Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

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L'ART VIVANT AU MAROC SIXIÈME ANNÉE N° 140 6 fr. 15 OCTOBRE 1930 --- DIRECTION-RÉDACTION 146, Rue Montmartre, PARIS (2e) ADMINISTRATION ET VENTE: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse, PARIS (6e)

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L'ART VIVANT LE GUIDE ARTISTIQUE DANS LES MUSÉES LES MUSÉES NATIONAUX - Musée du Louvre. — Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures. Des visites d'ensemble du Musée, sous la conduite de guides autorisés, ont lieu tous les jours à 10 heures et 14 heures (prix 10 fr.). Visites privées sur demande. - Musée de l'Orangerie (terrasse des Tuileries). — Exposition des antiquités orientales provenant des fouilles de Tello, de Suse et de Syrie. Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures. - Musée des Arts Décoratifs (Pavillon de Marsan, 107, rue de Rivoli). — Tous les jours, de 10 à 16 heures. Jusqu'au 19, la Vie au Palais-Royal. - Musée de l'Armée (Hôtel des Invalides). — Tous les jours, de 13 à 16 heures. - Musée du Luxembourg (19, rue de Vaugirard). — Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures. - Musée du Jeu de Paume (Place de la Concorde et rue de Rivoli). Annexe du Musée du Luxembourg pour les peintures, sculptures et dessins d'artistes étrangers contemporains. — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée des Thermes et de l'Hôtel de Cluny (24, rue du Sommerard). — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée Guimet (6, place d'Iéna). Arts et religions de l'Orient et de l'Extrême-Orient. — Tous les jours, de midi à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de Versailles et des Trienons. — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de la Révolution (Salle du Jeu de Paume, à Versailles). — Ouvert aux mêmes heures que le Musée de Versailles, dont il dépend. - Musée des Antiquités Nationales (Château de Saint-Germain-en-Laye). Collections d'archéologie nationale et préhistorique. — Tous les jours, de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de Maisons-Laffitte (Château de Maisons-Laffitte). — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. - Musée de Malmaison (à Rueil). — Collections d'art et d'histoire de l'époque napoléonienne. - Musée de Fontainebleau (Palais de Fontainebleau). Tous les jours, de 11 à 16 heures. - Musée de Compiègne (Palais de Compiègne). — Collections d'objets d'art et d'ameublement de style. Ouvert tous les jours de 11 à 16 heures. - Musée de la Voiture et du Tourisme. — Collections de carrosses, traîneaux, gravures, etc... Annexe du Musée National de Compiègne. Mêmes heures d'ouverture. - Musée National et Château de Pau. — Collections des souvenirs d'Henri IV. et de tapisseries, ouvert tous les jours de 10 à 12 heures et de 13 heures 30 à 16 heures. MUSÉES DE LA VILLE DE PARIS - Musée Galliera (10, Avenue Pierre 1er de Serbie). — Tous les jours de 10 à 16 heures, sauf le lundi. Exposition du Décor Moderne de la Table. - Maison Victor Hugo (6, Place des Voges). — Tous les jours, de 10 à 16 heures, sauf le lundi. Exposition Victor Hugo par l'image, jusqu'au 15 octobre. - Musée Carnavalet (23, rue de Sévigné). — Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures (le mardi à 12 heures 30 et le jeudi à 12 heures). Archéologie et histoire de Paris. - Musée Cernuschi (7, avenue Vélazquez). — Collections Sino-Japonaises. Tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures, et le mardi à partir de 12 heures 30. - Musée Ethnographique et de Sculpture comparée (au Palais du Trocadéro). — Ouverts les dimanches, mardis et jeudis de 12 heures à 16 heures. - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Petit Palais). — Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10 à 16 heures et le mardi à 13 heures. - Musée Rodin (Hôtel de Biron). — Tous les jours, de 13 à 16 heures. L'ENSEIGNEMENT DANS LES MUSÉES Tableau Horaire des Visites-Conferences Musée du Louvre. Jeudi 16, 10 h. 30. M. IBELS: Les Grecs. Arts, religion, meurs, costumes (1re période). --- Musée de Maisons-Laffitte. Jeudi 16, 14 h. 45. Mme BOUCHOT-SAUPIQUE: De-meurche du Longueil, puis du comte d'Artois, du Maréchal Lannes et de Laffitte. Musée du Trocadéro. Vendredi 17, 14 h. 30. Mlle JALABERT: La sculpture romane. Ecole Bourguignonne. Musée de l'Orangerie. Samedi 18., 14 h. 30. Mlle RUTTEN: L'exposition des fouilles françaises d'Orient. Musée du Louvre. Samedi 18, 14 h. 30. Mme CHEVALIER-VEREL: L'art dans le Péloponése et l'Italie méridionale au vie siècle avant J.