des fortes disciplines, dévôt fervent des plus austères maîtrises, il ne s'interdisait pourtant aucune incursion d'avant-garde dans les directions très diverses qui sollicitaient tour à tour sa curiosité jamais lasse. « Les vrais hommes de progrès, observe Ernest Renan, sont ceux qui ont conservé le respect profond du passé ». Lapauze était de ceux-là. « La tradition, écrivait-il, est toujours en mouvement ; jamais elle n'est tout le passé mais seulement, de ce passé, ce qui continue de vivre ». S'il eut à cœur d'exalter l'Académie de France à Rome, de glorifier Ingres et David, de réclamer et d'obtenir le statut des musées de province, d'appeler sur la misère de nos palais de Versailles l'attention de tous les amis que la France compte dans le monde, il sut aussi révéler les trésors d'art que recèlent les modernes ateliers des décorateurs parisiens et montrer dans les productions de nos industries de luxe des sources d'infinie richesse, ou d'universel rayonnement.
L'année 1925 promettait à son effort une double consécration. Au Petit-Palais s'ouvrirait la grandiose Exposition des Paysagistes Français qu'il préparait depuis longtemps avec science et avec amour ; c'est au cours de ses enquêtes, poursuivies à travers la France, à la recherche des chefs-d'œuvre, que la maladie mortelle vint l'abattre tout d'un coup. Au Grand Palais devait s'ouvrir l'Exposition des Arts Décoratifs modernes dont il fut, dès la première heure, un des plus fervents apôtres. Je le revois, préparant, pour nos grandes villes de province, appelées à faire le bilan des ressources régionales, les modèles parisiens destinés à guider leur goût et à orienter leur choix. Il assemblait, classait lui-même : meubles, étoffes, bibelots, dans ces sous-sols du Palais où, peu d'années auparavant, il abritait les œuvres d'art arrachées à l'ennemi.
A quoi tint chez HENRY LAPAUZE la constance d'un succès qui ne s'est jamais démentie ? Etait-ce une heureuse chance, quelque hasard favorable ou plutôt le rare privilège d'unir en lui des dons contraires et des qualités opposées ? Qui l'eût vu, d'allure décidée, le verbe haut, le geste scandant la voix, cherchant et brusquant l'attaque, sachant lancer le mot qui porte et la nouvelle qui émeut, n'eût pas soupçonné, dès l'abord, sa souple diplomatie, sa puissance de persuasion, cette constante maîtrise de soi, ce sens aigu des réalités, cette patience infinie qui, dans la recherche ou l'action, le conduisait sûrement jusqu'au bout de ses desseins. Surtout il avait la foi ; elle fut le secret de sa force. Il avait foi en lui-même, en son destin, en son œuvre qu'il avait étroitement liée aux intérêts les plus hauts de l'intelligence française.
En mars 1918, à l'heure même où les obus éclataient au cœur de Paris, il fondait cette revue et fièrement lui donnait son titre, affirmant sa certitude des résurrections prochaines, sa confiance dans l'intégrité des destinées nationales. « Le grand luxe est fait de clarté, de sobriété, de raison », écrivait Arsène Alexandre, traçant le nouveau programme. Les grandes leçons du passé devaient conseiller l'avenir.
HENRY LAPAUZE cultivait au plus profond de lui-même la fleur sacrée de l'amitié. Elle survit au cœur de ceux qui l'ont connu, servi, aimé. La mort a passé, la phalange a serré ses rangs, mais elle est restée debout. Une vaillante main a repris le flambeau qui était tombé d'entre des mains défaillantes. Ce n'est pas par de vains regrets que nous entendons honorer la mémoire d'un grand créateur de la pensée et de l'action, c'est en demeurant fidèle à sa suprême maxime : « Au travail par delà la vie et par delà les tombeaux ».
PAUL LÉON
Directeur des Beaux-Arts
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NICOLAS POUSSIN. — BACCHANALE. — MUSÉE DU PRADO, MADRID.
CL. ANDERSON
DE POUSSIN A COROT
C EPENDANT que sur une rive de la Seine la France déploie tout ce qu’il y a de vivant dans les ressources toujours renaissantes de son génie et affirme ainsi combien l’on peut avoir confiance en son avenir, sur l’autre rive, elle repasse dans un éblouissant résumé, l’enchaînement glorieux de son passé.
