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First pages of the volume, freely accessible.

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L'ART VIVANT 1937 REVUE MENSUELLE DES ARTS ET TECHNIQUES No 211 - Prix 10 Francs JEAN PICART LE DOUX

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L'ART VIVANT Revue Mensuelle des Arts et Techniques Directeur - Fondateur : Jacques Guenne Rédacteurs en chef : Jacques Kim-S. Kapferer N° 211 17 Juin 1937 --- SOMMAIRE L'EXPOSITION DE L'ART INDÉPENDANT C'est-à-dire DE L'ART VIVANT AU PETIT PALAIS - L'impressionnisme et ses réactions... Albert Sarraut - L'Art indépendant... Simone Kapferer - Les Artistes indépendants : - Les peintres, les sculpteurs... Jacques Guenne - Aristide Maillol... Raymond Cogniat L'EXPOSITION DE 1937 - Le Pavillon de la Lumière... Marcel Zahar - Le Pavillon de la Solidarité... Maxime Blocq L'ACTUALITÉ ARTISTIQUE - L'Ecole Normale... C. Bouglé - Directeur de l'Ecole Normale - André Arbus au ministère de l'Agriculture... Waldemar George - Décorateurs indépendants... Jacques Kim - Les wagons allégés... Marcel Zahar - Décor et confort... Micheline Buzenval --- AVIS AUX ABONNÉS. — AFIN DE FAVORISER NOS FIDÈLES ABONNÉS, MALGRÉ LES AUGMENTATIONS DE PRIX CONSIDÉRABLES QUE NOUS SUBISSONS, LE TARIF DE L'ABONNEMENT N'EST PAS MAJORÉ Prix d'abonnement : Un an (onze numéros) (France) : 70 francs ; Union Postale : 90 francs ; Autres pays : 102 francs ; Six mois (France) : 40 francs ; Union Postale : 50 francs ; Autres pays : 60 francs DIRECTION, RÉDACTION, ADMINISTRATION, 116 bis, CHAMPS-ÉLYSÉES - PARIS Téléphone : Élysées 26-68 — Chèques postaux : Paris 1861-29 — Adresse télégraphique : L'artvivant Paris

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A PROPOS DE L'EXPOSITION DE L'ART VIVANT C'EST-A-DIRE DE L'ART INDÉPENDANT, AU PETIT PALAIS PAR ALBERT SARRAUT S ERAIT-CE donc que je ne suis plus aussi jeune ? C'est le seul aveu que je ne ferai jamais. La vérité est que la marche était plus aisée, et l'orientation plus facile, dans les régions de la peinture, alors que j'y portais mes pas, la joie au cœur, le cheneau bouclé, et la plume aux doigts. Car il faut bien, hélas ! que je confesse que j'ai écrit jadis sur la matière et que j'ai même espéré ne faire que cela. Je dis hélas ! parce que je ne me doutais pas alors que la vie me réserverait les imprévus d'une autre carrière où, entre autres disgrades, intervient avec une fréquence abusive la notion du déménagement : car l'État vous y propose des palais, puis, brusquement, vous les retire, sans que l'on sache bien exactement pourquoi. Alors, on s'en va, avec ses meubles et ses livres, qu'il faut abriter ailleurs. Ce qui console de ces infortunes, ce sont les découvertes qu'elles ressuscitent, dans le panier des démenageurs, qui est le tombeau de Lazare des souvenirs défunt. Ainsi retrouvais-je récemment, en rangeant une fois de plus mes bibliothèques, les critiques d'art que je burinais aux environs de 1890-1892. Et je me suis attardé à les retirer, assis sur l'extrême plateau d'une échelle dont l'équilibre hasardeux illustrait lui-même, en en constituant le symbole, l'instabilité de ma condition publique. J'ai relu ces chroniques d'il y a quarante-cinq ans avec un attendrissement inquiet ; car je n'ai pas très bien compris tout de suite ce que j'avais voulu dire ; à cette époque, en effet, l'étais symboliste comme les jeunes gens de ma génération, et les influences conjuguées de Mallarmé, de Moréas et de René Ghil nous avaient donné le goût d'un petit coquin de style et d'un vocabulaire dont le sens restait impénétrable aux philistins qui n'allaient pas, comme nous, dans les pâturages de l'azur, promener, un lis à la main, des rêves évanescentes en la profondeur