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1920
GRAND PALAIS
SALON
D'AUTOMNE
DU 15 OCTOBRE AU 12 DÉCEMBRE
ENSEMBLES DÉCORATIFS
PRIX D'ENTRÉE 2F — LES DIMANCHEs MAIN 1F
LE JOUR DU VERNISSAGE 14 OCTOBRE 10F
BÉRANGÈRE LASSUDRIE. — AFFICHE POUR LE SALON D'AUTOMNE.
CL. REN.
RÉFLEXIONS
D'AUTOMNE
UNE revue telle que La Renaissance de l’Art Français ne peut point passer sous silence le Salon d’Automne. Elle ne peut pas non plus suivre la vieille mode qui consistait à distribuer des bonnes et des mauvaises notes à toutes les œuvres, discutable palmarès qui avait pour moindre défaut de proclamer les qualités au moment où les ombres de la saison s’épaississaient dans les salles, où les cadres mêmes attendaient le décrocheur.
Le nombre toujours croissant des exposants transformait peu à peu les comptes rendus en un Bottin d’appréciations dont les épithètes ne changeaient pas plus que les marques de fabrique. On s’exténuait à demander du nouveau, comme si chaque saison pouvait en produire et lorsque certains donnaient avec candeur du trop nouveau, c’est-à-dire de l’informe, seule manière de renouveler la forme, on leur tapait dessus avec une louable conviction, et ils n’avaient, après tout, que ce qu’ils méritaient.
Ces temps paraissent excessivement lointains. L’heure n’est guère aux appréciations, puisqu’elles sont généralement récusées par les intéressés : les éloges qu’on peut faire d’un artiste méconnu parviennent difficilement à attirer sur lui l’attention des amateurs qui cherchent la
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JULES FLANDRIN. — AU SOLEIL D'UN BEAU DIMANCHE
cote ; les critiques que l'on peut faire du dessin défectueux et de la couleur intolérable de tel peintre ou de tel groupe ne réussissent qu'à leur procurer plus de succès auprès de leurs admirateurs puisque toutes les couleurs sont tolérées et que précisément c'est parce qu'ils dessinent mal qu'on leur attribue du génie.
Tout le service que peut rendre l'écrivain qui réfléchit sur les questions d'art non pas parce qu'elles traitent de l'art, mais parce qu'elles sont une manifestation comme une autre de la vie, c'est d'observer attentivement les tendances, de les classer, d'en tirer quelques conclusions qui permettent aux gens de bon sens et de bon vouloir de s'y reconnaître un peu dans la cohue. Sa récompense, c'est de réussir parfois à empêcher de bons art stes de
FÉLIX VALLOTTON. — JEUNE FILLE AUX ROSES.
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MAURICE DENIS. — BACCHANALE.
trop douter d'eux-mêmes et des maîtres qui les ont précédés et qui ne connaissaient pas les affolements de notre temps.
Le Salon d'Automne de 1920 a été vraiment le pre-
mier qui semble devoir compter depuis la guerre. Celui de l'an dernier était encore mal déterminé et confus. On y sentait plus d'énerverment que de volonté, plus de reprises que de premières, pourrait-on dire en emprun-
PIERRE GIRIEUD. — TERRE ANTIQUE.
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QUILLIVIC.
- PRIÈRE DOULOUREUSE.
AUX MÈRES ET AUX VEUVES DE BRETAGNE
JEAN-RENÉ CARRIÈRE.
- LE DÉPART DU POILU
tant la langue du théâtre. Cette année cela s'ordonnait mieux, avec plus de netteté, et la diversité n'était pas moins grande mais l'attrait était plus vif. On discernait, il faut le reconnaître, un commencement d'orientation dans les jeunes écoles. Certains tempéraments un peu trop fougueux ou mal embarqués semblent avoir jeté leur gourme. Chose curieuse, dans l'excentricité même s'établit plus d'équilibre, et l'on peut, sans trop d'illusions, dans tant de tâtonnements et d'avortements même, distinguer les promesses d'une véritable renaissance (ce qui n'est pas pour nous déplaire), quand cette renaissance ne devrait aboutir qu'à des usages simplement décoratifs.