-C. M. GILLES de LA TOURETTE: Fra Angelico et Filippo Lippi. M. BAZIN: L'ère des timides, Académiques, prérromantiques, pseudoromantiques, etc. Mlle GAGNE: Great painters of the German School: Dürer, Holbein and others (in English). Lundi 20, 14 h. 30. Mlle PUY LE BLANC: L'art réaliste et le courant populaire à El Amarna. Epoque d'Aménophis IV et de Toutankhamon. Mme MASSOUL: Les représentations des dieux de la Grèce sur les vases peints, les figurines de terre cuite, les bronzes. Mlle JALABERT: La décoration florale des cathédrales. Mlle LEVALLET: Le meuble en France au XVIe siècle. Ecole de la Loire, de la Bourgogne et du Lyonnais. Mme BOUCHOT-SAUPIQUE: L'Ecole d'Avignon, Nicolas Froment, la Pieta de Villeneuve-les-Avignon. M. LANSON: La peinture française sous la Révolution et l'Empire. Les principales figures d'artistes. David, Gros, Prud'hon. Les jeunes: Ingres, Géricault. Mlle LEJEAUX: Les primitifs flamands (III). Quentin Metsys et l'Ecole d'Anvers, les italienisants. Mrs. TAYLOR: Delacroix (in English). Musée des Arts Décoratifs. Mardi 21. 10 h. 30. M. IBELS: Le mobilier: Moyen Age et Renaissance. Musée du Louvre. Mercredi 22. 10 h. 30. Mlle GAGNE: The French Renaissance and the Louvre as a Royal Palace (in English). Musée des Arts Décoratifs. Mercredi 22, 14 h. 30. Mme DURAND-LEFEBVRE: Le décor floral dans les manufactures de Strasbourg et de l'Est. Musée du Louvre. Jeudi 25, 10 h. 30. M. IBELS: Les Grecs, Arts, religion, meurs costumes (2e période). Musée du Trocadéro. Vendredi 24, 14 h. 30. Mlle JALABERT: Ecole bourguignonne. Les chapiteaux de Cluny. Ecole auvergnate: les chapiteaux de N.-D. du Port. Musée de l'Orangerie. Samedi 25, 14 h. 30.Mlle RUTTEN: L'exposition fouilles françaises d'Orient. Musée du Louvre. Lundi 27, 10 h. 30. Mme CHEVALIER-VEREL: L'art archaïque en Attique. M. GILLES de LA TOURETTE: Botticelli. M. BAZIN: Prud'hon. Mlle GAGNE: The Dutch painters of the home (in English). Lundi 27., 14 h. 30. Mlle PUY LE BLANC: Les bijoux, la parure et les objets de toilette dans l'Egypte ancienne. --- Mme MASSOUL: Les héros légendaires de la Grèce et leurs exploits, figurés sur les vases peints. Mlle JALABERT: Le portrait sculpté au XVIe siècle. Mme BOUCHOT-SAUPIQUE: Comparaison entre la peinture française et la peinture flamande au XVe siècle. M. LANSON: La peinture française sous la Révolution et l'Empire. La peinture d'histoire. Mlle LEJEAUX: Les peintures drôles: les Breughels. Mrs. TAYLOR: Ingres et Degas (in English). Musée Rodin. Mardi 28, 10 heures. Mlle LEJEAUX: Les grands travaux: Bourgeois de Calais, Victor Hugo, Balzac. Musée des Arts Décoratifs. Mardi 28, 10 h. 30. M. IBELS: Le mobilier: Louis XIII et Louis XIV. Musée du Louvre. Mercredi 29, 10 h. 30. Mlle GAGNE: The formation of style in the XVIIth Century, technique de Boule (in English). Musée des Arts Décoratifs. Mercredi 29, 10 h. 30. Mme DURAND-LEFEBVRE: Le décor géométrique à Rouen. Musée du Louvre. Jeudi 30, 10 h. 30. M. IBELS: Les Etrusques et les Romains. Arts, religion, meurs, costumes. Musée du Trocadéro. Vendredi 31, 10 h. 30. Mlle JALABERT: Ecole auvergnate et Ecole des Charentes. Le droit d'entrée à chaque visite-conférence est de 5 francs (demi-tarif aux étudiants). Des cartes annuelles, permettant d'assister à toutes les conférences de l'année, sont délivrées au prix de 200 francs. --- COURS GRATUIT D'HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ART Ce cours est professé d'octobre à juin en trente leçons, qui sont répétées deux fois en deux séries distinctes. Les leçons de la première série sont données le