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LA CONSTRUCTION MODERNE

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QUARANTIÈME ANNÉE LA CONSTRUCTION MODERNE JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ DIRECTEUR : E. RUMLER FONDATEUR : P. PLANAT ART -- THÉORIE APPLIQUÉE -- PRATIQUE ARCHITECTURE GÉNIE CIVIL -- INDUSTRIE DU BATIMENT PARIS LIBRAIRIE DE LA CONSTRUCTION MODERNE 13, Rue de l'Odéon, 13 1924-1925

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La Quarantaine 40 ans..., à en croire notre répertoire dramatique moderne, c'est la prime jeunesse pour une Parisienne; pour une revue professionnelle, c'est déjà un âge sérieux qui prouve un effort continu et le bon accueil d'une clientèle fidèle. Nous ne voudrions pas laisser passer cette entrée dans notre quarantième année sans remercier nos abonnés de cette fidélité. La Construction Moderne n'est pas un organe confidentiel réservé à un petit nombre — très petit nombre — elle a toujours eu l'ambition, réalisée chaque jour un peu plus, d'être l'organe de tous par tous et, comme nous l'écrivions ici il y a un an, nous ne considérons son succès que comme un encouragement à mieux faire. Notre année écoulée a apporté quelques améliorations matérielles : planches hors texte, texte tiré sur papier de luxe, sans compter notre Bourse de voyage C. M. et le Recueil juridique mensuel. Nous ne considérons tout cela que comme un commencement et nos lecteurs apprécieront prochainement de nouvelles collaborations particulièrement qualifiées dans le domaine artistique ou technique. Nous pensions même pouvoir annoncer aujourd'hui de nouvelles améliorations matérielles importantes, en dehors de la publication de planches doubles qui nous permettront de temps à autre de faire paraître des documents dans le format 25 × 40 ; mais si le journal propose, la vie chère dispose : papier, page subissent de nouvelles hausses qui nous obligent, pour le moment, et afin de ne pas augmenter notre prix d'abonnement, à maintenir seulement l'état actuel de notre revue. Un seul exemple nous justifiera. Imagine-t-on facilement que le seul envoi du numéro : tube et port, représente le 1/6° de l'abonnement. Nous demandons donc à nos lecteurs de nous faire crédit pour cette fois; si, momentanément, ils ne reçoivent plus leur numéro sous tube, nous espérons que la poste voudra bien cependant leur remettre leur exemplaire en bon état. Qu'ils soient, en tous cas, assurés qu'à la première occasion ils seront les bénéficiaires de la moindre baisse des prix de fabrication, en trouvant dans la rédaction et la présentation de leur revue accoutumée d'appreciables progrès. Retour de Vacances Les monuments aux morts Une quinzaine de jours de visite parmi plusieurs régions françaises et je regagnais Paris, me remémorant dans le wagon qui m'acheminait vers la capitale, les sites enchanteurs que j'avais parcourus, trop rapidement, la beauté de la nature, avec sa rudesse ou sa grâce, avec ses montagnes ou ses fleuves, et avec, dans ses panoramas, les monuments légués par les siècles passés : cloîtres, vieilles églises, portes de villes, anciens manoirs et donjons, croix de pierre ou de fer jetant partout cette note pittoresque et artistique qui attire, séduit et réjouit. 40° Année. — N° 1

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LA CONSTRUCTION MODERNE 5 OCTOBRE 1924 Mais pourquoi, me disais-je, faut-il qu’un élément nouveau vienne, trop souvent, briser cette harmonie avec des « monuments aux morts » élevés dans les villes et villages. Pieuse pensée, sans doute, à laquelle je rends hommage, mais était-il utile d’élever une tombe vulgaire, tous les kilomètres de nos routes, pour glorifier le soldat français? Je revoyais ces monuments aux masses disproportionnées, aux silhouettes inélégantes, lorsque le hasard me mit sous les yeux le « Filin » de Clément Vautel, du « Journal ». (1) « Les villes » — écrivait-il — « ont commandé le monument à un artiste connu, consenti les dépenses nécessaires et le résultat final, s’il n’est pas toujours fameux, n’est, en tout cas, jamais tout à fait déplorable…… Dans chaque village, sur la place, il y a un Poilu en pierre ou en bronze, qui sort évidemment d’une de ces usines où les monuments commémoratifs de la guerre sont fabriqués en série, selon le système Taylor… Ah ! le malheureux « héros » qui, sac au dos, musette, bidon, et quart sur la hanche, avec