Mais disons tout de suite que si cette tendance décorative domine encore largement, il faudrait regarder de façon bien superficielle ou bien prévenue pour ne pas apercevoir aussi les progrès d'une tendance intellectuelle qui pourrait bien un jour soit primer de nouveau la servitude matérialiste, soit seulement lutter avec elle à forces égales, ce qui serait déjà considérable.
Ce ne sera pas faillir à l'actualité que de reprendre un peu les choses de plus haut. Quel était l'état de l'art,
CL. REN.
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En haut:
- H. DE WAROQUIER.
- L'ÉGLISE D'ENTREVAUX.
En bas:
- RAPHAEL DELORME.
- DANSEUSES.
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d'une façon illimitée. Il y avait du Stravinskisme en peinture et en sculpture, comme en musique.
D'autre part, la recherche de l'incomplet, sous l'influence de quelques succès de snobisme, était devenue la règle. Plus les lignes étaient sommaires ou heurtées, plus la couleur était criarde et fausse, plus le thème se rapprochait de la nullité, et plus on trouvait de badauds pour dire : « Je ne comprends pas mais c'est peut-être bien », au lieu de dire franchement et courageusement : « Je comprends qu'il n'y a là rien du tout et c'est une mauvaise farce que ces malheureux nous jouent ou se jouent à eux-mêmes. » Sous l'invocation de Cézanne qui aurait été le premier à regarder avec horreur ces étranges dévots de sa belle impuissance, on était arrivé aux estropiements et aux balbutiements volontaires. D'un autre côté, des esprits chimériques, acharnés à l'autosuggestion, voyaient dans une espèce de géométrie fantaisiste, un moyen de renouveler cette partie de l'école qui s'était embourbée dans la sensation. Avec des cubes et des triangles, des plans rentrant les uns dans les autres, on prétendait régénérer la peinture qui avait eu une indigestion de pommes rouges et vertes sur une table de travers, ou qui était tout étourdie de la sarabande effrénée des arbres.
On a dit parfois que si les triangles avaient le pouvoir de faire un dieu, ils le feraient triangulaire. On s'étonnait lorsqu'on rencontrait un cubiste, de le voir tout
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En haut :
Mlle Duau. — Portrait de Mme J.
En bas :
Desvallières. — Le confessionnal.
chez nous, tel du moins qu'on le peut analyser d'après les grands Salons, juste à la veille de la guerre ?
Il n'y a pas à le contester, l'exotisme était en grande faveur, et l'Allemagne en particulier, avec ses dogmatiques exagérations de nos artistes dits d'avant-garde, se croyait déjà en droit et en mesure de faire chez nous la loi. Il semblait qu'il fallut, pour être accepté de nos bons amateurs, qu'un artiste fût sacré à Berlin, à Munich ou à Karlsruhe. Des achats d'œuvres d'art, habilement ménagés, donnaient une autorité particulière à ceux qui se préparaient à en détruire ou à en détourner bien davantage. Les Russes avaient également voix prépondérante au chapitre, et leurs ballets, dont nous nous garderons bien de contester l'originalité et la séduction, avaient influé sur tous les arts
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CLICHÉS REN.
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BÉNITO. — PORTRAIT DE Me M. R.
CL. BEN.
composé des mêmes lignes que vous et moi, et habillé de la façon la plus sobre.
Nous savons parfaitement que c’était la partie bruyante du monde artistique, et celle qui était censée faire les réputations plus qu’elle ne les faisait en réalité. Nous avons toujours proclamé qu’il existait encore beaucoup d’excellents artistes qui maintenaient pour l’avenir l’École française à un niveau fort honorable. Nous en avons vu cette année même la preuve convaincante dans ce superbe résumé de l’art contemporain : le musée du Petit Palais. Cependant, il suffisait que le trouble fût entré dans certains esprits, que le lâché et le brutal fussent à la mode, et que de leur côté les maîtres censés chargés de défendre les traditions fussent tombés dans un découragement impuissant ou dans un scepticisme égoïste, pour que l’on pût considérer l’état général de l’art français comme de ple ne décadence.