dimanche matin à 10 heures, celles de la seconde série le jeudi à 20 h. 45. Les dix premières conférences de chaque série sont consacrées à la préhistoire et à l'histoire de l'archéologie égyptienne, orientale, grecque et romaine; les vingt derniers sont consacrées à l'histoire des arts du Moyen Age, de la Renaissance, des Temps modernes et de l'époque contemporaine. Pour chacune de ces séries, des cartes spéciales sont distribuées. Les leçons sont illustrées de projections d'après les monuments et les œuvres composant les collections des Musées français et des Musées étrangers. Le cours est professé dans un local spécialement aménagé à cet effet, au Louvre (Pavillon de Flore, Porte des Lions. 4, quai des Tuileries). Les inscriptions sont requises à partir du 1er octobre, au bureau de renseignements du Musée du Louvre, Grand Vestibule entrée porte Barbet-de-Jouv. 36, quai du Louvre, ou porte Denon, tous les jours, de 10 à 17 heures, sauf le dimanche. Un droit d'inscription de dix francs est perçu au moment où la carte est délivrée.

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L'ART VIVANT 1re Leçon. — Archéologie préhistorique, par M. R. Lantier. 1re série: le dimanche 19 octobre, à 10 heures. 2e série: le jeudi 23 octobre à 20 h. 45. 2e Leçon. — Archéologie Egyptienne, par Milc Puy Le Blanc. 1re série: le dimanche 26 octobre à 10 h. 2e série: le jeudi 30 octobre à 20 h. 45. --- L'ÉCOLE DU LOUVRE Palais du Louvre Porte Lefuel, 38, quai du Louvre Fondée en 1881, l'Ecole du Louvre a pour objet l'enseignement de l'archéologie et de l'histoire de l'art. Elle s'attache à répandre dans le public des notions générales sur les collections des Musées. Son but spécial est de former un personnel capable d'être employé dans les Musées français ou dans les missions savantes. Ses cours peuvent être suivis, sans distinction de nationalité, par des élèves et par des auditeurs libres. Les auditeurs libres suivent les cours sans obligation d'examen. Galerie Armand Drouant FEDER --- PROGRAMME DE LA PREMIÈRE SECTION Archéologie nationale et préhistorique. — Vendredi, 9 h. 30 (1er semestre). Lundi, 14 h. 30. (2e semestre) M. Raymond LANTIER, Conservateur adjoint au Musée de Saint-Germain, professeur, étudiera, dans le 1er semestre, les civilisations du paléolithique, principalement en France et dans la péninsule ibérique. Dans le 2e semestre, au Musée de Saint-Germain, il continuera les études de technologie gallo-romaine (les métiers en Gaule, la cité et la maison). La première leçon aura lieu le vendredi 21 novembre. Archéologie égyptienne. — Mercredi, 14 h. 30. M. Charles BOREUX, Conservateur du département des Antiquités égyptiennes, professeur, continuera l'étude des monuments les plus caractéristiques de la sculpture égyptienne du Moyen Empire. La première leçon aura lieu le mercredi 19 novembre. CHARLES KASSLER Pour les élèves, inscrits sur leur demande à un ou plusieurs cours, la durée des études est de 3 ans. A la fin de chaque année, l'élève doit passer un examen sur les matières du ou des cours choisis, l'examen des élèves de première année étant précédé d'un examen éliminatoire sur l'histoire générale de l'art. Après l'examen de troisième année, l'élève doit, pour obtenir le titre d'élève diplômé de l'Ecole du Louvre, présenter et soutenir une thèse. Les inscriptions sont reçues au Secrétariat de l'Ecole, 38, quai du Louvre, pendant le mois de novembre et éventuellement pendant toute l'année. Le droit annuel d'inscription, pour les auditeurs libres comme pour les élèves, est de 110 francs. Les cours de l'année scolaire 1930-1931 commenceront le lundi 17 novembre 1930 et prendront fin dans la première semaine de mai 1931. Des interruptions de cours auront lieu du 21 décembre au 4 janvier et du 29 mars au 12 avril. La date des examens sera annoncée avant le 1er mai. BERNY KASSLER DU MARBORÉ, PORTRAIT DE Mme KOLBERT (Collection Katia Granoff) Une conférence supplémentaire et facultative, traitant des écritures cunéiformes, sera faite le lundi, à 13 h. 30, à partir du 5 janvier. M. CONTENAU exposera les éléments de la langue