le ceinturon et les cartouchières… agite une palme, une couronne ou quelque autre accessoire symbolique entre le bureau de tabac et le café de la Mairie ! » Tableau précis des horreurs patriotiques qui enlaidissent, et pour longtemps, nos charmants villages. Clément Vautel n’a certes pas vu tous les « Poilus »! Qu’écrirait-il s’il avait rencontré, dans un village bien connu de la contrée laonnoise, le Poilu « Bec de Gaz »? Imaginez-vous le héros, courant sur un socle trop petit, le bras tendu, portant une palme à l’extrémité de laquelle est suspendue une lampe électrique!!! Comme cela, m’a répété plusieurs fois un villageois enthousiasmé, on le voit, même la nuit — comme si ce n’était déjà pas trop de le voir le jour. J’ai surpris des « Poilus » qui s’évanouissaient; des « Poilus » olympiques, faisant des prodiges d’équilibre pour se maintenir sur leurs socles minuscules; des « Poilus » neurasthéniques, et par contre des « Poilus » qui souriaient ou qui chantaient. J’ai rencontré également le « Poilu » microscopique: un petit bronze de 0,50 cm. de hauteur sur une pyramide en pierre de 5 à 6 mètres. Certains… pseudo-artistes ont remplacé le soldat par le coq qui veut être « gaulois ». Fort heureusement, nous ne l’entendons pas, car si son « ramage ressemblait à son plumage », il chanterait bien mal la gloire des héros. Les socles qui accompagnent les bronzes sont aussi malencontreux: lignes déplaisantes, moulures sans distinction, proportions désastreuses, ornementation, avec palmes, accompagnée de supports pour couronnes. Ce n’est pas tout, ces socles sont entourés de balustrades en fer peintes en vert, en jaune, avec des fleurons argentés, c’est tout à fait cimetière et l’effet est complet avec des couronnes de perles et des fleurs fanées; les obus viennent, en supplément, limiter l’emplacement réservé au monument! (1) 17 septembre 1924. Ces obus, ils sont de tous les calibres, de toutes les formes et je pourrais ajouter: de toutes les couleurs; n’ai-je pas vu des projectiles peints en bleu, blanc et rouge? les teintes appliquées en hélice! — pauvre peintre! — « C’est une trouvaille patriotique », m’a déclaré un habitant de ce village de la Haute-Marne que je me dispense de nommer. « Personne » — ajoute Clément Vautel — « n’a été chargé de faire la police de ces monuments choisis sur catalogue. » Dès 1919, les sociétés d’architectes, craignant ce qui est réalisé aujourd’hui, avaient émis des vœux tendant à ce que des commissions spéciales soient chargées dans chaque département d’apprécier la valeur artistique des monuments. Mais les vœux des architectes ne sont jamais pris en considération. Je me souviens, pour tout document, d’une seule circulaire officielle dans laquelle il était prescrit de ne faire figurer sur les monuments aucun emblème religieux… par respect des convictions de chacun. Qu’on s’étonne, après cela, de voir les horreurs laïques couvrir le sol français! Il est trop tard pour réglementer aujourd’hui. Toutefois, il est juste de reconnaître que l’on rencontre parfois, dans quelques villages, des compositions intéressantes, on les remarque d’autant plus qu’elles sont rares. A la ligne, à la simplicité, on soupçonne qu’un architecte est heureusement intervenu. J’ai retenu les noms de confrères distingués, aussi modestes qu’habiles; j’ai remarqué, tout particulièrement dans deux villages du Doubs, deux monuments de belle allure, signés d’un nom bien connu. Je n’insiste pas, cette fois, car je pense pouvoir les soumettre à l’appréciation de mes confrères, prochainement, dans cette revue. Gaston LEFOL, Architecte D. P. L. G. --- Un nouveau building américain “le Shelton” (1) (Planches 1 à 4.) Toute la presse américaine a parlé du « Shelton, hôtel réservé aux Hommes », édifice gigantesque, érigé récemment à New-York, et qui couvre le « block » compris entre les 48e et 49e rues et Lexington Avenue, c’est-à-dire en plein centre de la ville. Publicité à part, le Shelton mérite tout particulièrement de retenir l’attention: par sa destination même; par la façon dont il a été conçu et exécuté; enfin, par l’importance que d’aucuns lui confèrent dans l’évolution architecturale actuelle, évolution qui se manifeste dans tous les pays, mais qui est susceptible de se dérouler aux Etats-Unis plus rapi- (1) Nous devons les photographies illustrant cet article à l’obligeance de notre confrère américain « Architecture 5.