Vint la guerre. Les jeunes furent interrompus ou cruellement fauchés ; certains ainés déconcertés, inactifs, incapables souvent de réagir, à plus forte raison de créer. Et toutefois, ce qu’il y a de beau dans l’âme de la France, c’est que pas un moment le courant ne fut véritablement interrompu. Les recherches cont’nuèrent dans beaucoup de tranchées et dans quelques ateliers. Les esprits mis en présence d’événements inouis, de surhumaines épreuves, de considérations sublimes, se trempèrent. Et, de même qu’il ne faut pas croire que la France entière danse le tango et met sa gloire à jeter l’or — c’est-à-dire le papier — par les fenêtres, de même il est résulté du formidable, complexe, infernal trem-
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HENRI OTTMAN. — LA MUSIQUE AU LUXEMBOURG.
blement, une trempe nouvelle pour les caractères et les talents.
C'est de là, sans doute, que vient ce relatif commencement d'équilibre que l'on constate au Salon d'Automne si on le visite avec calme et sans prévention en quel que sens que ce soit Nous ne pouvons pas nous écrier : novus rerum nascitur ordo. Mais nous devons déclarer que l'espoir en ce nouvel ordre de choses n'est pas trop impossible à concevoir.
D'une façon générale le goût de la composition ne prédomine pas encore sur celui du littéral « d'après nature », ni sur celui de la déformation systématique et arbitraire, mais toutefois ce goût de conception et d'arrangement s'affirme de façon très heureuse dans un assez bon nombre d'œuvres importantes pour que cela donne tout de suite au Salon une tout autre allure que celle des précédents.
Le dessin devient une expression personnelle peut-être pas assez souple et sa vante, — défaut de l'enseignement, ou plutôt absence de tout bon enseignement, — mais du moins qui offre des aperçus, des confidences, ou même d'involontaires
MME MARVAL.
LA PORTEUSE DE FLEURS.
CL. REN.
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VAN DONGEN.
PORTRAIT DE MME JENNY SACERDOTE.
aveux qui ne manquent pas d'intérêt pour celui qui sait lire, non entre les lignes, mais dans les lignes elles-mêmes.
La couleur est lourde et riche. Elle a une tendance à devenir boueuse et opaque. On voit que beaucoup de jeunes peintres ne se rendent pas compte que la brutalité s'annihile d'elle-même, et que la puissance ne vient que de l'emploi raisonné des valeurs. Mais, encore une fois, on voit parfaitement que, laissant de côté ceux qui ont cherché l'excentricité et érigé l'insuffisant en moyen de parvenir, il y a toute une jeune école qui cherche très sérieusement et pourrait bien trouver un jour, si les succès prématurés et la spéculation impatiente ne les arrêtent pas en route. En même temps certains artistes, naguère contestés ou dédaignés par une critique ou des ateliers trop réactionnaires sans assez d'autorité justifiée par une valeur quelconque, prennent des places vraiment importantes.
Quelques exemples suffiront, puisque nous avons déclaré renoncer aux palmarès et aux comptes rendus en règle.
M. Maurice Denis est un de ceux qui ont continué d'une façon sereine et indépendante à produire des œuvres fortement conçues et senties. Sa grande Fête païenne montre qu'en artiste complet, il peut s'inspirer tour à tour du principe de joie, comme dans les compositions religieuses, du principe de douleur et de sacrifice. Cette grande toile parfaitement équilibrée est présentée au Salon d'une façon forcément désavantageuse puisqu'elle est destinée à une place dont l'éclairage et l'en ourage sont spécialement calculés. Ce n'en est qu'une épreuve plus certaine de la valeur de l'œuvre et de la nécessité de l'effort.
M. Desvallières pousse la sensibilité jusqu'à la souffrance, mais il y a dans ses peintures mystiques qui demeurent inachevées et troublées, un accent qui émeut.