sumérienne. Archéologie grecque et romaine. — Vendredi 15 h. 30. M. Etienne MICHON, Membre de l'Institut, Conservateur du département des Antiquités grecques et romaines, professeur. M. Jean CHARBONNEAUX, Conservateur adjoint au département des Antiquités grecques et romaines, professeur suppléant, étudiera les hommes et les dieux dans la statuaire grecque, depuis les origines jusqu'à la fin de la période archaïque. La première leçon aura lieu le vendredi 21 novembre. Céramique antique. — Samedi, 10 h. 30. M. Alfred MERLIN, Membre de l'Institut, Conservateur adjoint au département des Antiquités grecques et romaines, professeur, étudiera les vases grecs à fond blanc. La première leçon aura lieu le samedi 22 novembre. M. Etienne DRIOTON, Conservateur adjoint au département des Antiquités égyptiennes, fera une conférence supplémentaire d'épigraphie égyptienne le vendredi, à 10 h. 45, à partir du vendredi 21 novembre. Archéologie orientale. — Mardi, 14 heures. M. René DUSSAUD, Membre de l'Institut, Conservateur du département des Antiquités orientales, professeur, étudiera, dans le 1er semestre, les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois, à la lumière des découvertes archéologiques; dans le 2e semestre, il exposera les résultats des fouilles de Palestine. La première leçon aura lieu le mardi 18 novembre. Une conférence supplémentaire et facultative d'épigraphie sémitique sera faite le samedi, à 13 h. 30, à partir du samedi 6 décembre. M. DUSSAUD y expliquera les textes nouvellement découverts en Syrie, notamment ceux de Ras Shamra. Antiquités de Sumer et d'Akkad. — Vendredi, 14 heures. M. Georges CONTENAU, Conservateur adjoint au département des Antiquités orientales, professeur, continuera l'étude de l'art de Sumer-Akkad et de l'Elam au 3e millénaire avant notre ère. La première leçon aura lieu le vendredi 21 novembre.

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L'ART VIVANT LE MAROC Nous remercions notre collaborateur et ami Jean Gallotti d'avoir bien voulu nous aider à réunir les éléments de ce numéro consacré au Maroc. Critique d'art de grand talent, M. Jean Callotti a passé de nombreuses années au Maroc, comme Inspecteur des Monuments historiques. On lira ci-dessous la très belle lettre que M. Lucien Saint, Commissaire Résident Général de la République Française au Maroc, a bien voulu adresser à M. Jacques Guenne. --- Monsieur le Directeur, Vous m’avez demandé quelques lignes d’introduction pour le numéro spécial que l’Art Vivant se propose de consacrer au Maroc. Qu’une revue comme la vôtre se préoccupe de présenter au public d’élite qui la suit les beautés artistiques et touristiques de notre grand protectorat, c’est là le signe à la fois de l’intérêt croissant qu’il exerce sur nos compatriotes et de son entrée définitive dans l’orbite de la France. Aussi bien, nulle date ne pouvait être mieux choisie, puisque, dans quelques jours, M. le Président de la République, répondant à l’invitation de S. M. le Sultan, viendra en personne visiter ce pays si riche d’un glorieux passé et auquel la paix française vient d’ouvrir toutes grandes les portes du progrès et de la civilisation. Prolongement des royaumes andalous où fleurit au moyen âge la plus brillante culture, le Maroc est, après la Syrie et l’Espagne, celui des pays musulmans qui a donné le jour au plus grand nombre de ces philosophes, historiens et artistes dont s’enorgueillit à juste titre l’Islam. À ces penseurs, à ces mathématiciens subtils, l’Europe doit plus qu’on ne croit. Certes, des siècles de sommeil et d’oubli ont suivi la période éclatante au cours de laquelle le génie de Grenade, de Cordoue et de Fez rayonnait sur la Méditerranée. Mais, des tombeaux saadiens de Marrakech aux tombeaux méridines de Fez, des medersas de Salé aux sanctuaires de Moulay Idriss, que de splendides monuments s’offrent encore à l’admiration ! Et pour ceux des nôtres qui, en stimulant le zèle et le talent des habiles artisans indigènes, ont entrepris l’œuvre de rénovation et de restauration de ces précieuses reliques, quelle tâche passionnante ! Cette