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5 OCTOBRE 1924 LA CONSTRUCTION MODERNE Hôtel Shelton à New-York. — Architecte : M. Loomis Harmon. En cours de construction et terminaison. dement que partout ailleurs, à raison des circonstances qui y prévalent. Aussi bien les revues spéciales ont-elles consacré au Shelton de nombreux articles, et c'est à la courtoisie de M. Arthur Loomis Harmon, son auteur, réputé comme l'un des inspirateurs américain les plus talentueux du mouvement moderniste, et de notre confrère de New-York « Architecture », que nous devons de pouvoir donner à nos lecteurs de remarquables reproductions photographiques de l'édifice, accompagnées de renseignements et de commentaires susceptibles de les compléter. * On s'imagine volontiers New-York comme un amas de gratte-ciel. Rien n'est moins exact. Jusqu'à présent, les gratte-ciel se trouvaient exclusivement confinés dans le quartier des affaires, c'est-à-dire à l'extrémité sud de l'île sur laquelle est bâtie la ville, à l'endroit où ses fondateurs aménagèrent un port, et où, faute d'espace, l'on dut construire en hauteur. À mesure que grandissait la capitale, les gratte-ciel se multipliaient, puis s'élevaient davantage, jusqu'au moment, relativement récent, où, malgré leur nombre et leur hauteur, ils ne suffirent plus aux besoins d'une activité commerciale dont le développement avait dépassé toute prévision. C'est alors que, progressivement, le quartier des af- faires se déplaça vers le nord, refoulant devant lui les maisons d'habitation. Mais, tandis que s'effectuait ce déplacement, il fallait se préoccuper de loger une population appelée à venir travailler dans une zone dont on l'éloignait chaque jour davantage. Le problème se posait d'ailleurs sous des aspects divers, et, en particulier, du fait de la disparition de quantité de « boarding houses », où vivaient les célibataires des deux sexes, il appelait une solution qui est apparue sous la forme de « l'hôtel de résidence » — nous dirions maison meublée — réservée à l'un ou l'autre sexe. Ainsi que le fait très justement remarquer M. A. Loomis Harmon, dans l'article qu'a publié la revue new-yorkaise « Architecture », cette solution n'a été possible aux États-Unis qu'à raison de la mentalité de la population. C'est profondément vrai. Ni l'Anglais dont l'individualité a trouvé dans le « club » un refuge lui donnant toute garantie, ni le Français, dont le sentiment du « privé » répugne aux promiscuités de l'hôtel, ne s'en fussent accommodés, et il est vraisemblable qu'une tentative analogue à celle du « Shelton » eût paru à l'avance vouée à l'insuccès, étant donnée la quasi-impossibilité de lui assurer, économiquement parlant, des bases solides. * Jusqu'à présent, aux États-Unis, les hôtels pour céliba-

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LA CONSTRUCTION MODERNE 3 OCTOBRE 1924 Hôtel Shelton. — Vue postérieure. taires ont été construits généralement en vue de loger de deux à cinq cents personnes. Ceux qui ont conçu le « Shelton » ont pris leurs dispositions pour en accommoder douze cents. Ils sont arrivés à un édifice dont les dimensions permettent de réduire en proportion les frais de construction, et d'abaisser légèrement la valeur du terrain dans le prix de revient de chaque pièce. C'est surtout d'ailleurs dans les dépenses d'exploitation que les économies sont sensibles. C'est ainsi que la chaufferie ne coûte guère plus à conduire pour douze cents chambres que pour six cents. D'autre part, les facilités communes mises à la disposition des habitants de l'hôtel peuvent être d'autant plus considérables que les frais qu'elles entraînent peuvent être répartis sur un plus grand nombre. Le Shelton est construit en U. Les deux branches en sont reliées par le corridor des ascenseurs. La superficie de la tour est exactement le quart de la superficie totale. Les deux étages inférieurs sont aménagés beaucoup plus dans l'esprit d'un club que dans celui d'un hôtel. C'est ainsi que le vestibule est petit et le bureau réduit au minimum. La cuisine, sauf la boulangerie, a