des cieux immenses... J'ai vu briller cependant, parmi les opalescences ténèbreuses de ma prose, cette idée claire qu'à cette date la situation picturale se présentait dans des conditions singulièrement plus simples qu'aujourd'hui. C'est alors, en effet, la belle et grande époque où l'impressionnisme est à son apogée. Après plus de vingt années d'un combat où nul coup ne lui a été épargné, il est victorieux ; il a fait sa révolution bienfaitrice pour la peinture ; il a réalisé son dessen de libération et de rénovation. Renversant, suivant le mot imagé d'André Lhote, le pot de bitume de ses prédécesseurs, il s'est insurgé contre l'enseignement glacé de l'Ecole, contre l'éclairage artificiel et terne de l'atelier, où le paysagiste vient terminer et colorer « de chic » les esquisses griffonnées au dehors. C'est devant la nature, au plein air, dans l'ivresse immédiate de la lumière, que Pissarro a entraîné ses compagnons : Claude Monet, Sisley, Renoir, Berthe Morizot, Guillaumin et celui qui sera le grand parmi les grands, Paul Cézanne. Et ensemble, ils ont dégagé la technique et les lois de l'art régénérateur qui, selon la définition si juste de Wilhelm Uhde « butine l'aspect de la ville et de la campagne sous les jeux variés du soleil ». En dépit des sarcasmes, des protestations violentes, de l'hostilité absurde du public, la bataille est gagnée. L'impressionnisme a terminé sa recherche et réuni, pour l'édification picturale, de nouveaux et riches matériaux que chacun, désormais, va pouvoir mettre en œuvre, selon son sentiment, sa vision ou les impulsions de son génie. Car cette rénovation ne couvre pas tous ses adhérents sous une discipline monotone. Après la victoire collective, les tempéraments individuels, libérés, reprennent et accusent leur personnalité. Parce qu'ils luttèrent et exposèrent ensemble, on incline à confondre, à grouper sous la même étiquette tous les insurgés et les victorieux de ce grand moment de l'histoire picturale. Mais, à la vérité, des différences essentielles singularisent certains d'entre eux, qui les portent à une autonomie personnelle, les détachant bientôt du groupe des premiers jours. Ainsi que de la nébuleuse tourbillonnant dans l'espace se détachent des fragments de flamme qui feront les prochaines étoiles, du centre ardent où se conglomera d'abord le noyau impressionniste, se dégagent et divergent, pour une destinée propre, les grandes individualités dont la courbe d'ascension sera telle qu'elle semblera, dans la suite, aller à l'encontre du mouvement primitif et préfigurer un étan de réaction en sens inverse. C'est, par exemple, le cas de Renoir, de Seurat et de Cézanne, qui, dans l'emploi personnel des matériaux réunis par l'impressionnisme, apparaissent comme les constructeurs de la solide architecture encore absente d'un mouvement trop exclusivement orienté vers les grâces, et bientôt la mollesse des modulations lumineuses. Renoir, dont l'évolution vers sa dernière manière apparaît ici si frappante, ne déserte pas, assurément, le charme exquis des vibrations fugaces de la lumière ; mais ses figures affirment toujours davantage le souci d'une construction ferme, sobre, saine et solide. Seurat, dessinateur admirable, théoricien lucide et hardi, dont un cruel destin abrège trop tôt l'œuvre et l'enseignement, et auquel la génération actuelle a justement restitué sa gloire et sa place, promulgue, sans renoncer à la sensibilité impressionniste, les lois d'une technique savante et précise, où la forme épurée s'apparente à la noblesse des primitifs. Cézanne, enfin, qui dominera un jour de toute sa puissance l'évolution de la peinture contemporaine, non seulement en France, mais à l'étranger, a quitté le cénaele impressionniste pour s'isoler devant sa