L’Exposition des Arts Décoratifs d’une part, et de l’autre celle des Peintres Français de la Nature Française, voilà le tableau admirablement équilibré, le bilan lumineux qui viennent, avec tant d’opportunité, répondre à ceux qui voient les choses en noir, au moment où se termine le premier quart du xxe siècle.
Au second panneau de ce grandiose diptyque, nous voilà forcés d’accrocher un crêpe. Ce qui devait être
Voir dans le n° de Février 1925, l’article de M. Camille Gronkoswky : Regard sur une Exposition prochaine, le paysage Français de Poussin à Corot.
une joie et un triomphe pour celui qui, depuis des années, avait muri le plan de cette unique Exposition De Poussin à Corot, devient, pour ses collaborateurs du Petit Palais et de la Renaissance une occasion de sentir plus vivement le vide que laisse son départ en pleine force animatrice, en pleins projets d’avenir, toujours pour la plus grande gloire de l’Art français... Suivons toutefois ses leçons, et remettons-nous au travail, comme Henry Lapauze l’aurait aimé, et commentons le puissant ensemble que son enthousiasme et son crédit, auprès des dépositaires de tels trésors, avaient réussi à réunir des quatre points cardinaux du monde artistique.
De Poussin à Corot ! C’est donc, au Petit Palais, une des plus considérables Expositions d’Art Français qu’on ait vues depuis de longues années.
La plus considérable peut-être. En effet, toutes les époques ne se prêtèrent pas à une démonstration, à un inventaire de cette sorte. Les siècles même qui ont
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CL. ARCHIVES PHOTOGRAPHIQUES
NICOLAS POUSSIN. — LE TRIOMPHE DE PAN.
APPARTIENT A M. PAUL JAMOT.
CLAUDE LORRAIN. — PAYSAGE AVEC MOULIN.
COLLECTION DU PRINCE DORIA, ROME.
CL. ANDERSON
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CLAUDE LORRAIN. — LA MADELEINE REPENTANTE.
MUSÉE DU PRADO, MADRID.
VAN DER MEULEN. — CONVOI DE TROUPES. — APPARTIENT A M. P. CAILLEUX.
CL. R. GAUTHIER
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
précédé le nôtre auraient-ils pu l'entreprendre ? Au début du XVIIe, Poussin était un annonciateur de temps nouveaux pour la pensée, peut-être plus encore qu'un apôtre des temps révolus. Aussi l'idée d'avoir commencé par lui est-elle aussi juste que féconde. Elle ne nie en aucune façon la grandeur, la beauté, l'acheminement les esprits n'étaient pas accoutumés à ces sortes de révisions, malgré la passion avec laquelle on avait discuté la valeur respective des Anciens et des Modernes. Le XVIIIe était trop lancé dans sa marche pour se retourner sur la route, et, au moment où le XIXe commença, l'on ne se doutait pas, au lendemain d'une mêlée et à la
CLAUDE LORRAIN. — PAYSAGE. — MUSÉE DE RENNES.
mème de tout ce qui l'avait précédé. Elle n'oppose point non plus une barrière de tradition aux poussées innovatrices de notre propre temps, puisque Poussin fut, suivant l'expression si saisissante de Delacroix, « un novateur de l'espèce la plus rare ». Elle fait seulement de lui, la base même, la puissante base de l'édifice historique, que l'on a rassemblé en ce Petit Palais, et qui une fois disposé laissera une image durable et des leçons décisives.
A la fin du XVIIe siècle, une époque était close, mais veille d'une autre, de tout ce qui faisait la beauté, le charme, l'allégresse de ce que nous admirons aujourd'hui.
Imaginez ce qu'aurait été alors une Exposition rétrospective — le mot même, ni la chose, n'auraient seulement pas été compris, — de l'art des siècles précédents.
Watteau, Fragonard et Boucher, à plus forte raison les adorables petits Maîtres s'y seraient vus tout au plus tolérés, malgré l'appréciation qu'en faisait une rare et obscure élite. On n'aurait même pas pu s'apercevoir que la nature, sous mille apparences diverses, n'a jamais
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NICOLAS LANCRET. — QUE LE CŒUR D'UN AMANT EST SUJET À CHANGER. — APPARTIENT A M. ÉDOUARD JONAS.