été non sans peine installée au premier étage à côté de la salle à manger principale et du grill. Dans un immeuble de ce genre, où les prix sont moins élevés que dans un hôtel de premier ordre, il a fallu non seulement se garder de gaspiller la place, mais encore réduire le plus possible l'encombrement des appareils de chauffage, des appareils sanitaires et de l'équipement mécanique. Les dimensions des chambres ont été déterminées de façon à tenir le milieu entre la chambre d'hôtel ordinaire et celle d'un hôtel de premier ordre. Les deux tiers d'entre elles sont munies de salles de bains. Enfin, huit ascenseurs, dont deux réservés au service, desservent le bâtiment. Les dispositions intérieures principales sont les suivantes : Sous-sol inférieur : piscine; magasin pour les bagages, chaudières, etc... Sous-sol : galerie de la piscine; bowling; coiffeur; chambres de domestiques, etc... Premier étage : vestibule communiquant avec l'entrée des bagages à une des extrémités et avec le bureau et la salle de réception des dames par l'autre. Le restaurant principal est dans l'aile sud. Le grill-room est derrière les ascenseurs et sert de liaison entre les corridors des ailes sud et nord. La cuisine est derrière le grill. Salle d'attente derrière laquelle est installé un service d'achat. Au second étage, une salle de jeu, un salon de repos et un salon de lecture occupent la façade sur l'avenue. A l'extrémité nord du corridor des ascenseurs, se trouve la salle de billard, le corridor côté nord conduit aux salles à manger privées et salles de bridge, le corridor côté sud à la bibliothèque, aux salles de correspondance, etc... Du second étage au premier redan, suivent douze étages de chambres, dont quelques appartements de deux pièces. Le premier redan comporte au sud un long solarium souvrant sur un jardin aménagé sur l'aile sud. Au centre sont aménagés deux appartements de luxe. Du premier au second redan suivent cinq étages de chambres. La tour qui vient ensuite comporte dix étages de chambres et un étage consacré à un gymnase et trois courts de tennis. Enfin, au-dessous, est l'appentis abritant les réservoirs, la machinerie des ascenseurs, etc... Dans les pièces communes, la décoration est généralement inspirée de la Renaissance italienne, excepté dans celles revêtues de boiseries qui sont plus nettement anglaises. L'extérieur des deux étages inférieurs est en pierre calcaire de nuances variées. Le reste de l'édifice est en briques gris chamois rehaussées d'ornements en terra cota de même ton. Les murs ont une inclinaison assez forte et croissant vers le sommet sur toutes les faces du bâtiment, de façon à produire un effet galbé. Les détails de l'extérieur se sont inspirés de périodes va-

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Hôtel Shelton à New-York. — Architecte : M. Loomis Harmon. Départ d'escalier. — Corridor 1er Etage. 3 Octobre 1924 LA CONSTRUCTION MODERNE

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LA CONSTRUCTION MODERNE 5 OCTOBRE 1924 riées où prédominent cependant le Roman et les débuts de l'ère chrétienne. On s'est d'ailleurs efforcé de ne pas faire prévaloir dans les détails un style particulier, car les édifices modernes de ce genre n'ont pas d'antériorité. Dans le traitement général de la masse, la priorité a été donnée aux lignes verticales. Les lignes horizontales ont été éliminées en dehors de la base, excepté quelques-unes à la hauteur de la terrasse aménagée sur le premier redan. Il est incontestable que, tant au point de vue architectural qu'économique, le Shelton constitue une entreprise remarquable. Nous avons vu les raisons qui ont justifié sa conception et permis l'élaboration d'une combinaison financière capable d'en assurer l'exécution et l'exploitation. Considéré du seul point de vue architectural, il s'avère avant tout moderne, puisqu'il est en somme l'aboutissant de besoins engendrés par les conditions de l'existence dans la capitale immense et fébrueuse d'un pays où les possibilités de développement restent encore insoupçonnées. Le mérite de M. Arthur