Provence et engager avec la nature le colloque douloureux et passionné dans lequel il lui arrachera le secret de ses expressions d'ertérité. Mais, au moment dont je parle, en 1890-1892, il est encore le plus méconnu, le plus hostilement accueilli. Il ne trouvera — chose curieuse — les redressements de sa gloire que sur une voie frayée par certains de ses disciples, tels que Gauguin et Van Gogh, dont l'ardeur, parallèlement à celle de Seurat et de Signac, est en train de réagir avec force, aux environs de 1890, contre les dévoiements de la formule impressionniste. Car celle-ci, à son tour, subit la loi commune des révolutions qui ne sont plus maîtrises des mouvements qu'elles ont déclenchés et des énergies qu'elles ont libérées, 1890, à cet égard, est une grande date dans notre histoire picturale. Une large commotion secoue le monde des peintres ; de l'auberge Gloean, à Pont-Aven, où Gauguin rassemble la première équipe de ceux que l'on appellera tantôt les symbolistes, tantôt les synthétistes ou les néo-traditionnistes, et de la boutique du père Tanguy, où, autour des toiles dédaignées de Cézanne, se groupent celles tout aussi méconnues de Gauguin et de Van Gogh, est sortie la sédition d'indépendance et de réaction virile qui prétend purifier de ses scories l'enseignement impressionniste. Toule une génération de peintres, de tempéraments ou de sensibilités dissemblables, mais qu'anime le même enthousiasme, se jette avec une sorte d'ipresse dans l'expression de ses aspirations. Je vois encore, avec les yeux fidèles de la mémoire, ces manifestations des premiers Indépendants où Seurat et son fidèle ami Signac, appliqués au divisionnisme, voisinent avec le groupe qui réunit le prestigieux Bonnard, l'exquis, le sensible, le lumineux Vuillard et Maurice Denis et Ranson et Roussel, dans la recherche des harmonies ingénues et subtiles de la couleur. Non loin d'eux, c'est, autour de Gauguin, le peloton symboliste dont les œuvres, souvent gauches d'exécution et où la forme simplifiée se dévoie presque jusqu'à la caricature, demandent leur inspiration d'abord à Cézanne, puis aux japonais, et encore à la naïveté des figurations primitives, les idoles d'Asie, les calvaires bretons, voire les images d'Epinal. La belle générosité de ce groupe, en dépit de ses intrasigeances verbales, concilie d'ailleurs, dans ses dilections, l'admiration de Cézanne avec le respect de Pissarro, d'Odlion Redon, de Puvis de Chavannes et de Degas. Haute leçon d'impartialité, sinon de conscience et de sagesse. C'est de ce groupe, au surplus, que l'influence deviendra la plus considérable, en ce qu'elle prépare surtout l'apothéase cézannienne. Mais quelle lutte il devra soutenir contre l'indifférence ou le mépris de la critique, des amateurs et du public ! Maurice Denis peut dire avec raison « que ce que fut Manel pour la génération de 1870, Gauguin le fut pour celle de 1890 ». Le symboïsme de Gauguin presque tout de suite renouvellera la peinture décorative, les arts appliqués, l'affiche et jusqu'à la caricature. De celui qui fut un moment son compagnon et son ami, de ce grand et tragique Van Gogh, l'influence apparaîtra davantage sur les « Fautes », que nous retrouverons douze ou quinze ans plus tard. Mais ces deux forces conjugées, Gauguin et Van Gogh, projeteront surtout leur rayonnement à l'extérieur de leur pays dans le nord et le centre de l'Europe, frayant la route au char triomphal qui promènera plus tard l'idole cézannienne. Et déjà, de ces pays étrangers s'acheminent vers Montparnasse, dans ces cafés retentissants de la dispute esthétique internationale, les disciples de races diverses que met aux prises, avec leurs camarades français, la grande controverse sur les gloires comparées de Renoir et de Cézanne.