recherche patiente des antiques splendeurs de l’art moghrebin nécessite mille précautions et une technique toute spéciale car des siècles de guerre, de troubles et de luttes intestines ont passé sur ces merveilles. Par ailleurs, à l’inverse des Grecs et des Latins, les Maures n’ont pas demandé à la pierre pérenne de prolonger, pour les générations à venir, l’expression de leur idéal ; insoucieux du lendemain, c’est au plâtre et au bois, légers et fragiles, que ces artistes délicats ont confié leur sentiment de la beauté et les manifestations de leur pensée fleurie. Aussi leur œuvre n’a-t-elle pas le caractère éternel de nos monuments de la Renaissance par exemple. Mais aucun architecte, aucun sculpteur européen n’a su, mieux qu’eux-mêmes, marier la grâce d’une colonnade ou l’ondulante préciosité d’une frise au jeu mouvant de l’eau, jaillissant d’une vasque de marbre ou courant en des rigoles de faïence aux tons effacés. Quant aux plafonds de cèdre odorant qui sont la gloire des vieux palais de Fès ou de Meknès, ne semble-t-il pas que, de leurs mille entrelacs peints ou sculptés, repoussés à dessein dans la profondeur assombrie des caissons, tombent en nappes invisibles les ondes propices au silence et à la méditation ? Mais, il y a plus, et le Maroc n’est pas tout entier dans ces vestiges d’un passé prestigieux. En un contraste saisissant, il offre encore le spectacle de l’activité française, fertilisante et créatrice. Cela, c’est la tâche de nos colons, de nos commerçants et de nos industriels. Avec une ardeur qu’aucune difficulté ne rebute, les premiers sont parvenus à arracher à une terre, jadis inféconde, les riches moissons qui nous sont enviées aujourd’hui par bien des nations européennes, tandis que les autres, par leurs initiatives audacieuses, ont placé le Maroc au premier rang des pays de négoce et d’affaires. Demain, les gisements nombreux, de découverte récente mais aux richesses certaines, enverront à la métropole leurs minerais précieux, recherchés bientôt par le monde entier. Et tandis que Casablanca, par son port puissamment outillé,

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L'ART VIVANT ouvre délibérément la porte du vieux continent africain vers le nouveau monde, le Maroc oriental, riche de promesses insoupçonnées, scelle l’union du Moghreb, jadis isolé dans son sommeil millénaire, avec l’Algérie, sa sœur aînée et sa voisine, dans la paix et la prospérité françaises. Après quinze ans à peine d’une existence toute troublée cependant par des crises inévitables, nées de la guerre et de ses suites, le protectorat offre le spectacle d’un essor qui force la surprise et l’admiration. Et c’est avec une joie et une fierté non dissimulées qu’il va s’offrir à l’inspection minutieuse du chef de l’État. Le numéro spécial de l’Art Vivant vient donc à son heure, et tous ceux de nos compatriotes, si nombreux aujourd’hui, qu’intéresse le développement de l’empire colonial français, le liront avec un sentiment de gratitude émue pour nos soldats, nos administrateurs et nos colons et de sympathie affectueuse et fraternelle pour nos protégés. Lucien SAINT, Commissaire Résident Général de la République Française au Maroc. --- LE CHARME DU MAROC Il est difficile de parler avec justesse des paysages, parce que le vocabulaire qui traduit les impressions qu’ils nous causent est assez restreint, et que, d’autre part, le moindre barbouillage d’adjectifs, si fortuit ou si téméraire qu’il soit, fait, en ce genre, illusion à la plus grande partie du public. Cependant chaque pays a son caractère qui lui est très propre, aussi particulier que celui d’un visage. Dès qu’un homme aime vraiment une contrée quelconque, il sent qu’il en est ainsi et qu’elle présente une combinaison d’apparences qui ne se retrouve pas ailleurs. Mais, sans tenter d’exprimer ce qui le charme, il se contente de deux ou trois paroles banales, laissant son vrai sentiment enfoui en lui. On peut cependant essayer de ne pas en rester là. Il est possible, d’abord, d’établir quelques distinctions générales. Il y a les paysages de formes et de lignes et