Loomis Harmon est d'avoir traité le problème qui lui était posé en se libérant de tout préjugé traditionnaliste et d'avoir démontré que nous pouvions espérer trouver en l'architecture les éléments d'une évolution qui continuera à doter notre époque d'un style qui en traduise le caractère. L. S. --- Vues obliques Il paraît que les professions libérales échappent à l'impôt sur le revenu et que le Fisc prépare des mesures de rigueur contre ces profiteurs de l'après-guerre. Récemment, au retour d'une de ces multiples conférences internationales où, selon le mot d'un humoriste, on se met d'accord pour constater qu'on ne s'accorde pas, le Président du Conseil en a appelé au jugement du Français moyen. Hélas ! Il y a belle lurette que le Français moyen : petite bourgeoisie, professions libérales, ne représente qu'une minorité qui ne saurait être qualifiée d'imposante, en attendant de n'être plus qu'un souvenir historique ! Personnage d'hier, il apparaît à la lumière implacable de notre époque un peu touchant et surtout ridicule. Touchant à cause de l'effacement de sa vie, ridicule de par son souci exagéré de sa dignité. Songez donc, il avait le respect des lois, et de son prochain, le sentiment de l'ordre et du devoir, il aimait le travail, pratiquait l'économie, ne parlait jamais de conscience ni de probité tant il lui paraissait monstrueux de pouvoir manquer de l'une ou de l'autre. Il trouvait naturel d'être dépourvu de génie, et se jugeait honoré lorsqu'on lui attribuait du mérite. Grâce à lui était assuré le recrutement des professions réservant plus de satisfaction morales que de profits matériels, notamment nos professions libérales, car il considérait comme une supériorité de ne pas aimer l'argent pour lui-même. L'exercice impeccable de ses devoirs sans éclat constituait sa récompense habituelle et il dorait sa médiocrité d'une philosophie reposant tout entière sur son sens profond de la mesure. Pauvre Français moyen ! Il rêvait de reprendre sa petite vie modeste d'avant-guerre. Eberlué, il a trouvé devant lui un monde nouveau, où le déchaînement des appétits, la ruée vers le plaisir l'ont brutalement jeté à l'écart. Patiemment, il a essayé de renouer les fils épars de son existence antérieure. Il n'a réussi qu'à mieux se rendre compte de son impuissance à retrouver dans cette société bouleversée sa place d'autrefois. Soucieux d'éviter certains contacts, répugnant aux compromissions, incapable de révolte, il a connu les difficultés, la gêne, la misère presque. Trompé par les uns, bafoué par les autres, il s'est risqué à parler de ses droits : on lui a ri au nez. Alors, il n'a plus insisté. Entouré de souvenirs tels que le 3 % qu'il avait payé en or à sa valeur nominale, et de titres russes dont les caractères bizarres l'émerveillent encore ; en présence de son buffet vide devant lequel, s'il était de son temps, il pourrait danser tout son soul, le Français moyen s'éteint lentement, sans bruit, selon la tradition de sa classe. Est-il donc absolument nécessaire que le Fisc hâte le dénouement. --- La Remise au jour des Grottes du Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye (Suite : voyez page 603, 39e année.) GROTTE DE NEPTUNE Les curieux ne sont pas moins alléchés à la vue d'une autre de ces grottes, la Grotte de Neptune ou du Triomphe Marin. Elle avait été conçue par l'un de ces Francini d'origine italienne et nommés chez nous Francine qui de père en fils travaillèrent dans les jardins royaux, comme en témoignent les mentions que nous avons retrouvées des paiements qui leur furent faits, et qui figurent aux « comptes des batiments du Roy » sous la direction d'architectes français. Les travaux des jardins furent exécutés depuis la Renaissance jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, et souvent remaniés. Au fond de cette grotte, Neptune armé de trident était entouré d'un décor que les visiteurs d'autrefois admirent en ces termes, et dont la galerie souterraine est veuve aujourd'hui : près de mille petits animaux marins,

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