Un nouveau venu, M. Louis Riou, dans deux peintures de scènes bachiques, semble annoncer un très vigoureux tempérament de peintre et un don de verve et de plénitude dans la composition qui font bien augurer de ce début. Pourvu qu'il ne cherche pas à avoir du génie et qu'il ne croie pas comme nous l'avons vu chez certains de se ses prédécesseurs, que la marque du génie est la déraison !
On appréciera aussi, non sans quelques réserves sur un dessin un peu systématique et sur une couleur trop pauvre le sentiment très touchant qui règne dans les deux compositions pieuses de Mme Peugniez. Un artiste d'une haute conscience, M. Girieud, conserve quelque chose d'un peu contraint, mais il y a toujours dans ses compositions, telles que les scènes antiques de cette année, des visées nobles et une méditation cultivée assez rares. Il suffira, croyons-nous de signaler parmi les tableaux composés,
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En haut :
MME PAULINE PEUGNIEZ.
UN SOIR — HÔTES AU COUVENT.
En bas :
MARCEL LENOIR,
L'ANNONCIATION, FRESQUE.
CLICHÉS REN.
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gages de cette renaissance néo-classique que nous avons remarquée, ceux que nous montrent MM. Marcel Lenoir, Quelvée, Lévy-Dhurmer, P.-E. Colin ; R. Delorme qui, étrange phénomène, s'applique à faire revivre les formes d'art qui furent chères à Hamon et à Gleyre, enfin, quoique moderniste, M.Ottman, de qui la couleur est vive mais non discordante et qui remplace la recherche de la forme par la souplesse de l'exécution.
Une autre catégorie très importante du Salon d'Automne aura été celle des peintures décoratives. Les ébouriffantes et gigantesques fles dure Mme Marval, celles plus disciplinées de M. Gaudissard, font de ces deux grands panneaux des tentatives très à part et très significatives de l'art actuel. M. Jules Flan-drin a appliqué son observation synthétique de la nature et de la vie réelle à des fins décoratives de grand effet. Au rebours, M. de Waroquier refait systématiquement les sites, les recompose tout en les décrivant, et il en résulte des effets nets et puissants des plus attachants.
Il faudrait voir en place les décorations très curieuses d'harmonie de M. Charles Guérin, puisqu'elles ont été faites pour des places déterminées. Jusqu'à nouvel ordre, nous préférons ses peintures plus nourries d'autrefois. MM. Dusouchet, Deltombe, Peské, Valtat, et surtout M. Jeanès furent encore parmi les plus remarquables et les plus personnels décorateurs.
Après cela que citer ? Les noms se pressent dans nos notes, et il ne vous servirait à rien de les voir défiler sous vos yeux. Il est certain que vous aurez apprécié, au moment même où ce numéro paraîtra, le portrait de femme et le nu de Mlle Dufau ; les portraits de Vallotton, de Van Dongen, de Suzanne Valadon, d'Ouvré, de Sabbagh ; — les peintures de types de Mela Muter, de Sureda, de L. Charlot, de Fornerod ; — les puissants paysages de Seyssaud, de Taquoy, de P. de Castro, de de Thorndike, de Gihon, de Diriks, de Zingg ; ceux, plus subtils, de Claude Rameau ; — enfin les morceaux divers, intimités, nus, fleurs, fantaisies d'artistes tels que Camoin, O'Connor, Dorignac, d'Espagnat, P. Baignières, Laprade, Asselin, Tozzi, Pierre Charbonnier, cent autres que vous n'avez pas besoin de nos recommandations pour apprécier.
Nous résistons à la tentation de multiplier ces exemples pour mieux affirmer en terminant notre impression d'espoir dans la vitalité de l'École française. Ce sont des réflexions plus consolantes que celles qu'inspire d'ordinaire l'automne. Nous ne parlons même pas des grands artistes tels que Renoir à qui une rétrospective rend hommage. La meilleure façon de l'honorer et de le continuer, pour les artistes de talent, ce sera de ne pas l'imiter. Croyez-en un homme qui l'a beaucoup aimé et compris il y a de longues années : c'est la seule qu'il aurait approuvée.
ARSÈNE ALEXANDRE
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L. RIOU. — LES VENDANGES.
CL. REN.