les paysages d’espace. Ceux du Maroc font partie de la seconde catégorie et c’est en cela qu’ils se distinguent de ceux de la Méditerranée. Les paysages de la Méditerranée sont pour ainsi dire construits. Ils ressemblent encore à des monuments. Ils se détachent de la nature presque aussi distinctement que des œuvres d’art. Ils sont faits d’éléments précis qui s’ajustent les uns aux autres ; les monts se dessinent, les rocs se découpent, la mer elle-même est dure et irisée comme une table de nacre. Les plages ont une courbe parfaite et une longueur finie ; qui descend les côtes d’Italie, le long de la mer tyrrhéniennne, croit contempler une succession de tableaux. Le golfe de Naples, quand on en approche, semble chanter un grand air et l’on serait à peine surpris de voir à la fin le Vésuve ôter son chapeau de fumée pour solliciter noblement la générosité de l’étranger. La dernière fois que je fus à Taormine, c’était par une admirable matinée d’octobre. L’Etna, que j’apercevais entre les colonnes du temple, triangulaire et comme un peu renversé, s’appuyait à un azur qui n’avait pas d’autre nuage que la petite fumée qui brillait au faite du volcan comme un copeau d’argent. Au-dessous de moi, je voyais le rivage jusqu’à la lointaine Syracuse s’inscrire sur la mer en courbes parfaites. On ne pouvait reprocher à cette beauté que d’être trop manifeste, imposée à ceux-là mêmes qui ne donnent jamais un regard à l’aspect du monde. Tout autre est le Maroc. Il n’offre de paysages qu’à ceux qui savent les apercevoir et les composer eux-mêmes. Il ne vaut que par l’immensité, la subtilité, les modulations de l’espace. Cet espace, qui n’est jamais incolore, c’est le vin de la rêverie. Il n’est pas enclos dans des lignes orgueilleuses, il joue au loin sur des horizons détendus, il frissonne sur des terres pauvres, il varie imperceptiblement dans le fond du ciel. Parfois l’étendue s’enrichit d’une illusion plus solide et plus précise que toutes celles qui y frémissent confusément, et alors, pendant une minute ou deux, on voit un mirage. Dans cette immensité répandue, aucune chose ne conserve une beauté propre et distincte. Le paysage n’a plus rien de prescrit ni de prévu ; il n’existe que pour ceux qui l’aiment. La plage qui s’allonge le long de la mer est infinie comme l’horizon, et l’on croit, quand on y marche, avoir sous les pieds la ligne qui, d’habitude, n’est atteinte que par les yeux et qui tremble aux confins du ciel et de la terre. Une colline lointaine, une petite crête isolée ne nous charment que par la façon dont le jour vient y retentir. La lumière elle-même qui règne dans ces espaces n’est pas celle, dure et pailletée, de la Méditerranée, c’est la vaste et pâle lumière océanienne, avec ses subtiles trainées de nuances. Les villes mêmes ne se détachent pas de la nature. Elles sont blanches, mais cette blancheur ne leur sert qu’à se prêter à toutes les couleurs du monde. Dans l’ardeur de midi, elles semblent incandescentes. Mais, le soir, quand l’espace entier devient bleu, Rabat, par exemple, ne résiste pas ; elle devient bleue, elle aussi, elle n’interrompt point le règne de l’heure; et quand, à l’aurore, toute la montagne se dresse revêtue d’une couleur de rose sèche, la ville, associée à cette merveille sans y prévaloir par aucun prestige particulier, est, elle aussi, couleur de rose. Il y a dans cette modestie, cette docilité, cette soumission, je ne sais quelle profonde douceur. A l’intérieur des villes, le même caractère se retrouve encore. Dans les villes de la Méditerranée, la moindre chose fait tableau, un marché aux poissons, une lessive étendue requièrent les peintres. Le rapin français, le jeune Scandinave, la vieille fille anglaise viennent planter leur chevalet devant ces motifs évidents. Le Maroc n’est pas de ces terres prostituées qui se jettent au cou de l’étranger. Au contraire, il n’aime pas qu’on le regarde, il est comme un visage qui se détourne. C’est un pays ombrageux et sourd. Les mos-

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16. SA MAJESTÉ SIDI MOHAMMED SULTAN DU MAROC. Photo Flandrin.